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Mohamed Maiga est malien de nationalité, historien de formation, auteur de plusieurs communications sur la crise au Mali. Actuellement étudiant-chercheur en fin de deuxième cycle à l’UFR CRAC de l’UGB spécialisation gestion du patrimoine culturel. Par ailleurs, il est membre fondateur du réseau international pour le culte du débat, plusieurs fois champion d’Afrique, collaborateur du Timbuktu institute patrimoine et paix. Dans cet entretien qu’il nous a accordé avec la collaboration de l’Institut Français de Saint-Louis dans le cadre des « Débats d’idées », il revient sur l’ouvrage de Seydi Djamil Niane intitulé « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier »

Comment appréciez-vous cet ouvrage ?

En vérité c’est le meilleur ouvrage que j’ai lu en 2018 ; heureusement que nous sommes au mois de février et du coup j’espère que j’aurai l’occasion d’en lire d’autres. On perçoit que Djamil est un citoyen du monde qui a décidé de s’exprimer en tant que citoyen français, musulman d’origine africaine. Il porte sa veste d’universitaire tout en ne prenant pas position, en dehors de son appartenance confrérique qu’il montre dans chaque partie de son ouvrage. En effet on sent qu’il est un fervent disciple de la confrérie Tidianya. On sent qu’il est passé de la Chahada à la Mouchahada à travers cet ouvrage qui doit être lu par tous les français. Je parle surtout de ces français qui pensent comprendre l’islam, de ces français qui ne font pas le distinguo entre l’intégrisme religieux, le terrorisme et la République et surtout le caractère laïc de la République. Donc Djamil s’est présenté comme un citoyen du monde qui vient apporter un message. Don son message on sent son indignation. Djamil est à l’image de ces écrivains qui dénoncent comme Frantz Fanon, Mariama Ba …. Le plus important est qu’il invite les citoyens du monde à ne pas confondre l’extrémisme violent à l’islam.

Quel commentaire faites-vous du titre de l’ouvrage de Djamil?

Le titre est assez provocateur à l’image du livre d’Amadou Krouma  » Allah n’est pas obligé ». Il est assez provocateur non seulement pour les musulmans, mais aussi pour les islamophobes, les nérgrophobes et les francophobes, parce qu’en lisant le titre on a l’impression que Djamil veut nous inviter à voir l’islam d’une autre façon. Et pour mieux comprendre le titre il faut forcément lire l’ouvrage. Au tout début, l’auteur du dit » tout a commencé lorsque la question « que penses-tu des attentats? » s’est transformée à « qu’avez-vous fait encore? », après les attaques du Bataclan. On s’en qu’on lui a demandé quelque chose qu’il n’a pas voulu et il dit qu’il n’a pas à se justifier. Le sous-titre « Manifeste pour un islam retrouvé » donne de l’espoir.

Pensez-vous que ce manifeste puisse permettre à l’islam de retrouver sa place dans la société occidentale ?

Pour répondre à votre question je vais paraphraser Djamil à la page 117 où il dit : «  Mon intime conviction est que la grandeur de l’islam et de la France ne saurait être chantée que si chacun des deux se considère surtout et avant tout comme partie composante de l’humanité ». Voici un message de paix. Ce livre est tellement parlant surtout pour les musulmans de France. Je dirais que ce manifeste va permettre à ceux qui veulent comprendre de comprendre, à tous les musulmans de la France qui n’ont pas à se justifier et même aux musulmans du monde qui n’ont pas à se justifier devant des actes perpétrés ou commandités par des gens qui se réclament d’Allah. Ce livre permettra à l’Islam de retrouver sa place si et seulement si l’occident veut que l’Islam retrouve sa place, parce qu’en lisant Djamil on se rend compte par exemple que dans l’éducation nationale en France, il ya de l’islamophobie. Il ya également une grande ignorance dans les débats autour de l’islam.

L’auteur parle d’humanisme théocentrée. Qu’est-ce que cela suggère pour vous?

D’abord il faudrait rappeler ce que c’est que le théocentrisme. C’est une tendance à considérer Dieu et la religion comme étant la condition sinequano, la clef de la compréhension du monde et de l’histoire de l’humanité. N’oublions pas que l’humanisme est une affaire européenne, particulièrement italienne qui a vu le jour au 15eme siècle. Quand Djamil parle d’humanisme théocentré en précisant que pour que cet humanisme soit une réussite il faut revenir à la conception Soufi de l’unicité. Mais il se trouve que cette humanité est constituée de plusieurs éléments dont le soufisme; alors si vous proposez un humanisme théocentré qui n’a pas pour objectif de diviniser l’homme, mais de considérer Dieu comme étant partout, de considérer que Dieu est en nous, ce serait vraiment des bémols pour l’humanité. Pourquoi? Parce que d’abord vous avez un occident qui se dit civilisateur du monde qui prône le mariage gai, qui pense que la laïcité n’est pas compatible avec l’islam, qui pense que la démocratie et les droits de l’homme doivent prévaloir partout et qui pense que cette démocratie c’est de l’import-export, qui dit aux religieux de ne pas se mêler à la chose publique. Vous conviendrez avec moi alors que cet humanisme sera difficile à théocentrer, mais si on se fie à la conception soufie, c’est réalisable.

« Face à ceux qui déshumanisent la vie, osons chers musulmans, l’humanisme théocentré pour être à la hauteur du message coranique » Quel commentaire vous suggère ce passage?

C’est un message fort, il est tellement fort que je reproche à Djamil de l’avoir adressé seulement aux musulmans. Ce message devrait être adressé à l’humanité, surtout aux puissances occidentales pour qu’ils comprennent que c’est la seule alternative pour éradiquer ceux qui déshumanisent la vie, c’est à dire les groupuscules terroristes. Si on porte les lunettes de Djamil on se rend compte que l’humanisme théocentré qu’il prône est une solution. Il dit lui-même qu’on n’a pas besoin de maitriser le coran ou les hadiths du Prophète (PSL) pour voir les fruits de cet humanisme théocentré. Mais je précise qu’il faut préalable comprendre la conception soufi de l’unicité.

Quelle est la place du dialogue islamo-chrétien dont on parle souvent dans l’ouvrage?

Ce dialogue est au cœur de ce livre. C’est vrai au tout début Djamil critique, accuse et s’indigne mais au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture on note qu’il transmet un message de paix entre musulmans et chrétiens en donnant des exemples d’actes odieux commis par des chrétiens qui n’ont pas à se justifier à cause de leur religiosité. Du côté du monde musulman il cite les pétromonarchies qui essayent de faire rayer le Yémen de la carte du monde devant le silence et la bénédiction des puissances occidentales. Il rajoute que le dialogue est possible et pour le rendre tangible, il donne l’exemple de l’Association Internationale dont il est membre fondateur et qui appelle à la coexistence active. A la page 119, il dit:  » mon dernier vœux est qu’ensemble par-delà nos convictions religieuses ou philosophiques, au-delà de nos couleurs de peaux et d’orientation sexuelle, nous nous mobilisons pour rayer le mot désespoir du vocabulaire humain, désespoir qu’il faut rayer et faire appel à la coexistence active.

Que pensez-vous du style d’écriture de Djamil ?

Je voudrais d’abord dire que Seydi Djamil Niane est un intellectuel qui a beaucoup lu. Il ya chez lui plusieurs influences notamment celles de Frantz Fanon, Éric Geoffroy, Bakary Samb, Krumah, Amadou Ampaté Ba. Ce livre est du genre lettre ouverte qui s’adresse à l’humanité tout entière.

Entretien réalisé par Momar Alice NIANG

Source : http://ndarmag.com

Dans le cadre de ses « débats d’idées », l’Institut français de Saint-Louis a reçu Seydi Djamil Niane pour la présentation de son ouvrage intitulé « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier ». Une occasion pour ndarmag.com, en collaboration avec l’Institut Français de Saint-Louis, de revenir avec l’auteur sur ce manifeste qui invite à une meilleure compréhension de l’islam. Entretien

 

Qui est Seydi Djamil Niane?

Seydi Djamil Niane est un jeune franco-sénégalais qui a fait ses études primaires et secondaires à Louga, après quoi il s’est inscrit au département d’études arabes de l’université de Strasbourg où il a obtenu une licence en 2013 avant de s’inscrire dans ce même département pour un Master et un autre Master d’islamologie à la faculté de Droit et depuis septembre 2017, il est titulaire d’un doctorat en études arabe et islamologique. Il est actuellement chargé de recherche à Timbuktu institute, qui s’intéresse à la paix en Afrique. Il a déjà publié un ouvrage sur la poésie d’ElHadji Malick Sy qu’il avait intitulé «  La Voie d’Intercession du Prophète dans la Poésie d’El Hadj Malick Sy » et un ouvrage collectif « les représentations de l’Autre : identités et altérité » publié avec la collaboration de onze de ses collègues et son dernier ouvrage « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier »

Vous titrez votre dernier ouvrage « Moi musulman, je n’ai pas à me justifier » mais après avoir lu le livre on se rend compte que le tout est une tentative de justification. Pourquoi ce paradoxe ?

Effectivement, c’est fait exprès car je dis dans le livre qu’aucun musulman n’a à se justifier, mais moi si j’ai décidé de le faire, c’est par choix personnel. J’ai accepté de parler, d’expliquer, de témoigner pour apporter un autre discours, celui de mon héritage. C’est ce que j’appelle « l’islam retrouvé ». Je vais vous faire une confidence : le titre que j’avais proposé à l’éditeur c’était « moi musulman, je refuse qu’on tue au nom de ma religion », mais après échanges on s’est dit qu’un titre pareil pouvait être assez problématique dans la mesure où si je dis que je refuse qu’on tue au nom de ma religion, cela voudrait dire que les autres musulmans qui n’ont pas écrit comme moi acceptent qu’on  tue au nom de leur religion, ce qui n’est pas vrai, parce que la majorité des musulman n’accepte pas ces tueries. C’est ainsi qu’on a changé ce titre pour en trouver un qui interpelle le lecteur.

Un autre paradoxe à la lumière de notre lecture de ce livre : vous semblez approuver Nietzche pour le musulman que vous êtes quand il évoque la mort de Dieu. Pourquoi ?

(Rires) Ça c’était une sorte de provocation que j’ai voulu faire. Mais après tout qu’est-ce que Nietzche entendait par la mort de Dieu ? La réponse pourrait faire l’objet d’une thèse de doctorat, mais j’ai juste voulu dire par là qu’à chaque fois qu’on lit le coran ont dit Al-Rahman Al-Rahim, Le Clément et Le Miséricordieux. Si on fait appel à ce Dieu là et qu’on sorte un jour pour foncer sur des gens, on tue des gens qui n’ont rien fait ; en les tuant on tue en même temps ce Dieu qui se définit en tant que Miséricordieux et Clément. Mais ce Dieu est mort dans le cœur de ces gens qui tuent et qui se réclament de Lui.

Vous dites quelque part dans le livre que les radicaux se fichent complètement de Dieu, ce qu’ils veulent c’est prendre la place de Dieu. Comment ?

Là je cite une anthropologue française, mais la raison est simple car c’est Dieu l’Omnipotent. Tenez et là je cite Rachid Benzine qui a préfacé mon livre et qui dit que « ces gens ce qui les intéresse c’est la gloire et comme ils ne peuvent pas donner un sens à leur vie, ils essayent de donner un sens à leur mort pour devenir éternel, pour qu’on parle d’eux jusqu’à la fin des temps », parce qu’on le veuille ou non, les frères Kouachi, Mohamed Coulibaly, Ben Laden on parlera toujours d’eux. Dieu étant Eternel, ils cherchent à ce qu’on parle d’eux éternellement.

Vous rappelez les propos d’Eric Zemmour qui sur BFM TV en 2016 affirmait que l’islam n’est pas compatible avec la République ni avec la France?

 

Oui des propos qui ont fait naitre en moi de l’amertume car c’était assez énervant d’entendre quelqu’un qui n’est pas islamologue, qui n’a pas fait d’études islamiques et qui vient te dire que les six millions de musulmans français n’ont pas leur place dans la République. Et puis ces propos manquaient vraiment de nuances car derrière le mot « islam », il évoque des choses qui n’ont rien à voir avec la religion musulmane.

Justement par rapport à cette utilisation de l’islam vous parlez également de certains intellectuels que vous qualifiez « d’orgueilleux ». D’où vient cet orgueil ?

L’orgueil c’est de parler de sujets dont la maitrise nécessite des années d’étude. Moi, je ne me suis pas réveillé du jour au lendemain pour parler de l’islam, j’ai fait mes études dans une école privée franco-arabe, j’ai fréquenté l’école coranique, j’ai eu une licence en Arabe, j’ai fait une thèse en études arabe et islamologique. Je peux dire au moins que je suis initié. L’orgueil c’est de venir comme ça et d’essayer de traiter des sujets dont la maitrise nécessite plusieurs années de recherche.

Dans votre ouvrage, vous évoquez également la stigmatisation de la communauté musulmane dans le système éducatif français. Est-elle à des proportions inquiétantes ?

Peut-être j’ai été un peu dur sur ce chapitre, mais quand je parlais de l’islamophobie dans l’éducation nationale, je cite un historien et une anthropologue qui ont travaillé sur cette question. Le titre de leur ouvrage est « Fatima moins bien notée que Marianne » et avec des chiffres, ils démontrent tout ça. Sur le port du voile par exemple, récemment il y’a juste deux semaines, une fille musulmane du nom de Mennel avait participé au concours « The Voice ». Apres sa prestation les membres du jury se sont tous levé pour l’accueillir. Le lendemain des gens se sont réveillés et sont allés fouiller dans son compte twitter et dans sa page Facebook, pour sortir des publications datant de 2015. Et avec la pression subie, elle a fini par démissionner. Et retenez bien que cette fille n’était même pas voilée. Elle avait juste mis un turban. D’ailleurs quand elle a été interpellée, elle avait déclaré que c’était juste une question de style. L’autre exemple que je vous donne il y’a encore juste deux semaine, on a vu un article du journal « Le Monde »  où on pouvait lire « femmes voilées, cherchent désespérément emploi » pour dire simplement que les femmes qui portent le voile ont plus de difficultés en France, pour trouver du travail, pour avoir un logement etc…

Ce que je précise par ailleurs c’est que je ne suis pas là pour donner des ordres ou pour porter des jugements de valeur sur le foulard. Je défends aussi bien la femme voilée que celle qui ne porte pas de voile. Je suis contre le fait qu’on oblige ou qu’on interdise à une femme de se vêtir de telle ou telle autre manière. Aujourd’hui nous avons des chiffres, on sait qu’une personne qui s’appelle Mohamed a plus de mal (même s’il est Docteur) à trouver du travail qu’une autre du nom de Christophe. C’est dire donc qu’une partie de la population française qui est de confession musulmane ne se sent pas assez français. Et cette rupture-là est assez problématique pour un pays aussi grand que la France.

Seydi Djamil parlons maintenant de la violence, vous en parlez dans votre ouvrage avec les organisations comme Bokko Haram, Alquaida et l’Etat Islamique qui utilisent la violence au nom de l’islam. Apres les attentats perpétrés  par ces derniers, quel est le discours que l’élite intellectuelle musulmane devrait tenir ?

Il faudrait d’abord retenir que ce sont le discours médiatique et le discours politique qui posent problème. Il faut expliquer à ceux qui veulent comprendre. Ceux qui ne veulent pas comprendre et qui sont dans la stigmatisation, je pense que cela ne sert à rien d’essayer de les convaincre. Il y’a des personnes qui, de bonne foi, pensent que l’islam est une religion violente qui fait appel à la terreur. Ces gens-là il faut leur parler car ils ont besoin de comprendre. Si j’ai intitulé l’une des sections du livre « Lutte contre toute forme de racisme », c’est qu’il y’a aussi une bonne partie des musulmans qui passent du temps à lutter contre l’islamophobie mais qui en même temps se comportent comme des antisémites, ce que je déplore aussi. Il faut lutter contre toutes les formes de racisme en ayant un discours intelligent, différent de certains discours comme celui de Youssouf Al-Quaradawi qui disait que « l’attentat suicide dans certains cas peut être légitime », et Rabi Al Madkhali qui lui soutient que « il faut combattre ceux qui ne veulent pas entrer en Islam sauf s’ils acceptent de payer une taxe ; et les combattre également s’ils refusent de payer cette taxe ». C’est aux intellectuels musulmans qu’il appartient de combattre de tels discours. Il faudrait par la même occasion mettre en exergue tous les enseignements spirituels qui appellent au dialogue.

 

Tous ces mouvements terroristes qui revendiquent leurs actes au nom de l’islam prônent également l’application de la Charia. Ne pensez-vous pas que c’est l’interprétation de la « loi islamique » qui pose problème ?

Effectivement, c’est à ce titre d’ailleurs que j’ai consacré toute une partie à la déconstruction dans mon ouvrage où j’invite à une lecture holistique du Coran. Vous savez, il y a des versets si on les sort de leurs contextes, si on les coupe ils peuvent justifier la tuerie du Bataclan ou tout ce qui s’est passé au Mali. Il y’a aussi des mouvements radicaux qui pensent que les Zawiya, les tombes il faut les détruire (c’est ce qui s’est passé à Tombouctou). Cette interprétation il faut la combattre au même titre que le discours haineux du wahhâbisme. Mais je dois vous dire que ce qui m’intéresse ce ne sont pas les personnes qui sont déjà embrigadées parce que je pars du principe que l’on ne peut plus déradicaliser ces derniers. C’est une thèse que je défends, peut-être qu’on peut la critiquer mais je crois que ce qu’il faut c’est surtout prévenir. Il y’a des gens qui ne sont pas encore endoctrinés il faut les sensibiliser et laisser à l’Etat le soin de s’occuper de ceux qui ont déjà pris les armes. Je consacre mon énergie à démonter le discours religieux qui essaye par exemple de légitimer Al-Qaïda. Et tous les penseurs intellectuels musulmans doivent en faire une obligation. Ils doivent démonter ce genre de discours en proposant un autre discours comme je le fais dans ce manifeste.

Que pensez-vous de ces jeunes africains qui regagnent les rangs de l’Etat Islamique par exemple ?

Je suis chercheur à Timbuktu Institue, on a fait beaucoup d’enquêtes sur les raisons qui poussent ces jeunes à s’engager dans ces mouvements terroristes. Et je peux vous affirmer que ce qu’on a découvert c’est qu’en Afrique, la religion n’est pas centrale dans le processus d’engagement de ces jeunes. Ce sont les mêmes personnes qui à une époque disaient « Barca ou Barçak » qui disent aujourd’hui si on a rien à faire ici pourquoi ne pas aller ailleurs. C’est  Cette frustration des jeunes qui est récupérée par certains religieux qui font croire à ces derniers, prenant l’exemple du Sénégal, « que vous êtes dans un  Etat laïque et depuis les indépendances vous n’arrivez pas à décoller, il y’a une élite qui s’accapare de vos ressources et vous jeunes vous ne faites rien. Et qu’en Islam il y’a une obligation de partager la richesse et que nous, soit Al-Qaida ou Aqmi , nous sommes là pour ça. » Face à un tel discours, un jeune qui n’est pas bien armé intellectuellement peut très bien verser dans l’extrémisme. Mais il ne faut pas généraliser cette manière de penser car en France par exemple ce n’est ni la frustration encore moins la misère sociale qui pousse les gens à s’engager dans les groupes terroristes car on voit par exemple des Docteurs de très hauts fonctionnaires rejoindre les rangs de l’EI. En Afrique il faut retenir que c’est la défaillance de l’Etat, la misère sociale et le chômage qui justifient l’attitude des jeunes.

Dans le Chapitre où vous demandez de « regagner le cœur de l’islam », vous parlez d’ « Islam et islam ». Y’a-t-il Islam et islam ?

Oui, regardez par exemple pour le christianisme c’est plus simple parcequ’on a le christianisme et la chrétienté. En islam nous ne l’avons pas. C’est  ce qui a poussé les islamologues à  faire se distinguo : quand on parle de « islam » avec un « i » minuscule, il s’agit de la religion avec ses pratiques ; et quand on parle de « Islam » avec un « i » majuscule, il s’agit de l’histoire, de la civilisation qui englobe l’empire omeyade, l’empire abbasside, l’empire du Mali, la culture, la littérature etc…

Seydi Djamil Niane vous évoquez également la responsabilité de l’homme dans ce combat pour une meilleure compréhension de l’islam. Qu’attendez-vous de l’homme ? 

J’attends de lui qu’il sorte de la religiosité aliénante. Vous savez aujourd’hui certains pensent que nous n’avons rien à faire parce que tout a été écrit. Mais si on part du principe selon lequel Dieu l’Omnipotent a déjà décidé de tout. Ce Dieu qui se définit comme étant le Juste et qui ne commettrait donc aucune injustice décide que je sois musulman et que l’autre soit chrétien ; si demain il décidait de me mettre au Paradis et de mettre l’autre en Enfer, où est la justice divine ? Du coup on est responsable de nos actes et responsable du monde. Cette responsabilité est fondamentale car elle engendre la liberté et la conscience de l’altérité.

En vous lisant, on sent nettement l’influence de Frantz Fanon, qu’est ce qui chez cet auteur vous attire ?

Ah oui ! J’irai même plus loin. A chaque fois que je le dis à mes amis musulmans ça les choque : aujourd’hui je n’arrive plus à lire le coran sans faire appel à Frantz Fanon. En effet il a cette particularité de dénoncer l’injustice quelle qu’elle soit tout en rendant l’homme responsable de lui-même. Je prends l’exemple de « Peau noire, masque blanc » dans lequel il relate les conséquences de l’esclavagisme et vers la fin, il dit «  vais-je prendre moi Frantz Fanon, l’autre blanc que je croise responsable des négriers de mes ancêtres ? » Et il conclut par dire non, parce que « je refuse d’être esclave de l’esclavage » . En d’autres termes il analyse les conséquences politiques de l’histoire tout en nous demandant de nous libérer de cette histoire sans pour autant l’oublier. Comme le dit souvent mon ami Bakary Sambe, « la colonisation n’est pas mon histoire mais c’est ma mémoire ». 

Entretien réalisé par Momar Alice NIANG

Source : http://ndarmag.com

On Friday, the 16th of February, the Timbuktu Institute African Center for Peace Studies welcomed Ambassador Stephan Röken of Germany.

 

His Excellency expressed an interest in the Institute after having read the director BakarySambe’s column in JeuneAfrique, “Les Kalashnikovs n’ontjamaisvaincu les ideologues.” Agreeing that education and other preventative measures are the solution to growing violent extremism across the Sahel, Ambassador Röken sought to learn more about the mission of the Timbuktu Institute; the promotion of African cultural resources in order to resolve and prevent conflict in all forms.

 

In particular, Sambe and Röken discussed the current educational divide in Senegal. Like many other countries in the Sahel, Senegalese students are split between an ‘official’, French, and secular education, and Koranic schools. Sambe sees this a divide with great potential for danger, as the political elite have all been products of the French system since independence. The lack of valorization of the Koranic schools and those who hold an Arabic baccalaureate could lead to more than political ramifications.

 

In turn, Ambassador Röken spoke of Germany’s future role in conflict prevention. He noted that Germany has a growing interest in Sahel security due to domestic politics surrounding migration. He praised the work produced by the Timbuktu institute through partnerships with German institutions like the Konrad Adenauer Foundation, and Rosa Luxembourg.

 

His excellency expressed his hope that such partnerships would continue, that other German institutions would become involved, and noted that he looked forward to potential future partnerships between the Timbuktu Institute and the German Embassy.

 

 

In this Lettre de l’Observatoire des Radicalismes, the Timbuktu Institute seeks to “document a theme largely debated beyond suppositions and hypotheses, specifically on Salafism’s force and real impact amongst young people.”

“The analysis of online messaging from this sect’s principal predicators has been particularly instructive regarding the dangers or lack thereof surrounding these discourses which, contrary to popular belief, are as varied as they are contradictory,” emphasized Bakary Sambe.

Considering the prevalence of internet and social media use by extremist groups to recruit members, the Timbuktu Institute seeks to add to the debate surrounding online recruitment with this case study, based on months of following Salafist Youtube personalities.

The study is particularly interested in Salafist digital strategies in regards to messaging content, chosen targets, and opposition to Sufi brotherhoods as part of wider recruitment tactics.

The director of the Institute specified “the methodology adopted for the study necessitated analysis by researchers who are not familiar with Senegalese Salafist discourse, in order to avoid any and all forms of bias. The study was performed by our American research assistant Stephanie L. Schmitt, allowing for a new perspective from a curious and driven member of the team. A French version of the article will soon be available.”

The report Salafist Online Messaging and Digital Strategies in Senegal can be read via the attached link, or under the ‘Publications’ section of our website.

Download the report by clicking on the following link Salafist Online Messaging and Digital strategies in Senegal

On Monday, director of the Timbuktu Institute Bakary Sambe invited authorities to put in place an “inclusive national strategy” to prevent and counter violent extremism.

“This is a solemn call to the Senegalese government to institute an inclusive national strategy to prevent and counter violent extremism,” he declared.

Dr. Sambe’s remarks were part of a speech given at the closing ceremony of the Institute’s “Educating for Peace” program, which was conducted with the support of the American embassy.

For him, it is urgent to develop such a strategy “considering the constant mutation of the terrorism phenomenon.” He elaborated the Senegalese plan should be “part of a broader sub regional network,” and that authorities should not “neglect to integrate regional systems of cooperation” into the plan.

Dr. Sambe also indicated that the creation of the strategy should involve religious and civil society leaders as well as researchers, and should use education as a central policy pillar.

“The Institute implores Senegalese authorities to work with their African and International partners to put in place and operationalize a collaborative platform to anticipate risks,” said Sambe.

Specifically, Sambe cited homegrown terrorism, a risk all countries in the region are working to counter and prevent.

Tulinabo Salama Mushingi, United States Ambassador to Senegal, “by emphasizing dialogue and interaction, a new generation will understand the value of of the exchange of beliefs, thoughts, and ideas.”

His Excellency continued, “tolerance does not imply a lack of engagement in regards to the beliefs of others, rather, it condemns the oppression and persecution of other’s beliefs.”

He concluded “in this program [Educating for Peace], it is not a question of changing another’s opinion. Instead, it seeks to understand the perspectives of others in order to live peacefully.”

Written in the style of an open letter from one global citizen to another, « Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier » by Seydi Diamil Niane seeks to steer the confusing and politically charged conversation about Muslims and their relation to violent extremism away from the damaging blame game towards a call for a spiritual Islam compatible with humanist values. Moreover, while Diamil Niane’s condemnation of extremism is absolute, he rejects the notion that he or any other Muslim ought to apologize or distinguish him or herself as one of the ‘good guys’ in the wake of a terrorist incident. On page 35, Diamil Niane writes: “If I decide to take up the pen to denounce the violent extremism of certain groups claiming to share in my own religion, then it is by personal choice and not by obligation.”

More interesting still, is Diamil Niane’s rationale for refusing to give in to the pressure to defend one’s religion every time these heinous acts perpetrated by a tiny minority – who disproportionately kill other Muslims - are brought up. Logically, it makes sense that one person cannot be held in any way responsible for an act they did not commit themselves. However, today’s media climate reflects a double standard whereby Muslims are expected to justify their faith after terrorist attacks when the same courtesy does not apply to other groups, religious or otherwise. For example, Christians are hardly ever called upon to excuse themselves for the war in Iraq, even though George Bush identified as a Christian. In a similar vein, media pundits do not demand that every French citizen beg for forgiveness for the atrocities committed by their government during the colonial period.

Given the book’s target audience of “global citizens”, Diamil Niane does a commendable job of linking Islamophobia, that is, a prejudice against Muslims which is completely separate from justified criticisms of Islamic thought and practice, to other forms of racisms that persist in 21st century in France. By so doing, the book is able to connect to a larger audience by drawing the connection between Islamophobia and other social justice issues such as the French strain of anti-Semitism that has placed Jews under the microscope for centuries as easy scapegoats (case in point, the Dreyfus Affair) and led to the characterization of an entire religious community as somehow less trustworthy than other French citizens.

            Indeed, for me the book’s most touching moment came early on in the dedication page. In addition to two tributes to the author’s mother and a former teacher, the book is dedicated to Rosa Parks, or, in the author’s own words, “She who refused to explain herself.” This tribute reminded me that whether a people are fighting for justice on the basis of religion or race, it is never up to society at large to dictate the terms of their so-called equal treatment. Muslims do not have to apologize profusely for practicing their faith to make non-Muslims feel safer, nor should Americans to dictate what black Americans can or cannot speak out against because their “Black Lives Matter” protests make parts of white America uneasy.

            Yet, the book’s title begs the question, if Muslims are not obligated to constantly explain or justify their faith, then what can they do to fight back against the tide of criticisms against their religion? For the author, the answer to this question is to show the beauty of Islam through their exemplary behavior and acts of kindness. Dialogue, particularly interfaith dialogue, is also stressed as essential to promoting understanding and counteracting intolerance against a religion that is so deeply misunderstood by many, particularly in the West. And while I wholeheartedly agree that interfaith dialogue is necessary to counteract Islamophobia, I worry that this sort of interpersonal connection is not always possible.

            Granted, my perception is a little skewed. I live in a country with a population of 323 million of which an estimated 3.5 million individuals identify as Muslim. It is not uncommon, especially in rural areas, for a fully mature adult to not know a single Muslim person. Speaking from personal experience, before attending university I knew only a handful of Muslim families in my small town which was mostly made up of the descendants of Irish or Italian immigrants. Still, after every incident of radical Islamic terrorism the same scenario plays out on U.S. television screens. A so-called “expert” on Islam gets on a national news network such as Fox News to denounce Islam as inherently violent. Oftentimes, they produce one verse of the Qur’an that alludes to physical retaliation of some sort, completely isolated from both its historical context and its surrounding verses of course, and wave it around to evoke fear and suspicion of Muslims residing in the U.S. My point is, that it is much easier to fear and otherize Islam when you have no personal experience whatsoever interacting with Muslims. Moreover, in the same way that it is unreasonable to ask a Muslim to justify their faith after a terrorist incident, we cannot burden the relatively small number of Muslim-Americans with the task of educating the masses of non-Muslims whose knowledge of Islamic is next to nothing. This presents quite the dilemma for countries without a sizable Muslim minority such as the United States. Although the book provides fascinating insights for Muslims on how to internalize the core values of their faith and walk along the path of Sufism, I was left wondering what the author’s recommendations for non-Muslims to promote tolerance and interreligious understanding would be.

Aoife Croucher

Research Intern at Timbuktu Institute –African Center for Peace Studies

Timbuktu institute est en train de mettre en place des stratégies de formation au profit des jeunes sénégalais, notamment leur autonomisation. Cela, quelle que soit la couche sociale à laquelle ils appartiennent, a signalé son directeur, le Dr Bakary Sambe, enseignant-chercheur au Centre d’études des religions (Cer) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.

En partenariat avec le centre marocain Annajah (réussite en arabe), une formation a été organisée pour inciter les jeunes à être capables de se prendre en charge et à être responsables dans le cadre de l’entreprenariat et de l’auto-emploi, les problèmes les plus cruciaux auxquels les Etats de l’Afrique de l’Ouest font face. « Aujourd’hui, nous formons des jeunes issus de toutes les couches sociales, des universités, des lycées, des porteurs de projets, entre autres, pour leur faire bénéficier d’une prise de conscience de leurs capacités à s’approprier les dispositifs que l’Etat sénégalais a mis en place comme l’Anpej, le Fongip, etc. », a déclaré Bakary Sambe, enseignant-chercheur au Centre d’études des religions (Cer) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.

L’idée, selon le directeur de Timbuktu institute, c’est de faire en sorte que les jeunes puissent prendre conscience de leur potentiel en présentant des projets viables et à être autonomes. Il a relevé que le Sénégal, tout comme les autres pays du continent, pourrait bénéficier du dividende démographique si les jeunes sont formés. En plus des jeunes scolarisés en français, la formation est également destinée à ceux formés en langue arabe qui, parfois, se retrouvent sans offre d’emploi.

Pour l’adjoint au préfet du département de Mbour, Alseyni Bangoura, qui a assisté au démarrage de cette formation, « depuis 2012, le président de la République, Macky Sall, a fait des efforts en créant le Baccalauréat arabe permettant aux bacheliers en arabe d’accéder aux universités et en ouvrant une section qui leur est dédiée à l’Ecole nationale d’administration (Ena) ». Dr Bakary Sambe a ajouté : « Nous voulons, dans le cadre de cette initiative, renforcer cela, pour que les arabisants puissent trouver leur place sur l’échiquier politique, économique et social ».

Justifiant leur présence à Mbour, il a souligné qu’elle entre dans une perspective de décentralisation. « Après deux sessions de formation qui se sont tenues respectivement à Dakar et Tivaouane, nous avons voulu faire dans la décentralisation en venant à Mbour qui se trouve être un endroit réputé pour ses activités touristiques, avec beaucoup d’incitations et de risques, mais aussi pour une meilleure insertion des cadres arabophones », a dit M. Sambe. Il a fait part d’un projet en gestation à Mbour en partenariat avec l’ambassade de France au Sénégal, le Conseil départemental de Mbour et les organisations sportives et de jeunes.

« Partout où nous avons organisé des formations, les jeunes ne sont plus les mêmes au niveau de leur mentalité et de leur possibilité de se prendre en charge, mais aussi d’une responsabilisation et de s’engager en tant que citoyens modèles qui se demandent certes qu’est-ce que l’Etat peut faire pour eux, mais aussi ce qu’ils pourraient faire pour l’Etat et pour leur pays », a ajouté Bakary Sambe.

L’adjoint au préfet du département de Mbour a déclaré que cette formation dont les bénéficiaires sont constitués majoritairement de jeunes est « une initiative capitale et sûre » en phase avec la politique du gouvernement du Sénégal qui ne saurait prospérer sans une bonne formation des jeunes.

Source : .lesoleil.sn

Timbuktu institute, à travers le Centre ouest-africain pour les études de paix (WACPS, en anglais), est en train de mettre en place des stratégies dans le but de l’autonomisation des jeunes, a annoncé, jeudi, à Mbour, ouest), son directeur, Dr Bakary Samb.
 
Dr Samb a précisé que cette formation initiée en partenariat avec le centre marocain, Annajah (réussite pour tous, en arabe), vise à former les jeunes à être capables de se prendre en charge et à être responsables dans le cadre de l’entreprenariat et de l’auto-emploi., selon lui, ce sont "es problèmes les plus cruciaux" auxquels font face les Etats de l’Afrique de l’Ouest.
 
"Aujourd’hui, nous formons des jeunes (...) pour leur faire bénéficier d’une prise de conscience de leurs capacités à s’approprier les dispositifs que l’Etat sénégalais a mis en place, comme l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes (ANPEJ), le Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP), etc.", a-t-il expliqué.
 
L’idée, a ajouté le directeur de Timbuktu institute, c’est de faire en sorte que ces jeunes-là puissent prendre conscience de leurs potentiels en présentant des projets viables et à être autonomes.

Dr Bakary Samb a relevé que le Sénégal, tout comme les autres pays du continent, pourrait bénéficier de ce dividende démographique si les jeunes sont formés.
 
Cette formation est également destinée à des jeunes formés en langue arabe qui, parfois, se retrouvent sans offre d’emplois.

"Depuis 2012, le président de la République, Macky Sall a fait des efforts, en créant le baccalauréat arabe, en permettant aux bacheliers en arabe d’accéder aux universités et en ouvrant une section qui leur est dédiée à l’Ecole nationale d’administration (ENA)", s’est-il réjoui.
 
"Nous voulons, dans le cadre de cette initiative, renforcer cela, pour que les arabisants puissent trouver leur place sur l’échiquier politique, économique et social", a dit Dr Samb, également enseignant-chercheur au Centre d’études des religions (CER) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (nord).

ADE/ASB

En choisissant de consacrer à cette thématique, la Lettre de l’Observatoire des Radicalismes, Timbuktu Institute a voulu « documenter une problématique largement débattue au-delà des suppositions et des hypothèses sur la force et l’impact réel de ce courant sur les jeunes notamment ».

« L’étude basée sur l’examen du discours des principaux prédicateurs appartenant à ce courant s’est révélée instructive notamment sur la dangerosité ou non du discours salafiste qui, au-delà des suppositions, est aussi varié que contradictoire », souligne Bakary sambe.

A l’heure du débat sur la radicalisation via Internet et l’effet des réseaux sociaux sur les sujets potentiellement sensibles aux discours extrémistes, Timbuktu Institute a voulu questionner cette problématique et réaliser une étude basée sur de longs mois de veille et de suivi du discours des personnalités salafistes à travers YouTube.

L’étude s’est intéressée aux stratégies digitales des salafistes tout en donnant une grande importance à l’analyse des contenus, aux cibles mais aussi à la question de l’opposition aux confréries comme stratégies de recrutement.

Le directeur de Timbuktu Institute précise que « la méthodologie adoptée a voulu mettre en avant dans cette étude des chercheurs qui ne sont pas familiers du discours salafiste sénégalais afin d’éviter les biais et toute forme de parti prisElle a été confiée à notre chercheure assistante américaine  Stephanie L Schmitt ; ce qui a permis d’avoir un regard neuf, serein et curieux. Une version française sera bientôt disponible ».

La lettre est disponible en téléchargement direct sur ce lien Salafist online Messaging and Digital Strategies in Senegal ou dans la partie Publications dans le site officiel de Timbuktu Institute.

Si la religion n’est plus libératrice, si elle ne peut plus émanciper l’homme et lui conférer de quoi penser les exigences du temps, à quoi sert-elle ? Il est temps d’en finir avec la religiosité aliénante.

Les défis qui guettent l’humanité sont ailleurs que dans des considérations théologico-juridiques. Assez des débats sur la manière dont il faut ou non prier alors que la Méditerranée se nourrit quotidiennement de l’âme des chasseurs d’espoir ! Assez des discussions type « la place de la femme en islam », « l’importance de la mosquée dans la vie du citoyen », « l’éducation en islam », au moment où la crise écologique menace des milliers, voire des millions de frères et sœurs en humanité. Assez des débats sur la licéité ou non d’avoir un guide religieux ou de suivre une voie initiatique alors que des « assassins de l’aube », comme le disait Césaire, sont en train d’arracher à l’homme son humanité. Assez de la religiosité aliénante et vive la liberté de conscience !

Combien de producteurs de discours religieux chantent les gloires et vertus du « couple en islam » comme si le Coran était un code de statut personnel ? Combien de hiérarques de l’islam chantent les mérites ou dangers du travail en islam comme si le Coran était un code de travail ? Que dire de ce que d’aucuns appellent la « finance islamique » qui n’est qu’une arnaque capitaliste ? Existe-t-elle une manière de faire des opérations financières islamiquement acceptable ? Que dire de la fameuse « médecine islamique » comme s’il existait une manière coranique d’opérer un cerveau ou de vacciner un enfant ? Que dire des musulmans qui dorment matin et soir et qui, après chaque découverte scientifique, se réveillent pour dire que cela a été écrit dans le Coran ? Que diront-ils si une autre découverte contredit la première ? Diront-ils que le Coran s’est trompé ? Tout cela n’est que littérature. Arrêtons de tout vouloir coraniser ou islamiser. Et ce, pour la survie même de l’homme.

La religion, comme l’indique son étymologie, a pour vocation de créer du lien, de lier. Lier l’homme à un principe supérieur, lier l’homme à l’homme, lier l’homme à la nature, voilà ce à quoi doit servir toute religion. Et aux poubelles tout discours qui, au nom d’une conception de telle ou telle religion, porte atteinte à la dignité de l’homme et au droit de la nature. Aux poubelles tous les textes qui appellent à la haine des autres hommes sous prétexte qu’ils ne partagent pas avec nous la même religion. Aux poubelles tout discours inquisiteur et vive la liberté de culte.

Comme j’ai eu l’occasion de le dire ailleurs, « le temps presse, éradiquons les mythes d’autrefois. Refusons de nous enfermer dans un passé légendaire auquel voudraient nous faire retourner certains théoriciens de l’identité et apologistes d’un islam fantasmé. Contrairement à ce que prétendent les identitaires et les adeptes d’une lecture médiévale des textes scripturaires de l’islam, ce n’était pas forcément mieux avant. Ne soyons pas passéistes et défaitistes, rien n’a été figé, aucune prédestination n’a fixé le destin de l’humanité. Le monde est à nous et pour nous. C’est à nous de le changer.

L’œuvre de l’homme n’est pas encore finie. Elle vient seulement de commencer, aimait à dire Césaire. Ensemble, nous devons être coréalisateurs de l’œuvre humaine. Le monde n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui. Pourtant, les inégalités sociales ne cessent de s’accroître. Pendant que des pays risquent la famine, quelques multimilliardaires possèdent presque la moitié de la richesse humaine. Au moment où j’écris ces lignes, la famine menace la Somalie, des Somaliens « crèvent la dalle » comme on dit vulgairement, et de l’autre côté, l’une des pétromonarchies les plus riches de la planète est en train de rayer le Yémen de la carte, sous le regard et la bénédiction des grandes puissances. Cela doit cesser. Par l’humanitaire, la sensibilisation ou par la simple écriture, nous devons être parmi les acteurs de ce changement radical qui, je l’espère, redonnera le sourire aux hommes, et ce, pour l’éternité. [1]»

 

Dr Seydi Diamil Niane,

Islamologue, chargé de recherche à Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies

 

[1] Seydi Diamil Niane, Moi, musulman, je n’ai pas à me justifier, Eyrolles-Timbuktu Institute, 2017, p.118.