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Timbuktu Institute 23 Octobre 2026
À l’échelle du globe, la désinformation s’impose aujourd’hui comme une épreuve majeure pour les démocraties, dont elle fragilise les institutions, éprouve la cohésion sociale et altère les conditions du débat public. Le rapport du Timbuktu Institute et de l’Institut d’études politiques de l’Académie polonaise des sciences met en lumière les ressorts d’une menace qui puise dans les fractures sociales, la défiance politique et les rivalités géopolitiques. Il apparaît en ce sens que l’enjeu dépasse la seule circulation de fausses informations, en ceci qu’il touche à la confiance des citoyens et à leur capacité à distinguer les faits des récits destinés à infléchir leurs perceptions et représentations.
Au Sahel, la dégradation sécuritaire, les transitions politiques, les discours souverainistes ou populistes et les stratégies de puissance et d’influence constituent autant de terrains propices aux opérations de manipulation. En Europe, celles-ci exploitent les inquiétudes sociales, les tensions autour de l’immigration et la défiance envers les institutions nationales et européennes. Si leurs manifestations diffèrent, ces dynamiques obéissent à une logique commune : les opérations informationnelles trouvent leur force dans des mécontentements ou imaginaires préexistants, qu’elles amplifient et réorientent au service d’intérêts politiques ou géopolitiques.
Cette convergence invite à dépasser une lecture strictement technique de la désinformation. La circulation des contenus trompeurs ne suffit pas, à elle seule, à expliquer leur influence. En effet, celle-ci dépend aussi des relais locaux qui les diffusent, des vulnérabilités qu’ils mobilisent et de la crédibilité qu’ils acquièrent auprès des populations. Dès lors, les réponses exclusivement répressives risquent de manquer leur cible, voire d’affaiblir les libertés qu’elles prétendent défendre. La lutte contre les manipulations informationnelles suppose donc de renforcer les capacités de prévention sans restreindre indûment le pluralisme du débat public.
Le présent rapport préconise, dans cette perspective, une coopération plus étroite entre l’Europe et l’Afrique, fondée sur le partage de l’information, le renforcement des mécanismes de veille et d’alerte, la coordination avec les plateformes numériques et le soutien aux médias indépendants. L’éducation aux médias, la vérification des faits et la protection des libertés fondamentales constituent également des leviers essentiels. Il est indispensable de consolider les institutions et la société civile sans lesquelles aucune lutte contre la désinformation ne saurait durablement prospérer. À cette nécessité doit répondre une exigence plus fondamentale, celle de faire de la résilience informationnelle l’un des piliers de la résilience démocratique.