Bénin - Wadagni : de la gestion de l'héritage Talon à la recherche d'un cap propre Spécial

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Timbuktu institute  Semaine 1 - Septembre 2026

Après une décennie passée à piloter les finances publiques sous Patrice Talon, Romuald Wadagni aborde ses premiers mois à la tête du Bénin sans chercher à tourner la page de son prédécesseur. Les grands équilibres économiques demeurent au cœur de son action, tout comme les chantiers structurants engagés ces dernières années. Mais derrière cette continuité assumée, semble se dessiner une inflexion : celle d’un président qui entend désormais faire davantage de place au social tout en donnant une nouvelle impulsion aux relations du Bénin avec son environnement régional. Une manière, peut-être, de passer progressivement de la consolidation des acquis à la recherche d’une empreinte politique propre. Au terme de ses cents premiers jours à la tête du pays, cette inflexion semble vouloir suivre le sens de l’héritage économique à la promesse sociale. En effet, l’équation de Romuald Wadagni est d’abord celle d’un héritage difficile à dissocier de son propre parcours. Pièce maîtresse de la politique économique de Talon pendant près de dix ans, le nouveau chef de l’État en connaît les ressorts, les réussites ainsi que les attentes en présence. Les fondamentaux macroéconomiques consolidés au cours de la dernière décennie et les investissements engagés dans les infrastructures constituent ainsi moins un legs à remettre en question qu’un socle à prolonger. La zone industrielle de Glo-Djigbé, les infrastructures portuaires ou encore les équipements logistiques demeurent au cœur de cette ambition.

L’équation du social

Toutefois, une part de cet enjeu se voit également résider dans la capacité à rendre les effets de cette transformation économique plus tangibles pour les populations. La santé, l’éducation, l’agriculture, mais aussi l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes occupent une place plus visible dans les premières orientations du nouveau pouvoir. Le soutien annoncé à l’entrepreneuriat féminin, avec un financement de 100 millions de francs CFA mobilisé avec l’appui de la Banque mondiale, participe de cette volonté de faire de la croissance un instrument moins abstrait et davantage perceptible au quotidien. Ce réajustement social ne signifie toutefois pas l’abandon du logiciel économique de l’ère Talon. En réalité, elle semble plutôt traduire la volonté d’en prolonger les résultats en travaillant davantage sur leur redistribution, notamment entre les territoires et les catégories de population. Autrement dit, après avoir mis l’accent sur la transformation de l’économie, le pouvoir de Wadagni paraît vouloir s’attacher davantage à la question de ce que cette transformation produit concrètement dans la vie des Béninois.

Reste que cette continuité économique nourrit inévitablement une interrogation politique. Comment imprimer sa marque lorsque l’on succède à celui dont on fut pendant près de dix ans l’un des principaux ministres ? La question est d’autant plus délicate que plusieurs figures de l’ancienne administration demeurent à des postes stratégiques et que le nouveau président du Sénat Patrice Talon conserve, après son départ du pouvoir, une influence politique qui ne saurait être ignorée. Pour Wadagni, l’enjeu est donc moins de rompre avec l’héritage que de parvenir à en devenir progressivement le propre interprète. La question de la réconciliation nationale, notamment celle des détenus politiques et des exilés, pourrait à cet égard constituer l’un des marqueurs les plus sensibles de cette émancipation attendue.

Au cœur du nouveau tempo diplomatique, le voisinage régional

C’est peut-être toutefois dans le champ diplomatique que le changement de ton apparaît le plus nettement. Les prompts déplacements de Wadagni à Niamey, Ouagadougou, Bamako et Lomé témoignent d’une volonté de reprendre langue avec plusieurs capitales voisines, alors même que Cotonou avait vu ses relations se détériorer avec une partie de son environnement régional. On le sait, Cotonou entend consolider et renforcer sa vocation de plateforme régionale de médiation et commerciale. Ainsi, la qualité des relations de voisinage constitue aussi un enjeu économique de premier ordre.

Par ailleurs, la récente séquence nigérienne en offre une illustration. Après la mutinerie survenue les 28 et 29 août à Niamey, au cours desquels les autorités nigériennes ont fait état d’une tentative de déstabilisation, des accusations ont mis en cause plusieurs pays voisins, dont le Bénin et la Côte d’Ivoire. Une accusation que Cotonou a rapidement et fermement rejetée. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a rappelé que « le Bénin n’est pas leur ennemi », tout en réaffirmant que le pays était opposé à toute entreprise visant à déstabiliser son voisin. Ces accusations, qui mettent également en cause le Tchad et la France, n’ont cependant pas été accompagnées, à ce stade, d’éléments permettant d’en établir indépendamment la véracité. Leur portée politique n’en demeure pas moins significative. Elles rappellent combien la relation entre Cotonou et Niamey reste marquée par les séquelles de la crise ouverte depuis le changement de pouvoir au Niger en 2023. Dans ce contexte, le choix béninois de répondre par la désescalade plutôt que par la confrontation apparaît comme une tentative de maintenir l’espace de dialogue entrouvert depuis l’arrivée au pouvoir de Wadagni. « Nous sommes contre la déstabilisation du Niger aujourd’hui, et nous le serons demain », a ainsi martelé Cotonou.

L’ambition d’un rôle régional

D’un autre côté, la réouverture diplomatique de Cotonou trouve un autre prolongement naturel dans la présidence, assumée par le Bénin au mois de septembre, du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Entré quelques mois plus tôt au sein de cet organe pour un mandat de deux ans, le Bénin entend profiter de cette responsabilité pour donner davantage de visibilité à ses priorités et, au-delà, à son propre positionnement continental. La feuille de route annoncée mêle ainsi les préoccupations sécuritaires aux enjeux désormais indissociables de la prévention des conflits : protection des enfants en période de guerre, agenda « Femmes, Paix et Sécurité », mais aussi conséquences du changement climatique sur la stabilité des régions fragiles du Sahel et du bassin du lac Tchad. Le séminaire ministériel consacré aux femmes, à la paix et à la sécurité, prévu à Cotonou le 9 septembre, puis le rendez-vous du 23 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, doivent constituer les principaux temps forts de cette présidence. Dans ce contexte, le choix du « bon voisinage » comme l’un des axes de cette séquence continentale prend une résonance particulière. Alors que le Bénin cherche précisément à apaiser ses relations avec certains de ses voisins, Cotonou entend porter au niveau continental un discours faisant de la coopération régionale une réponse aux défis sécuritaires. La diplomatie béninoise semble ainsi vouloir transformer une période de tensions avec son environnement immédiat en occasion de réaffirmer son rôle dans les mécanismes africains de paix et de sécurité.