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Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026
Dans un paysage politique encore marqué par les séquelles de la transition puis la consolidation du pouvoir d’Idriss Mahamat Déby Itno à la tête du pays, la grâce présidentielle accordée en août dernier à l’ex-Premier ministre Succès Masra, après une année de détention, revêtit des allures d’un geste d’apaisement. Dès sa libération, Succès Masra s’était par ailleurs déclaré « disponible collectivement » pour participer à une nouvelle dynamique politique et a renouvelé sa proposition d’un gouvernement d’union fondé sur une « double parité », entre chrétiens et musulmans mais aussi entre hommes et femmes. Pour l’instant, le pouvoir n’a pas donné suite à cette demande d’ouverture. Le chef de l’Etat a renouvelé sa confiance au Premier ministre Allamaye Halina et à son gouvernement, tandis que l’exécutif avait déjà écarté l’idée d’un gouvernement d’union nationale. Surtout, la grâce ne vaut pas amnistie. En effet, elle n’efface pas la condamnation de Masra et pourrait continuer à limiter ses droits civiques ainsi que sa capacité à reprendre officiellement la direction des Transformateurs. D’où les appels de ses avocats et de plusieurs responsables politiques à une loi d’amnistie. La libération de l’opposant constitue ainsi un signe d’apaisement, mais dont la portée politique demeure encore incertaine.
Une ouverture contrôlée
Mais au-delà du cas de Succès Masra, c’est la capacité du pouvoir à élargir durablement l’espace politique qui reste en question. L’opposition continue de dénoncer les restrictions issues des ordonnances adoptées en 2023, qui ont notamment compliqué l’organisation des meetings. Le Cadre permanent de dialogue politique, installé en février dernier et présenté comme un espace de concertation entre majorité et opposition, ne semble pas davantage avoir dissipé ces réserves. Le parti de Succès Masra, Les Transformateurs et plusieurs formations issues de l’ancien coalition d’opposition GCAP (Groupe de Concertation des Acteurs Politiques) n’y siègent pas ; ses détracteurs dénonçant une « emprise » excessive de l’exécutif. L’appel lancé début septembre par l’opposant Albert Pahimi Padacké à l’annulation des déchéances de nationalité visant les activistes Makaïla Nguebla et Charfadine Galmaye Saleh pourrait, si elle est reçue favorablement, certes prolonger la dynamique d’apaisement. Cela étant, les gestes d’ouverture restent pour l’heure circonscrits et ne suffisent pas à convaincre l’opposition d’un véritable changement de cap.
Cette fragilité est d’autant plus visible que plusieurs contentieux liés aux violences politiques demeurent ouverts. Deux ans et demi après la mort du feu opposant Yaya Dillo, tué le 28 février 2024 lors de l’assaut de l’armée contre le siège du Parti socialiste sans frontières à N’Djamena, son frère Ousmane Dillo continue de réclamer une enquête indépendante. Début septembre, lors d’une conférence de presse organisée au sein de l’Assemblée nationale française, Ousmane Dillo a fait savoir que la famille avait engagé des démarches judiciaires et internationales. Par le biais de ses conseils, elle a notamment saisi le parquet de Paris et porté l’affaire devant les instances compétentes des Nations unies. La famille du défunt envisage donc désormais une saisine de la Cour pénale internationale, l’avocat Pierre Masquart estimant que la mort de Yaya Dillo s’inscrit dans des « attaques systématiques contre l’opposition pour des motifs politiques ». Cette éventuelle démarche devrait intervenir avant la fin juillet 2027, échéance à laquelle le Tchad aurait prévu de se retirer de la Cour Pénale Internationale (CPI). Dès lors, un tel dossier rappelle ainsi que les violences de la période de transition continuent de peser sur la crédibilité du processus politique engagé par N’Djamena.
Consolider par l’économie
Dans le même temps, au plan interne, N’Djamena cherche à consolider ses capacités économiques et industrielles, notamment à travers des partenariats régionaux. La mission effectuée le 9 septembre par le directeur général de l’Association sénégalaise de normalisation, El Hadji Abdourahmane Ndione, a ainsi ouvert une nouvelle perspective de coopération avec les autorités tchadiennes autour de la qualité des produits et de la sécurité alimentaire. Reçu par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Dr Guibolo Fanga Mathieu, à l’occasion d’un séminaire consacré à la norme ISO 22000:2018, le responsable sénégalais a échangé sur le renforcement des standards de production et le développement du « Made in Tchad ». Un rapprochement entre l’ASN et l’Agence tchadienne de normalisation est également envisagé afin de favoriser le partage d’expertise et d’améliorer l’accès des produits tchadiens aux marchés régionaux et internationaux. Cette démarche s’inscrit dans les ambitions du plan « Tchad Connexion 2030 » et traduit une volonté de diversifier les leviers de consolidation du pays, au-delà du seul registre sécuritaire.
Au fond, l’enjeu pour N’Djamena semble désormais moins résider dans la gestion ponctuelle des tensions que dans sa capacité à faire évoluer les ressorts de sa gouvernance. La consolidation du pouvoir ne pourra durablement et uniquement reposer sur l’équilibre des forces politiques ou sur les seuls leviers sécuritaires et économiques. Elle dépendra aussi de la capacité de l’État à construire des institutions suffisamment crédibles pour absorber les contestations et donner corps aux promesses de transformation.