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Timbuktu Institute - Semaine 4 Septembre 2026
Dans le nord-ouest du pays, l’armée nigériane continue de mener vaille que vaille une bataille où enlèvements, groupes armés et criminalité s’enchevêtrent aux difficultés de contrôle des territoires en présence. Pour l’instant, elle tient le cap en faisant front tant bien que mal. Le 20 septembre, les forces engagées dans l’opération « Fansan Yamma » ont libéré six otages à Sabon Gari, dans l’État de Sokoto, après une attaque contre la communauté, avant d’en délivrer dix-sept autres sur l’axe Isa-Kwanar Isa-Shinkafi. Une autre opération, fondée sur le renseignement, a permis d’intercepter à Illela quatre individus soupçonnés d’appartenir à Lakurawa alors qu’ils convoyaient du bétail volé depuis Sarma. L’armée affirme poursuivre ses opérations afin de perturber les groupes armés, libérer les personnes enlevées et limiter leur mobilité dans le nord-ouest du pays.
Toutefois, cette pression sécuritaire ne se limite pas aux groupes armés. Elle se prolonge sur le terrain de la criminalité organisée, en témoigne la récente activité accrue de la National Drug Law Enforcement Agency (NDLEA). L’agence a annoncé la saisie de plus de 1,3 million de comprimés de tramadol et autres opioïdes ainsi que près de six tonnes de cannabis, pour une valeur estimée à 3,4 milliards de nairas, soit environ 2,56 millions de dollars. À Lagos, 603,75 kilogrammes de « Canadian Loud » ont notamment été saisis dans un conteneur en provenance du Canada, pour une valeur estimée à 1,81 milliard de nairas. Dans l’État du Delta, un homme présenté comme un faux policier a été arrêté avec 292,48 kilogrammes de cannabis, tandis que d’autres opérations ont permis de récupérer des opioïdes, de la codéine et de la méthamphétamine.
Avalanches de drogues
Le 24 septembre, la NDLEA a également annoncé le démantèlement d’un réseau nigérian-mexicain de trafic de stupéfiants et la découverte d’un laboratoire clandestin de méthamphétamine dans l’État d’Enugu. Deux présumés responsables du réseau, Chukwu Obumneme Christopher, alias Brown, et Chukwu Georginus Monday, alias George, ont été arrêtés après plusieurs mois de renseignement et de surveillance. Selon l’agence, ils exploitaient le laboratoire d’Obeagu avec Rodriguez Villanueva, présenté comme un membre d’un cartel mexicain basé à Mexico. Trois autres personnes restent recherchées. Le site découvert abritait notamment des réacteurs et des appareils de distillation improvisés ainsi que des produits chimiques et des précurseurs destinés à la production de méthamphétamine. Le procès des deux suspects arrêtés a été fixé au 21 octobre 2026.
La multiplication de ces opérations esquisse ainsi un front sécuritaire aux contours plus larges que la seule lutte contre les groupes jihadistes. Aux violences et aux enlèvements dans le Nord-Ouest s’ajoutent des réseaux de trafic capables de mobiliser des circuits internationaux, des infrastructures clandestines et des produits transitant par plusieurs pays. Pour Abuja, l’enjeu consiste donc aussi à empêcher que ces économies criminelles ne consolident leurs propres réseaux à l’intérieur du pays. La NDLEA entend d’ailleurs prolonger ses opérations par des actions de sensibilisation dans les écoles, les lieux de culte, les entreprises et les communautés.
Le sous-sol comme levier
Pendant que les forces de sécurité cherchent à reprendre du terrain face aux économies clandestines, le gouvernement nigérian entend exploiter davantage les ressources susceptibles de soutenir la croissance. Le 23 septembre, la compagnie TotalEnergies a annoncé une décision finale d’investissement de 800 millions de dollars pour développer le champ gazier d’Ima, au large de l’île de Bonny. Le projet prévoit la construction d’un gazoduc de 22 kilomètres reliant le champ à l’usine de liquéfaction de Nigeria LNG à Bonny, avec un démarrage de la production attendu en 2028 et un plateau de 350 millions de pieds cubes par jour. TotalEnergies, qui détient 40 % du projet aux côtés de la société nigériane Amni, estime que cette production pourrait contribuer à porter la capacité de l’usine de 22 à 30 millions de tonnes de GNL par an. Le président nigérian Bola Tinubu y voit la confirmation d’un environnement désormais « compétitif, prévisible et propice » aux investisseurs, alors que son gouvernement cherche à accroître la production d’hydrocarbures. Celle-ci, tombée sous le million de barils par jour à l’arrivée du président au pouvoir en 2023, atteignait 1,6 million de barils en août 2026, avec un objectif gouvernemental de deux millions de barils par jour en 2027. L’investissement dans le gaz intervient ainsi dans une stratégie plus large de relance du secteur énergétique, avec l’ambition de soutenir à la fois l’industrie, les exportations et l’emploi.
Pour autant, la volonté de tirer davantage parti des ressources nationales dépasse le secteur pétrolier. Le 23 septembre également, Abuja et Washington ont signé à New York un accord-cadre destiné à approfondir les investissements américains dans le secteur minier nigérian. Les ressources minérales du pays sont estimées à 700 milliards de dollars et comprennent notamment du lithium, de l’or, de l’étain, des pierres précieuses, du minerai de fer et du phosphate. Le lithium, actuellement exploité par des entreprises chinoises, confère à l’accord une dimension particulière dans la compétition pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Pour le gouvernement nigérian, cette ouverture ne saurait toutefois se réduire à l’extraction. Le ministre des Ressources minérales, Dele Alake, a insisté sur la nécessité de développer la transformation locale, avec davantage d’emplois, de compétences et d’opportunités pour les entreprises nigérianes. L’accord avec Washington intervient alors que les relations entre les deux pays ont connu des tensions, notamment autour des accusations de Donald Trump concernant les violences visant les chrétiens, mais qu’elles connaissent également un rapprochement sur le terrain militaire.