Bakary Sambe, le directeur exécutif du ‘’Timbuktu Institute’’, un centre dédié à la ‘’lutte contre l’extrémisme‘’, a appelé, vendredi, à Dakar, à ‘’une réflexion nationale sérieuse‘’ sur la qualité du ‘’leadership religieux‘’ et le basculement de certains jeunes dans l’‘’extrémisme violent‘’.
 
‘’Après le procès que nous sommes en train de vivre au Sénégal, il faudra une réflexion nationale sérieuse sur deux questions importantes, pour savoir ce que le leadership religieux n’a pas fait pour que les jeunes disent qu’ils vont aller apprendre l’islam au Nigeria ou chez Aboubakar Shekau (le leader du groupe djihadiste Boko Haram, Ndlr)’’, a dit M. Sambe.

Le second volet de cette ‘’réflexion nationale’’ doit porter sur les causes du ‘’désespoir’’ poussant des jeunes à ‘’basculer dans l’extrémisme violent’’, selon cet enseignant-chercheur de l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis. 

Bakary Sambe s’exprimait en marge d’un atelier de restitution des résultats d’une étude du ‘’Timbuktu Institute’’ sur ‘’les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme chez les jeunes dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie’’.
 
Il faut trouver des réponses à ces ‘’questions’’, avec ‘’une politique éducative cohérente, un système de production d’emplois pour les jeunes et la prise en compte des [questions religieuses]’’, a-t-il ajouté.
 
‘’Les résultats de cette étude ont été beaucoup plus rassurants que ceux qui avaient été obtenus dans la banlieue dakaroise il y a deux ans. Mais ils posent un certain nombre de questions, parmi lesquelles le niveau d’information très insuffisant des jeunes sur ce phénomène (les facteurs de radicalisation)’’, a souligné M. Sambe. 

Il estime que l’Etat du Sénégal doit ‘’aller vers la sensibilisation’’ des jeunes, ‘’pour qu’ils ne soient pas la proie des recruteurs’’ des filières djihadistes.
 
Source: aps.sn

Timbuktu Institute a procédé à la présentation de l’étude de perception sur les facteurs de radicalisation des jeunes dans les zones frontalières du Sénégal et de la Mauritanie (Rosso). Les résultats ont été présentés en présence des autorités nationales, des organisations internationales et des représentations diplomatiques.

Rappelant qu’il s’agit bien d’une étude de perception pour mieux comprendre le phénomène à partir de la vision des jeunes eux-mêmes, l’Institut a fait appel à la méthodologie de l’enquête CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques). Cette étude a donné des résultants plus rassurants en termes de résilience par rapport à ceux constatés lors du rapport de 2016 dans la banlieue Dakar. Il invite cependant les organes de presse à la vigilance par rapport à certains chiffres avancés et sans fondements dans ce rapport qu’il met à la disposition des chercheurs, des décideurs comme des medias pour une exploitation la plus objective et transparente.

Dans le but d’une meilleure présentation des résultats de l’étude, l’équipe a procédé à leur classification selon trois niveaux de tendances avant de formuler des recommandations opérationnelles pour mieux juguler la menace et renforcer la résilience dans cette région et au Sénégal de manière générale.

Tendances rassurantes

Malgré la transfrontalité et le voisinage immédiat d’avec la Mauritanie, les jeunes de Rosso résistent encore majoritairement à la percée des mouvements développant un discours plus ou moins radical et rejettent les discours appelant à la violence;

Les jeunes de cette localité restent très attachés, à une écrasante majorité, aux confréries soufies qui assurent un travail d’encadrement social à travers les dahiras (cellules confrériques) et autres organisations dépendantes ; ce qui expliquerait la faible présence de mouvements extrémistes;

Il découle de ces deux tendances sus-évoquées que les jeunes ont exprimé un fort rejet de l’éventualité d’un engagement dans des groupes extrémistes violents.

Tendances mitigées

Il y a une vraie méconnaissance du phénomène de l’extrémisme violent chez les jeunes de Rosso. Cela pourrait s’expliquer par un déficit d’information et un accès difficile aux médias ainsi qu’à l’absence d’actions de sensibilisation de la part de l’Etat et de la société civile.

Les mêmes signaux de vulnérabilité économique et de précarité sociale (chômage, pauvreté, exclusion sociale) notés en banlieue dakaroise lors de notre précédente étude, se retrouvent chez ces jeunes d’une localité reculée présentant toutes les caractéristiques d’une marginalisation territoriale.

Tendances préoccupantes

Le phénomène général de dualité du système éducatif sénégalais se retrouve nettement dans cette région. Cette situation fait persister un sentiment d’exclusion et de marginalisation des jeunes scolarisés dans les écoles religieuses et dans le système dit « arabo-islamique ».

Il persiste, au niveau des jeunes, une certaine inquiétude au sujet de la présence quoique timide des tendances rigoristes, de la porosité des frontières avec des passages récurrents et peu surveillés d’individus de différentes nationalités.

RECOMMANDATIONS

Au regard des données recueillies sur le terrain, des observations ainsi que des conclusions ci-dessus, l’équipe de recherche recommande de :

S’attaquer aux causes profondes de la précarité à travers une politique efficiente de promotion de l’emploi des jeunes et lutter contre le chômage en promouvant les activités génératrices de revenus notamment dans le secteur agricole et accélérer la mise sur pied d’une stratégie nationale inclusive de prévention de l’extrémisme violent.

Améliorer les conditions d’accès à l’école publique et mieux prendre en considération les écoles islamiques en y renforçant la formation, notamment, avec un volet professionnel;

Réduire les disparités socioéconomiques, les difficultés d’accès à l’information et aux médias ainsi que les facteurs de marginalisation notamment par une politique réfléchie d’aménagement du territoire prenant en compte la dimension transfrontalière;

Mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes sur les enjeux et dangers de l’extrémisme violent et veiller à une meilleure surveillance des prédicateurs venant de pays voisins avec une implication constructive des forces de défense et de sécurité;

Impliquer davantage les chefs religieux confrériques dans le cadre d’une politique inclusive de prévention de l’extrémisme en collaboration avec le Cadre d’Intervention et de Coordination Interministériel des Opérations de lutte anti-terroriste (CICO) et les autres structures aussi bien étatiques que de la société civile.

Dakar, le 4 mai 2018

Source: xalimasn.com

Facteurs de radicalisation et perception du terrorisme dans les zones frontalières sénégalo-mauritaniennes: Cas de Rosso-Sénégal.

C'est l'intitulé du dernier rapport que vient de publier le Timbuktu Institute, un centre de recherche sur l'extrémisme violent, basé à Dakar

Ce rapport est publié au moment où une trentaine de personnes sont jugées au Sénégal pour apologie du terrorisme.

Le docteur Bakary Sambe est le Directeur de Timbuktu Institute. Il est notre invité et répond aux questions de Samba Dialimpa Badji

http://www.bbc.com/afrique/media-44026358

L’universitaire et chercheur sénégalais Seydi Diamil Niane a souligné la nécessité d’une académie sénégalaise de la pensée islamique, pour une meilleure vulgarisation du travail scientifique des “oulémas” sénégalais.

 

 

Cette structure devrait permettre “une meilleure appropriation et une vulgarisation des ouvrages des savants sénégalais’’, tout en apportant “une réponse doctrinale à l’extrémisme violent”, a-t-il soutenu.
M. Niane procédait jeudi à la présentation de son ouvrage intitulé “Moi musulman, je n’ai pas à me justifier : manifeste pour un Islam retrouvé”, une cérémonie qui s’est déroulée au Centre de recherche ouest africain (WARC, en anglais).
L’auteur, chargé de recherches à l’Institut Timbuctu, a révélé avoir entamé la rédaction de cet ouvrage après les attentats du Bataclan à Paris ; le 15 novembre 2015, en réponse à une amie française qui l’avait ainsi interpellé en ces termes : “Oh Djiamil, qu’est ce vous avez fait encore ?”, une manière de l’associer à “cette violence accomplie par d’autres” au nom de sa religion.
La directrice du Laboratoire genre de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), la sociologue Fatou Sarr Sow, a loué “la vaste culture” de l’auteur et “la qualité rédactionnelle” de son livre, dont le “message profond traduit dans un style simple (…) est une invite à la recherche du savoir pour une meilleure compréhension du texte coranique”.

Le travail et le profil intellectuel de Djamil Niane, titulaire d’une thèse de doctorat en études arabo-islamiques à l’Université de Strasbourg (France), donnent des raisons d’espérer en “une jeunesse saine, debout, capable de perpétuer et défendre l’islam des fondateurs”.

Source : APS

Le Docteur en islamologie, M. Seydi Diamil Niane plaide pour une approche humaniste du dialogue inter religieux au Sénégal. A cet effet, à la place du « vivre ensemble, il invite les acteurs à aller vers le « faire ensemble » qui, à son avis, est plus actif. Ce plaidoyer a, d’ailleurs, guidé les débats du panel que OSIWA, en collaboration avec le Cadre Unitaire de l’Islam au Sénégal, a organisé ce jeudi 15 mars, sur l’Harmonie interconfessionnelle au Sénégal érigée en modèle pour la Sous-Région ouest-africaine.

« Ressources endogènes pour la tolérance inter et intra confessionnelle au Sénégal ». C’est le thème autour duquel OSIWA, en collaboration avec le Cadre Unitaire de l’Islam au Sénégal, a convoqué la réflexion, ce jeudi 15 mars à Dakar. La chargée du Bureau Pays Sénégal d’OSIWA, Mme Hawa Ba précise qu’il s’agissait de faire une introspection pour évaluer le « bon vivre » au Sénégal matérialisé par la parfaite cohabitation entre les confessions.

Il était également question d’examiner les éléments exogènes et endogènes de cette question tout en relevant les défis qui se posent à l’harmonie pour améliorer le modèle mais aussi le mettre en exergue à l’aune des mutations sociales.

 

Universitaires, chercheurs, acteurs de la société civile, religieux, entre autres, après avoir loué l’exemplarité du modèle sénégalais en matière de tolérance inter et intra confessionnelle n’ont pas manqué d’alerter sur la nécessité de renforcer les acquis face aux défis du moment.

Le Docteur en islamologie, M. Seydi Diamil Niane qui a profité de cette brèche réitère l’existence du besoin pour une coexistence active dans la société sénégalaise.

A cet effet, il plaide pour une approche humaniste du dialogue inter religieux qui à son  avis, ne laisse personne de côté. Une idée consolidée par le Dr Mamadou Dia qui pense que la relation entre la religion et la spiritualité doit être revue pour mieux ressortir l’humanisme des confessions.

Dr Niane estime ainsi qu’à la place du « vivre ensemble », il faut aller vers « le faire ensemble » qui est plus « actif ». Une invite qui consiste à amener les aspirants du dialogue à s’entendre sur des actions communes et « veiller à ce qu’il n’y ait aucune exclusion », précise-t-il.

Cela renvoie à un dialogue islamo-chrétien avec comme objectifs des actions concrètes et bénéfiques pour tout le monde.

Ce postulat du Dr Niane qui se qualifie d’ « intellectuel rebelle » a presque orienté les débats de cette journée de réflexion.

 

Source : allafrica.com

« Le terrorisme est une longue chaîne dont chaque maillon pris individuellement peut ne pas être simple » a déclaré Bakary Sambe, directeur de Timbuktu institute et un des réalisateurs d’une enquête au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso sur l’extrémisme violent pour le compte de l’Onudc et le Wacap.

 D’après ce spécialiste de questions terroristes, il y a un besoin de synergie entre la Société civile et les acteurs   de la chaine pénale.

« Les Etats font face à ce dilemme ou il y a d’un côté l’impératif de justice et de l’autre la nécessité de garantir la sécurité. Entre les deux, il faut un terrain d’entente.

L’étude réfléchit sur les besoins d’harmonisation des législations et préconise une forte mobilisation de la Société civile.

L’enquête appelle à une volonté à coopérer pour l’amélioration des cadres réglementaires et de mieux prendre en compte cette question du terrorisme », indique M. Sambe.

Pour le Ministre de la Justice, la Société civile est « actrice principale dans toute œuvre de sécurité, de paix et de justice ».

Ainsi, souligne le Pr Ismaïla Madior Fall, « le degré d’implication  de la Société civile dans les programme gouvernementaux de lutte, outre qu’il constitue un indicateur de conformité des Etats dans le cadre des évaluations relatives à la lutte contre le crime organisé en général et l’extrémisme violent en particulier, participe à la sensibilisation des populations »  

 

Source: www.lequotidien.sn