Bénin : à la croisée des défis diplomatiques, sécuritaires et judiciaires Spécial

© Présidence du Bénin © Présidence du Bénin

Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026

Au Bénin, les enjeux de l’heure restent à la croisée de défis diplomatiques, sécuritaires et institutionnels. Alors que le pays tente de consolider ses équilibres dans un environnement régional en pleine recomposition, sa scène intérieure demeure traversée par des dossiers sensibles aux implications, parfois politiques. Ainsi, entre affirmation d’un rôle régional, gestion des vulnérabilités sécuritaires et poursuite des dynamiques judiciaires en cours, les autorités béninoises cherchent à préserver la stabilité du pays tout en adaptant leurs stratégies face aux actuels rapports de force régionaux. La question des relations avec le Niger constitue l’un des principaux marqueurs de cette recomposition diplomatique. Fermée depuis août 2023 à la suite des tensions provoquées par le changement de régime à Niamey et les sanctions régionales qui avaient suivi, la frontière terrestre entre les deux pays a lourdement affecté les échanges bilatéraux. Le corridor Cotonou-Malanville-Niamey représentait historiquement un axe essentiel pour l’approvisionnement du Niger et une source majeure d’activité pour le Port autonome de Cotonou. La rupture de cette liaison avait entraîné une baisse temporaire du trafic portuaire béninois et une hausse importante des coûts logistiques pour Niamey, contraint de recourir à des itinéraires alternatifs via le Togo ou le Nigeria. Toutefois, le Bénin a progressivement réussi à absorber une partie de l’impact économique de cette fermeture grâce à la diversification de ses flux commerciaux et au dynamisme de la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Le Niger, en revanche, a davantage subi les conséquences de cette situation, notamment à travers un manque à gagner sur les recettes douanières et une dépendance accrue à des corridors plus coûteux. Dans ce contexte, la perspective d’une réouverture de la frontière, actée à la suite de la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey en juin 2026, apparaît comme une étape importante vers une normalisation progressive des relations entre les deux pays.

Cette évolution intervient néanmoins dans un environnement régional où les enjeux sécuritaires continuent de peser fortement. Les récentes rumeurs d’une opération militaire conjointe entre le Bénin et le Burkina Faso à leur frontière commune en témoignent. Des images diffusées sur les réseaux sociaux avaient laissé croire à une intervention coordonnée des deux armées dans la zone de Koualou-Kourou, mais les autorités béninoises ont démenti cette interprétation, précisant que les militaires burkinabè présents dans cette zone étaient engagés dans une opération de repositionnement territorial. La région de Koualou-Kourou demeure particulièrement sensible en raison d’un ancien différend frontalier entre Cotonou et Ouagadougou, réglé provisoirement par un accord de 2009 prévoyant un statut particulier dans l’attente d’une décision de la Cour internationale de justice. À cette dimension territoriale s’ajoute désormais la menace liée à l’expansion des groupes armés dans les zones frontalières du Sahel, notamment avec la présence de groupes affiliés au Jnim. Si les relations entre le Bénin et le Burkina Faso semblent connaître une amélioration récente, cette évolution n’a pas encore débouché sur une coopération militaire structurée.

Dans le même temps, le Bénin cherche à renforcer ses capacités de contrôle à travers une coopération accrue avec le Nigeria. Les deux pays ont engagé un dispositif fondé sur des technologies géospatiales afin d’améliorer la surveillance de leur frontière commune et la gestion des flux transfrontaliers. Expérimentée au poste-frontière de Sèmè-Kraké, cette initiative doit permettre aux services douaniers d’identifier plus efficacement les zones vulnérables, de lutter contre la contrebande et d’améliorer la collecte de renseignements. Elle traduit une volonté de concilier sécurisation des frontières et maintien de la fluidité des échanges commerciaux.  Dans une veine similaire, réunis à Cotonou les 12 et 13 juillet, les 23 États africains atlantiques ont adopté la Déclaration de Cotonou afin de structurer une coopération autour de la sécurité maritime, des corridors logistiques verts, de l’énergie et de l’intégration économique. Cette initiative, portée par le Processus des États africains atlantiques lancé en 2022 à Rabat, ambitionne de faire de la façade atlantique africaine un nouvel espace stratégique aligné sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sa portée dépendra toutefois de la mise en œuvre concrète des projets annoncés et de la capacité des États à coordonner leurs actions.

Séquences judiciaires

Parallèlement à ces enjeux régionaux, la scène intérieure béninoise demeure marquée par des séquences judiciaires non moins importantes. Tout d’abord, plus de sept mois après la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, les procédures engagées par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) suivent leurs cours. En témoigne notamment des sous mandat de dépôt de responsables politiques à l’instar de Candide Azannaï, tandis que certains accusés ont déjà fait l’objet de condamnations, à l’image de l’ex-député de l’opposition Soumaïla Sounon Boké et de la journaliste Angela Kpeidja. Mais plus récemment, et dans un autre registre, l’actualité judiciaire s’est prolongée avec la condamnation de Me Magloire Yansunu, figure majeure du barreau béninois, par la Criet. L’avocat a été condamné à sept ans de prison ferme pour « abus de confiance et blanchiment de capitaux », assortis d’une amende d’environ 29 millions de francs CFA, dans une affaire portant sur un litige financier avec l’un de ses anciens clients concernant une indemnité de licenciement. La défense, qui considère la peine disproportionnée, a annoncé son intention de faire appel, rappelant que Me Yansunu demeure présumé innocent dans l’attente de l’issue des recours.

Dans un autre dossier particulièrement sensible, le procès lié à la disparition du syndicaliste et opposant Pierre Urbain Dangnivo continue également de susciter l’attention, plus de quinze après les faits. Le ministère public a requis 30 ans de réclusion criminelle contre Codjo Alofa, considéré comme l’un des principaux accusés, après une requalification des faits en « complicité de meurtre commis avec des actes de barbarie ». Le parquet estime que l’accusé aurait contribué à la préparation du crime sans en être directement l’auteur. Depuis la disparition de Dangnivo en 2010 sous le régime de Boni Yayi, cette affaire reste toutefois entourée de contestations. La famille du disparu continue notamment de remettre en cause l’identification du corps présenté comme celui de leur proche ainsi que certaines conclusions de l’enquête, dénonçant plusieurs zones d’ombre. Pour rappel, l’affaire Dangnivo désigne la disparition, en août 2010, du syndicalistes P. Dangnivo, alors qu’il se rendait à son domicile. Son corps présumé a été retrouvé plusieurs années plus tard, mais les circonstances de sa mort et les responsabilités dans cette affaire restent entourées de controverses, faisant de ce dossier un symbole des inquiétudes liées à la liberté de la presse et à la justice au Bénin.

Somme toute, le Bénin évolue aujourd’hui entre deux impératifs. En l’espèce préserver sa stature de stabilité dans un environnement régional fragilisé et gérer les après d’une recomposition institutionnelle et politique qui se traduit de manière exemplaire par la dernière révision constitutionnelle et le nouveau Sénat. Et d’autre part, par un affaiblissement considérable des forces de l’opposition politique, qui semble être réduite à sa plus simple expression.