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Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
In the midst of a diplomatic pullback from Europe, Ouagadougou appears unwilling to back down or soften its approach. A new step was taken in its confrontation with the European Union: the declaration persona non grata, on 14 July, of two officials from the European delegation in Ouagadougou (the deputy head of delegation and a programme officer), who were ordered to leave Burkinabè territory within 72 hours, without the authorities officially specifying the reasons. This decision follows on from a resolution adopted in June by the European Parliament denouncing the “repression of civic space and fundamental freedoms” and calling for independent investigations into possible human rights violations. That text had subsequently been labelled “neo-colonial” by Ouagadougou, which viewed it as a breach of the principle of non-interference. For its part, Brussels stated that it saw “no basis” for this expulsion and that it was assessing its response, in a context where the crisis compounds the already consummated break with France and the broader deterioration of relations with Western partners.
It was against this rather tense backdrop that the chairperson of the African Union Commission, Mahamoud Ali Youssouf, paid a working visit to Ouagadougou on 16 July, following a stop in Bamako, to reaffirm the continental organisation's “re-engagement” with the countries of the Alliance of Sahel States (AES). Suspended from the AU's political bodies since the January 2022 coup, Burkina Faso was urged to maintain dialogue rather than sink further into rupture. Indeed, the head of pan-African diplomacy called for a transition exit involving the reopening of political space, the resumption of party activities and the holding of elections, while also advocating for closer ties between the AES and ECOWAS, which Ouagadougou, Bamako and Niamey withdrew from in January 2024. On the security front, he proposed revitalising the Nouakchott Process, launched in 2013, in response to a blunt appeal from Burkinabè Prime Minister Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, who denounced the “silence and inadequacy” of African solidarity in the face of Sahelian crises.
However, Ouagadougou's recent hardening towards Europe has not translated into total, uniform diplomatic isolation. On 13 July, Burkinabè Foreign Minister Karamoko Jean Marie Traoré received British ambassador Angus McKee to affirm a shared determination to strengthen strategic cooperation on security and development, including the establishment of a dedicated framework for counterterrorism consultation. The British diplomat proposed creating a regional forum for Sahelian countries, while the Burkinabè side called for cooperation geared more towards structuring projects than humanitarian aid. A sign that Ouagadougou, while breaking with some Western partners, is seeking to diversify others, provided they are willing to value its security efforts rather than scrutinise them.
Religious realignment and tightening of power
This variable-geometry diplomacy also has a domestic echo, namely in the way Captain Ibrahim Traoré is seeking to reaffirm his authority over both religious and political matters. On 16 July, before community leaders in the Yaadga region, he called for a “moderate” Islam, denounced a “minority of extremists” and defended the law governing religious practices, weeks after the controversial arrest of imam Ishaq Kindo. Arguing that “imperialism” was seeking to instrumentalise Islam to destabilise the country, he announced financial support for imams deemed to be spreading a “positive message”, the possibility of suspending dissenting preachers, as well as tighter oversight of religious training abroad, with the announced repatriation of young Burkinabè studying sharia outside the country. These measures, added to restrictions on prayers in public spaces, have been perceived by some Muslim leaders (who were nonetheless among Captain Traoré's earliest supporters in 2022) as calling into question their place in society, even though the authorities deny this, invoking the fight against the religious instrumentalisation of terrorism.
Yet this drive to tighten control extends beyond the religious sphere alone. Faced with persistent rumours of internal rivalries, Ibrahim Traoré responded with unmistakable firmness. The speculation in question concerns in particular the prolonged absence of several figures within the regime, such as Commander Oumarou Yabré, the intelligence chief who has been off the public radar since late May, Captain Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, a former junta spokesman, and the affair of imam Kindo. While visiting the Yaadga region, the President of Faso, Captain Ibrahim Traoré, met on 16 July with community leaders from the region. During his address, Ibrahim Traoré repeatedly set the record straight, declaring in Ouahigouya that “there aren't two captains on a boat” and vowing to punish any “anti-revolutionary” behaviour. Bluntly, he stated: “If someone screws up, I'll bring them to heel without hesitation.” A terse formula which, in seeking to quash the speculation, perhaps reveals less the solidity of a unified chain of command than the regime's need to publicly reaffirm it.
Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
En plein repli diplomatique vis-à -vis de l’Europe, Ouagadougou semble ne pas vouloir reculer ou tempérer sa démarche. Nouvelle étape franchie dans sa confrontation avec l'Union européenne : la déclaration persona non grata, le 14 juillet, de deux responsables de la délégation européenne à Ouagadougou (le chef adjoint de la délégation et une chargée de programme), sommés de quitter le territoire burkinabè sous 72 heures, sans que les autorités n'en précisent officiellement les motifs. Cela étant, cette décision s'inscrit dans le prolongement d'une résolution adoptée en juin dernier par le Parlement européen, dénonçant la « répression de l'espace civique et des libertés fondamentales » et appelant à des enquêtes indépendantes sur d'éventuelles violations des droits humains. Ce texte avait dès lors été qualifié de « néocolonial » par Ouagadougou, y voyant une atteinte au principe de non-ingérence. De l’autre côté, Bruxelles a fait savoir qu'elle ne voyait « aucun fondement » à cette expulsion et qu'elle évaluait les suites à y donner, dans un contexte où la crise vient s'ajouter à la rupture déjà consommée avec la France et à la dégradation plus générale des relations avec les partenaires occidentaux.
C'est dans ce climat assez tendu que le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a effectué une visite de travail à Ouagadougou le 16 juillet, après une étape à Bamako, pour réaffirmer le « réengagement » de l'organisation continentale auprès des pays de l'Alliance des États du Sahel (AES). Suspendu des instances politiques de l'UA depuis le coup d'État de janvier 2022, le Burkina Faso a été invité à maintenir le dialogue plutôt qu'à s'enfoncer dans la rupture. En effet, le chef de la diplomatie panafricaine a appelé à une sortie de transition passant par la réouverture de l'espace politique, la reprise des activités partisanes et l'organisation d'élections, tout en plaidant pour un rapprochement entre l'AES et la Cédéao, dont Ouagadougou, Bamako et Niamey se sont retirés en janvier 2024. Sur le plan sécuritaire, il a proposé de revitaliser le processus de Nouakchott, lancé en 2013, en réponse à une demande formulée sans détour par le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui a dénoncé le « mutisme et l'insuffisance » de la solidarité africaine face aux crises sahéliennes.
Toutefois, le récent durcissement de Ouagadougou à l'égard de l’Europe ne se traduit toutefois pas par un isolement diplomatique total et uniforme. Le 13 juillet, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a reçu l'ambassadeur britannique Angus McKee pour affirmer la volonté commune de renforcer une coopération stratégique en matière de sécurité et de développement, incluant la mise en place d'un cadre de concertation dédié à la lutte antiterroriste. Le diplomate britannique a proposé la création d'un espace d'échanges régional pour les pays sahéliens, tandis que la partie burkinabè a plaidé pour une coopération davantage tournée vers des projets structurants que vers l'aide humanitaire. Signe que Ouagadougou, tout en rompant avec certains partenaires occidentaux, cherche à en diversifier d'autres, à condition qu'ils acceptent de valoriser ses efforts sécuritaires plutôt que de les scruter
Recomposition religieuse et resserrement du pouvoir
Cette diplomatie à géométrie variable trouve par ailleurs un écho intérieur, en l’occurrence dans la manière dont le capitaine Ibrahim Traoré cherche à réaffirmer son autorité sur les registres religieux et politique. Le 16 juillet, devant les Forces vives de la région de Yaadga, il a appelé à un islam « modéré », dénoncé une « minorité d'extrémistes » et défendu la loi encadrant les pratiques religieuses, quelques semaines après l'arrestation controversée de l'imam Ishaq Kindo. Estimant que « l'impérialisme » chercherait à instrumentaliser l'islam pour déstabiliser le pays, il a annoncé un soutien financier aux imams jugés porteurs d'un « bon message », la possibilité de suspendre les prédicateurs dissidents, ainsi qu'un encadrement renforcé des formations religieuses à l'étranger, avec le rapatriement annoncé des jeunes Burkinabè étudiant la charia hors du pays. Ces mesures, ajoutées à l'encadrement des prières dans l'espace public, ont été perçues par une partie des responsables musulmans (pourtant parmi les premiers soutiens du capitaine Traoré en 2022) comme une remise en cause de leur place dans la société, même si le pouvoir s'en défend au nom de la lutte contre l'instrumentalisation religieuse du terrorisme.
Pour autant, cette volonté de reprise en main s'étend au-delà du seul champ religieux. Face aux rumeurs persistantes de rivalités internes, Ibrahim Traoré a répondu avec une limpide fermeté. Les spéculations en question concernent notamment l'absence prolongée de plusieurs figures du régime à l’instar du commandant Oumarou Yabré, chef du renseignement, disparu de la scène publique depuis fin mai, le capitaine Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, ancien porte-parole de la junte ou encore l'affaire de l'imam Kindo. En séjour dans la région du Yaadga, le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a échangé le 16 juillet, avec les forces vives de la région. Pendant sa prise de parole, Ibrahim Traoré a multiplié les mises au point, affirmant à Ouahigouya qu'« il n'y a pas deux capitaines dans un bateau » et promettant de sanctionner tout comportement « anti-révolutionnaire ». Sans ambages, il a déclaré : « Si quelqu’un merde, je vais te mater sans état d’âme ». Une formule lapidaire qui, en cherchant à dissiper les spéculations, révèle peut-être moins la solidité d'une chaîne de commandement unifiée que la nécessité, pour le régime, de la réaffirmer publiquement.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
In Nigeria, it seems that every week serves as a reminder, sometimes with stark brutality, of the scale of the security challenges the country continues to face. The latest example: on 18 and 19 July, in Zamfara State in the northwest of the country, an armed gang led by a gang leader known as Kachalla Sa'idu attacked eleven villages, abducting at least 40 people, mostly women and children. These abductions are part of a pattern in a region where kidnapping for ransom and criminal group violence remain endemic, despite Abuja's stated efforts to curb the phenomenon. The army had in fact announced in early July that it had killed around 300 suspected members of gangs specialising in kidnapping and cattle theft. Faced with the persistence of this insecurity, President Bola Tinubu has launched a reform aimed at establishing state police forces, a project that remains, however, pending approval by the federated states — a sign of the institutional resistance faced by any attempt to decentralise law enforcement.
In the northeast of the country, the fight against the jihadist insurgency is following a different trajectory, marked by gains claimed by the armed forces. Operations Hadin Kai and Fansan Yamma have enabled, according to the army, the release of hostages, the interception of logistical resources intended for armed groups and the arrest of several suspects, including a Sudanese national presented as a suspected “foreign terrorist fighter”, arrested in the Askira/Uba area alongside a woman claiming to be an undocumented Ghanaian migrant. Several suspected Boko Haram and Islamic State West Africa Province (ISWAP) fighters have also laid down their arms, including two senior figures. Surrenders that military authorities attribute to the combined pressure of ground operations, airstrikes and intelligence work. These two fronts — one in Zamfara, the other in the Lake Chad basin — depict a country where the geography of violence remains multifaceted, spanning organised crime and ideological insurgency.Several suspected Boko Haram and Islamic State West Africa Province (ISWAP) fighters have also laid down their arms, including two senior figures. Surrenders that military authorities attribute to the combined pressure of ground operations, airstrikes and intelligence work. These two fronts — one in Zamfara, the other in the Lake Chad basin — depict a country where the geography of violence remains multifaceted, spanning organised crime and ideological insurgency.
Oil dispute and ambitions of becoming a continental gas hub
This security instability finds an echo, on an entirely different terrain, in the power struggles shaping the exploitation of Nigeria's resources. Thus, a court in Bayelsa State dismissed the lawsuit filed by Bubaraye Dakolo, monarch of the Kingdom of Ekpetiama, against the oil group Shell, which sought to freeze the sale of the company's onshore assets until the environmental damage caused in the Niger Delta had been repaired. The court ruled the claim “premature and inadmissible”, finding that the pollution allegations were time-barred under Nigerian law. A decision welcomed by Shell, which attributes much of the degradation to sabotage and oil theft, but which the monarch's defence team intends to challenge on appeal. This case illustrates the persistent difficulty faced by Delta communities in asserting their rights against oil majors, in a context where the national legal framework tends to favour the latter.
And yet it is on this very same energy front that Nigeria is displaying its most continental ambitions. Indeed, at the ECOWAS summit on 19 July in Freetown, member states signed an intergovernmental agreement defining the legal and institutional framework for the Nigeria-Morocco Atlantic African Gas Pipeline, marking a decisive step in a project jointly driven by Abuja and Rabat. Stretching several thousand kilometres and crossing thirteen countries along Africa's Atlantic seaboard, before a planned connection to the Maghreb-Europe Gas Pipeline, the corridor is intended to carry Nigerian gas to Morocco, with an announced capacity of around 30 billion cubic metres a year, for an estimated cost of several tens of billions of dollars. Revived in the wake of the energy crisis triggered by Russia's invasion of Ukraine and the 2022 halt of Algerian gas transit to Spain via Morocco, the project is now entering its operational structuring phase, with the establishment of governance bodies and the mobilisation of financing. Beyond its energy ambitions, the project aims to strengthen regional integration by facilitating access to gas for the countries it crosses, supporting industrialisation and improving the continent's energy security. It also represents a major geopolitical lever for Nigeria, which is seeking to further capitalise on its substantial gas reserves, and for Morocco, which aims to consolidate its role as an energy hub between Africa and Europe. Construction is scheduled to begin in 2028, with first deliveries not expected until 2031 — a horizon that gives Nigeria both the time, and the obligation, to demonstrate that its ambition to become a regional energy hub can be reconciled with resolving its internal security and environmental fractures.
Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
Au Nigeria, c’est à croire que chaque semaine vient rappeler, parfois avec une frappante brutalité, l'ampleur des défis sécuritaires auxquels reste confronté le pays. La dernière en date : les 18 et 19 juillet, dans l'État de Zamfara, au nord-ouest du pays, une bande armée dirigée par un chef de gang connu sous le nom de Kachalla Sa'idu a mené des attaques contre onze villages, enlevant au moins 40 personnes, en majorité des femmes et des enfants. Ces rapts s'inscrivent dans une région où les enlèvements contre rançon et les violences de groupes criminels demeurent endémiques, malgré les efforts affichés par Abuja pour endiguer le phénomène. L’armée avait en effet annoncé, début juillet, avoir tué environ 300 membres présumés de gangs spécialisés dans le rapt et le vol de bétail. Face à la persistance de cette insécurité, le président Bola Tinubu a engagé une réforme visant à instaurer des polices d'État, un projet qui reste toutefois suspendu à l'approbation des États fédérés, signe des résistances institutionnelles que rencontre toute tentative de décentralisation du maintien de l'ordre.
Dans le nord-est du pays, la lutte contre l'insurrection jihadiste suit une trajectoire distincte, marquée par des avancées revendiquées par les forces armées. Les opérations Hadin Kai et Fansan Yamma ont permis, selon l'armée, la libération d'otages, l'interception de moyens logistiques destinés aux groupes armés et l'arrestation de plusieurs suspects, dont un ressortissant soudanais présenté comme un « combattant terroriste étranger » présumé, interpellé dans la zone d'Askira/Uba avec une femme se présentant comme une immigrée clandestine ghanéenne. Plusieurs combattants présumés de Boko Haram et de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) ont par ailleurs déposé les armes, dont deux responsables de haut rang. Des redditions que les autorités militaires attribuent à la pression combinée des opérations terrestres, des frappes aériennes et du renseignement. Ces deux fronts, l'un dans le Zamfara, l'autre dans le bassin du lac Tchad, dessinent un pays où la géographie de la violence reste plurielle, entre criminalité organisée et insurrection idéologique.
Contentieux pétrolier et ambition de hub gazier continental
Cette instabilité sécuritaire trouve un écho, sur un tout autre terrain, dans les rapports de force qui structurent l'exploitation des ressources nigérianes. Ainsi, un tribunal de l'État de Bayelsa a rejeté la plainte déposée par Bubaraye Dakolo, monarque du royaume d'Ekpétiama, contre le groupe pétrolier Shell, qui réclamait le gel de la vente des actifs terrestres de l'entreprise tant que les dégâts environnementaux causés dans le delta du Niger n'auraient pas été réparés. La justice a jugé la requête « prématurée et irrecevable », estimant les accusations de pollution prescrites au regard du droit nigérian. Une décision saluée par Shell, qui attribue une large part des dégradations à des actes de sabotage et à des vols de pétrole, mais que la défense du monarque entend contester en appel. Pour le coup, cette affaire illustre la difficulté persistante, pour les communautés du Delta, à faire valoir leurs droits face aux majors pétrolières, dans un contexte où le cadre juridique national tend à jouer en faveur de ces dernières.
Et pourtant, c’est sur ce même registre énergétique que le Nigeria affiche ses ambitions les plus continentales. En effet, lors du sommet de la Cédéao le 19 juillet à Freetown, les États membres ont signé un accord intergouvernementaldéfinissant le cadre juridique et institutionnel du Gazoduc africain-atlantique Nigéria-Maroc, franchissant une étape décisive dans un projet porté conjointement par Abuja et Rabat. Long de plusieurs milliers de kilomètres et traversant treize pays de la façade atlantique africaine, avant une connexion prévue au Gazoduc Maghreb-Europe, le corridor doit acheminer le gaz nigérian jusqu'au Maroc, avec une capacité annoncée de l'ordre de 30 milliards de mètres cubes par an, pour un coût estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Relancé dans le sillage de la crise énergétique consécutive à l'invasion russe de l'Ukraine et à l'arrêt, en 2022, du transit du gaz algérien vers l'Espagne via le Maroc, le projet entre désormais dans sa phase de structuration opérationnelle, avec la mise en place des instances de gouvernance et la mobilisation des financements. Au-delà de son ambition énergétique, le projet vise à renforcer l’intégration régionale en facilitant l’accès au gaz pour les pays traversés, en soutenant l’industrialisation et en améliorant la sécurité énergétique du continent. Il constitue également un levier géopolitique majeur pour le Nigeria, qui cherche à valoriser davantage ses importantes réserves gazières, et pour le Maroc, qui entend consolider son rôle de hub énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Les travaux sont annoncés pour 2028, les premières livraisons n'étant attendues qu'à partir de 2031 ; un horizon qui laisse au Nigeria le temps, mais aussi l'obligation, de démontrer que son ambition de hub énergétique régional peut se conjuguer avec la résolution de ses fractures sécuritaires et environnementales internes.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
In Benin, the challenges of the moment remain at the crossroads of diplomatic, security and institutional issues. As the country tries to consolidate its balances in a regional environment undergoing full-scale realignment, its domestic scene continues to be marked by sensitive, at times politically charged, cases. Thus, between asserting a regional role, managing security vulnerabilities and pursuing ongoing judicial proceedings, Beninese authorities are seeking to preserve the country's stability while adapting their strategies to the current regional balance of power. The question of relations with Niger is one of the main markers of this diplomatic realignment. Closed since August 2023 following the tensions triggered by the change of regime in Niamey and the regional sanctions that followed, the land border between the two countries has heavily affected bilateral trade. The Cotonou–Malanville–Niamey corridor has historically been an essential axis for supplying Niger and a major source of activity for the Autonomous Port of Cotonou. The severing of this link had led to a temporary drop in Beninese port traffic and a sharp rise in logistics costs for Niamey, which was forced to rely on alternative routes via Togo or Nigeria. Benin, however, has gradually managed to absorb part of the economic impact of this closure thanks to the diversification of its trade flows and the dynamism of the Glo-Djigbé Industrial Zone. Niger, by contrast, has borne the brunt of the situation, notably through lost customs revenue and a growing reliance on costlier corridors. Against this backdrop, the prospect of reopening the border, agreed following a visit by Beninese President Romuald Wadagni to Niamey in June 2026, appears to be an important step towards a gradual normalisation of relations between the two countries.
This development nonetheless comes against a regional backdrop where security issues continue to weigh heavily. Recent rumours of a joint military operation between Benin and Burkina Faso along their shared border are a case in point. Images circulated on social media had suggested a coordinated intervention by the two armies in the Koualou-Kourou area, but Beninese authorities denied this interpretation, clarifying that the Burkinabè troops present in the area were engaged in a territorial repositioning operation. The Koualou-Kourou region remains particularly sensitive due to a long-standing border dispute between Cotonou and Ouagadougou, provisionally settled by a 2009 agreement providing for a special status pending a ruling by the International Court of Justice. To this territorial dimension is now added the threat posed by the expansion of armed groups in the Sahel's border areas, notably with the presence of groups affiliated with JNIM. While relations between Benin and Burkina Faso appear to have improved recently, this development has not yet led to structured military cooperation.
At the same time, Benin is seeking to strengthen its monitoring capabilities through enhanced cooperation with Nigeria. The two countries have deployed a system based on geospatial technologies to improve surveillance of their shared border and the management of cross-border flows. Piloted at the Sèmè-Kraké border post, this initiative is designed to help customs services identify vulnerable areas more effectively, combat smuggling and improve intelligence gathering. It reflects a determination to reconcile border security with the smooth flow of trade. In a similar vein, meeting in Cotonou on 12 and 13 July, the 23 Atlantic African states adopted the Cotonou Declaration to structure cooperation around maritime security, green logistics corridors, energy and economic integration. This initiative, driven by the Atlantic African States Process launched in 2022 in Rabat, aims to turn Africa's Atlantic seaboard into a new strategic space aligned with the African Union's Agenda 2063. Its scope will, however, depend on the concrete implementation of the projects announced and on states' ability to coordinate their actions.
Judicial developments
Alongside these regional issues, Benin's domestic scene remains marked by no less significant judicial developments. First, more than seven months after the attempted coup of 7 December 2025, proceedings brought by the Court for the Repression of Economic Offences and Terrorism (CRIET) are continuing. This is illustrated by remand warrants issued against political figures such as Candide Azannaï, while some defendants have already been convicted, as in the cases of former opposition MP Soumaïla Sounon Boké and journalist Angela Kpeidja. More recently, and in a different register, the judicial news continued with the conviction of Maître Magloire Yansunu, a leading figure of the Beninese bar, by CRIET. The lawyer was sentenced to seven years in prison for “breach of trust and money laundering”, along with a fine of around 29 million CFA francs, in a case involving a financial dispute with one of his former clients over a severance payment. The defence, which considers the sentence disproportionate, has announced its intention to appeal, recalling that Maître Yansunu remains presumed innocent pending the outcome of the appeal process.
In another particularly sensitive case, the trial linked to the disappearance of trade unionist and opposition figure Pierre Urbain Dangnivo also continues to attract attention, more than fifteen years after the events. The public prosecutor's office has sought a 30-year prison sentence against Codjo Alofa, considered one of the main defendants, after the charges were requalified as “complicity in murder committed with acts of barbarity”. The prosecution believes the accused contributed to the preparation of the crime without being its direct perpetrator. Since Dangnivo's disappearance in 2010 under the Boni Yayi regime, the case has remained mired in controversy. The family of the missing man continues in particular to challenge the identification of the body presented as that of their relative, as well as certain findings of the investigation, denouncing several grey areas. As a reminder, the Dangnivo affair refers to the disappearance, in August 2010, of trade unionist P. Dangnivo, as he was on his way home. His presumed body was found several years later, but the circumstances of his death and the responsibilities in the case remain shrouded in controversy, making this case a symbol of concerns over press freedom and justice in Benin.
All in all, Benin today is navigating between two imperatives. On the one hand, preserving its reputation for stability in a fragile regional environment and managing the aftermath of an institutional and political realignment exemplified by the recent constitutional revision and the new Senate. On the other hand, coping with a considerable weakening of the political opposition, which appears to have been reduced to its simplest expression.
Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
Au Bénin, les enjeux de l’heure restent à la croisée de défis diplomatiques, sécuritaires et institutionnels. Alors que le pays tente de consolider ses équilibres dans un environnement régional en pleine recomposition, sa scène intérieure demeure traversée par des dossiers sensibles aux implications, parfois politiques. Ainsi, entre affirmation d’un rôle régional, gestion des vulnérabilités sécuritaires et poursuite des dynamiques judiciaires en cours, les autorités béninoises cherchent à préserver la stabilité du pays tout en adaptant leurs stratégies face aux actuels rapports de force régionaux. La question des relations avec le Niger constitue l’un des principaux marqueurs de cette recomposition diplomatique. Fermée depuis août 2023 à la suite des tensions provoquées par le changement de régime à Niamey et les sanctions régionales qui avaient suivi, la frontière terrestre entre les deux pays a lourdement affecté les échanges bilatéraux. Le corridor Cotonou-Malanville-Niamey représentait historiquement un axe essentiel pour l’approvisionnement du Niger et une source majeure d’activité pour le Port autonome de Cotonou. La rupture de cette liaison avait entraîné une baisse temporaire du trafic portuaire béninois et une hausse importante des coûts logistiques pour Niamey, contraint de recourir à des itinéraires alternatifs via le Togo ou le Nigeria. Toutefois, le Bénin a progressivement réussi à absorber une partie de l’impact économique de cette fermeture grâce à la diversification de ses flux commerciaux et au dynamisme de la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Le Niger, en revanche, a davantage subi les conséquences de cette situation, notamment à travers un manque à gagner sur les recettes douanières et une dépendance accrue à des corridors plus coûteux. Dans ce contexte, la perspective d’une réouverture de la frontière, actée à la suite de la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey en juin 2026, apparaît comme une étape importante vers une normalisation progressive des relations entre les deux pays.
Cette évolution intervient néanmoins dans un environnement régional où les enjeux sécuritaires continuent de peser fortement. Les récentes rumeurs d’une opération militaire conjointe entre le Bénin et le Burkina Faso à leur frontière commune en témoignent. Des images diffusées sur les réseaux sociaux avaient laissé croire à une intervention coordonnée des deux armées dans la zone de Koualou-Kourou, mais les autorités béninoises ont démenti cette interprétation, précisant que les militaires burkinabè présents dans cette zone étaient engagés dans une opération de repositionnement territorial. La région de Koualou-Kourou demeure particulièrement sensible en raison d’un ancien différend frontalier entre Cotonou et Ouagadougou, réglé provisoirement par un accord de 2009 prévoyant un statut particulier dans l’attente d’une décision de la Cour internationale de justice. À cette dimension territoriale s’ajoute désormais la menace liée à l’expansion des groupes armés dans les zones frontalières du Sahel, notamment avec la présence de groupes affiliés au Jnim. Si les relations entre le Bénin et le Burkina Faso semblent connaître une amélioration récente, cette évolution n’a pas encore débouché sur une coopération militaire structurée.
Dans le même temps, le Bénin cherche à renforcer ses capacités de contrôle à travers une coopération accrue avec le Nigeria. Les deux pays ont engagé un dispositif fondé sur des technologies géospatiales afin d’améliorer la surveillance de leur frontière commune et la gestion des flux transfrontaliers. Expérimentée au poste-frontière de Sèmè-Kraké, cette initiative doit permettre aux services douaniers d’identifier plus efficacement les zones vulnérables, de lutter contre la contrebande et d’améliorer la collecte de renseignements. Elle traduit une volonté de concilier sécurisation des frontières et maintien de la fluidité des échanges commerciaux. Dans une veine similaire, réunis à Cotonou les 12 et 13 juillet, les 23 États africains atlantiques ont adopté la Déclaration de Cotonou afin de structurer une coopération autour de la sécurité maritime, des corridors logistiques verts, de l’énergie et de l’intégration économique. Cette initiative, portée par le Processus des États africains atlantiques lancé en 2022 à Rabat, ambitionne de faire de la façade atlantique africaine un nouvel espace stratégique aligné sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sa portée dépendra toutefois de la mise en œuvre concrète des projets annoncés et de la capacité des États à coordonner leurs actions.
Séquences judiciaires
Parallèlement à ces enjeux régionaux, la scène intérieure béninoise demeure marquée par des séquences judiciaires non moins importantes. Tout d’abord, plus de sept mois après la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, les procédures engagées par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) suivent leurs cours. En témoigne notamment des sous mandat de dépôt de responsables politiques à l’instar de Candide Azannaï, tandis que certains accusés ont déjà fait l’objet de condamnations, à l’image de l’ex-député de l’opposition Soumaïla Sounon Boké et de la journaliste Angela Kpeidja. Mais plus récemment, et dans un autre registre, l’actualité judiciaire s’est prolongée avec la condamnation de Me Magloire Yansunu, figure majeure du barreau béninois, par la Criet. L’avocat a été condamné à sept ans de prison ferme pour « abus de confiance et blanchiment de capitaux », assortis d’une amende d’environ 29 millions de francs CFA, dans une affaire portant sur un litige financier avec l’un de ses anciens clients concernant une indemnité de licenciement. La défense, qui considère la peine disproportionnée, a annoncé son intention de faire appel, rappelant que Me Yansunu demeure présumé innocent dans l’attente de l’issue des recours.
Dans un autre dossier particulièrement sensible, le procès lié à la disparition du syndicaliste et opposant Pierre Urbain Dangnivo continue également de susciter l’attention, plus de quinze après les faits. Le ministère public a requis 30 ans de réclusion criminelle contre Codjo Alofa, considéré comme l’un des principaux accusés, après une requalification des faits en « complicité de meurtre commis avec des actes de barbarie ». Le parquet estime que l’accusé aurait contribué à la préparation du crime sans en être directement l’auteur. Depuis la disparition de Dangnivo en 2010 sous le régime de Boni Yayi, cette affaire reste toutefois entourée de contestations. La famille du disparu continue notamment de remettre en cause l’identification du corps présenté comme celui de leur proche ainsi que certaines conclusions de l’enquête, dénonçant plusieurs zones d’ombre. Pour rappel, l’affaire Dangnivo désigne la disparition, en août 2010, du syndicalistes P. Dangnivo, alors qu’il se rendait à son domicile. Son corps présumé a été retrouvé plusieurs années plus tard, mais les circonstances de sa mort et les responsabilités dans cette affaire restent entourées de controverses, faisant de ce dossier un symbole des inquiétudes liées à la liberté de la presse et à la justice au Bénin.
Somme toute, le Bénin évolue aujourd’hui entre deux impératifs. En l’espèce préserver sa stature de stabilité dans un environnement régional fragilisé et gérer les après d’une recomposition institutionnelle et politique qui se traduit de manière exemplaire par la dernière révision constitutionnelle et le nouveau Sénat. Et d’autre part, par un affaiblissement considérable des forces de l’opposition politique, qui semble être réduite à sa plus simple expression.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
News from Mali is marked by a growing number of increasingly violent terrorist attacks carried out by JNIM and the FLA, highly organised operational allies that are giving Mali's army a run for its money, with the latter suffering significant losses in both soldiers and equipment. This reflects the impressive nuisance capacity of these attacks, large-scale and synchronised, carried out either by JNIM fighters or FLA rebels in the North. Even though military successes have been recorded here and there, they may not offset the losses suffered by the FAMa. This instability could have regional repercussions, particularly for Mali's close neighbours.
Ambush on the Anéfis-Gao road: Mali's army suffers heavy losses against the FLA-JNIM alliance
This July, Mali is facing one of its deadliest attacks since 2012. In a coordinated move, the FLA and JNIM dealt a heavy blow to the FAMa in an ambush on an army convoy leaving Anéfis for Gao on 18 July 2026. The toll for the Malian army is heavy: at least 50 soldiers killed and several men taken prisoner. Some point to tactical failures, while the Malian army itself has reported coordination shortcomings with its Russian partners from Africa Corps, who reportedly suffered no losses of their own. This attack follows a series of offensives by armed groups in northern Mali aimed at gaining control of Anéfis. Four years on, the regime of Assimi Goïta and its Russian partners are struggling to withstand attackscoordinated by the FLA and JNIM, notably including the capture of Kidal, even though the very objective of the takeover of power was to secure Malian territory against attacks by armed groups. A few days before this ambush, the Malian Armed Forces reportedly destroyed a terrorist hideout in the Kekoro forest, in the Bougouni region, in an airstrike. Fleeing terrorists were neutralised and their equipment confiscated. The FAMa continue this hunt for terrorists.
Despite the Malian army's claims regarding possible airstrikes and the neutralisation of hundreds of terrorists, several outlying areas and road axes remain under JNIM's grip. Several strategic routes, including in the Centre-North and the Centre, remain blocked, preventing the Malian army from conducting its operations properly. Added to this is the fact that FLA separatists claim control of Kidal, as well as the capture of Malian soldiers. This has given rise to a need to redraw strategic alliances in the Sahel, particularly for AES countries, whose cooperation with Russia is increasingly being called into question. For instance, the Russian paramilitaries at the head of the convoy reached Gao without losing a single man, while significant losses were recorded among the FAMa. “ There was a coordination problem between the Russians and the army,” a Malian elected official confided
Timbuktu Institute
L’actualité au Mali est marquée par une multiplication des attaques terroristes de plus en plus violentes perpétrées par le JNIM et le FLA, alliés opérationnels très organisés et qui donnent du fil à retordre à l’armée malienne qui enregistre des pertes importantes en termes de soldats et de matériels. Cela témoigne de la capacité de nuisance impressionnante des ces attaques synchronisées d’envergure menées soit par les soldats du JNIM ou par les rebelles du FLA au Nord. Même si des succès militaires sont enregistrés çà et là, ils peuvent ne pas compenser les pertes enregistrées du côté des FAMa. Cette instabilité peut avoir des conséquences sur le plan régional notamment sur les proches voisins du Mali.
Embuscade sur l’axe Anéfis-Gao : L'armée malienne subit de lourdes pertes face à l'alliance FLA-JNIM
Pour ce mois de juillet, le Mali fait face à une des attaques les plus meurtrières depuis 2012. Dans une entente stratégique, le FLA et le JNIM, ont fait subir un coup dur FAMa dans une embuscade un convoi de l’armée malienne quittant Anéfis et en direction de Gao le 18 juillet 2026. Le bilan du côté de l’armée malienne est lourd : au moins 50 militaires tués et plusieurs hommes emprisonnés. Certains évoquent des défaillances tactiques alors que l’armée malienne de son côté fait état de défauts de coordination avec leur partenaires russes d’Africa Corps; ces derniers n’ayant pas subi de pertes de leur côté. Cette attaque fait suite à une série d’offensives des groupes armés du Nord-Mali dans le dessein de contrôler Anéfis. Après quatre années, le régime d’Assimi Goïta et ses partenaires russes peinent à faire face aux attaques coordonnées FLA-JNIM avec notamment la prise de Kidal, alors que l’objectif de la prise du pouvoir était de sécuriser le territoire malien contre les attaques des groupes armées. Quelques jours avant cette embuscade, les Forces Armées Maliennes auraient détruit un refuge des terroristes dans la forêt de Keroko située dans la région de Bougouni dans une frappe aérienne. Les terroristes qui ont pris la fuite ont été neutralisés et leurs matériels confisqués. Les FAMa poursuivent cette traque des terroristes.
Malgré les affirmations de l’armée malienne sur d'éventuels bombardements et la neutralisation de centaines de terroristes, plusieurs zones périphériques et axes routiers restent sous le joug du JNIM. Plusieurs axes stratégiques dont le centre Nord et le Centre sont entravés, empêchant l’armée malienne de mener correctement ses opérations. À cela, s’ajoutent le fait que les indépendantistes du FLA revendiquent le contrôle de Kidal ainsi que la capture de soldats de l’armée malienne. Dès lors, il naît le besoin de redessiner les alliances stratégiques au Sahel et particulièrement pour les pays de l’AES dont la collaboration avec la Russie est de plus en plus remise en cause. Par exemple, les paramilitaires russes en tête de convoi, arrivent à Gao sans perdre un seul homme alors que d'importantes pertes sont enregistrées du côté des FAma. “ Il y a eu un problème de coordination entre les Russes et l'armée », a confié un élu malien.”