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La désinformation constitue une menace croissante pour la démocratie, la stabilité et la sécurité, aussi bien en Afrique qu’en Europe. C’est le principal constat ressorti du séminaire organisé vendredi 23 octobre 2026 à Dakar par le Timbuktu Institute, en partenariat avec l’ambassade de Pologne, dans le cadre des activités scientifiques marquant le 10ᵉ anniversaire de l’institut.
Présidant cette rencontre, Bakary Sambe, directeur et président du Timbuktu Institute, a insisté sur l’urgence d’une réponse collective face à la multiplication des manipulations de l’information.
Le séminaire a notamment servi de cadre à la présentation d’un rapport conjoint réalisé avec l’Institut d’études politiques de l’Académie des sciences en Pologne. Cette étude transversale examine les manifestations de la désinformation dans les sociétés européennes et ses conséquences sur la paix et la sécurité au Sahel.
Au-delà des fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux, le phénomène prend désormais une dimension technologique préoccupante. « La désinformation n’est plus seulement le fait de quelques militants, activistes ou officines, mais elle s’est généralisée », a déclaré Bakary Sambe.
À cet égard, il a mis en lumière l’utilisation de l’intelligence artificielle générative par les groupes jihadistes, notamment dans leurs stratégies de propagande et de recrutement.
Selon lui, ces technologies facilitent la production de montages vidéo, le doublage de messages dans plusieurs langues africaines et le ciblage de nouvelles recrues. Une évolution qui accentue les difficultés des États à anticiper les menaces sécuritaires.
Face à cette situation, le président du Timbuktu Institute plaide pour une réponse fondée sur l’éducation aux médias, la sensibilisation des jeunes et la lutte contre l’analphabétisme numérique. Il recommande également une coopération technologique entre l’Afrique et l’Europe, notamment à travers des dispositifs comme Viginum, tout en soulignant la nécessité d’adapter ces outils aux réalités linguistiques et sociopolitiques du Sahel.
Restaurer la crédibilité du discours démocratique
Par ailleurs, Bakary Sambe a tenu à déconstruire l’idée selon laquelle les populations africaines rejetteraient la démocratie. Il rappelle que des études indiquent que 60 à 70 % des Ouest-Africains la considèrent comme le mode de gouvernance idéal.
« Le problème ne vient pas de la démocratie, mais de la crédibilité de ceux qui portent le discours démocratique », a-t-il soutenu. Pour lui, les incohérences des partenaires internationaux et les injustices perçues dans le fonctionnement du système international contribuent à fragiliser la confiance des citoyens envers les valeurs démocratiques.
Il estime ainsi que les jeunes Africains qui soutiennent aujourd’hui de nouveaux dirigeants sont aussi ceux qui se sont mobilisés hier pour défendre la démocratie. Dès lors, l’enjeu consiste à restaurer la confiance et à garantir davantage de cohérence entre les principes démocratiques défendus et les pratiques des acteurs qui les portent.
En définitive, cette rencontre a mis en évidence la nécessité d’une mobilisation commune des États, des médias, des chercheurs et de la société civile. Dans un environnement numérique en constante évolution, la lutte contre la désinformation apparaît désormais comme une condition essentielle à la préservation de la démocratie, de la paix et de la stabilité au Sahel comme en Europe.
Source : SunuGox Info