Timbuktu Institute

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Le Timbuktu Institute – African Centre for Peace Studies a porté la voix du Sahel au Congrès Humanitaire de Rome, tenu le 15 octobre 2026 au musée de l'Ara Pacis, à Rome. Organisé par l'ONG italienne INTERSOS sur le thème « Contested Spaces: Engagement, Legitimacy and Access in Turbulent Times », ce rendez-vous a réuni des acteurs humanitaires, diplomatiques, académiques et médiatiques autour des obstacles politiques, sécuritaires et bureaucratiques qui entravent l'action humanitaire dans les zones de crise.

Directeur et Fondateur du Tombouctou Institute, Dr Bakary Sambe intervenait dans le panel consacré à « l'accès humanitaire et l'engagement stratégique au Sahel ». Il y s'exprimait aux côtés d'Alda Cappelletti, directrice générale adjointe d'INTERSOS, et d'Andrea Palamidessi, chef du bureau Afrique de l'Ouest et du Centre au ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Les échanges de ce panel de haut niveau étaient modérés par Vincenzo Giardina, chef du service international de l'agence DIRE. 

De retour de Rome, il revient pour Dakaractu sur le rôle des humanitaires, devenus selon lui « le dernier fil » entre l'Europe et le Sahel, et sur la nécessité d'une nouvelle vision de l'engagement européen dans la région.

Entretien…

Vous avez ouvert votre intervention à Rome avec l'image assez parlante d'un convoi humanitaire. Pourquoi ce choix ?

Parce que cette image dit tout de la situation actuelle. Prenez un convoi humanitaire entre Gao et Ménaka, ou sur une piste du Liptako-Gourma. Il n'y a plus d'opération militaire européenne, plus de mission des Nations unies, et presque plus d'ambassadeur européen à qui parler. Dans des pans entiers du Sahel, ce convoi est tout ce qui reste de l'Europe. C'est le dernier fil. La question que j'ai posée à Rome est simple : allons-nous laisser le dernier fil de solidarité se rompre ?

Concrètement, que représentent les humanitaires pour les populations sahéliennes aujourd'hui ? 

Quand les ambassades fixent leurs effectifs, les agences de coopération hésitent, que les missions militaires plient bagages et que les programmes de coopération sont suspendus, qui reste ? Les humanitaires. Ce sont eux qui négocient encore l'accès, souvent avec un grand courage et non sans risques. Ils connaissent les chefs de village, les comités de femmes, les associations de jeunes. Pour des millions de Sahéliens, ils sont très concrètement le dernier visage humain de l'Europe. Rien que dans la zone sahélienne, sur compte plus de 3 millions de déplacés internes, et face à ce chiffre, il y a leurs équipes qui se démènent dans un contexte de réduction de leurs moyens et d'ostracisme de la part de régimes qui leur sont hostiles.

Faut-il alors leur confier la relation entre l'Europe et le Sahel ?

Surtout pas. Ce n'était pas le sens de ma proposition. Je le dis toujours aux décideurs européens : on ne peut pas demander aux humanitaires de porter seuls le poids de la relation politique entre l'Europe et le Sahel. Ils ne doivent pas devenir des instruments diplomatiques. Leur neutralité est l'une des rares garanties de leur protection dans un contexte politico-sécuritaire marqué surtout par la suspicion. Si vous les utilisez comme des outils, vous les exposez, et ensuite vous les perdez. Ce qu'il faut, c'est les soutenir davantage : les financeurs sur le long terme, et non au rythme de l'attention médiatique qui décide souvent des priorités des bailleurs et donateurs, les protéger politiquement et préserver l'espace humanitaire. Au moment où les budgets d'aide diminuent dans une grande partie du monde occidental, couper ce dernier lien serait une erreur historique. Ce serait dire aux Sahéliens : vous n'existez plus pour nous.

Vous avez également interpellé directement les organisations humanitaires à l'instar d'INTERSOS. Quel rôle attendez-vous des ONG au-delà de l'urgence ?

Dans mon intervention à Rome, je ne demande pas aux humanitaires de devenir des négociateurs ou des acteurs politiques. Leur neutralité doit rester intacte. Mais parce qu'ils sont présents là oùpersonne d'autre ne va, et parce qu'ils ont la confiance des communautés, ils peuvent aider à créer les conditions du dialogue. D'abord en portant la voix des communautés là où se prennent les décisions, à Rome, à Bruxelles ou à Genève. Ensuite en documentant ce qui marche : les médiations locales, les accords communautaires, la réintégration des jeunes sortis des groupes armés. Puis en soutenant le tissu social qui rend le dialogue possible : l'éducation, les moyens de subsistance, le soutien psychosocial, la réconciliation entre éleveurs et agriculteurs, entre communautés transfrontalières. Enfin, en disant clairement aux décideurs européens que la stratégie du tout-militaire a atteint ses limites. Le Sahel n'a pas besoin de plus d'armes. Il a besoin de plus de confiance. Et la confiance, c'est précisément ce que les humanitaires ont construit, patiemment, au fil des années, malgré les difficultés actuelles au Sahel central.

Il a été beaucoup question d’Europe. Justement, comment l'Europe est-elle perçue aujourd'hui au Sahel et en Afrique de l'Ouest ?

Je n'utiliserai pas le langage diplomatique qui occulterait quelque peu la réalité exprimée par des données probantes : l'Europe, je ne parle pas des humanitaires, est encore dans le besoin d’améliorer son image. Au Timbuktu Institute, nous avons mené une enquête de perception-pilote auprès de plus de 1 100 répondants représentatifs en Côte d'Ivoire, au Niger, au Sénégal et au Togo. Les chiffres sont durs. 70 % pensent que les partenaires occidentaux, Union européenne comprise, agissent d'abord pour protéger leurs propres intérêts sécuritaires. 58 % disent la même chose de l'aide au développement. 61 % estiment que la coopération sécuritaire avec des partenaires étrangers fait plus de mal que de bien. Et ce ne sont pas seulement des pays de l'AES : ce sont aussi des pays côtiers considérés comme stables et, parfois, amis.

Est-ce, donc, un rejet total de l'Europe en tant que tel ?

Pas forcément, et c'est là le point essentiel. Ce rejet est rarement un rejet de principe. C'est souvent de la méconnaissance. La plupart des personnes interrogées ne savent tout simplement pas ce que fait l'Europe. L'Alliance Sahel, avec ses 1 200 projets, est restée invisible ou plutôt pour le citoyen ordinaire. Dans le même temps, 73 % s'informent principalement sur les réseaux sociaux, où se mènent des campagnes de désinformation très efficaces et certainement contre l’Europe. L'Europe ne perd pas seulement du terrain dans cet espace. Elle perd aussi la bataille des récits, parfois simplement en n'étant pas là ou en ne communiquant pas assez sur son action. Il y a aussi un décalage de regard. Depuis Bruxelles, Paris ou Rome, on lit le Sahel à travers trois mots : coups d'État, terrorisme, migrations. Ces mots ont certes leur réalité. Mais, à Kaya, Tillabéri ou Mopti, la situation qu’ils décrivent se vit avec d'autres mots : dignité, souveraineté, survie. Les populations ne rejettent pas la coopération. Elles rejettent la condescendance, l'opacité et la domination, quelle que soit la nationalité du partenaire.

Face à cette défiance, certains en Europe sont tentés de partir. Que leur répondez-vous ?

Qu'aucun partenaire n'a résolu la crise sécuritaire, ni la France pendant dix ans avec une armée régulière en coopération avec les États de la région, ni la Russie aujourd'hui avec les mercenaires de Wagner devenus Africa Corps sans jamais changer de méthode. Le «mythe russe » lui-même s'effrite à l’épreuve de la réalité sécuritaire dans la région, on l'a vu avec les revers militaires dans de nombreuses zones des pays de l’AES. Le Sahel n'a pas trouvé de sauveur et il ne devait pas, d’ailleurs, l’espérer de l’extérieur. Il s’est trouvé des concurrents qui ont transformé cet espace en un champ de bataille informationnel avec une féroce guerre des récits. C'est justement pour cela que l'Europe ne doit pas se désengager : non pas pour reprendre ou restaurer le rôle d'hier, mais pour en jouer un autre, différent, repensé. L'Europe peut sembler avoir, quelques fois, des raisons de se désengager : la frustration, l'humiliation diplomatique, la lassitude, tel qu’on le perçoit dans les discours. Mais elle doit être consciente du prix du départ. D'autres combleraient immédiatement le vide, la crise gagnerait les pays côtiers, les flux migratoires augmenteraient et une radicalisation visant explicitement l'Europe s'accentuerait. Rester coûtera cher, il est vrai. Partir coûtera bien plus, surtout en image.

Comment rester engagé auprès de régimes qui ont parfois chassé les Européens à coup de discours tout sauf diplomatiques ?

On me pose souvent cette question. Ma réponse est simple : l'Europe ne s'engage pas auprès de régimes qui lui sont hostiles, elle s'engage auprès de peuples et d'un avenir en partage. Les régimes militaires de l'AES ne dureront pas éternellement ; l'histoire de notre continent montre que les transitions finissent, d'une manière ou d'une autre, elles sont des parenthèses sur le long cours de l’histoire des relations entre nos peuples. La vraie question est : ce jour-là, quand les régimes passeront, l'Europe aura-t-elle encore des amis au Sahel ? Ou aura-t-elle laissé toute une génération grandir avec la conviction d'avoir été abandonnée ? L'isolement total ne fait qu'accroître la dépendance de ces pays envers d'autres puissances qui n’ont pas les mêmes valeurs. Toutes les études montrent le fort attachement des populations à la démocratie et à la liberté malgré les discours populistes. Pour l’Europe comme pour d’autres partenaires, un engagement réel mais conditionnel et respectueux vaut mieux qu'une rupture complète qui serait insensée au regard des impératifs de sécurité collective.

À quoi ressemblerait, concrètement, cette nouvelle vision, cette nouvelle démarche vers ce que vous appelez une « marque Europe » ?

D'abord, sortir du tout-militaire. Depuis plus de dix ans, la réponse dominante a été militaire malgré les efforts sur le développement, et la violence n'a pas reculé : elle s'est étendue, elle a changé de nature. Le terrorisme au Sahel est largement endogène. Les terroristes ne sont plus des hordes d’envahisseurs venus de l’étranger. Ceux qui prennent les armes sont souvent, par exemple, de jeunes éleveurs qui ont perdu leur bétail, des jeunes humiliés aux postes de contrôle, des communautés qui se sentent abandonnées ou stigmatisées et devenus des ennemis de leurs propres États où ils n’ont plus droit de cité. Les groupes djihadistes n'ont pas créé ces griefs, ils les ont exploités. On ne bombarde pas un grief, on le traite à la racine. Il faut donc faire place au dialogue, à côté de la sécurité. Ce dialogue existe déjà sur le terrain avec des négociations locales de trêve et de levée de blocus : il est porté par les leaders religieux, les chefs traditionnels, les réseaux de femmes, les comités locaux de paix. Ces solutions endogènes sont, encore, traitées comme des solutions de seconde classe ou simplement alternatives. Il faut leur donner la dignité d'une solution.

Mais Dr. Sambe, la région a profondément changé et les rapports entre États sont devenus complexes avec les dissensions AES-CEDEAO. Comment l’Europe pourrait se retrouver dans tout cela ?

Effectivement, la région est devenue très complexe. Mais, il faudra garder des canaux ouverts, même indirects, en s’appuyant sur des pays intermédiaires crédibles comme le Sénégal, le Togo, la Mauritanie ou l'Algérie. Aucun pays de l’AES ou de la CEDEAO ne peut déménager de l’Afrique de l’Ouest. Ils seront en sécurité ou en insécurité ensemble. Les humanitaires, derniers visages d’une Europe en repli dans certaines zones, doivent avoir les moyens de continuer à investir là où les autres ne vont pas : la justice, la gouvernance locale, la sécurité alimentaire et pastorale, les zones frontalières du Liptako-Gourma et du lac Tchad où recrutent les groupes armés. Parler des droits humains, oui, c’est défendre des valeurs partagées avec les peuples de la région ; mais par le dialogue et des mécanismes discrets, pas par des déclarations publiques qui nourrissent les récits anti-occidentaux. On dit bien chez nous qu’on ne passe pas la serpillière alors qu’il pleut encore. Sans se renier, à chaque moment son tempo. Et enfin donner un vrai contenu à la « marque Europe » : une Europe plus collective, moins chargée de passif historique que les engagements bilatéraux.

 Le congrès se tenait à Rome. L'Italie a-t-elle un rôle particulier à jouer et qu’en est-il de manière générale pour les partenaires européens ?

L'Italie n'est pas spectatrice de la crise sahélienne : elle en est l'une des frontières. Chaque fragilité du Sahel finit par se manifester à Lampedusa, en Sicile ou en Calabre. La route de la Méditerranée centrale passe par le Niger, puis par la Libye, où le Fezzan devient le trait d'union entre l'instabilité sahélienne et la Méditerranée. Mais l'Italie a aussi des atouts : elle est peu perçue au Sahel comme une ancienne puissance coloniale malgré son histoire à l’Est du continent.Comme, d’ailleurs, la Belgique, l’Allemagne ou encore la Suisse, elle n'a pas fermé la porte au dialogue aux moments critiques, et avec le plan Mattei, elle affiche l'ambition d'un partenariat d'égal à égal avec l'Afrique. Elle pourrait prendre toute sa place dans le cadre d’un engagement européen solidaire incluant tous les États-membres, mais nécessairement repensé. Elle pourrait assumer son statut de fait comme un pont entre la stabilité du Sahel et celle de la Méditerranée.L’Espagne aussi devrait jouer ce rôle de pont de même que la France qui a encore un Envoyé Spécial au Sahel et accueille toujours une forte diaspora sahélienne dans ses universités et ses entreprises. Sa relation avec le Sahel ne peut se réduire à ces velléités qui sont temporaires au regard de la longue histoire qu’elle partage et écrit encore avec les pays et peuples de cette région.

 Quel message principal retenir de votre passage à Rome surtout de votre participation à ce congrès humanitaire ?

Rester engagé au Sahel, mais autrement : avec humilité, écoute bienveillante, cohérence et patience. Osons le dialogue qui de toute manière sera la solution ultime. Faisons confiance aux solutions que les Sahéliens construisent eux-mêmes, et soutenons ceux qui n'ont jamais quitté le terrain, à savoir les organisations humanitaires. Aujourd'hui, les humanitaires respectent le dernier fil de l'indispensable solidarité entre l'Europe et le Sahel. Le Sahel de demain se construit aujourd'hui. Et ce jour-là quand les armes se tairont, les velléités et les rancœurs se dissiperont, les Sahéliens se souviendront de qui était à leurs côtés quand tout semblait perdu.

Source : Dakaractu

 

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1 

Just over two months before the 5 December presidential election, Adama Barrow is consolidating his camp. After Mamma Kandeh, it is now Essa Faal who has joined the incumbent president, going so far as to declare the election “dead and buried”. But these endorsements come at a cost: internal dissent within APP-Sobeyaa and defections of NPP officials to a new party. Facing him, the opposition remains split between two competing coalitions, led respectively by Ousainou Darboe and Talib Bensouda, whose rapprochement is stalled over the question of a joint candidate.

An official endorsement of the incumbent president

The leader of APP-Sobeyaa, Essa Faal, made official his alliance with President Adama Barrow and the National People’s Party (NPP) at a ceremony held at the presidential palace in Banjul. A video of the eventshows the two men hand in hand, arms raised, to the cheers of their supporters. A former opposition figure, Essa Faal went as far as to say that the December election was “dead and buried” and that “Barrow has already won”. During the ceremony, Adama Barrow highlighted the arithmetic of this alliance. Added to his own 2021 votes, those of Essa Faal and of Mamma Kandeh, who joined the NPP at the end of July, would make his re-election a foregone conclusion. This choice is, however, contested within APP-Sobeyaa, where several founding members and officials disapprove of an alliance that leads their leader to give up running in the 5 December vote. Essa Faal also denied having received money or sought a post in exchange for his support.

The presidential party faces a wave of defections

At the very moment it was celebrating Essa Faal’s endorsement, the NPP saw some twenty of its officials join the National Democratic Party (NDP), founded by Kebba Madi Bojang, former youth president of the ruling party. Youth coordinators, women’s wing leaders and members of constituency executives, the defectors from several regions of the country say they had only been active in the NPP because of Kebba Madi Bojang, whom they have now “decided to follow”. Although these departures remain limited in number, they affect the grassroots activist apparatus of the ruling party just over two months before the presidential election.

Divided, the opposition debates a rapprochement between Ousainou Darboe and Talib Bensouda

Faced with this strategy of endorsements, the opposition is going into the election in disarray. Two coalitions are competing: Gambia First, built around Ousainou Darboe’s United Democratic Party (UDP), and Coalition 2026, led by the Mayor of Kanifing, Talib Ahmed Bensouda, and his Unite movement. On social media, a UK-based Unite supporter revived the debate by calling on the two men to “find a path of convergence”. “Politics is the art of the possible. Yesterday’s differences must not become tomorrow’s obstacles,” he argued, recalling that rivals of the president, such as Mamma Kandeh and Essa Faal, had managed to find common ground with the NPP. The appeal drew mixed reactions. While several users urged the two leaders to “put the national interest above personal differences”, others pointed to the practical obstacles to such a rapprochement, starting with the question of who would lead the coalition as its candidate.

 

For his part, Ousainou Darboe opted for a firm stance. Addressing the UDP diaspora convention in London on 27 September, he praised three decades of loyalty from party members abroad, before lashing out at politicians willing to abandon their principles for personal or political gain, a criticism that sounds like an allusion to the recent defections to the presidential camp. “The truth has no expiry date,” he said. Ousainou Darboe stated that his party remains open to working with other movements that share the UDP’s values and named Adama Barrow as the only opponent in this election.

 

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1

À un peu plus de deux mois de la présidentielle du 5 décembre, Adama Barrow consolide son camp. Après Mamma Kandeh, c’est Essa Faal qui rejoint le président sortant, au point de déclarer l’élection « morte et enterrée ». Mais ces ralliements ont un coût : contestations internes à l’APP-Sobeyaa et défections de cadres du NPP au profit d’un nouveau parti. Face à lui, l’opposition reste partagée entre deux coalitions concurrentes, celle d’Ousainou Darboe et celle de Talib Bensouda, dont le rapprochement bute sur la question du candidat commun.

Un ralliement officialisé au président sortant

Le chef de file de l’APP-Sobeyaa, Essa Faal, a officialisé son alliance avec le président Adama Barrow et le National People’s Party (NPP) lors d’une cérémonie organisée au palais présidentiel de Banjul. Une vidéo de l’événement, montre les deux hommes main dans la main, les bras levés, sous les acclamations de leurs partisans. Ancien opposant, Essa Faal est allé jusqu’à affirmer que l’élection de décembre était « morte et enterrée »et que « Barrow a déjà gagné ». Lors de la cérémonie, Adama Barrow a mis en avant l’arithmétique de ce rapprochement. Additionnés à ses propres suffrages de 2021, ceux d’Essa Faal et de Mamma Kandeh, rallié au NPP depuis la fin juillet, rendraient sa réélection acquise. Ce choix est toutefois contesté au sein de l’APP-Sobeyaa, dont plusieurs membres fondateurs et cadres désapprouvent un ralliement qui conduit leur chef à renoncer à se présenter au scrutin du 5 décembre. Essa Faal s’est par ailleurs défendu d’avoir reçu de l’argent ou sollicité un poste en échange de son soutien.

Le parti présidentiel confronté à une vague de défections

Au moment même où il célébrait le ralliement d’Essa Faal, le NPP a vu une vingtaine de ses cadres rejoindre le National Democratic Party (NDP), fondé par Kebba Madi Bojang, ancien président de la jeunesse du parti présidentiel. Coordinateurs de jeunesse, responsables de l’aile féminine ou membres d’exécutifs de circonscription, les démissionnaires issus de plusieurs régions du pays affirment n’avoir milité au NPP qu’en raison de la présence de Kebba Madi Bojang, qu’ils ont désormais « décidé de suivre ». Si ces départs restent limités en nombre, ils touchent l’appareil militant de base du parti au pouvoir, à un peu plus de deux mois de la présidentielle.

Divisée, l’opposition débat d’un rapprochement entre Ousainou Darboe et Talib Bensouda

Face à cette stratégie de ralliements, l’opposition aborde le scrutin en ordre dispersé. Deux coalitions se font concurrence : Gambia First, structurée autour de l’United Democratic Party (UDP) d’Ousainou Darboe et Coalition 2026, emmenée par le maire de Kanifing, Talib Ahmed Bensouda et son mouvement Unite. Sur les réseaux sociaux, un sympathisant d’Unite basé au Royaume-Uni a relancé le débat en appelant les deux hommes à « trouver un chemin de convergence ». « La politique est l’art du possible. Les différences d’hier ne doivent pas devenir les obstacles de demain », a-t-il plaidé, rappelant que des rivaux du président, à l’image de Mamma Kandeh et d’Essa Faal, avaient su trouver un terrain d’entente avec le NPP. L’appel a suscité des réactions contrastées. Si plusieurs internautes ont exhorté les deux dirigeants à « placer l’intérêt national au-dessus des différences personnelles », d’autres ont pointé les obstacles concrets d’un tel rapprochement, à commencer par la question du candidat à la tête de cette coalition.

De son côté, Ousainou Darboe a privilégié un discours de fermeté. Devant la convention de la diaspora de l’UDP réunie à Londres le 27 septembre, il a salué trois décennies de loyauté de ses militants à l’étranger, avant de fustiger les responsables politiques prêts à abandonner leurs principes pour un avantage personnel ou politique, une critique qui sonne comme une allusion aux récents ralliements au camp présidentiel. « La vérité n’a pas de date d’expiration », a-t-il affirmé. Ousinou Darboe a assuré que son parti reste ouvert à la perspective de collaborer avec d’autres mouvements qui partagent les valeurs de l’UDP et a désigné Adama Barrow comme le seul adversaire de cette élection.

 

 

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1

At the UN, the Bissau-Guinean transition is promising an “inclusive, free, transparent and credible” vote on 6 December. On the ground, however, political space continues to shrink. Former President Umaro Sissoco Embaló, a declared candidate, has been barred from returning by the Military High Command, which cited security reasons. This decision lends itself to two readings: a genuine rupture between the junta and its former mentor, or a staged move to pave the way for his return. The review of his candidacy, in light of the residency requirement set by the new Constitution, will show which one prevails. 

Promise of “credible” general elections

Before the United Nations General Assembly, the transitional Prime Minister, Ilídio Vieira Té, pledged that the 6 December vote would be held in an “inclusive, free, transparent and credible” manner. This promise, however, contrasts with developments in the domestic political situation. From the ban on political meetings decided in January to the seizure of the PAIGC headquarters at the end of September, the space left to the opposition has steadily shrunk since the start of the transition.

Umaro Sissoco Embaló prevented from returning to Bissau

Overthrown in a military coup on 26 November 2025, former President Umaro Sissoco Embaló announced at the end of September in an interview with Jeune Afrique that he would be a candidate in the 6 December election, under the banner of the Republican Platform. From exile, he said he intended to return to Guinea-Bissau on 4 October. Initially, the transitional government’s spokesman, Fernando Vaz, recalled “the inalienable right of every Bissau-Guinean citizen to return to their country” and deemed his candidacy “admissible in principle”. But three days before the announced date of his return, the Military High Command issued an official statement closing the door to the former president’s return, citing “security conditions” that were not currently met. The statement also reaffirmed that restrictive measures remain in force, including the ban on demonstrations, gatherings and political meetings. Following this decision, Umaro Sissoco Embaló called on his supporters to remain calm, while stating that he remained “determined” to pursue his presidential bid.

Genuine rupture or staged move? Two readings of the same decision

The first reading of this situation is that of a total rupture between the junta and Embaló. The ban on his return would then be part of the gradual lockdown of political space by the transitional authorities, who would be targeting a potential rival. The military officers previously considered close to him would now be seeking to free themselves from his influence. The second reading is that of a staged move intended to preserve, or even restore, the former president’s influence. The measure could then be part of a broader strategy that some describe as a “fake coup”. As early as November 2025, opponents and some observers suspected Embaló of having orchestrated the putsch himself in order to halt an electoral process whose victory the opposition was claiming. These accusations rested in particular on the links between the former president and several figures now at the heart of the transition. The transitional president, General Horta Inta-A Na Man, had been his personal chief of staff and then Army Chief of Staff, while the transitional Prime Minister, Ilídio Vieira Té, had been his Minister of Finance.

The new Constitution, approved by referendum on 30 August and significantly strengthening presidential prerogatives, also lends weight to this second reading. Embaló, who had dissolved the National Assembly several times, had indeed shown himself to be opposed to the principle of separation of powers. For opposition figure Agnelo Regalla, this constitutional change makes it possible to “create favourable ground for Umaro Sissoco Embaló to regain presidential power ”. PAIGC President Domingos Simões Pereira takes the same view, arguing that the manoeuvre aims to “keep trusted elements” in power until the conditions for the former president’s return are met.

One legal factor could, however, call this second reading into question. The new Constitution requires five years of continuous residence in the country in order to run in the presidential election. A former president who has been living abroad for several months could therefore, in principle, fail to meet this requirement. The review of his candidacy will thus be the real test: if it is validated despite this provision, it would support the collusion theory; if it is rejected, it would reinforce the rupture theory.

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1 

À l’ONU, la transition bissau-guinéenne promet un scrutin « inclusif, libre, transparent et crédible » le 6 décembre. Sur place, l’espace politique continue pourtant de se réduire. Candidat déclaré, l’ancien président Umaro Sissoco Embaló s’est vu interdire son retour par le Haut commandement militaire, invoquant des raisons de sécurité. Cette décision se prête à deux lectures : une rupture réelle entre la junte et son ancien mentor, ou une mise en scène au service de son retour. L’examen de sa candidature, au regard de la condition de résidence fixée par la nouvelle Constitution, dira laquelle l’emporte.

Promesse de tenue d'élections générales « crédibles »

Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, s’est engagé à ce que le scrutin du 6 décembre se déroule de manière « inclusive, libre, transparente et crédible ». Cette promesse contraste toutefois avec l’évolution de la situation politique intérieure. De l’interdiction des réunions politiques décidée en janvier, à la saisie du siège du PAIGC fin septembre, l’espace laissé à l’opposition n’a cessé de se réduire depuis le début de la transition.

Umaro Sissoco Embaló empêché de rentrer à Bissau

Renversé le 26 novembre 2025 par un coup d’État militaire, l’ancien président Umaro Sissoco Embaló a annoncé fin septembre dans un entretien accordé à Jeune Afrique qu’il serait candidat à l’élection du 6 décembre, sous la bannière de la Plateforme républicaine. Depuis son exil, il a indiqué vouloir rentrer en Guinée-Bissau le 4 octobre. Dans un premier temps, le porte-parole du gouvernement de transition, Fernando Vaz, a rappelé « le droit inaliénable de tout citoyen bissau-guinéen à rentrer dans son pays » et jugé sa candidature « recevable sur le principe ». Mais trois jours avant la date annoncée de son retour, le Haut commandement militaire a publié un communiqué officiel fermant la porte au retour de l’ancien président, invoquant des « conditions de sécurité » qui ne seraient pour l’heure pas réunies. La déclaration réaffirme également le maintien des mesures restrictives en vigueur, notamment l’interdiction des manifestations, des rassemblements et des réunions à caractère politique. Suite à cette décision, Umaro Sissoco Embaló a appelé ses partisans au calme, tout en affirmant rester « déterminé » à poursuivre sa démarche pour la présidentielle.

Rupture réelle ou mise en scène ? Deux lectures d’une même décision

La première lecture de cette situation est celle d’une rupture totale entre la junte et Embaló. L’interdiction de son retour s’inscrirait alors dans le contexte de verrouillage progressif de l’espace politique par les autorités de transition qui viseraient un rival potentiel. Les militaires qui lui étaient auparavant réputés proches chercheraient désormais à s’affranchir de son influence. La seconde lecture est celle d’une mise en scène destinée à préserver, voire à rétablir, l’influence de l’ancien président. La mesure pourrait alors s’intégrer dans une stratégie plus large, que certains qualifient de « faux coup d’État ». Dès novembre 2025, des opposants et certains observateurs avaient soupçonné Embaló d’avoir lui-même orchestré le putsch afin d’interrompre un processus électoral dont l’opposition revendiquait la victoire. Ces accusations reposaient notamment sur les liens entre l’ancien président et plusieurs figures aujourd’hui au cœur de la transition. Le président de transition, le général Horta Inta-A Na Man, avait ainsi été son chef d’état-major particulier puis chef d’état-major de l’armée de terre, tandis que le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, était son ministre des Finances.

La nouvelle Constitution, approuvée par référendum le 30 août et renforçant sensiblement les prérogatives présidentielles, alimente également cette seconde lecture. Embaló, qui avait dissous à plusieurs reprises l’Assemblée nationale, s’était en effet montré opposé au principe de séparation des pouvoirs. Pour l’opposant Agnelo Regalla, cette modification constitutionnelle permet de « créer un terrain favorable à la reprise du pouvoir présidentiel par Umaro Sissoco Embaló ». Même son de cloche chez le président du PAIGC, Domingos Simões Pereira, pour qui la manœuvre viserait à « maintenir des éléments de confiance » au pouvoir jusqu’à ce que les conditions du retour de l’ancien président soient réunies.

Un élément juridique pourrait toutefois remettre en cause cette seconde lecture. La nouvelle Constitution impose en effet cinq années de résidence continue dans le pays pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. Un ancien président installé à l’étranger depuis plusieurs mois pourrait donc, en principe, ne pas satisfaire cette condition. L’examen de sa candidature constituera dès lors le véritable révélateur : validée malgré cette disposition, elle accréditerait la thèse d’une connivence ; rejetée, elle renforcerait celle de la rupture.

 

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1 

Unanimous tributes to Sidya Touré despite the dissolution of his party, Alpha Condé’s indictment of restrictions on freedoms, NGO warnings about enforced disappearances seventeen years after the 28 September massacre: in Guinea, the question of political and human rights remains unresolved.

Death of Sidya Touré: the Guinean political class pays tribute to an opposition figure

Former Prime Minister (1996-1999) and President of the Union of Republican Forces (UFR), Sidya Touré, died on 25 September in Paris at the age of 81. His death prompted many tributes across the Guinean political class, starting with that of another former Prime Minister, Cellou Dalein Diallo, who hailed a “fellow traveller and comrade in struggle”. Prime Minister Bah Oury visited the family of the deceased to offer his condolences and those of the President of the Republic. He expressed the government’s wish that “the man who wanted to lead Guinea may rest in Guinea”, while stating that he would defer to the family’s decision. This solicitude contrasts with the fate of his political party: the UFR was among the forty parties dissolved last March.

Alpha Condé defends his record and denounces restrictions on political space

In a message posted on Facebook, the former President of the Republic (2010-2021) drew up a positive assessment of his presidency, highlighting in particular economic and financial reforms as well as his achievements in energy, infrastructure, mining, education and health. Alpha Condé also acknowledged that this period had been marked by political tensions and deadly demonstrations. Going on the offensive, the former president then sharply criticised the country’s current political situation. Listing “the restriction of civic space, the banning of demonstrations, the arrests of journalists and opponents, the forced exile of some Guineans, the closure or suspension of media outlets, as well as cases of enforced disappearances outside any legal and regular procedure and the suspicious deaths of many Guineans”, he took up the grievances voiced by human rights organisations. This indictment is nonetheless marked by ambiguity, since his own regime was also subject to similar criticism.

Seventeen years after the 28 September massacre, the human rights situation remains “worrying”, according to NGOs

On the 17th anniversary of the Conakry stadium massacre, the International Federation for Human Rights (FIDH), the Guinean Organisation for the Defence of Human Rights (OGDH) and the Association of Victims, Relatives and Friends of 28 September (AVIPA) denounced the slowness of the compensation mechanism. Of the 334 victims recognised by the first-instance judgment, fewer than 200 had been compensated by last May. The FIDH president also raised the alarm about the current human rights situation in the country, describing enforced disappearances as a “major problem” for Guinea. According to him, “the authorities cannot remain silent in the face of these disappearances”. For Alexis Deswaef, it is indeed “difficult not to make the connection” between these disappearances and the discovery at the end of August of a mass grave in Forécariah, where six bodies were found with their hands tied and their eyes and mouths covered. Received by the Prosecutor General on this matter, the FIDH president regretted that the magistrate had “hidden behind the confidentiality of investigations”, while some twenty African civil society organisations are calling for an “independent, impartial and transparent” investigation.

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1 

Hommages unanimes à Sidya Touré malgré la dissolution de son parti, réquisitoire d’Alpha Condé contre la restriction des libertés, alertes des ONG sur les disparitions forcées dix-sept ans après le massacre du 28 septembre : en Guinée, la question des droits politiques et humains reste entière.

Disparition de Sidya Touré : la classe politique guinéenne salue une figure de l’opposition

L’ancien Premier ministre (1996-1999) et président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, est décédé le 25 septembre à Paris à l’âge de 81 ans. Sa disparition a suscité de nombreux hommages au sein de la classe politique guinéenne, à commencer par celui d’un autre ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, qui a salué un « compagnon de route et de lutte ». Le Premier ministre Bah Oury s’est rendu auprès de la famille du défunt pour présenter ses condoléances ainsi que celles du président de la République. Il a exprimé le vœu du gouvernement que « celui qui a voulu diriger la Guinée puisse reposer en Guinée », précisant toutefois s’en remettre à la décision de la famille. Une sollicitude qui contraste avec le sort réservé à sa formation politique : l’UFR figurait en effet parmi les quarante partis dissous en mars dernier.

Alpha Condé défend son bilan et dénonce des restrictions de l’espace politique

Dans un message publié sur Facebook, l’ancien président de la République (2010-2021) a dressé un bilan positif de sa présidence, mettant notamment en avant les réformes économiques et financières, ainsi que ses réalisations dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, des mines, de l’éducation et de la santé. Alpha Condé a dans le même temps reconnu que cette période avait été marquée par des tensions politiques et des manifestations meurtrières. Plus offensif, l’ancien président a ensuite vivement critiqué la situation politique actuelle du pays. Énumérant « la restriction de l’espace civique, l’interdiction de manifestations, les arrestations de journalistes et d’opposants, l’exil forcé de certains Guinéens, la fermeture ou la suspension de médias, ainsi que des cas de disparitions forcées en dehors de toute procédure légale et régulière et la mort suspecte de nombreux guinéens », il a repris à son compte les griefs formulés par organisations de défense des droits humains. Ce réquisitoire porte cependant le sceau de l’ambiguïté, son propre régime ayant lui aussi été soumis à des critiques comparables.

Dix-sept ans après le massacre du 28 septembre, la situation des droits humains demeure « inquiétante » selon des ONG

À l’occasion du 17ème anniversaire du massacre du stade de Conakry, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA) ont dénoncé les lenteurs du mécanisme d’indemnisation. Ainsi, sur les 334 victimes reconnues par le jugement de première instance, moins de 200 avaient été indemnisées en mai dernier. Le président de la FIDH a par ailleurs alerté sur la situation actuelle des droits humains dans le pays et qualifié les disparitions forcées de « problème majeur » pour la Guinée. Selon lui, « les autorités ne peuvent pas rester silencieuses face à ces disparitions ». Pour Alexis Deswaef, il est en effet « difficile de ne pas faire le lien » entre ces disparitions et la découverte fin août d’une fosse commune à Forécariah, où six corps ont été retrouvés les mains liées, les yeux et la bouche bandés. Reçu à ce sujet par le procureur général, le président de la FIDH a regretté que le magistrat se soit « retranché derrière le secret des enquêtes », alors qu’une vingtaine d’organisations de la société civile africaine réclament une enquête « indépendante, impartiale et transparente ».

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Three years after taking office and on the eve of a presidential election, President Bola Tinubu is now focused on showcasing his record as he seeks a new term. On the occasion of the 66th anniversary of Nigeria’s independence, on 1stOctober, the Head of State chose to defend the economic trajectory launched since he came to power in 2023. As his term draws to a close, Tinubu presents the first results as signs of an economy gradually being put back on track: growth above 4% expected in 2026, inflation falling after its peak, rebuilt foreign exchange reserves, a stabilised foreign exchange market and non-oil exports that exceeded 6 billion dollars in 2025. “Our reforms did not create the weaknesses in our economy. They confronted them,” he said. However, this record clearly clashes with the daily reality of the population. The removal of certain subsidies and the adjustments made since 2023 have sharply increased the cost of living, while the benefits of macroeconomic stabilisation are still unevenly felt. Tinubu himself admits it: “We cannot erase in four years what has accumulated over generations. But we can change its trajectory.” For the next phase of his programme, the Head of State therefore says he wants to shift the centre of gravity of his policy towards jobs, industrialisation and lowering the cost of living, with investment in agriculture, irrigation, fertilisers, storage and major transport networks. The aim is now to carry reform from macroeconomic indicators through to the productive base and, ultimately, to household incomes.

The industrialisation gamble

In this outlook, gas holds a special place. Indeed, it plays a particular role in this new phase. Abuja aims to increase its production from 7.5 to 10 billion cubic feet per day by 2030 and plans nearly 30 billion dollars of investment in the sector. But the challenge is not only to produce more. Above all, the government wants to improve the delivery of gas to power plants and industries so as to make it a lever for energy supply and industrialisation. The 671 billion naira mobilised through the Midstream and Downstream Gas Infrastructure Fund are notably intended to finance this intermediate infrastructure, which is still lacking. This choice is revealing of the new stage Tinubu is seeking. After trying to correct the economy’s financial imbalances, the government is now seeking to convert its resources into productive capacity. Yet the resources mobilised by the State must actually reach the sectors for which they are intended, and at this level the question of resource governance arises again with particular acuity. Hence the particular resonance of the report published on 22 September by the Platform to Protect Whistleblowers in Africa and the Anti-Corruption Data Collective. The two organisations say they have identified 284 properties in the United States linked to 61 Nigerian figures who have held political, administrative or security positions, with a combined estimated value of 271 million dollars. More than 80% of these purchases were reportedly made in cash, with funds the report’s authors suspect come from the embezzlement of public resources. While the report obviously cannot, on its own, establish the guilt of the people named, it does at least bring back into focus a contradiction that is hard to ignore. At the very moment the government is asking Nigerians to accept the costs of a profound economic overhaul, part of the country’s resources is still suspected of having been diverted from their public purpose. The authors believe the funds concerned could have helped finance hospitals, schools or rural electrification. The question of growth then joins that of its redistribution and, more fundamentally, of trust in the State’s capacity to turn its resources into public goods.

Security, a permanent ordeal

This trust is all the harder to consolidate as the State still struggles to guarantee the security of many communities. Recent kidnappings show that the problem is not confined to areas traditionally associated with insecurity. On 26 and 27 September, more than 80 people, mainly women and children, were abducted in Niger and Zamfara states by criminal groups known as “bandits”. In some rural communities, the threat has become pervasive enough to disrupt the most ordinary activities. In Maigama Mairake, one resident said that “half the inhabitants” were in the hands of armed groups. According to SBM Intelligence, some 7.78 billion naira were reportedly paid in ransoms between July 2025 and June 2026. The phenomenon takes a different, though similar, form in the South-East, where some twenty young graduates of the National Youth Service Corps were kidnapped on 1 October while travelling to their posting in Imo State. Security forces tracked them to a forest camp, but the presence of improvised explosive devices further complicates their intervention. Such is the persistence of a violence that now reaches into the most ordinary acts of survival: fetching firewood, farming, fishing or collecting scrap metal can expose people to reprisals. In any case, a few months before the January 2027 presidential election, it is a safe bet that the security situation could weigh heavily for Bola Tinubu.

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Trois ans après son arrivée au pouvoir et à la veille d’une présidentielle, l’heure est, pour le président Bola Tinubu, à la mise en valeur de son bilan, alors qu’il brigue un nouveau mandat. À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Nigeria, le 1er octobre, le chef de l’Etat a choisi de défendre la trajectoire économique engagée depuis son arrivée au pouvoir en 2023. Tandis que son mandat touche à sa fin, Tinubu présente les premiers résultats comme les signes d’une économie progressivement remise sur ses rails : une croissance supérieure à 4 % attendue en 2026, un recul de l’inflation après son pic, la reconstitution des réserves de change, une stabilisation du marché des changes et des exportations non pétrolières qui ont dépassé 6 milliards de dollars en 2025. « Nos réformes n’ont pas créé les faiblesses de notre économie. Elles s’y sont attaquées », a-t-il affirmé. Seulement, ce bilan affiché se heurte manifestement à la réalité du quotidien des populations. La suppression de certaines subventions et les ajustements opérés depuis 2023 ont profondément renchéri le coût de la vie, alors même que les bénéfices de la stabilisation macroéconomique restent encore inégalement perceptibles. Tinubu en convient lui-même : « Nous ne pouvons pas effacer en quatre ans ce qui s’est accumulé au fil des générations. Mais nous pouvons en changer la trajectoire. » Pour la prochaine phase de son programme, le chef de l’État affirme vouloir donc déplacer le centre de gravité de sa politique vers l’emploi, l’industrialisation et la baisse du coût de la vie, avec des investissements dans l’agriculture, l’irrigation, les engrais, le stockage et les grands réseaux de transport. L’objectif est désormais de faire passer la réforme des indicateurs macroéconomiques au tissu productif et, à terme, aux revenus des ménages.

Le pari de l’industrialisation

Dans cette projection, le gaz occupe une place particulière. En effet, Abuja occupe une place particulière dans cette nouvelle étape. Abuja ambitionne de porter sa production de 7,5 à 10 milliards de pieds cubes par jour d’ici 2030 et prévoit près de 30 milliards de dollars d’investissements dans le secteur. Mais l’enjeu ne consiste pas seulement à produire davantage. Le gouvernement veut surtout améliorer l’acheminement du gaz vers les centrales et les industries afin d’en faire un levier d’approvisionnement énergétique et d’industrialisation. Les 671 milliards de nairas mobilisés à travers le Fonds d’infrastructure gazière Midstream et Downstream doivent notamment financer cette infrastructure intermédiaire qui fait encore défaut. Ce choix est révélateur de la nouvelle étape recherchée par Tinubu. Après avoir tenté de corriger les déséquilibres financiers de l’économie, le gouvernement cherche désormais à convertir ses ressources en capacités productives. Encore faut-il que les moyens mobilisés par l’État atteignent effectivement les secteurs auxquels ils sont destinés ; et à ce niveau c’est la question de la gouvernance des ressources qui se repose avec acuité. Partant, le rapport publié le 22 septembre par la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique et l’Anti-Corruption Data Collective y donne une résonance particulière. Les deux organisations affirment avoir identifié 284 biens immobiliers aux États-Unis liés à 61 personnalités nigérianes ayant exercé des fonctions politiques, administratives ou sécuritaires, pour une valeur cumulée estimée à 271 millions de dollars. Plus de 80 % de ces acquisitions auraient été réalisées en liquide, avec des fonds que les auteurs du rapport soupçonnent d’être issus de détournements de ressources publiques. Si le rapport ne permet évidemment pas, à lui seul, d’établir la culpabilité des personnes citées, il remet tout au moins en lumière une contradiction difficile à éluder. Puisqu’au moment où le gouvernement demande aux Nigérians d’accepter les coûts d’une profonde réorganisation économique, une partie des ressources du pays est encore soupçonnée d’avoir été soustraite à leur destination publique. Les auteurs estiment que les fonds concernés auraient pu contribuer au financement des hôpitaux, des écoles ou de l’électrification rurale. La question de la croissance rejoint alors celle de sa redistribution et, plus fondamentalement, de la confiance dans la capacité de l’État à transformer ses ressources en biens publics.

La sécurité, permanente épreuve

Cette confiance est d’autant plus difficile à consolider que l’État peine encore à garantir la sécurité de nombreuses communautés. Les enlèvements récents montrent que le problème ne se cantonne pas aux zones traditionnellement associées à l’insécurité. Les 26 et 27 septembre, plus de 80 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont été enlevées dans les États de Niger et de Zamfara par des groupes criminels dits « bandits ». Dans certaines communautés rurales, la menace est devenue suffisamment prégnante pour bouleverser les activités les plus ordinaires. À Maigama Mairake, un habitant affirmait ainsi que « la moitié des habitants » était aux mains des groupes armés. Selon SBM Intelligence, près de 7,78 milliards de nairas auraient été versés en rançons entre juillet 2025 et juin 2026. Le phénomène prend une autre forme bien que similaire dans le Sud-Est, où une vingtaine de jeunes diplômés du National Youth Service Corps ont été enlevés le 1er octobre alors qu’ils rejoignaient leur lieu d’affectation dans l’État d’Imo. Les forces de sécurité ont retrouvé leur trace dans un camp forestier, mais la présence d’engins explosifs improvisés complique encore leur intervention. Telle se manifeste la persistance d’une violence qui s’inscrit désormais dans les gestes les plus ordinaires de la survie  à l’instar d’aller chercher du bois, cultiver, pêcher ou récupérer de la ferraille peut exposer les populations à des représailles. En tous les cas, à quelques mois de la présidentielle de janvier 2027, il y aurait fort à parier que la situation sécuritaire puisse peser dans la balance pour Bola Tinubu.

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Nearly ten years after the outbreak of the Anglophone crisis, Cameroon is still facing a rift that has brought interrupted schooling, displaced families and territories durably scarred by fear. In the North-West and South-West regions, persistent violence, population displacement and disruption of daily life are a constant reminder that peace remains largely to be built. And Yaoundé is well aware of this. On a visit to the city of Buea, Prime Minister Joseph Dion Ngute again called, on 28 September, for an end to the cycle of violence. But at the same time, the kidnappings, the threats against schools and the “ghost town” operations held on the same day were a reminder, if one were needed, that political dialogue continues to run up against a persistent security reality. “Dialogue must produce results,” the head of government insisted, as if to underline that the challenge remains to change the actual conditions for peace. That said, the choice of Buea is not insignificant. In the South-West, the crisis has deeply disrupted public services, particularly education. Five teachers were kidnapped on 8 September in Wum before being released the next day. On 25 September, the head of a public secondary school had been shot and wounded during an attempted kidnapping in Bamenda. In several localities, separatist groups also continue to impose curfews and threaten parents who send their children to school. The September school term thus offered a new measure of the conflict’s grip on daily life. It was in this context that the “ghost town” day of 1 October confirmed this state of affairs. For the separatists, the anniversary of the 1961 reunification retains strong symbolic value, especially as it coincides with the proclamation of “Ambazonia” in 2017. In Bamenda, Buea and neighbouring localities, the slowdown in activity was accompanied by a large security deployment. Ten years after the start of the crisis, the toll remains heavy: several NGOs report more than 6,000 deaths and hundreds of thousands of displaced people.

Media standoff

This difficulty in restoring lasting order in the Anglophone regions finds another echo in the standoff now pitting the Cameroonian authorities against part of the media landscape. On 29 September, the National Communication Council (CNC) suspended Vision 4 for one month, the channel owned by businessman Jean-Pierre Amougou Belinga, after several months of tension with the regulator. The sanction stemmed from the broadcast, on 2 June, of a particularly critical report targeting a lawyer for the civil party in the Martinez Zogo case. Journalist Martial Owona had already been suspended for three months, while the L’Anecdote group had refused to respond to the CNC’s summonses. Its media director, Philippe Boney, had even declared that he “couldn’t care less about the CNC”. The confrontation then moved to a different arena, with the group challenging the legality of the sanctions in court and questioning the mandate of the Council’s chairman, Joseph Chebongkeng Kalabubsu. The regulator’s response matched this escalation: Vision 4 and Philippe Boney were suspended for one month, Martial Owona’s sanction was extended to six months, and Jean-Claude Fouda Abega, publication director of L’Anecdote, was also suspended. However, the channel was able to keep broadcasting in Cameroon through Vision 4 RCA, its Central African version, which falls outside the CNC’s jurisdiction.

Between levers and dependencies

In parallel, Yaoundé also intends to strengthen its room for manoeuvre on the economic front, notably by focusing on infrastructure capable of supporting regional trade. It was in this context that, on 4 October, President Paul Biya authorised a loan of around 390 million dollars from the International Bank for Reconstruction and Development (IBRD) to modernise the Douala-Bangui corridor. The route is strategic for the Central African Republic, but also for Chad, whose goods travel the more than 800 kilometres between Douala and Garoua-Boulaï. This investment is part of a broader infrastructure modernisation policy, including more than 212 million euros of financing from the Islamic Development Bank for the Douala-Bafoussam road. These projects are meant to strengthen Cameroon’s role as a gateway to the sea for several landlocked Central African countries. However, they add to an already closely watched financial equation, with several experts warning of the risks of accumulating debt.

Strengthening infrastructure also opens up another dimension of Yaoundé’s strategy: its external partnerships. On the diplomatic front, relations with Washington in turn illustrate both the room for manoeuvre and the dependencies Cameroon has to contend with. The appointment on 28 September of Christian Jové Ehrhardt as United States ambassador to Yaoundé has thus brought back into focus an agreement discreetly concluded between the two countries in December 2025. The diplomat had previously played a role in the US policy of deporting migrants to third countries, notably in the discussions that led to Cameroon’s commitment to receive up to 1,000 people deported from the United States. The arrangement, revealed several months later, had sparked controversy. Migrant rights organisations denounce the US policy of deportations to third countries and the risks of persecution or torture to which some migrants could be exposed. Cameroon, for its part, has remained discreet about the terms of the agreement. In this respect, Christian Jové Ehrhardt’s appointment to Yaoundé takes on particular resonance. The man who contributed in Washington to the policy of deporting migrants to third countries is arriving in a country that is itself expected to play a role in that system. Beyond bilateral cooperation, this appointment thus raises the question of Yaoundé’s capacity to negotiate its interests in a relationship where American priorities may also translate into new expectations of it.