Il y a des circonstances particulières dans l’histoire des Nations qui appellent au sursaut de la part de toutes les parties prenantes. Au regard de leur rôle incontournable dans des situations de crise et de leur responsabilité, Timbuktu Institute lance un appel solennel aux leaders religieux et à la société civile pour une action conjointe immédiate de médiation afin désamorcer cette crise porteuse de risques imprévisibles. La situation sociopolitique que vit le Sénégal depuis quelques semaines est de nature à compromettre la cohésion sociale, la démocratie, l’Etat de droit de même que l'exception sénégalaise tant vantée à  travers le monde.

 

Les images relayées de violences et de troubles ne sont pas dignes de la réputation du Sénégal en Afrique au le plan international. Ce sont des faits similaires qui ont embrasé d'autres pays et les ont plongés dans une situation d’enlisement et de non-retour qui n'est point souhaitable, par personne, pour le Sénégal resté, jusqu'ici, un îlot de stabilité dans la région sous forte pression sécuritaire.

 

Timbuktu Institute appelle, ainsi, à l'activation urgente de tous les leviers de médiation en particulier les leaders religieux et la société civile pour un retour rapide à l'apaisement et à la paix sociale. Il y va de l'avenir même du Sénégal, de sa stabilité et de celui de sa démocratie ainsi que de sa cohésion sociale qui devront faire, ensuite, l'objet de larges concertations ouvertes et inclusives.

Fait à Dakar, le 5 mars 2021

Vérifions avant de partager, la désinformation est aussi dangereuse que le virus en période de pandémie !

La pandémie, bien qu’elle soit une crise sanitaire, a fait chavirer le monde. L’Afrique et les pays du Sahel en ont subi les conséquences.

A titre illustratif, le Sénégal enregistre quotidiennement un nombre élevé de cas graves et de décès. Parallèlement, la croissance s’est fortement ralentie et la pauvreté continue à gagner du terrain. Les conséquences socio-économiques sont incommensurables et cela suffit. Il est, dès lors, urgent que nous protégions notre économie, qui se révèle être au bord du gouffre de la récession.

De l’autre côté, il y a un virus qui peut être plus virulent que le coronavirus : la désinformation avec son cortège de fake news.

De Facebook à TikTok en passant par WhatsApp, Twitter et Instagram, les informations fusent de partout. Prenons, donc, le temps de vérifier ce que nous partageons. Les informations de seconde main peuvent ne pas être crédibles. Que chacun de nous adopte les gestes barrières de la désinformation à la Covid-19 : gardons nous d’être des colporteurs de fake news. L’heure est grave et appelle au sens de la responsabilité de chaque citoyen. Ne nous empressons pas de compresser des informations au risque de nous faire oppresser par le coronavirus.


La désinformation est déstabilisatrice, soyons plus prudents dans l’utilisation des réseaux sociaux en cette période de crise sanitaire. Nous devons, nous citoyens, responsables à tous les niveaux, lutter contre la désinformation au même titre que la pandémie elle-même. Informons juste et vrai, faisons « vérifier avant de partager », notre slogan de tous les jours.

Ayons confiance aux médecins, vaccinons-nous pour stopper la propagation inquiétante de cette pandémie. Allons, en masse, nous faire vacciner, faisons-le pour la science, l’humanité et les générations futures.
Au préalable, vaccinons-nous contre les fausses informations.

Mbassa Thioune
Chercheur au Timbuktu Institut

Le Timbuktu Institute, en partenariat avec le CESTI et Sayara International, organise mercredi 10 Mars à 15h30, un webinaire régional consacré à la désinformation au Sahel dans le contexte de la pandémie de la Covid-19.

Comment articuler un discours responsable et crédible pour des audiences vulnérables qui se réfugient naturellement sur les vérités “clés en main” des acteurs gouvernementaux, communautaires, religieux ou simples influenceurs ? Quels sont les impacts des réseaux sociaux sur la perception de la vérité par les populations. Quels sont les différents récits qui émergent ? Qui les produit ? Comment sont-ils reçus et assimilés ? Comment se propagent-ils ? Quels sont les effets constatés sur la situation sociale, économique, culturelle et politique ?

Ce sont à ces questions que les « speakers » du Webinaire “La Vérité sur la Covid-19” tenteront de répondre en dialoguant avec les panelistes et avec les participants invités.

le lien pour vous inscrire :
https://us02web.zoom.us/webinar/register/8316146779129/WN_D-2fKcFvRJqnhpDpVbhqoQ
Adji Awa SAMB
Chargée de Communication et Corporate - +221774881573

Unir nos forces pour contrer la désinformation au Sahel.
Dans le cadre d’un Projet dénommé « La Vérité sur le COVID » mis en œuvre par Timbuktu
Institute et Sayara International, une convention de partenariat a été signé, ce vendredi 29 janvier
2021 à Dakar avec le Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI).


Le virus de la désinformation
En effet, une Déclaration interrégionale de ONU précisait en juin 2020, “En temps de crise sanitaire
due à la COVID-19, la propagation de « l’infodémie » peut être aussi dangereuse pour la santé et la sécurité
humaines que la pandémie elle-même” -.


Dans ce contexte de pandémie, les journalistes et les médias au Sahel ont des
responsabilités particulières et un rôle à jouer dans le traitement des informations relatives à
la situation sanitaire mais aussi pour tenter de résister à “l’infodémie” et à la déferlante de
multiples informations contradictoires sur la Covid 19.


En effet, la question de la vérité éditoriale est aujourd’hui posée de façon cruciale ; à la
difficulté de contrôler des sources souvent lointaines et invérifiables, s’ajoutent de multiples
discours et opérations de désinformation qui mettent en péril l’éthique et la déontologie dans la
profession et la stabilité même des pays de la région.


Les réseaux sociaux questionnent la déontologie
Cette question déontologique est particulièrement mise en lumière par la concurrence massive
des réseaux sociaux, où la production et la diffusion de l’information est à portée de toutes les
mains. Conscient du fait que sur ces plateformes numériques fleurissent des pseudo-journalistes,
des utilisateurs de tous ordres qui brouillent les messages tout en s’attirant une large audience, le
Timbuktu Institute et le CESTI joignent leurs efforts pour prévenir et lutter contre la
désinformation est ses effets nuisibles aux pays du Sahel

Le rôle déterminant du CESTI
Au regard de sa réputation en tant que centre d’excellence de formation en Journalisme, le
CESTI a toujours placé la question de la déontologie au cœur de son enseignement. Sa vocation
panafricaine lui procure un rayonnement dans de nombreux pays africains et sahéliens. Son
important réseau d’anciens étudiants pourrait jouer un rôle clef d’influence, de formation et
de diffusion des bonnes pratiques.

Éveiller les consciences, former les journalistes
C’est pour toutes ces raisons que le CESTI a convenu de faire profiter de son expertise dans le
cadre d’un partenariat pour réaliser un curriculum de formation contre la désinformation.
Ainsi la conception et la diffusion de contenus répondant aux mêmes objectifs mais aussi
l’animation de symposiums régionaux au bénéfice des journalistes, des blogueurs, des
activistes, des influenceurs et autres acteurs des média pourrait prendre en charge
efficacement la question de la désinformation dans les pays du Sahel.
Ce partenariat comporte aussi un large volet de renforcement des capacités, d'échanges et de
mutualisation des compétences avec notamment l’accueil de stagiaires du CESTI au Timbuktu
Institute durant l’exécution du projet « La Vérité sur le Covid ».

Contact Presse Timbuktu Institute : Adji Awa Samb - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Contact Presse CESTI : Mme Tabara Niang Sy - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pour Bakary Sambe, Directeur de Timbuktu institute et coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (Orcra), le Sénégal « devrait réglementer ce secteur » de la même manière qu’on a procédé avec la presse. Il soutient que « même le législateur français, pays considéré comme un Etat assez libéral en matière de gestion du religieux, a décidé de faire ce qu’il avait longtemps refusé de faire : une loi contre les sectes ».

Le chercheur au Centre des études des religions de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, pense qu’« il faudra maintenant savoir dans quelle mesure, on pourrait aboutir à un consensus dans le cadre d’un contrat social sénégalais, qui nous a garanti, jusqu’ici, la durabilité d’une laïcité de consensus ». Mieux, dit-il, « le dialogue national inclusif devrait inscrire cette question dans son agenda, de même que l’Assemblée nationale, mais il faudra une réelle volonté politique sachant que les questions religieuses très sensibles chez nous ont toujours été gérées par les régimes successifs comme des patates chaudes à léguer au suivant ».

Car, prévient-il, « la dangerosité d’un tel phénomène se mesure à l’aune de la probabilité d’exercice de la violence qui ne saurait avoir de limite et d’encadrement ».

A ce titre, Dr. Sambe a plaidé l’implication des chefs religieux dans un tel processus, afin que la religion puisse demeurer dans notre pays, cité pour sa tolérance, « un facteur de cohésion sociale et non un facteur de déstructuration malgré les signaux qu’on a notés ces dernières années ». 

(Source Le Soleil)

 

Le nouveau positionnement du Sénégal relève d’une parfaite conscience de la transnationalité du phénomène terroriste et du débordement progressif de l’épicentre malien surtout avec l’instabilité politico-institutionnelle qui a occasionné l’abandon de positions stratégiques par les forces spéciales au pouvoir à Bamako. Dans ce contexte marqué par des signaux peu rassurants aux frontières sénégalo-maliennes et mauritaniennes sans parler de la régionalisation effective de la menace terroriste, le Sénégal ne peut perdurer dans la stratégie réactive de construction d’une résilience nationale dans un contexte régional d’instabilité chronique. Il fallait passer au containment proactif des risques et au renforcement des dispositifs d’anticipation parmi lesquels le renseignement extérieur et intérieur qui se modernisent.


Même sans effectivement intégrer le G5 Sahel qui va nécessairement évoluer vers un cadre élargi, le contre-terrorisme sénégalais a bien besoin de toutes les sources et ne peut se passer des cadres régionaux de coopération et de partage d’informations dans le cadre d’une mutualisation qui s’impose. La présence du Président Macky Sall au dernier sommet si décisif de Ndjamena relève d’un certain réalisme et d’une prise de conscience de la nécessité d’une gestion des urgences sécuritaires sans perdre de vue l’enjeu de la prévention face au rapprochement des groupes profitant du vide laissé par des forces spéciales qui faisaient de la région Kayes le dernier verrou vers nos frontières.


Au-delà du soutien financier symbolique aux efforts du G5 Sahel, le Sénégal, déjà assez présent militairement au Mali dans le cadre de la MINUSMA, réaffirme, de fait, un des principes fondateurs de sa diplomatie à savoir la solidarité africaine mais donne aussi un signal fort par ce tournant décisif dans son engagement contre le terrorisme qui n’est plus perçu comme un phénomène lointain mais un danger immédiat.
La « conquête des cœurs » : clé de la « bataille de l’Est » ?


La frontière sénégalo-malienne est une préoccupation désormais assumée de nos forces de sécurité et de défense qui ont, intégré l’idée d’une bataille de l’Est à gagner. C’est un changement de paradigme. Cette affaire d’une cellule terroriste qui serait démantelée ne surprend guère sachant que, début février, un rapport international rendu public faisait état de cette incursion depuis le Mali. Une récente étude du Timbuktu Institute démontre que la région Est bénéficie encore d’une certaine résilience bien que quelques inquiétudes appellent à une approche holistique au-delà du sécuritaire.


Le véritable enjeu pour le Sénégal est d’arriver à empêcher que les groupes qui vont inéluctablement s’approcher ne trouvent pas de couveuses locales auprès des communautés, qu’elles soient l’allié des forces de sécurité et de défense, ne serait-ce que pour le renseignement humain, et non des groupes terroristes qui voudraient en exploiter les frustrations et marginalisations génératrices de radicalisation. Cela nécessitera encore plus d’investissements massifs pour renforcer le sentiment d’appartenance nationale. La bataille de l’Est ne se gagnera pas sans la conquête des cœurs qui me semble plus durable que la soumission des corps et le
tout-sécuritaire qui n’a jamais vaincu le terrorisme ailleurs.