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Dans le cadre l’étude perception menée par Timbuktu Institute dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie un fait essentiel a été le rejet des prêches « virulents » mais aussi l’attachement au système laïc. Ce dernier point semble très important car il dénote un certain hiatus, une véritable rupture entre les orientations du débat intellectuel et la perception des jeunes.

Extraits du rapport (données et graphiques) :

Face à un prêche « virulent » ou « extrémiste » d’un Imam, les avis des jeunes de Rosso divergent. En cas d’un prêche jugé « violent » ou « extrémiste » de son Imam, plus d’un tiers, 33,7% ne diraient rien tandis que 33,4% préfèrent en parler à des amis ou à des autorités au moment où 6,4% jugeraient que l’autorité religieuse a forcément raison.

Cette résistance à des sermons extrémistes peut être vue, à priori, comme une attitude positive. Mais, il est aussi important de noter une certaine réticence à combattre et dénoncer plus activement ces narratives extrémistes, en particulier quand elles viennent d’une figure religieuse comme l’imam.

Graphique 10 : Attitude face à un prêche virulent

 

Attachement à la religion et à la laïcité : des jeunes en quête de modèles ?

 

La question de la laïcité est d’une grande importance dans le contexte des débats entretenus par des franges intellectuelles parmi l’élite du pays aussi bien dans les cercles académiques qu’au sein de la société civile. Il y a un paradoxe qui a fait que la question a toujours été débattue sous l’angle de la contestation de l’héritage institutionnel façonné par la colonisation.

 

Il y a eu, ainsi, deux positions l’une aussi floue que l’autre : celle des intellectuels pensant que la laïcité notamment « à la française » serait inadaptée à une société fortement religieuse et l’autre – notamment défendue par les organisations islamiques – prônant une abrogation pure et simple d’une disposition entravant l’entrée de la religion en politique. S’y ajoute une autre couche : celles des activistes dont le rejet du modèle occidental et libéral dominant a poussé vers une position « réservée » par rapport au principe laïc au point de trouver, dans le cadre d’une alliance « objective » contre le « système », des accointances avec les militants de l’islam politique.

 

Mais, contrairement à la perception des chercheurs et intellectuels débattant du sujet, il s’est révélé, aussi bien dans l’enquête menée en 2016 en banlieue dakaroise que lors de cette étude à Rosso, que les jeunes interrogés tiennent à la laïcité de l’Etat et n’en ont pas la même compréhension négative véhiculée par les élites politiques, intellectuelles et religieuses.

Pour la grande majorité des jeunes de Rosso (71,4%), la laïcité demeure une « très bonne chose » ; seule une toute petite minorité, 10.7%, estime que c’est « une donnée à changer ».

 

L’écrasante majorité (87,2%), s’est prononcée favorablement pour la conservation du système laïc sénégalais.

Graphique 11 : attitudes face à la laïcité

 

Cependant, il serait aussi important d’essayer de comprendre ce que le concept de laïcité peut réellement signifier pour ces jeunes, afin de mieux évaluer les incidences d’une telle opinion dans un contexte de risque de radicalisation et de menace terroriste au niveau régional.

 

Une telle étude serait nécessaire pour mieux cerner cette perception dominante aussi bien dans l’enquête menée dans la banlieue dakaroise que dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie. Pour rappel cette étude a été menée grâce au soutien du Bureau de Dakar Fondation Rosa Luxembourg.

Dans cet extrait d’une Interview accordée au New African Magazine (Mai-juin-juillet) qui offre un espace de débats et d’échanges aux experts et chercheurs du continent sur les grandes problématiques africaines internationales, Dr. Bakary Sambe revient sur la nécessité d’aller au-delà des solutions militaires et insiste sur la nécessité d’un changement de paradigmes dans la lutte contre le terrorisme. Déplorant que dans de nombreux pays du Sahel, il y a encore une grande confusion, dans les politiques publiques de sécurité, entre le contre-terrorisme et prévention et lutte contre l’extrémisme violent, le Directeur de Timbuktu Institute appelle à une approche holistique de la crise sahélienne qui nécessite des stratégies inclusives s’attaquant aux  « racines du mal » au lieu de rester obnubilés par les « symptômes » malgré les urgences sécuritaires. Il accorde aussi une large place à l’autonomisation des jeunes comme des femmes en tant qu’actrices de paix loin des schémas qui les confinent dans la victimisation.

 

Les moyens de la prévention contre le radicalisme extrême risquent d’avoir l’effet d’une épée dans l’eau. Comment faut-il s’attaquer efficacement à cette problématique de fond?

Deux choix s’offrent à nous et à nos Etats : prévenir l’extrémisme violent dès maintenant par l’investissement dans l’éducation et la justice sociale en s’attaquant aux causes structurelles des frustrations qui nourrissent le djihadisme ou attendre les attaques qui n’épargnent personne, ni aucun pays pour intervenir militairement, indéfiniment et inefficacement avec grand risque de reproduire les causes du mal que l’on cherche à combattre. L’Europe et l’Afrique ont un destin commun. Nous sommes devenus une même communauté internationale, celle des vulnérables. De manière égalitaire nous le sommes aussi bien à Gao, dans l’Oudalan burkinabé qu’à Paris, Londres ou Bruxelles. C’est dans ce sens que des stratégies inclusives doivent être conjointement bâties pour une approche holistique du phénomène de l’extrémisme, loin des solutions conjoncturelles et strictement militaires qui ont montré leurs limites en Afghanistan, au Nord Mali comme dans le Bassin du Lac Tchad.

L’approche militaire et sécuritaire semblent l’emporter largement la logique de bon sens. Celle de traiter le mal à la racine: trouver des réponses à la pauvreté, la précarité et l’injustice qui frappent une frange de la population dans les pays du Sahel. Aveuglement, impuissance...?

 Tant que l’arrogance des injustes ne cessera pas, l’ignorance de ceux qui se sentent comme victimes alimentera les rhétoriques les plus violentes pour paraphraser un important leader religieux du Sahel. J’ai coutume de dire que, jamais dans l’histoire, une kalachnikov n’a jamais tué une idéologie. L’approche militaire est, certes, nécessaire pour contenir la menace dans certaines circonstances mais elle ne la fera jamais disparaître ; elle risque même d’être contreproductive. De récentes études au Mali ont mis en exergue la mauvaise perception de la MINUSMA comme de Barkhane au sein de la population et de la classe politique. Le Président Buhari promettait d’en finir avec Boko Haram en décembre 2016, il a été contraint de négocier avec la secte extrémiste. Les conditions socioéconomiques de la marginalisation et de la paupérisation au Nord du Nigeria sont restées intactes. La racine du mal se trouve dans les inconséquences des politiques développées par nos pays ou promues par une communauté internationale négligeant le regard anthropologique et l’autocritique après quarante ans d’absence qui ont profité aux vendeurs d’illusions et au salafisme. Il s’agit moins d’une impuissance que d’une absence de volonté ou du moins de vision prospective. Le phénomène terroriste a inauguré l’ère de l’action sous la pression sans prise en compte de la vision des partenaires du Sud. Sur la question sahélienne, il y a aujourd’hui une faille énorme, un vrai hiatus, entre l’approche internationale et les perceptions locales. Il est temps d’arriver à une coordination des actions des puissances occidentales et, entre-elles et les initiatives locales, pour éviter un futur conflit de perception des conflits au Sahel.


 Entre terrain et travail de conceptualisation... vous êtes en mesure de nous préciser la « bonne méthode » pour approcher ce sujet crucial pour la stabilité des pays de la région sahélienne...

Le propre du terrorisme est d’être une longue chaîne dont chaque maillon pris individuellement peut ne pas être répréhensible ou punissable par la loi. Nous n’agissons généralement qu’au bout de la chaîne et de manière tardive et inefficace. Nos pays ont légiféré par réaction et agissent sous la pression de la menace. Il est très courant dans le dialogue avec les autorités étatiques qu’elles confondent contre-terrorisme et une véritable stratégie de prévention de l’extrémisme violent qui fait défaut pour l’heure. Face à la complexité d’un phénomène qui n’a même pas de définition consensuelle, nos Etats se complaisent dans la réaction sécuritaire qui donne bonne conscience d’agir et néglige les impératifs de développement équitable et de justice sociale. Le G5 Sahel peut être un outil performant si nous arrivons à lui donner du contenu au-delà du militaire en relevant son niveau de contribution dans le développement et la résilience. Un changement de paradigme et d’approche s’impose. Et ce n’est pas un hasard que la stratégie des Nations Unies soit revue dans son articulation en identifiant des priorités-clés comme la croissance inclusive et équitable ; les services publics, y compris l'accès aux services de base, la gouvernance et la primauté du droit ; le climat et l'énergie ; l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. La seule lueur d’espoir que j’entrevois dans toutes ces initiatives constructives est la grande volonté d’implication des femmes dans la lutte contre l’extrémisme et la réduction de leur vulnérabilité qui passera forcément par leur pleine autonomisation notamment économique.

 

Dr. Bakary Sambe est Directeur du Timbuktu Institute (Dakar) et coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, politologue professeur Centre d’étude des religions de  l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal). Il a accompagné la mise en place de la CellRad au sien du G5 Sahel et suit aujourd’hui les processus de mise en place de stratégies nationales de lutte contre l’extrémisme violent dans le cadre du Projet Partenariats pour la paix de l’USAID (P4P) en Afrique de l’Ouest.

Dans sa lutte contre l’insécurité et le terrorisme, l’Oif a organisé une conférence sur la sécurité humaine à Ottawa. La rencontre qui a regroupé plusieurs acteurs notamment des universitaires et des hommes de média, a été l’occasion pour lever l’équivoque entre les concepts «contre-terrorisme et prévention de l’extrémisme» et de réfléchir sur comment éradiquer ce fléau. 

Pour sa part, le Directeur de Timbuktu Institute et non moins enseignant-chercheur au Centre d'Etudes des Religions à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, a soutenu que «l’approche strictement militaire n’a jamais résolu le problème de l’extrémisme violent». Et, «l’Afghanistan et le Nord du Mali en sont une parfaite illustration», a-t-il rappelé. 
  
 Bakary Sambe est d'avis que «le principal problème dans les pays francophones, est qu’il y a une confusion entre  contre-terrorisme et prévention de l’extrémisme violent  dans l’élaboration des différentes stratégies. Le contre-terrorisme s’attaque aux symptômes et manifestations du phénomène et ne s’intéresse pas aux causes profondes».   

Ne s’en arrêtant pas là, il a exhorté les pays francophones à « ne pas négliger l’approche préventive, moins coûteuse à long terme et s’attaquent aux causes profondes du problème». 

Coordonnateur de l’Observatoire des Radicalismes et Conflits religieux en Afrique (ORCRA), Bakary Sambe a été invité par l'Oif à présenter une communication sur les mesures qui pourraient être prises afin de prévenir la radicalisation au-delà des logiques purement répressives. 

 La conférence a été l’occasion pour le Directeur de Timbuktu Institute d’échanger avec la Secrétaire générale de la francophonie, le  Professeur Jacques Frémont, Président de l’Université d’Ottawa ainsi qu’avec Tidiane Dioh chargé des Médias à l’OIF. 

 

Source : www.pressafrik.com

Radicalisation zones frontalières : Conclusions et recommandations du nouveau rapport de Timbuktu Institute

Timbuktu Institute a procédé à la présentation de l’étude de perception sur les facteurs de radicalisation des jeunes dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie (Rosso). Les résultats ont été présentés en présence des autorités nationales, des organisations internationales et des représentations diplomatiques.

Rappelant qu’il s’agit bien d’une étude de perception pour mieux comprendre le phénomène à partir de la vision des jeunes eux-mêmes, l’Institut a fait appel à la méthodologie de l’enquête CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques). Cette étude a donné des résultants plus rassurants en termes de résilience par rapport à ceux constatés lors du rapport de 2016 dans la banlieue Dakar. Il invite cependant les organes de presse à la vigilance par rapport à certains chiffres avancés et sans fondements dans ce rapport qu’il met à la disposition des chercheurs, des décideurs comme des médias pour une exploitation la plus objective et transparente.

Dans le but d’une meilleure présentation des résultats de l’étude, l’équipe a procédé à leur classification selon trois niveaux de tendances avant de formuler des recommandations opérationnelles pour mieux juguler la menace et renforcer la résilience dans cette région et au Sénégal de manière générale.

Tendances rassurantes

  • Malgré la transfrontalité et le voisinage immédiat d’avec la Mauritanie, les jeunes de Rosso résistent encore majoritairement à la percée des mouvements développant un discours plus ou moins radical et rejettent les discours appelant à la violence;
  • Les jeunes de cette localité restent très attachés, à une écrasante majorité, aux confréries soufies qui assurent un travail d’encadrement social à travers les dahiras (cellules confrériques) et autres organisations dépendantes ; ce qui expliquerait la faible présence de mouvements extrémistes;
  • Il découle de ces deux tendances sus-évoquées que les jeunes ont exprimé un fort rejet de l’éventualité d’un engagement dans des groupes extrémistes violents.

Tendances mitigées

  • Il y a une vraie méconnaissance du phénomène de l’extrémisme violent chez les jeunes de Rosso. Cela pourrait s’expliquer par un déficit d’information et un accès difficile aux médias ainsi qu’à l’absence d’actions de sensibilisation de la part de l’Etat et de la société civile.
  • Les mêmes signaux de vulnérabilité économique et de précarité sociale (chômage, pauvreté, exclusion sociale) notés en banlieue dakaroise lors de notre précédente étude, se retrouvent chez ces jeunes d’une localité reculée présentant toutes les caractéristiques d’une marginalisation territoriale.

Tendances préoccupantes

  • Le phénomène général de dualité du système éducatif sénégalais se retrouve nettement dans cette région. Cette situation fait persister un sentiment d’exclusion et de marginalisation des jeunes scolarisés dans les écoles religieuses et dans le système dit « arabo-islamique ».
  • Il persiste, au niveau des jeunes, une certaine inquiétude au sujet de la présence quoique timide des tendances rigoristes, de la porosité des frontières avec des passages récurrents et peu surveillés d’individus de différentes nationalités.

RECOMMANDATIONS

Au regard des données recueillies sur le terrain, des observations ainsi que des conclusions ci-dessus, l’équipe de recherche recommande de :

  • S’attaquer aux causes profondes de la précarité à travers une politique efficiente de promotion de l’emploi des jeunes et lutter contre le chômage en promouvant les activités génératrices de revenus notamment dans le secteur agricole et accélérer la mise sur pied d’une stratégie nationale inclusive de prévention de l’extrémisme violent.
  • Améliorer les conditions d’accès à l’école publique et mieux prendre en considération les écoles islamiques en y renforçant la formation, notamment, avec un volet professionnel;
  • Réduire les disparités socioéconomiques, les difficultés d’accès à l’information et aux médias ainsi que les facteurs de marginalisation notamment par une politique réfléchie d’aménagement du territoire prenant en compte la dimension transfrontalière;
  • Mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes sur les enjeux et dangers de l’extrémisme violent et veiller à une meilleure surveillance des prédicateurs venant de pays voisins avec une implication constructive des forces de défense et de sécurité;
  • Impliquer davantage les chefs religieux confrériques dans le cadre d’une politique inclusive de prévention de l’extrémisme en collaboration avec le Cadre d’Intervention et de Coordination Interministériel des Opérations de lutte anti-terroriste (CICO) et les autres structures aussi bien étatiques que de la société civile.

Dakar, le 4 mai 2018 - Timbuktu Institute

Télécharger ici :

Les résultats sur l’étude inédite sur la radicalisation transfrontalière Sénégal-Mauritanie vont être présentés par Timbuktu Institute - African Center for Peace Studie. La cérémonie va se tenir ce vendredi 04 mai 2018 à partir de 10 heures à la Maison de la presse

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxembourg de Dakar, organise l’atelier de restitution des résultats du projet de recherche sur les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme dans les zones frontalière du Sénégal et de la Mauritanie, ce vendredi. 

 La rencontre qui va se tenir en présence des représentants de l’Etat et des corps diplomatiques, sera l’occasion d'échanger sur la méthodologie de l'étude et les tendances générales afin de proposer des solutions pour contrer les risques de radicalisation violente chez les jeunes de ces localités. 

 

Mbour, 29 avr (APS) – "Timbuktu Institute" organise, mercredi, à Mbour (ouest), une session de formation au profit des professionnels de la presse et des radios communautaires sur le thème : "Médias, sécurité et cohésion sociale : entre libertés, déontologie et responsabilité", annonce un communiqué reçu à l’APS.

 
 
Cette formation initiée en partenariat avec la Fondation Konrad Adenaeur "sera une occasion pour échanger sur les enjeux sécuritaires du Sahel et le traitement de l’information sur les questions de paix et de sécurité afin de contribuer à une meilleure cohésion sociale dans notre pays", précise la source.
 
Il s’agit de donner aux journalistes et reporters "les pré-requis de la notion de terrorisme, les exigences du traitement de l’information liée à l’extrémisme violent, ainsi que les outils de renforcement de la paix et de la cohésion sociale dans une sous-région en pleine mutation géopolitique", conclut le texte.
 
Source: www.aps.sn

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxembourg de Dakar, organise un atelier de restitution des résultats du projet de recherche sur les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme dans les zones frontalière du Sénégal et de la Mauritanie.

La cérémonie de présentation des résultats aura lieu le vendredi 04 mai 2018 à 10H à la Maison de la presse sur la corniche ouest, Dakar, en présence des représentants de l’Etat, des corps diplomatiques et sera l’occasion d'échanger sur la méthodologie de l'étude et les tendances générales afin de proposer des solutions pour contrer les risques de radicalisation violente chez les jeunes de ces localités.

L’objectif de cette coopération entre Timbuktu Institute et la Fondation Rosa Luxembourg était, notamment, de dégager des pistes pouvant aboutir à la formulation de recommandations opérationnelles susceptibles d’orienter les décideurs et les organisations régionales, sous régionales voire internationales, sur la nécessité de mettre en place des politiques prenant en compte de la question de la radicalisation des jeunes au regard des mutations géopolitiques que connaissent les pays du Sahel.

Sans s’écarter du respect du principe de la présomption d’innocence, du caractère purement individuel de la responsabilité pénale, ni anticiper sur la sentence à venir des magistrats de la cour criminelle qui siège à Dakar pour le procès de l'imam Aliou Badara NDao et ses compagnons, il apparait clairement à la lumière des débats et des interrogatoires des individus appelés à la barre, que l’extrémisme est désormais un ennemi incrusté dans la société sénégalaise. Il est reproché à cette personnalité et coaccusés, un chapelet de graves infractions parmi lesquelles notamment «l’association de malfaiteurs à objet terroriste».

Au Sénégal, les confréries d’inspiration soufie ont historiquement joué un rôle important dans la conception d’une pratique ouverte et tolérante d’un Islam préservant le fond originel d’une société qui garde sa spécificité tirée de la tradition des ancêtres.

Pour Bakary Sambe, fondateur de Tumbuctu Institute, un observatoire spécialisé sur la montée du radicalisme, par le site d’informations en ligne «Dakaractu», les révélations «de ce procès imposent au Sénégal un changement d’approche et de paradigme sécuritaire».

Il note que pendant des années, le pays «a eu la chance d’appartenir à la catégorie des Etats qui offraient encore la possibilité d’une approche prospective, mais il devait la saisir pour développer une vraie stratégie nationale de prévention en plus de la prise charge sécuritaire du phénomène.

Garder les frontières et équiper les forces de sécurité peut être une bonne démarche tant que le danger n’est pas susceptible de venir d’un ennemi diffus, insaisissable et peut être déjà a l’intérieur, le déni politique et social de cette réalité nous a menés à la situation présente et nous devons sortir de l’approche réactive». Le Dr Sambe ajoute qu’avec le procès en cours, «le mythe du Sénégalais naturellement non violent, qui a nourri notre déni national, s’est complètement effondré. Le terrorisme d’origine nationale dit «homegrown terrorism» exige des changements substantiels pour tous nos Etats, appelés à conforter la recherche intensifiée du renseignement tout en se souciant des droits humains».

Ainsi, les services de renseignement doivent opérer une véritable synthèse, un nouveau dosage entre les préoccupations liées à la sécurité intérieure et les nécessités de sécurité extérieure. Coordinateur de l’observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, Sambe est un précurseur dans le domaine des alertes sur le phénomène, avec la publication en 2013, du premier rapport du genre: «Paix et sécurité dans l’espace CEDEAO». Il a produit des travaux sous le titre: «Grand angle sur le radicalisme religieux et la menace terroriste au Sénégal», réalisé en collaboration avec l’Institut d’études et de sécurité (ISS), basé à Addis-Abeba, Nairobi, Pretoria et Dakar.

En 2015, Bakary Sambe a publié un ouvrage sous le titre «Boko Haram, du problème nigérian à la menace sous régionale».

Qualifiées d’alarmistes dans un passé récent, les alertes de ce spécialiste s'imposent désormais de par leur dramatique pertinence.

« Le Sénégal a eu, toutes ces années la chance d’appartenir à la catégorie de pays qui offraient encore la possibilité d’une approche prospective, mais il devait la saisir pour développer une vraie stratégie nationale de prévention en plus de la prise en charge sécuritaire du phénomène », réagit Dr. Bakary Sambe suite aux révélations du procès des « terroristes présumés en cours. 

  

Pour lui, « garder les frontières et équiper les forces de sécurité peut-être une bonne démarche tant que le danger n’est pas susceptible de venir d’un ennemi diffus, insaisissable et peut-être déjà à l’intérieur ; le déni politique et social de cette réalité nous a menés à la situation présente et nous devons sortir de l’approche réactive ». 

  

Il y a quelques années, ses thèses sur la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest étaient souvent qualifiées d’«alarmistes » par ses pairs comme par les acteurs étatiques. Les derniers évènement semblent conforter le fait que le coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, Dr. Bakary Sambe a été, en fait, un « précurseur » dans ce domaine avec la publication dès 2013 du premier rapport « Paix et Sécurité dans l’espace CEDEAO » intitulé, « Grand angle sur le radicalisme religieux et la menace terroriste au Sénégal », réalisé avec l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS), basé à Addis Abeba, Dakar, Nairobi et Pretoria. 

« Dans les différentes éditions du Forum de Dakar, souligne le Directeur de Timbuktu Institute, j’ai toujours appelé à nuancer les approches strictement sécuritaires pour appeler à une démarche holistique de ce phénomène en perpétuelle mutation et à ce que le Sénégal mette en place une vraie stratégie nationale de prévention distincte des opérations de lutte contre le terrorisme à proprement parler qui sont aussi nécessaire ». 

Selon Dr. Sambe pour qui, avec ce procès « le mythe du sénégalais naturellement non violent » qui a nourri notre « déni national » s’est complètement effondré  « le terrorisme d’origine nationale dit homegrown terrorism  exige des changements substantiels pour tous nos Etats devant conforter la recherche intensifiée du renseignement tout en se souciant des droits humains » 

« Il est sûr que cela demande des réformes des services de renseignement et un nouveau dosage entre préoccupations relevant de la sécurité intérieure et nécessités de sécurité extérieure », souligne Bakary Sambe. Car, rappelle t-il,  « le problème de l’Etat de droit face à ce nouveau type de menace est qu’il est comptable du respect des principes démocratiques face à des individus ou groupes pour lesquels la démocratie peut être, paradoxalement, un moyen de tuer la démocratie et non une fin en soi ». 

Revenant sur ses spécificités, Dr. Sambe précise que « ce phénomène qui doit alerter est d’autant plus complexe qu’il fait référence à l’action ou stratégies de  des ressortissants s’attaquant à leur propre pays sans nécessairement posséder de liens visibles avec les revendications qui les animent mais en collusion avec des éléments extérieurs ». 

Rappelons que Dr. Bakary Sambe, avait aussi publié un ouvrage sur « Boko Haram, du problème nigérian à la menace régionale » (Juillet, 2015) qui avait la particularité de partir des propres sources du mouvement avec une analyse des écrits du fondateurs du mouvement pour dit-il “diagnostiquer le mal à la racine, afin de rompre d’avec la vision strictement sécuritaire qui peine à donner des solutions ou résultats durables”. L’Institut qu’il dirige rend publique le 20 avril prochain une nouvelle étude sur les facteurs de radicalisation dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie. 

Au moment où le Directeur de Timbuktu Institute, le Dr. Bakary Sambe est en train d'intervenir à la 5e Conférence de l'Organisation des Gendarmeries africaines sur les stratégies de lutte contre le terrorisme en Afrique au King Fahd Palace présidée par Son Excellence Macky Sall, l'information nous parvient d'un cambriolage contre le Centre de recherche basé à Dakar.  
L'Institut est connu pour ses différents travaux sur les questions de radicalisation et l'extrémisme violent dans les pays du Sahel. Timbuktu Institute a récemment publié un rapport sur "Terrorisme et justice pénale" mais aussi une étude sur les "stratégies salafistes sur Internet". 
Pour rappel, le site Internet de l'institut avait déjà fait l'objet d'attaques informatiques en 2016. 
La Gendarmerie a été alertée et ses éléments sont attendus sur les lieux d'un moment à l'autre, nous informe un chercheur de l'Institut.