Timbuktu Institute

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Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026 

Depuis la réélection de Paul Biya l’an dernier, l’opposition camerounaise connaît une relative traversée du désert. Contrôlée voire parfois empêchée, elle cherche depuis, tant bien que mal, à se ménager des marges de manœuvres. C’est dans ce contexte que la rentrée politique camerounaise s’est ouverte sur une séquence quelque peu surprenante. La démission, le 8 septembre, de l’opposant Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), accompagnée de celle de son premier vice-président Mamadou Mota, intervient alors que le principal parti d’opposition prépare son retour dans le jeu électoral, après avoir boycotté les élections locales de 2020. Dans une lettre laconique, Kamto invoque « l’intérêt supérieur » de son parti, de ses militants et du « Peuple du Changement », sans préciser davantage les raisons de son retrait. Mota s’est montré plus explicite, dénonçant le « harcèlement constant de l’administration camerounaise » et expliquant vouloir se mettre en retrait pour éviter de fournir au pouvoir un « sujet de focalisation » susceptible d’entraver les activités du MRC. Mais à l’ombre de cette double  démission se profile une équation politique complexe : préserver les chances électorales du parti tout en desserrant la pression administrative et judiciaire qui s’exerce sur ses principales figures.

L’opposition joue des coudes

La décision de Maurice Kamto intervient après plusieurs mois de contestation autour de son retour à la tête du MRC. Consacrée par une convention en décembre 2025, cette réinstallation avait fait l’objet de deux recours introduits par d’anciens militants du parti. Surtout, le 19 août dernier, le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, avait indiqué au secrétaire général du MRC qu’il n’avait pas jugé opportun de « prendre acte » de cette convention, alimentant les interrogations sur la reconnaissance du leadership de Kamto et par ricochet, sur la participation du parti aux prochaines échéances. Des responsables du camp présidentiel avaient même présenté publiquement le départ de l’ancien candidat à la présidentielle comme une condition à la participation du MRC aux scrutins à venir. Dans ces conditions, le retrait de Kamto peut apparaître comme un choix tactique. Les législatives et municipales prévues début 2027 constituent en effet un enjeu majeur pour une formation qui pourrait devenir le principal adversaire du parti au pouvoir le RDPC, après le retrait annoncé d’Issa Tchiroma Bakary. Cela étant, il convient de préciser que Kamto et Mota ne quittent pas le MRC. En attendant une nouvelle convention extraordinaire, convoquée le 10 octobre à Yaoundé, la deuxième vice-présidente Balbine Tiriane Noah assure la direction du parti. Cette solution permet de maintenir la machine électorale en mouvement, mais elle ne règle pas la question du leadership. Dans les rangs du MRC, certains présentent le départ des deux hommes comme un sacrifice consenti pour sauver les intérêts de la formation. D’autres y voient une séquence inédite qui pourrait contraindre l’opposition à repenser ses équilibres. Le pari est donc clair : retirer du premier plan les deux personnalités autour desquelles se concentrent les tensions avec l’administration, sans renoncer à la bataille électorale.

La crédibilité de l’État à l’épreuve

Cette séquence politique intervient alors que Yaoundé cherche parallèlement à reprendre le contrôle de ses équilibres financiers. Depuis août, le ministère des Finances conduit un audit de la « dette flottante » accumulée entre 2020 et 2025 par les administrations, entreprises publiques, universités et collectivités. Les créances concernées vont des rappels et primes dus aux fonctionnaires aux factures de fournisseurs et prestataires, en passant par des dettes académiques, sociales ou locatives. Les dossiers doivent être transmis à la Direction générale du budget avant le 31 octobre. L’exercice fait écho à un précédent audit réalisé en 2020 sur la période 2000-2019, qui avait établi un stock de 752,1 milliards de francs CFA, dont près des deux tiers ont depuis été apurés. Il avait toutefois également révélé l’existence de milliers de créances entachées de doublons ou de falsifications. Par ailleurs, ce nouvel audit vise aussi à établir avec davantage de précision l’étendue des engagements de l’État et à renforcer la crédibilité de leur gestion, alors que Yaoundé négocie un nouveau programme avec le FMI.

Parallèlement, c’est sur ce même terrain de la crédibilité institutionnelle que vient se greffer une autre affaire, autrement plus troublante du cambriolage du Tribunal criminel spécial (TCS) à Yaoundé, survenue dans la nuit du 29 au 30 août. Les cambrioleurs auraient emporté un ordinateur et une somme d’argent relativement modeste. Mais l’intrusion prend une tout autre dimension depuis que le greffier en chef Joel Tsik, en poste depuis la création du TCS il y a quatorze ans et arrivé à l’âge de la retraite en juin, demeure injoignable après avoir invoqué des problèmes de santé. Lui seul détiendrait la clé du coffre où sont conservés les scellés, les pièces à conviction, des objets de valeur, des documents sensibles et des espèces provenant notamment de procédures de plaider-coupable. Selon Jeune Afrique, plusieurs milliards de francs CFA pourraient se trouver dans ce coffre, issus notamment de procédures impliquant d’anciens responsables condamnés pour détournement de fonds publics. Rien ne permet à ce stade d’établir qu’une telle somme a disparu. Mais l’impossibilité de vérifier le contenu du coffre semble déjà nourrir l’hypothèse d’un vol plus important que celui constaté lors du cambriolage. La hiérarchie du tribunal a finalement saisi le ministre de la Justice, Laurent Esso, afin de lui faire part de ses soupçons. Si les faits étaient confirmés, l’affaire aurait une portée symbolique particulièrement lourde pour une juridiction créée précisément pour lutter contre les détournements de fonds publics.

Dans un certaine mesure, un certain paradoxe camerounais pourrait résider en ceci : à mesure que le pouvoir verrouille les espaces de contestation, il est aussi confronté à des signes de fragilité dans les institutions chargées d’incarner son autorité. L’opposition peut être contenue, mais elle ne disparaît pas ; les mécanismes administratifs peuvent être mobilisés pour encadrer le jeu politique, sans pour autant dissiper les soupçons qui entourent désormais le fonctionnement de l’État. À quelques mois des législatives et municipales de 2027, ces poches de tension ne peuvent qu’être de nature à interpeller. Car si le régime parvient encore à imposer les termes du jeu, il lui faudra désormais convaincre que les règles qu’il fixe restent suffisamment crédibles pour être acceptées.

 

 

 

Timbuktu Institute September 2026, Week 2  

In a political landscape still marked by the aftereffects of the transition and then by Idriss Mahamat Déby Itno's consolidation of power at the head of the country, the presidential pardon granted last August to former Prime Minister Succès Masra, after a year in detention,took on the appearance of a gesture of appeasement. Upon his release, Succès Masra had also declared himself “collectively available” to take part in a new political dynamic and renewed his proposal for a unity government based on a “double parity,” between Christians and Muslims as well as between men and women. For now, the authorities have not followed up on this call for openness. The head of state renewed his confidence in Prime Minister Allamaye Halina and his government, while the executive had already ruled out the idea of a national unity government. Above all, a pardon is not the same as an amnesty. Indeed, it does not erase Masra's conviction and could continue to restrict his civic rights as well as his ability to officially resume leadership of the Transformers. Hence the calls from his lawyers and several political figures for an amnesty law. The opposition figure's release thus constitutes a sign of appeasement, though its political significance remains uncertain.

Controlled Openness

But beyond Succès Masra's case, it is the authorities' capacity to durably widen the political space that remains in question. The opposition continues to denounce the restrictions stemming from the ordinances adopted in 2023, which notably complicated the organization of rallies. The Standing Framework for Political Dialogue, set up last February and presented as a forum for consultation between the majority and the opposition, does not appear to have dispelled these reservations either. Succès Masra's party, Les Transformateurs, and several formations from the former GCAP opposition coalition (Group for Consultation of Political Actors) are not part of it; its critics denounce excessive executive “control” over the body. The call made in early September by opposition figure Albert Pahimi Padacké for the revocation of the loss of nationality imposed on activists Makaïla Nguebla and Charfadine Galmaye Saleh could, if favorably received, extend the momentum of appeasement. That said, gestures of openness remain limited for now and are not enough to convince the opposition of a genuine change of course.

This fragility is all the more visible given that several disputes linked to political violence remain unresolved. Two and a half years after the death of the late opposition figure Yaya Dillo, killed on February 28, 2024 during the army's assault on the headquarters of the Socialist Party Without Borders in N'Djamena, his brother Ousmane Dillo continues to demand an independent investigation. In early September, at a press conference held at the French National Assembly, Ousmane Dillo announced that the family hadtaken legal action both domestically and internationally. Through his lawyers, the family notably referred the matter to the Paris public prosecutor's office and brought the case before the relevant United Nations bodies. The deceased's family is therefore now considering referring the case to the International Criminal Court, with lawyer Pierre Masquart arguing that Yaya Dillo's death falls within a pattern of “systematic attacks against the opposition for political reasons.” Any such move would need to occur before the end of July 2027, the deadline by which Chad is reportedly planning to withdraw from the International Criminal Court (ICC). This case thus serves as a reminder that the violence of the transition period continues to weigh on the credibility of the political process launched by N'Djamena.

Consolidating Through the Economy

At the same time, domestically, N'Djamena is seeking to consolidate its economic and industrial capacities, notably through regional partnerships. The mission carried out on September 9 by the director-general of the Senegalese Standardization Association, El Hadji Abdourahmane Ndione, thus opened upa new avenue for cooperation with Chadian authorities around product quality and food security. Received by the Minister of Commerce and Industry, Dr. Guibolo Fanga Mathieu, on the occasion of a seminar devoted to the ISO 22000:2018 standard, the Senegalese official discussed strengthening production standards and developing “Made in Chad.” A closer relationship between the ASN and the Chadian standardization agency is also being considered in order to facilitate the sharing of expertise and improve Chadian products' access to regional and international markets. This initiative is part of the ambitions of the “Chad Connection 2030” plan and reflects a desire to diversify the country's levers of consolidation, beyond the purely security-focused register.

At bottom, the challenge for N'Djamena now seems to lie less in the day-to-day management of tensions than in its capacity to reform the underpinnings of its governance. The consolidation of power cannot durably and solely rest on the balance of political forces or on security and economic levers alone. It will also depend on the State's capacity to build institutions credible enough to absorb dissent and give substance to its promises of transformation.

 

Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026 

Dans un paysage politique encore marqué par les séquelles de la transition puis la consolidation du pouvoir d’Idriss Mahamat Déby Itno à la tête du pays, la grâce présidentielle accordée en août dernier à l’ex-Premier ministre Succès Masra, après une année de détention, revêtit des allures d’un geste d’apaisement. Dès sa libération, Succès Masra s’était par ailleurs déclaré « disponible collectivement » pour participer à une nouvelle dynamique politique et a renouvelé sa proposition d’un gouvernement d’union fondé sur une « double parité », entre chrétiens et musulmans mais aussi entre hommes et femmes. Pour l’instant, le pouvoir n’a pas donné suite à cette demande d’ouverture. Le chef de l’Etat a renouvelé sa confiance au Premier ministre Allamaye Halina et à son gouvernement, tandis que l’exécutif avait déjà écarté l’idée d’un gouvernement d’union nationale. Surtout, la grâce ne vaut pas amnistie. En effet, elle n’efface pas la condamnation de Masra et pourrait continuer à limiter ses droits civiques ainsi que sa capacité à reprendre officiellement la direction des Transformateurs. D’où les appels de ses avocats et de plusieurs responsables politiques à une loi d’amnistie. La libération de l’opposant constitue ainsi un signe d’apaisement, mais dont la portée politique demeure encore incertaine.

Une ouverture contrôlée 

Mais au-delà du cas de Succès Masra, c’est la capacité du pouvoir à élargir durablement l’espace politique qui reste en question. L’opposition continue de dénoncer les restrictions issues des ordonnances adoptées en 2023, qui ont notamment compliqué l’organisation des meetings. Le Cadre permanent de dialogue politique, installé en février dernier et présenté comme un espace de concertation entre majorité et opposition, ne semble pas davantage avoir dissipé ces réserves. Le parti de Succès Masra, Les Transformateurs et plusieurs formations issues de l’ancien coalition d’opposition GCAP (Groupe de Concertation des Acteurs Politiques) n’y siègent pas ; ses détracteurs dénonçant une « emprise » excessive de l’exécutif. L’appel lancé début septembre par l’opposant Albert Pahimi Padacké à l’annulation des déchéances de nationalité visant les activistes Makaïla Nguebla et Charfadine Galmaye Saleh pourrait, si elle est reçue favorablement, certes prolonger la dynamique d’apaisement. Cela étant, les gestes d’ouverture restent pour l’heure circonscrits et ne suffisent pas à convaincre l’opposition d’un véritable changement de cap.

Cette fragilité est d’autant plus visible que plusieurs contentieux liés aux violences politiques demeurent ouverts. Deux ans et demi après la mort du feu opposant Yaya Dillo, tué le 28 février 2024 lors de l’assaut de l’armée contre le siège du Parti socialiste sans frontières à N’Djamena, son frère Ousmane Dillo continue de réclamer une enquête indépendante. Début septembre, lors d’une conférence de presse organisée au sein de l’Assemblée nationale française, Ousmane Dillo a fait savoir que la famille avait engagé des démarches judiciaires et internationales. Par le biais de ses conseils, elle a notamment saisi le parquet de Paris et porté l’affaire devant les instances compétentes des Nations unies. La famille du défunt envisage donc désormais une saisine de la Cour pénale internationale, l’avocat Pierre Masquart estimant que la mort de Yaya Dillo s’inscrit dans des « attaques systématiques contre l’opposition pour des motifs politiques ». Cette éventuelle démarche devrait intervenir avant la fin juillet 2027, échéance à laquelle le Tchad aurait prévu de se retirer de la Cour Pénale Internationale (CPI). Dès lors, un tel dossier rappelle ainsi que les violences de la période de transition continuent de peser sur la crédibilité du processus politique engagé par N’Djamena.

Consolider par l’économie

Dans le même temps, au plan interne, N’Djamena cherche à consolider ses capacités économiques et industrielles, notamment à travers des partenariats régionaux. La mission effectuée le 9 septembre par le directeur général de l’Association sénégalaise de normalisation, El Hadji Abdourahmane Ndione, a ainsi ouvert une nouvelle perspective de coopération avec les autorités tchadiennes autour de la qualité des produits et de la sécurité alimentaire. Reçu par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Dr Guibolo Fanga Mathieu, à l’occasion d’un séminaire consacré à la norme ISO 22000:2018, le responsable sénégalais a échangé sur le renforcement des standards de production et le développement du « Made in Tchad ». Un rapprochement entre l’ASN et l’Agence tchadienne de normalisation est également envisagé afin de favoriser le partage d’expertise et d’améliorer l’accès des produits tchadiens aux marchés régionaux et internationaux. Cette démarche s’inscrit dans les ambitions du plan « Tchad Connexion 2030 » et traduit une volonté de diversifier les leviers de consolidation du pays, au-delà du seul registre sécuritaire.

Au fond, l’enjeu pour N’Djamena semble désormais moins résider dans la gestion ponctuelle des tensions que dans sa capacité à faire évoluer les ressorts de sa gouvernance. La consolidation du pouvoir ne pourra durablement et uniquement reposer sur l’équilibre des forces politiques ou sur les seuls leviers sécuritaires et économiques. Elle dépendra aussi de la capacité de l’État à construire des institutions suffisamment crédibles pour absorber les contestations et donner corps aux promesses de transformation.

Timbuktu Institute September 2026

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For more than a decade, the Malian conflict has been characterized by a permanent recomposition of alliances, balances of power and modes of confrontation. The alliance concluded between Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) and the Front de libération de l'Azawad (FLA), despite clear ideological divergences, is one of the most recent illustrations of this. In this sense, the coordinated assaults of April 2026 confirmed this evolution of a conflict in which strategic calculations are increasingly taking precedence over traditional divides. That said, this recomposition is no longer playing out solely on the military terrain. It now extends into the information space, where generative artificial intelligence (AI) is, in turn, beginning to change the rules of the game.

Far from being a uniformly adopted technology, generative AI is being mobilized differently depending on each actor's capabilities, resources and objectives. JNIM's use of it remains limited for now, notably through visual materials designed to reinforce already well-established propaganda. The release, in June 2026, of AI-generated posters by its media wing Az-Zallaqa nonetheless points to a development worth monitoring. By considerably reducing production costs and timeframes, AI could enable the group to multiply its content, translate it into local languages and further personalize its recruitment messaging. This shift could thus favor the emergence of a communicational jihadism that is faster, more targeted and better adapted to local realities. On the FLA side and among its support networks, use appears more decentralized. TikTok accounts feature recurring synthetic characters designed to carry narratives favorable to Azawad and hostile to Africa Corps. The appeal of these tools lies as much in their amplification capacity as in the difficulty of establishing their origin. By artificially humanizing a cause and giving the illusion of broad popular support, this content can contribute to the normalization of extremist narratives and create, among vulnerable audiences, forms of proximity conducive to later mobilization.

At the same time, the most sophisticated use appears to be on the side of Russia and its information apparatus. The documented operations surrounding African Initiative and the "AI-Freak" operation show that AI can be integrated into structured disinformation campaigns, combining generated content, fake accounts and optimized distribution. The Malian regime and, more broadly, the members of the Alliance of Sahel States are gradually settling into this ecosystem, using these methods to consolidate their legitimacy and further control the information space. From this point on, the stakes go beyond the mere production of false or misleading content. As AI becomes more accessible, it could also facilitate personalized recruitment, automated translation, anonymization, and even certain targeting and military-support functions. One nuance remains essential, however: the risk lies above all in the growing gap between the sophistication of these tools and the detection and resilience capacities of the population. The more refined the instruments become, the more uncertain the boundary between what is real, fabricated and manipulated becomes, making mastery of the information space a stake of the conflict in its own right.

It would therefore not be far-fetched to suggest that Mali could become a veritable laboratory of AI-assisted information warfare. That said, while the most advanced kinetic uses remain largely prospective for now, the battle of narratives is already underway. In an information space that is increasingly saturated, the ability to distinguish the real from the fabricated is itself becoming a security issue. And for Sahelian states in general, the response can therefore no longer be limited to conventional disinformation-countering mechanisms. It will also need to strengthen digital literacy, detection capacities and prevention strategies in the face of a technology set to durably redraw the contours of the conflicts at hand.

 

 Timbuktu Institute September 2026, Week 2

In Côte d'Ivoire, the news has been dominated by the question of transparency in the electoral process since the dissolution of the CEI (Independent Electoral Commission). To this day, Ivorians remain unaware of the composition of the body that will be responsible for organizing the elections. What will its makeup be? Will it be autonomous? For their part, opposition political parties continue to multiply meetings in order to speak with one voice and push the State to settle the matter. On September 7, the chapter on the CEI's liquidation was opened at ahandover ceremony between the outgoing secretary-general and the liquidator. Many observers fear that this distrust between the different parties could be the source of future disputes.

Reform of the Electoral Roll: A Test of the Electoral Process's Credibility

A purely technical question thus becomes a political one. Indeed, the revision of the electoral roll will have towait for the new body to be set up in charge of the elections. A first meeting was held last June between the government and the various political parties, but since then, things do not appear to have moved forward. A section of the opposition sees this as a way for those in power to exert greater control over the electoral roll in question. This situation could lead to an electoral crisis if no solution is found. The reform would benefit from being more inclusive, so that the upcoming elections are free and transparent — a guarantee of political stability.

The Koné Katinan Affair and the Risk of Judicializing Political Competition

Elsewhere, Ivorian news was also marked by the questioning, last Wednesday, of Justin Koné Katinan, following a complaint filed by the RHDP. Indeed, the former Budget Minister under Gbagbo had denounced illegal gold mining and its consequences for the criminal economy, drug trafficking and corruption, among other things. As a reminder, the PPA-CI's fourth vice-president had claimed that “illegal gold mining is a phenomenon born of the RDR's method of seizing power” (Alassane Ouattara's former party, now part of the RHDP). According to him, the ruling party was itself at the very origin of the situation it claims to be fighting. These serious accusations led to his placement in pretrial detention on Friday, September 11. According to the government spokesperson, it is important to note that the complaint came from the party, not the government. The ruling party has referred to “baseless claims” that portray it as a “hotbed of criminals.” This situation is likely to reignite political tension in Côte d'Ivoire, after several years of strain. Several observers thus fear a degree of judicialization of political competition.

Illegal Gold Mining: Côte d'Ivoire Bets on Intelligence and New Technologies

Meanwhile, the government has set itself a deadline of six months to put an end to this illegal gold-mining phenomenon eating away at the economy. To this end, the authorities are relying on intelligence gathering, increased surveillance, capacity-building for agents, and the enforcement of sanctions, among other measures. The use of drones will be an asset in this effort. According to the prefect of Indénié-Djuablin, Kouadio Kouassi Eugène, “these devices fly over the department at least once a week in order to detect any new site and quickly relay information to the authorities.” This is a phenomenon that deserves to be tackled, given the criminal networks it can generate.

Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026 

En Côte d’Ivoire, l’actualité est marquée par la transparence du processus électoral depuis la dissolution de la CEI. Jusqu’à présent, les Ivoiriens ignorent la composition de l’organe chargé d’organiser les élections. Quelle sera sa composition ? Sera-t-elle autonome ? De leur côté, les partis politiques de l’opposition continuent de multiplier les rencontres afin de parler d’une seule voix et de pousser l’État à statuer sur cette question. Le 7 septembre dernier, le chapitre de la liquidation de la CEI a été ouvert lors de la cérémonie de passation de charges entre le secrétaire général sortant et le liquidateur. Beaucoup d'observateurs craignent que cette méfiance entre les différentes parties ne soit à l’origine de contestations futures.

La réforme du fichier électoral, un test pour la crédibilité du processus électoral

Une question purement technique devient alors une question politique. En effet, la révision du fichier électoral devra attendre la mise en place du nouvel organe chargé des élections. Une première réunion a eu lieu en juin dernier entre le gouvernement et les différents partis politiques, mais depuis, les choses ne semblent pas avoir évolué. Une certaine frange de l’opposition y voit une manière pour le pouvoir d’exercer un contrôle accru sur le fichier électoral en question. Cette situation pourrait aboutir à une crise électorale si une solution n’est pas trouvée. La réforme gagnerait à être plus inclusive pour que les prochaines élections soient libres et transparentes, gage d’une stabilité politique.

L’affaire Koné Katinan et le risque de judiciarisation de la compétition politique

Par ailleurs, l’actualité ivoirienne a également été marquée par l’audition, mercredi dernier, de Justin Koné Katinan, suite à la plainte du RHDP. En effet, l’ancien ministre du Budget sous Gbagbo a dénoncé l’orpaillage clandestin et ses conséquences sur l’économie criminelle, le trafic de drogue et la corruption, entre autres. Pour rappel, le quatrième vice-président du PPA-CI avait affirmé que « l’orpaillage illégal est un phénomène né de la méthode de conquête du pouvoir par le RDR (l'ancienne formation d'Alassane Ouattara, aujourd'hui intégrée au RHDP) ». Selon lui, le parti au pouvoir était à l’origine même de cette situation qu’il prétend combattre. Ces accusations gravissimes ont conduit à son placement sous mandat de dépôt le vendredi 11 septembre. Pour le porte-parole du gouvernement, il est important de préciser que la plainte émane du parti et non du gouvernement. Le parti au pouvoir évoque des « affirmations gratuites » qui le représentent comme un « creuset de délinquants ». Cette situation est de nature à raviver la flamme de la tension politique en Côte d’ivoire, après plusieurs années de tensions. Plusieurs observateurs craignent ainsi une certaine judiciarisation de la compétition politique.

Orpaillage illégal : la Côte d’ivoire mise sur le renseignement et les nouvelles technologies

Pendant ce temps, le gouvernement s’est fixé un délai de six mois pour mettre un terme à ce phénomène d’orpaillage clandestin qui gangrène l’économie. Dans cette perspective, les autorités misent sur le renseignement, la surveillance accrue, le renforcement des capacités des agents et l’application des sanctions, entre autres. Pour ce faire, le recours aux drones sera un atout. Selon le préfet de l’Indénié-Djuablin, Kouadio Kouassi Eugène, « ces appareils survolent le département au moins une fois par semaine afin de détecter toute nouvelle installation et de faire remonter rapidement les informations aux autorités ». C’est un phénomène qui mérite d’être combattu au regard des réseaux criminels qu’il peut générer.

Timbuktu Institute September 2026, Week 2

The exercise promised to be difficult, to say the least. Having led the government for three months, Prime Minister Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô's general policy statement — a somewhat technocratic choice following Ousmane Sonko's removal from the post — had been long awaited. And for good reason: in a National Assembly dominated by Pastef, the exercise took on the air of a “face-off” between the executive and the legislature. On September 8, over the course of eight hours, Prime Minister Lô delivered a fairly disciplined and diligent performance, whose measured tone and balancing act deserve recognition. Indeed, the head of government was keen to claim continuity with the “Senegal 2050” framework, whose implementation his predecessor Ousmane Sonko had begun. “I have not come to announce another vision for Senegal,” he assured, while promising “a change of method,” which he linked in particular to his professional background. But behind this stated commitment to continuity, it was the question of the country's economic trajectory that crystallized disagreements.

As Senegal faces intense financial pressure, notably marked by the downgrading of its sovereign rating, the head of government summed up the situation in a few words: “We are a poor country that is currently heavily indebted.” Moreover, the term “restructuring” continues to be subtly avoided — which has not been without its share of comical missteps. Indeed, while Prime Minister Lô stated in his general policy address that the country is “under structural adjustment,” he corrected himself the next day, assuring that “there is no structural adjustment in Senegal.”

Debt Management Put to the Social Test

If, in form, Prime Minister Lô thus delivered a fairly clean performance, in substance, it is fair to say he did not reassure lawmakers much. This is evidenced by the criticism of Pastef MP Guy Marius Sagna, who accused the government of having “given Senegal's voice to the IMF without discussing it with the National Assembly.” APR MP Abdou Mbow struck a similar note, describing the general policy statement as a “shallow summary drafted by a consultancy firm” and, in his words, disconnected from the realities experienced by Senegalese people. As is well known, the management of this debt has now become one of the main sources of friction between the executive and the parliamentary majority.

Following the recently concluded agreement with the IMF, Dakar's objective is to restore macroeconomic stability, improve debt sustainability and create new fiscal space. This appears to be what the government means by the term “reprofiling,” preferred over “restructuring,” which should make it possible to significantly extend maturities and reduce the average cost of debt. The rating agency S&P Global Ratings, however, considers it “extremely likely” that there will be a distressed debt exchange or a default on foreign-currency commercial debt, underscoring just how narrow Dakar's room for maneuver currently is.

Moreover, the government also intends to gradually reduce general energy subsidies and better target support toward vulnerable households, while notably preserving support for domestic butane gas. At the same time, it plans to contain public spending by acting on the wage bill, recruitment and operating expenses. The elimination of nineteen agencies, the merger of seven structures into three entities, and the strategic repositioning of ten others are expected by the end of November. Ahmadou Al Aminou Lô presents this reorganization as a requirement of “economic rationality” and insists it is not dictated by the IMF, but rather consistent with the Senegal 2050 Agenda. In the face of concerns raised by the risk of a new round of social adjustment, he is keen to distance himself from past experiences: “We are not sacrificing the interests of the Senegalese people. There will be no brutal adjustment like in the 1980s.”

These assurances nonetheless run up against an increasingly sensitive social reality. On September 5, the “empty-basket march”, organized in Dakar as part of the “Thirty Days for Fair Prices” mobilization, reflected the exasperation of part of the population in the face of rising prices for food, electricity, fuel and rent. The cost of living could thus become the meeting point between the State's financial constraints and households' everyday concerns, just as the government is preparing to translate its commitments to the IMF into upcoming budget legislation.

Is the Executive Playing Its Cards Right?

The rupture between former Prime Minister Ousmane Sonko and President Diomaye Faye, sealed by the creation of his own party (Kiiraay), looks set to set the tempo of political vicissitudes for years to come. And in this duel, President Diomaye Faye, seeking to build his own political apparatus, may not hold back on the levers at his disposal. It is in this context that the announcement by the Sénégal Solidaire Foundation (led by the head of state's wives) of a 500 million CFA franc donation raised questions about the origin of the funds. While Kiiraay maintains that the money does not come from the State budget, but was raised from “international donors, companies and patrons,” suspicions do not appear to be subsiding. Created by decree in October 2025, the foundation is indeed not registered in the public budget, and the First Lady holds no official status, salary or budget. Beyond the fact that Senegalese First Ladies' foundations have often drawn criticism over the opacity of fund management, this generous donation comes at a particularly inopportune moment, when spending transparency and the cost-of-living issue are more sensitive than usual.

At the same time, the last Council of Ministers meeting on September 10 was marked by a sweeping series of appointments (87 in total) to the heads of general directorates, boards of directors and several public bodies. This wave of changes affects notably SOGEPA, SENELEC, Customs, Dakar Dem Dikk, AGEROUTE, SONAGED, the Autonomous Port of Dakar and ANPEJ, as well as numerous territorial and mining administrations. Several officials were replaced, while some figures made a return to public affairs, including Cheikh Issa Sall, Gallo Ba, Modou Bara Gaye and Babacar Abba Mbaye. The appointment of Ibrahima Barry, a member of the APR's national executive secretariat, as CEO of SICAP SA, also illustrates the presence of figures from the former ruling majority. A sweeping “clean sweep,” to use the popular expression, that some do not hesitate to view as a process of “de-Pastefization” and the consolidation of “Kiiraay.”

It is against this backdrop that files inherited from the previous administration continue to fuel questions about the State's financial and contractual commitments. The Yaakaar-Teranga case offers an illustration of this. During his general policy statement, the Prime Minister referred to a dispute valued at $55 million, citing a letter dated June 1 presented as evidence of the existence of the dispute. The case, which reportedly involves the oil company Kosmos Energy, could carry financial, legal and political dimensions alike, particularly should the arbitration mechanisms provided for in the contractual agreements be triggered. Former Minister of Petroleum and Mines Birame Soulèye Diop has sincegiven his own account, asserting that he holds documents establishing that Senegal's interests are protected and that the amount claimed is owed by Kosmos Energy. Head of State Diomaye Faye has referred the matter to the General State Inspectorate (IGE) to shed light on the case.

In sum, the succession of parliamentary debates, tensions over debt, mobilizations against the high cost of living, and changes at the head of public institutions reveals an underlying equation: the authorities' capacity to turn financial constraint into a new economic trajectory without opening a new social and political front. As such, in the coming months, it cannot be ruled out that the political-institutional architecture's stability, held together somewhat haphazardly until now, will have to weather fresh upheavals.

 

Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026 

L’exercice s’annonçait pour le moins difficile.  A la tête du gouvernement depuis trois mois, la déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô - choix quelque peu technocratique après l’éviction d’Ousmane Sonko de ce poste – se faisait attendre. Et pour cause : dans une Assemblée nationale dominée par le Pastef, cet exercice revêtait des airs de « face-à-face » entre l’exécutif et le législatif. Le 8 septembre, durant huit heures d’horloge, le Premier ministre Lô a livré une copie assez disciplinée et appliquée dont il faut reconnaître la mesure et le talent d’équilibriste. En effet, le chef du gouvernement a tenu à revendiquer la continuité de son action avec le référentiel « Sénégal 2050 » dont son prédécesseur Ousmane Sonko avait entamé la mise en œuvre. « Je ne viens pas vous annoncer une autre vision pour le Sénégal » a-t-il assuré, tout en promettant « un changement de méthode », qu’il rattache notamment à son parcours professionnel. Mais derrière cette volonté affichée de continuité, c’est bien la question de la trajectoire économique du pays qui a cristallisé les désaccords.

Alors que le Sénégal fait face à une forte pression financière marquée notamment par l’abaissement de sa note souveraine, le chef du gouvernement a résumé la situation en quelques mots : « Nous sommes un pays pauvre actuellement très endetté. » Par ailleurs, le terme de « restructuration » continue d’être subtilement évité ; ce qui n’est pas sans créer quelques cocasses impairs. En effet, alors que le Premier ministre Lô affirmait dans sa déclaration de politique générale que le pays est « en ajustement structurel », il s’est repris le lendemain assurant qu’ « il n’y a pas d’ajustement structurel au Sénégal ».

La gestion de la dette à l’épreuve du social

Si, sur la forme, le Premier ministre Lô a donc rendu une copie plutôt propre ; sur le fond, il est peu de dire qu’il n’a pas tellement rassuré les députés. En témoigne la critique du député du Pastef Guy Marius Sagna, reprochant au gouvernement d’avoir « donné la voix du Sénégal au FMI sans discuter avec l'Assemblée nationale ». Même son de cloche chez le député de l’APR Abdou Mbow, qualifiant la déclaration de politique générale de « résumé sans profondeur fabriqué par un cabinet » et selon ses dires, déconnecté des réalités vécues par les Sénégalais. On le sait, la gestion de cette dette constitue désormais l’un des principaux foyers de friction entre l’exécutif et la majorité parlementaire.

Après l’accord récemment conclu avec le FMI, l’objectif pour Dakar est de restaurer la stabilité macroéconomique, d’améliorer la soutenabilité de la dette et de dégager de nouvelles marges budgétaires. C’est ce que le gouvernement semble entendre par le terme de « reprofilage » préféré à « restructuration », qui devrait permettre d’allonger significativement les maturités et de réduire le coût moyen de l’endettement. L’agence de notation S&P Global Ratings estime toutefois « extrêmement probable » un échange de dette en difficulté ou un défaut sur la dette commerciale en devises, ce qui souligne l’étroitesse de la marge de manœuvre dont dispose aujourd’hui Dakar.

De plus, le gouvernement entend également réduire progressivement les subventions énergétiques générales et mieux cibler les aides en direction des ménages vulnérables, tout en préservant notamment le soutien au gaz butane à usage domestique. Il prévoit parallèlement de contenir les dépenses publiques en agissant sur la masse salariale, les recrutements et les dépenses de fonctionnement. La suppression de dix-neuf agences, la fusion de sept structures en trois entités et le repositionnement stratégique de dix autres sont annoncés d’ici à la fin novembre. Ahmadou Al Aminou Lô présente cette réorganisation comme une exigence de « rationalité économique » et assure qu’elle ne serait pas dictée par le FMI, mais cohérente avec l’Agenda Sénégal 2050. Face aux inquiétudes suscitées par le risque d’un nouvel ajustement social, il veut d’ailleurs se démarquer des expériences passées : « Nous ne sacrifions pas les intérêts des Sénégalais. Il n’y aura pas d’ajustement sauvage comme dans les années 1980. »

Ces assurances se heurtent toutefois à une réalité sociale de plus en plus sensible. Le 5 septembre, la « marche des paniers vides », organisée à Dakar dans le cadre de la mobilisation « Trente jours pour le juste prix », a traduit l’exaspération d’une partie de la population face à la hausse des prix des denrées alimentaires, de l’électricité, du carburant et des loyers. La question du coût de la vie pourrait ainsi devenir le point de rencontre entre les contraintes financières de l’État et les préoccupations quotidiennes des ménages, au moment même où le gouvernement s’apprête à traduire ses engagements envers le FMI dans les prochains textes budgétaires.

L’exécutif joue-t-il ses cartes ?

La rupture entre l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko et le Président Diomaye Faye, consacrée par la création de son propre parti (Kiiraay), semble parti pour donner le tempo des vicissitudes politiques pour les prochaines années. Et dans ce duel, le Président Diomaye Faye en quête d’édification d’un appareil politique, pourrait ne pas lésiner sur les leviers en sa possession. C’est dans ce contexte que l’annonce par Fondation Sénégal Solidaire (dirigée par les épouses du chef de l’État), d’un don de 500 millions de francs CFA a suscité des interrogations sur l’origine des fonds. Alors que Kiiraay affirme qu’ils ne proviennent pas du budget de l’État, mais qu’ils ont été mobilisés auprès de « bailleurs internationaux, d’entreprises et de mécènes », les suspicions ne semblent pas se tasser. Créée par décret en octobre 2025, la fondation n’est effectivement pas inscrite au budget public et la première dame ne dispose d’aucun statut, salaire ou budget officiel. Seulement, en plus du fait que les fondations des Premières dames sénégalaises aient souvent fait l’objet de critiques en raison de l’opacité sur la gestion des fonds, ce don généreux intervient dans un climat pour le moins inopportun, où la transparence de la dépense et la question du coût de la vie sont plus sensibles que d’ordinaire.

Parallèlement, le dernier conseil des ministres du 10 septembre a été marqué par une vaste série (87 au total) de nominations à la tête de directions générales, de conseils d’administration et de plusieurs structures publiques. Cette vague de changements touche notamment la SOGEPA, la SENELEC, les Douanes, Dakar Dem Dikk, l’AGEROUTE, la SONAGED, le Port autonome de Dakar et l’ANPEJ, mais également de nombreuses administrations territoriales et minières. Plusieurs responsables ont été remplacés tandis que certaines personnalités font leur retour aux affaires, parmi lesquelles Cheikh Issa Sall, Gallo Ba, Modou Bara Gaye et Babacar Abba Mbaye. La nomination d’Ibrahima Barry, membre du SEN de l’APR, à la direction générale de la SICAP SA illustre également la présence de profils issus de l’ancienne majorité. Un grand « coup de balai » pour reprendre un parler populaire, que d’aucuns ne manquent de voir comme un processus de  « dépastéfisation » et le renforcement de « Kiiraay ».

C’est dans ce contexte que des dossiers hérités de la précédente administration continuent d’alimenter les interrogations sur les engagements financiers et contractuels de l’État. Le dossier Yaakaar-Teranga en offre une illustration. Lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a évoqué un contentieux évalué à 55 millions de dollars, en faisant référence à une lettre datée du 1er  juin présentée comme une pièce attestant de l’existence du différend. L’affaire, qui concernerait la société pétrolière Kosmos Energy, pourrait comporter des dimensions à la fois financières, juridiques et politiques, notamment si les mécanismes d’arbitrage prévus dans les engagements contractuels venaient à être activés. L’ancien ministre du Pétrole et des Mines, Birame Soulèye Diop, a depuis apporté sa version, assurant disposer de documents établissant que les intérêts du Sénégal sont préservés et que la somme réclamée doit être acquittée par Kosmos Energy. Le chef de l’Etat Diomaye Faye a saisi l’Inspection générale d’État (IGE) pour faire la lumière sur l’affaire.

En somme, la succession des débats parlementaires, des tensions sur la dette, des mobilisations contre la vie chère et des changements à la tête des structures publiques révèle une équation de fond : la capacité du pouvoir à transformer la contrainte financière en nouvelle trajectoire économique sans ouvrir un nouveau front social et politique. Ce faisant, dans les prochains mois, il n’est pas exclu que la stabilité de l’architecture politico-institutionnelle, tenue cahin-caha jusque-là, doive faire face à de nouveaux soubresauts.

 

Timbuktu Institute – September 2026

Generative artificial intelligence could well open a new front in the information battle in the Mali. Still limited, JNIM’s use of this technology already reveals the possibilities it offers for its propaganda: producing content faster, adapting it into local languages, tailoring narratives to different audiences and, eventually, potentially personalising recruitment. While the group is still only at the early stages of this appropriation, the speed at which technical barriers are falling raises a broader question: are violent extremism prevention mechanisms ready to respond to propaganda that is itself capable of changing scale?

The Malian conflict, marked for more than a decade by the entanglement of jihadist, separatist and state dynamics, may be on the verge of a new shift. The democratization of generative artificial intelligence is indeed opening up new possibilities in the information domain for the conflict’s various protagonists. This is a factor highlighted by the Timbuktu Institute’s report on the functions of generative AI among the conflict’s different actors, in particular the gradual appropriation of this technology by Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) for propaganda purposes. Its use remains limited for now, certainly, but its potential implications deserve close monitoring.

The first sign of this evolution appeared in June 2026, when JNIM’s media wing, Az-Zallaqa, released an AI-generated poster celebrating the deadly attacks carried out in late April 2026, which had claimed the life of Mali’s Minister of Defence. The visual depicted the group’s fighters in various combat scenes and displayed several markers typical of AI generation, notably buildings and vegetation blending into one another and excessive smoothing of textures. While the use of this technology remains confined for now to promotional material, it is reminiscent of a trajectory already followed by the Islamic State. As early as 2023, that group had developed a guide dedicated to the secure use of generative AI, before gradually incorporating chatbots and automated videos into its recruitment campaigns. The Islamic State’s experience thus offers a glimpse of a possible evolution: once an extremist organisation acquires both the technical capability and the organizational will to integrate generative AI into one part of its propaganda apparatus, its use then tends to spread to other functions.

Producing more, faster

It is perhaps in this light that JNIM’s first direct use of generative AI should be understood: the acceleration of its propaganda output. The group currently relies on internal teams and largely manual processes, which can take weeks or even months of work to produce a professional-quality video. With generative AI tools now available, this timeframe could be considerably shortened. From a simple text description, half a dozen professional-grade visuals could be generated within minutes, before being assembled into a video with animation, music and text. Such a shift would have a fairly immediate consequence: a sharp increase in the volume of content produced and, potentially, a far more viral presence for the group across the regional information space. In other words, the stakes would no longer lie solely in JNIM’s ability to produce sophisticated content, but in its ability to produce far more of it, far more quickly.

Changing language, changing audience

At the same time, a second shift could concern the linguistic and cultural localization of recruitment, against a backdrop of growing endogenisation of jihadism. JNIM today disseminates its messages mainly in classical Arabic, which necessarily limits their reach among populations for whom Arabic is not the language of daily communication. Neural translation, however, could change this equation. It would make it possible to generate, almost instantly, different versions of the same message in some fifteen regional languages, including Hassaniya, Fulfulde, Bambara, Mooré, Tamasheq, Songhai and Wolof.

But the change would run deeper than simple linguistic translation. This capability would allow the group to adapt its narratives to the different audiences it seeks to reach. A version aimed at Fulani herders could emphasize the protection of pastoral interests and defence against government marginalization. Another message, aimed at marginalized urban youth, could instead focus on dignity, economic inclusion and social status. For idealistic religious youth, the discourse could, in turn, foreground spirituality and resistance to Western imperialism. Each narrative could thus be produced quickly and simultaneously, with the potential effect of maximizing recruitment effectiveness for each population segment. AI dubbing would also open up another avenue. By making it possible to produce recruitment videos dubbed in Bambara, with a native-sounding synthetic voice, this technology could grant access to populations that have so far been largely excluded from the written propaganda market. Distributed via Telegram, WhatsApp or informal radio, such productions could more effectively reach illiterate or semi-literate young people in Mali, Burkina Faso and Niger.

From mass propaganda to tailor-made recruitment

The most concerning development, however, would be that of hyper-personalized recruitment. Here too, the Islamic State has already blazed a trail. The group had developed AI-driven chatbots to tailor its propaganda messages to the individual psychological vulnerabilities of targeted persons. The possibilities now offered by generative AI could allow JNIM to follow a similar path. A chatbot deployed on Telegram could gradually assess a young person’s aspirations, frustrations and convictions, before dynamically adapting its discourse to maximise psychological impact and encourage their move towards violent extremist groups. The change of scale would be considerable. Whereas traditional propaganda addresses relatively broad categories of the population, AI could potentially enable a shift towards individualized discourse, built around the specific characteristics of each interlocutor.

This is precisely what poses a new challenge for violent extremism prevention mechanisms. Current strategies – community outreach, religious counter-messaging, or economic inclusion programmes – are for the most part designed at a collective, generic scale. AI-assisted recruitment, by contrast, could operate at an individual and hyper-personalized level. This raises several questions: how can one counter a message dubbed in Mooré, Malinké, Wolof or Fulfulde without comparable AI-based multilingual production capacities? How can propaganda chatbots be identified without expertise in algorithmic detection? And how can illiterate populations be reached with prevention messages that are essentially written? These are all questions that field actors will need to answer in the coming years, or risk seeing the gap widen between the growing sophistication of recruitment mechanisms and the relative stagnation of regional resilience capacities.

A still-emerging threat, but one to watch closely

At this stage, however, the scale of the phenomenon should not be overstated. The Timbuktu Institute’s report notes that there is currently little public evidence of official adoption of generative AI by JNIM beyond its promotional material. Such caution is all the more warranted given that a report by the SITE Intelligence Group, published in May 2024, had already highlighted the difficulty of precisely gauging the scale of the opportunity AI represents for terrorist groups, given their continued reliance on conventional content-production methods. That said, the continuous lowering of technical barriers to accessing these tools makes increased experimentation by JNIM increasingly likely. Video generation, machine translation, multilingual dubbing or targeted recruitment could gradually enter its information toolkit. For now, then, the phenomenon remains emergent. But its significance lies precisely in this early stage: technological capabilities are advancing faster than the mechanisms meant to anticipate their uses. Should JNIM cross a new threshold in integrating generative AI into its propaganda apparatus, the question would no longer be simply one of the sophistication of its content, but of its capacity to industrialize, localize and personalize its discourse. In light of this, the rise of these technologies calls, even now, for heightened vigilance and rapid adaptation of violent extremism prevention mechanisms in the region.

Timbuktu Institute – Septembre 2026

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L’intelligence artificielle générative pourrait bien ouvrir un nouveau front dans la bataille informationnelle au Mali. Encore limité, l’usage de cette technologie par le JNIM révèle déjà les possibilités qu’elle offre à sa propagande : produire plus rapidement des contenus, les décliner dans les langues locales, adapter les récits aux différents publics et à terme, possiblement personnaliser le recrutement. Si le groupe n’en est encore qu’aux prémices de cette appropriation, la rapidité avec laquelle les barrières techniques s’abaissent pose une question plus large : les dispositifs de prévention de l’extrémisme violent sont-ils prêts à répondre à une propagande capable, elle aussi, de changer d’échelle ?

 

Le conflit malien, marqué depuis plus d’une décennie par l’enchevêtrement des dynamiques jihadistes, séparatistes et étatiques, pourrait être à l’aube d’une nouvelle mutation. La démocratisation de l’intelligence artificielle générative ouvre en effet aux différents protagonistes du conflit de nouvelles possibilités dans le domaine informationnel. Un paramètre mis en lumière par le rapport du Timbuktu Institute sur les fonctions de l’IA générative chez les différents acteurs du conflit, notamment l’appropriation progressive de cette technologie par le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) à des fins de propagande. Un usage encore limité, certes, mais dont les implications potentielles méritent d’être suivies de près.

Le premier signe de cette évolution est apparu en juin 2026, lorsque la branche médiatique du JNIM, Az-Zallaqa, a diffusé une affiche générée par IA célébrant les attaques meurtrières menées à la fin du mois d’avril 2026, qui avaient coûté la vie au ministre malien de la Défense. Le visuel représentait des combattants du groupe dans différentes situations de combat et présentait plusieurs marqueurs caractéristiques de la génération par IA, notamment des bâtiments et une végétation qui se confondent ainsi qu’un lissage excessif des textures. Si l’utilisation de cette technologie demeure pour l’heure cantonnée à des supports promotionnels, elle n’est pas sans rappeler une trajectoire déjà empruntée par l’État islamique. Dès 2023, celui-ci avait développé un guide consacré à l’usage sécurisé de l’IA générative, avant d’intégrer progressivement des chatbots et des vidéos automatisées à ses campagnes de recrutement. L’expérience de l’EI laisse ainsi entrevoir une évolution possible : lorsqu’une organisation extrémiste acquiert la capacité technique et la volonté organisationnelle d’intégrer l’IA générative à un pan de son appareil de propagande, son usage tend ensuite à s’étendre à d’autres fonctions.

Produire davantage, plus vite

C’est peut-être dans cette perspective qu’il faut envisager la première implication directe de l’IA générative pour le JNIM : l’accélération de sa production de propagande. Le groupe repose actuellement sur des équipes internes et des procédés largement manuels, qui peuvent nécessiter des semaines, voire des mois de travail pour produire une vidéo de qualité professionnelle. Avec les outils d’IA générative désormais disponibles, cette temporalité pourrait être considérablement raccourcie. À partir d’un simple descriptif textuel, une demi-douzaine de visuels professionnels pourraient être générés en quelques minutes, avant d’être assemblés en vidéo avec animation, musique et texte. Une telle évolution aurait une conséquence assez immédiate : la démultiplication du volume de contenus produits et, potentiellement, une présence beaucoup plus virale du groupe dans l’espace informationnel régional. Autrement dit, l’enjeu ne résiderait plus seulement dans la capacité du JNIM à produire des contenus sophistiqués, mais dans celle d’en produire beaucoup plus rapidement.

Changer de langue, changer de public

Parallèlement, une seconde évolution pourrait concerner la localisation linguistique et culturelle du recrutement, dans un contexte d’endogénéisation croissante du jihadisme. Le JNIM diffuse aujourd’hui principalement ses messages en arabe classique, ce qui limite nécessairement leur réceptivité auprès de populations pour lesquelles l’arabe n’est pas la langue de communication quotidienne. La traduction neuronale pourrait cependant modifier cette équation. Elle permettrait de générer presque instantanément différentes versions d’un même message dans une quinzaine de langues régionales, parmi lesquelles le hassania, le fulfuldé, le bambara, le moore, le tamasheq, le songhaï ou encore le wolof.

Mais le changement serait plus marqué qu’une simple traduction linguistique. Cette capacité permettrait au groupe d’adapter ses narratifs aux différents publics qu’il chercherait à atteindre. Une version destinée aux pasteurs peuls pourrait ainsi mettre l’accent sur la protection des intérêts pastoraux et la défense contre la marginalisation gouvernementale. Un autre message, destiné aux jeunes urbains marginalisés, pourrait davantage insister sur la dignité, l’insertion économique et le statut social. À destination de jeunesses religieuses idéalistes, le discours pourrait, quant à lui, privilégier la spiritualité et la résistance à l’impérialisme occidental. Chaque narration pourrait ainsi être produite rapidement et simultanément, avec pour effet potentiel de maximiser l’efficacité du recrutement auprès de chaque segment de population. Le doublage par IA ouvrirait également un autre champ. En permettant de produire des vidéos de recrutement doublées en bambara, avec une voix synthétisée native, cette technologie pourrait donner accès à des populations jusqu’ici largement exclues du marché de la propagande écrite. Diffusées via Telegram, WhatsApp ou la radio informelle, de telles productions pourraient atteindre plus efficacement des jeunes analphabètes ou semi-alphabètes au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

De la propagande de masse au recrutement sur mesure

L’évolution la plus préoccupante serait toutefois celle d’un recrutement hyper-personnalisé. Là encore, l’État islamique a déjà ouvert une voie. Le groupe avait développé des chatbots utilisant l’IA pour personnaliser ses messages de propagande en fonction des vulnérabilités psychologiques individuelles des personnes ciblées. Les possibilités désormais offertes par l’IA générative pourraient permettre au JNIM d’emprunter une trajectoire similaire. Un chatbot déployé sur Telegram pourrait ainsi être capable d’évaluer progressivement les aspirations, les frustrations et les convictions d’un jeune, avant d’adapter dynamiquement son discours afin de maximiser son impact psychologique et de favoriser son orientation vers des groupes extrémistes violents. Le changement d’échelle serait considérable. Là où la propagande traditionnelle s’adresse à des catégories relativement larges de population, l’IA permettrait potentiellement d’aller vers un discours individualisé, construit en fonction des caractéristiques propres à chaque interlocuteur.

C’est précisément ce qui pose un nouveau défi aux dispositifs de prévention de l’extrémisme violent. Les stratégies actuelles (sensibilisation communautaire, contre-discours religieux ou encore programmes d’insertion économique) sont pour l’essentiel conçues à une échelle collective et générique. Le recrutement assisté par IA pourrait, à l’inverse, s’opérer au niveau individuel et hyper-personnalisé. Dès lors, plusieurs questions se posent : comment contre-programmer un discours doublé en mooré, malinké, wolof ou peul sans disposer de capacités comparables de production multilingue par IA ? Comment identifier des chatbots de propagande sans disposer d’une expertise en détection algorithmique ? Et comment atteindre des populations analphabètes avec des messages de prévention essentiellement écrits ? Autant de questions auxquelles les acteurs de terrain devront répondre dans les prochaines années, sous peine de voir se creuser l’écart entre la sophistication croissante des dispositifs de recrutement et la stagnation relative des capacités de résilience régionales.

Une menace encore émergente, mais déjà à surveiller

Il convient toutefois de ne pas surestimer, à ce stade, l’ampleur du phénomène. Le rapport du Timbuktu Institute relève qu’il existe pour l’heure peu de preuves publiques d’une adoption officielle de l’IA générative par le JNIM au-delà de ses supports promotionnels. Cette prudence est d’autant plus nécessaire qu’un rapport du SITE Intelligence Group, publié en mai 2024, soulignait déjà la difficulté à mesurer précisément l’ampleur de l’aubaine que représente l’IA pour les groupes terroristes, compte tenu de leur dépendance persistante aux procédés classiques de production de contenu. Il n’en demeure pas moins que l’abaissement continu des barrières techniques d’accès à ces outils rend de plus en plus probable une expérimentation accrue du JNIM. Génération vidéo, traduction automatique, doublage multilingue ou recrutement ciblé pourraient progressivement entrer dans son répertoire d’outils informationnels. Pour l’heure, le phénomène reste donc émergent. Mais son intérêt tient précisément à cette phase précoce : les capacités technologiques progressent plus rapidement que les dispositifs destinés à en anticiper les usages. Si le JNIM venait à franchir un nouveau seuil dans l’intégration de l’IA générative à son appareil de propagande, la question ne serait alors plus seulement celle de la sophistication de ses contenus, mais de sa capacité à industrialiser, localiser et personnaliser son discours. Ce faisant, il apparaît que la montée en puissance de ces technologies appelle dès maintenant une vigilance accrue et une adaptation rapide des dispositifs de prévention de l’extrémisme violent.