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Timbuktu Institute – Week 1 - February 2026
Burkina Faso continues to draw on the legacy of Thomas Sankara, a central figure in the country's political history, to build the nation. On 5 February 2026, the fourth military tribute ceremony was held at the Thomas Sankara Memorial in Ouagadougou, attended by several institutions of the Republic. It was a moment of contemplation and solemnity marked by the changing of the guard, the appearance of the national gendarmerie's horses and a hymn sung by children, including pupils involved in the ‘My brick for Sankara’ citizenship project.
This initiative to mobilise and educate citizens enables every citizen, especially young people, to contribute to passing on the values of integrity and civic engagement championed by Thomas Sankara. This event is of historical, civic and educational importance, combining military symbols, citizen participation and youth involvement to pay tribute to an iconic figure and his ideals. On this occasion, Captain Anderson Medah recalled Sankara's unique place in the national narrative: "Captain Thomas Sankara was and is for the Burkinabe the greatest role model we could have had. " This revolutionary memory is now explicitly linked to the actions of the current government, with the torch of combativeness being carried by Ibrahim Traoré, in power since 2022, who has made the fight against terrorism one of his priorities.
A proactive security discourse in the face of the terrorist threat
On the security front, the government is taking an optimistic stance. Speaking before parliamentarians, Prime Minister Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo stated that 74% of the national territory was now under state control. This statement reflects the government's communication strategy on security, which aims to reassure public opinion and parliament and to highlight a gradual restoration of state authority. According to him, notable advances include ‘the exploits of our valiant fighters, which have led to the reopening of 73 prefectures and town halls, more than 600 educational establishments and 38 health facilities, as well as the liberation and resettlement of 442 villages’. Nevertheless, this figure should be debated in light of the continuing insecurity. According to a note published in 2025 by the Swedish think tank African Security Analysis, approximately 60% of Burkina Faso's territory is still outside the effective control of the state, highlighting a significant gap between the authorities' optimistic official discourse and independent assessments of the security situation in the country.
Reduction of civic space and geopolitical restructuring
At the same time, Burkina Faso's political trajectory is causing serious concern with regard to civil liberties. The United Nations High Commissioner for Human Rights, Volker Türk, has publicly called on the Burkinabe authorities to end restrictions on civic space. In his view, ‘instead of banning political parties and imprisoning people for expressing their opinions, the Burkinabe authorities should open up space for civil society, including humanitarian actors, respect freedom of association and expression, and lift bans on political party activities, in line with their international obligations and commitments’.
He thus calls on the authorities in Burkina Faso to abandon a repressive approach to political governance in favour of democratic openness, based on respect for freedom of expression and association, the inclusion of civil society and humanitarian actors, and compliance with international human rights commitments and obligations. As a reminder, the government had announced measures to dissolve political parties and repeal the legal framework governing them. This decision extends a suspension of political parties that dates back to September 2022. In 2025, several national and international NGOs also had their activities suspended, while a restrictive law on freedom of association and a decree requiring NGOs to use only public banks strengthened state control.
Internationally, Burkina Faso is part of a regional dynamic to redefine strategic partnerships. The United States recently expressed its willingness to readjust its policy towards Burkina Faso, Mali and Niger, three countries ruled by military regimes that have broken with France to move closer to Russia. Washington now says it wants to cooperate with these states on common security and economic interests, pragmatically recognising the new geopolitical realities in the Sahel.
Economic recovery and development ambitions for 2030
On the economic front, the Burkinabe authorities have ambitious plans, despite the security and political instability. The 2026-2030 recovery plan, adopted by the Council of Ministers, is the new roadmap for national development. Estimated at 36 trillion CFA francs, it is based on four major pillars: security, social cohesion and peace, state and governance reform, human capital development, infrastructure and economic transformation. Nearly two-thirds of the funding is expected to come from sovereign resources, reflecting a strong desire for strategic autonomy.
Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026
Le Burkina Faso continue de puiser dans l’héritage de Thomas Sankara, figure centrale de l’histoire politique nationale, pour construire la nation. Le 5 février 2026, le 4ème cérémonial d’hommage militaire s’est ainsi tenu au Mémorial Thomas Sankara, à Ouagadougou, en présence de plusieurs institutions de la République. Ce fut un moment de recueillement et de solennité marqué par la relève de la garde, la sortie des chevaux de la gendarmerie nationale et un hymne chanté par des enfants, dont des élèves engagés dans le projet citoyen « Ma brique pour Sankara ».
Cette initiative de mobilisation et d’éducation civique permet à chaque citoyen, notamment aux jeunes, de contribuer à la transmission des valeurs d’intégrité et d’engagement citoyen portées par Thomas Sankara. Cet événement revêt une importance historique, civique et éducative, alliant symboles militaires, participation citoyenne et implication des jeunes pour rendre hommage à une figure emblématique et à ses idéaux. À cette occasion, le capitaine Anderson Medah a rappelé la place singulière de Sankara dans le roman national : « Le capitaine Thomas Sankara a été et est pour les Burkinabè le plus grand modèle que nous ayons pu avoir. » Cette mémoire révolutionnaire est aujourd'hui explicitement reliée à l'action du pouvoir actuel, le flambeau de la combativité étant présenté comme porté par Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis 2022, et qui a fait de la lutte contre le terrorisme l'une de ses priorités.
Un discours sécuritaire volontariste face à la menace terroriste
Sur le front de la sécurité, le gouvernement tient un discours optimiste. Devant les parlementaires, le Premier ministre, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo, a affirmé que 74 % du territoire national étaient désormais sous le contrôle de l'État. Cette déclaration traduit une communication gouvernementale en matière de sécurité, visant à rassurer l’opinion et le Parlement, et à mettre en avant une reprise progressive de l’autorité de l’État. Selon lui, parmi ces avancées notables, on peut citer « les exploits de nos vaillants combattants qui ont favorisé la réouverture de 73 préfectures et mairies, de plus de 600 structures éducatives et de 38 formations sanitaires, ainsi que la libération et la réinstallation de 442 villages». Néanmoins, ce chiffre devrait faire l'objet d'un débat au regard de la persistance de l'insécurité. Selon une note publiée en 2025 par le think tank suédois African Security Analysis, environ 60 % du territoire du Burkina Faso échapperaient encore au contrôle effectif de l’État, ce qui met en évidence un écart significatif entre le discours officiel optimiste des autorités et les évaluations indépendantes de la situation sécuritaire dans le pays.
Réduction de l’espace civique et recomposition géopolitique
Parallèlement, la trajectoire politique du Burkina Faso suscite de vives inquiétudes en ce qui concerne les libertés publiques. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a publiquement appelé les autorités burkinabè à mettre fin aux restrictions de l'espace civique. Selon lui, : « au lieu d'interdire les partis politiques et d'emprisonner des personnes pour avoir exprimé leur opinion, les autorités burkinabè devraient ouvrir l'espace à la société civile, y compris aux acteurs humanitaires, respecter la liberté d'association et d'expression, et lever les interdictions des activités des partis politiques, conformément à leurs obligations et engagements internationaux ».
Il appelle ainsi les autorités du Burkina Faso à abandonner une approche répressive de la gouvernance politique au profit d'une ouverture démocratique, fondée sur le respect de la liberté d'expression et d'association, l'inclusion de la société civile et des acteurs humanitaires, ainsi que le respect des engagements et obligations internationaux en matière de droits humains. Pour rappel, le gouvernement avait annoncé des mesures visant à dissoudre les partis politiques et à abroger le cadre juridique qui les régit. Cette décision prolonge une suspension des partis politiques qui date de septembre 2022. En 2025, plusieurs ONG nationales et internationales ont également vu leurs activités suspendues, tandis qu'une loi restrictive sur la liberté d'association et un décret imposant aux ONG l'usage exclusif des banques publiques ont renforcé le contrôle de l'État.
Au plan international, le Burkina Faso s’inscrit dans une dynamique régionale de redéfinition des partenariats stratégiques. Les États-Unis ont récemment exprimé leur volonté de réajuster leur politique envers le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays dirigés par des régimes militaires qui ont rompu avec la France pour se rapprocher de la Russie. Washington affirme désormais vouloir coopérer avec ces États sur des intérêts communs en matière de sécurité et d'économie, reconnaissant ainsi pragmatiquement les nouvelles réalités géopolitiques sahéliennes.
Relance économique et ambitions de développement à l’horizon 2030
Sur le plan économique, les autorités burkinabè affichent des ambitions structurantes, malgré l’instabilité sécuritaire et politique. Le plan de relance 2026-2030, adopté en Conseil des ministres, constitue la nouvelle feuille de route du développement national. Évalué à 36 000 milliards de francs CFA, il repose sur quatre piliers majeurs : sécurité, cohésion sociale et paix, réforme de l’État et de la gouvernance, développement du capital humain, infrastructures et transformation économique. Près des deux tiers du financement devraient provenir de ressources souveraines, traduisant ainsi une volonté affirmée d'autonomie stratégique.
Timbuktu Institute – Week 4 - January 2026
The conflict pits Finance Minister Louis Paul Motazé against Cyrus Ngo'o, Director General of the Port Authority of Douala (PAD). The bone of contention is the legality of the contract for scanning goods at the port of Douala-Bonabéri. Signed in 2015 with the Swiss company SGS, the contract covers the inspection and certification of containers at the port, an important source of revenue for the state. In fact, in 2025, the PAD approved the arrival of a new operator, Transatlantic D SA. However, the Ministry of Finance rejects this new operation, arguing that the contract with SGS remains fully valid. This has led to an open battle between the two parties, who are sticking stubbornly to their positions. According to Jeune Afrique, a confidential document dated January 26 and signed by President Paul Biya's chief of staff indicates that the latter has opted for the departure of the Swiss company SGS. To what extent could this be decisive? In any case, after convening a meeting between the two parties on January 29, Prime Minister Joseph Dion Ngute seems to be going against this measure. In fact, he has reportedly sided with Louis Paul Motaze, believing that the Swiss company SGS's contract should be maintained. In this context, the crisis seems to go beyond a simple administrative dispute. It cannot be ruled out that it is the scene of a power struggle at the top of the state, where institutional decisions seem to be dictated by the balance of power between rival factions rather than by clear procedures. Furthermore, broader questions arise about the transparency of public contracts and the state's ability to ensure legal stability in a major economic sector.
Towards a postponement of the legislative and municipal elections?
First, it should be noted that the terms of office of the current deputies and councilors, which were supposed to expire in 2025, were extended in 2024 until March 30, 2026, and May 31, 2026, respectively. However, despite this extension, some leaders of the ruling party—the RDPC—want to a further postponement. "There are a number of us at a high level in the party hierarchy who are clearly in favor of postponing the legislative and municipal elections. This will give us time to better prepare for these elections," explained Jean Nkuete, a party official. However, according to rumors reported by RFI, this move is more of a tactical maneuver. Indeed, this desire for postponement seems to be closely linked to Paul Biya's victory margin (53.66%) in the recent presidential election, his lowest since 1997. It could therefore be a desire to retreat in order to strengthen the party's political weight at the local level, which seems to have expressed a relative rejection of Biya at the polls. In short, is this an institutional constraint or a political calculation? In any case, this sequence is at the very least a sign of a certain weakening of Biya's electoral hold. It could also reflect a phase of strategic adjustment by a regime that is clearly concerned with rebuilding its political power base at both the national and local levels.
Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026
Le conflit oppose le Ministre des Finances Louis Paul Motazé à Cyrus Ngo’o, Directeur général du Port autonome de Douala (PAD). La pomme de discorde : la légalité du contrat de scanning des marchandises au port de Douala-Bonabéri. Signé en 2015 avec la société suisse SGS, ledit contrat concerne le contrôle et la certification des conteneurs au port, une source importante de revenus pour l’État. En fait, le PAD a entériné en 2025 l’arrivée d’un nouvel opérateur, la société Transatlantic D SA. Mais du côté du ministère des Finances, l’on rejette cette nouvelle opération en arguant que le contrat avec SGS garde sa pleine validité légale. Dès lors, s’est installée une bataille ouverte entre les deux parties qui s’en tiennent mordicus à leurs positions. A en croire Jeune Afrique, un document classé confidentiel, daté du 26 janvier et signé du chef d’état-major particulier du président Paul Biya, renseigne que ce dernier aurait opté pour l’option du départ de la société Suisse SGS. Dans quelles mesures cela pourrait être décisif ? Quoiqu’il en soit, après avoir convoqué en réunion les deux parties le 29 janvier, le Premier ministre Joseph Dion Ngute semble aller à l’encontre de cette mesure. En effet, il aurait pris parti pour le camp de Louis Paul Motaze, estimant ainsi que le contrat de la société Suisse SGS soit maintenu. Dans ce contexte, cette crise semble dépasser le simple différend administratif. Il n’est pas exclu qu’elle soit le lieu d’une lutte de pouvoir au sommet de l’État où les décisions institutionnelles semblent être dictées par des rapports de force entre factions rivales plutôt que par des procédures claires. Par ailleurs, se pose également des questions plus larges sur la transparence des contrats publics et la capacité de l’État à assurer la stabilité juridique dans un secteur économique majeur.
Vers un report des législatives et municipales ?
Tout d’abord, rappelons que les mandats des actuels députés et conseillers qui étaient censés expirer en 2025 ont été prorogés en 2024 respectivement jusqu’au 30 mars 2026 et 31 mai 2026. Mais, malgré cette prolongation, certains cadres du parti au pouvoir – le RDPC - désirent un nouveau report. « Nous sommes un certain nombre à un niveau élevé de la hiérarchie du parti clairement favorables à un report des élections législatives et municipales. Ceci nous donnera le temps de mieux nous préparer pour ces échéances », a justifié Jean Nkuete, cadre du parti. Cependant, selon des bruits de couloirs rapportés par RFI, cette manœuvre serait plutôt d’ordre tactique. En effet, ce souhait de report aurait fort à voir le score de victoire (53,66%) – son plus faible score depuis 1997 - de Paul Biya lors de la récente présidentielle. Ce pourrait être donc une volonté de repli pour mieux renforcer le poids politique du parti à l’échelle locale, qui semble avoir exprimé dans les urnes, un relatif rejet de Biya. Bref, contrainte institutionnelle ou calcul politique ? En tous les cas, cette séquence représente à tout le moins le signe d’un certain affaiblissement de l’emprise électorale de Biya. Elle pourrait également traduire une phase d’ajustement stratégique d’un régime, visiblement préoccupé par le souci de recomposer ses rapports de force politiques à l’échelle nationale comme locale.
Timbuktu Institute – Week 4 - January 2026
After a year of tensions between Chad and France, marked by the withdrawal of French troops from Chad, the two countries have decided to turn a new page in their bilateral relations. Chad's President Mahamat Idriss Déby Itno was received at the Élysée Palace on January 29 by his French counterpart Emmanuel Macron. At the end of a working meeting, the two heads of state welcomed a "revitalized partnership based on mutual respect and shared interests." In a joint statement, Déby and Macron "agreed on a series of guidelines that will serve as a roadmap for revitalizing the Franco-Chadian partnership in areas of shared interest to both countries." The two also discussed the war in Sudan, a neighboring country of Chad that has been impacted by the conflict. On this subject, both "urge" the warring parties "to implement the humanitarian truce proposed by the 'Quad'" - the international mediation group composed of the United States, Egypt, the United Arab Emirates, and Saudi Arabia.
However, this meeting did not sit well with part of the Chadian opposition. As proof, the coalition Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), which had suspended its activities a month ago, broke its silence with a scathing statement. Accusing France of "almost total interference" in Chad's affairs, the GCAP denounced the "diplomatic dealings and wheeling and dealing" between Déby and Macron. According to the opposition alliance, "these agreements are against the Chadian people, trampling on their freedom and their right to decide their own destiny." Indeed, without necessarily subscribing to this interpretation, it would not be reckless to question this thaw between the two countries. Admittedly, France and Chad are long-standing historical allies. However, this new rapprochement highlights the complex challenges facing N'Djamena, which is working to strengthen its international alliances while maintaining sub-regional stability. But more than that, it also illustrates the structural tension between diplomacy and internal political legitimacy, where the mistrust of a muzzled opposition could exacerbate the perception of a possible nervousness on the part of the government among its citizens and political actors.
Diplomatic offensive
Clearly, the end of January was a period of intense diplomatic activity for N'Djamena. While the head of state met with his French counterpart in Paris, the Chadian Minister of the Armed Forces, General Issaka Malloua Djamouss, received several international delegations, notably from Turkey, the United States, and Hungary, as well as the Regional Director for Africa of the French defense company Safran. These meetings focused on strengthening technical and military cooperation, training the Chadian armed forces, and establishing strategic partnerships. According to General Djamouss, this series of meetings aims to consolidate bilateral defense relations and strengthen Chad's capacity to address regional security challenges. In fact, this series of meetings is tangible evidence of Chad's desire to combine diplomacy and military strategy to establish its regional role by increasing international partnerships in order to strengthen its security in the face of geopolitical challenges in the sub-region.
Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026
Après un an de tensions entre le Tchad et la France, marqué par le retrait des troupes françaises du Tchad, les deux pays ont décidé d’ouvrir une nouvelle page dans leur relation bilatérale. En effet, le Président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu à l’Élysée, le 29 janvier, par son homologue français Emmanuel Macron. Au terme d'un entretien de travail , les deux chefs d’Etat se sont réjouis d’un « partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés ». Dans un communiqué commun, Déby et Macron ont « agréé une série d'orientations qui constitueront le fil conducteur de la redynamisation du partenariat franco-tchadien dans les domaines d'intérêt partagé par les deux pays ». Par ailleurs, les deux ont évoqué le dossier de la guerre au Soudan, pays voisin du Tchad et impacté par ce conflit. A ce sujet, l’un et l’autre « exhortent » les belligérants « à mettre en œuvre la trêve humanitaire proposée par le "Quad" » - le groupe de médiation internationale composé des États-Unis, de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite.
Cependant, cette rencontre n’a pas du tout été du goût d’une partie de l’opposition tchadienne. Pour preuve, la coalition Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) qui avait suspendu il y a un mois ses activités, est sortie de sa réserve par le biais d’un communiqué acerbe. Accusant la France de mener une « ingérence quasi-totale » dans les affaires du Tchad, le GCAP dénonce des « négoces et traficotages diplomatiques » entre Déby et Macron. Selon l’alliance d’opposition, « ces accords sont contre le Peuple tchadien qui bafouent sa liberté et son droit à décider de son destin ». En effet, sans forcément souscrire à cette lecture, il ne serait toutefois pas téméraire de questionner ce dégel entre les deux pays. Certes, la France et le Tchad sont des alliés historiques de longue date. Pour autant, ce nouveau rapprochement ne manque pas de mettre en exergue les enjeux complexes auxquels est confronté N'Djamena, qui s’emploie à renforcer ses alliances internationales tout en gardant une stabilité sous-régionale. Mais plus encore, cela illustre également la tension structurelle entre diplomatie et légitimité politique interne, où la méfiance de l’opposition muselée pourrait exacerber la perception d’une éventuelle fébrilité du pouvoir auprès de ses citoyens et acteurs politiques.
Offensive diplomatique
Manifestement, cette fin du mois de janvier aura été l’opportunité d’une intense activité diplomatique de N'Djamena. Pendant que le chef d’Etat retrouvait son homologue français à Paris, le Ministre tchadien des Armées, le général Issaka Malloua Djamouss a reçu plusieurs délégations internationales, notamment de Turquie, des États-Unis, de Hongrie, ainsi que le Directeur régional Afrique de la société française de défense Safran. Ces rencontres ont porté sur le renforcement de la coopération technique et militaire, la formation des forces armées tchadiennes et l’établissement de partenariats stratégiques. Selon le Général Djamouss, cette série d’audiences vise à consolider les relations bilatérales de défense et à renforcer la capacité du Tchad à faire face aux défis sécuritaires régionaux. De fait, de manière tangible, cette séquence témoigne de la volonté du Tchad de combiner diplomatie et stratégie militaire pour asseoir son rôle régional en multipliant les partenariats internationaux afin de renforcer sa sécurité face aux enjeux géopolitiques de la sous-région.
Timbuktu Institute – Week 4 - January 2026
This is the latest episode in the series of legal proceedings following the failed coup on December 7. After opposition MP Soumaïla Boké appeared before the Court for the Suppression of Economic Crimes and Terrorism (CRIET) on charges of "apology for crimes against state security" and "incitement to rebellion," it is now the turn of Alassane Tigri, former minister and vice president of the opposition party Les Démocrates (LD). Arrested at his home in Cotonou on January 28 as part of the investigation into the coup, Pascal Tigri's older brother—presented by the authorities as one of the masterminds behind the coup—was remanded in custody for "treason, collusion with a foreign power, complicity in murder, and attacks against state security."
According to information reported by Libre Express, a suspicious phone call between Alassane Tigri and his younger brother Pascal Tigri allegedly took place on the eve of the coup attempt. In court, Alassane Tigri claimed that the call had nothing to do with a hypothetical coup. According to him, his brother simply asked him where he was, namely Tanguiéta (in the north of the country), their hometown. For the record, in addition to the two aforementioned individuals, two others have been questioned by the courts. The first, Chabi Yayi, son of former president Boni Yayi (president of the LD), was arrested before being released and placed under judicial supervision. The second, former minister and opposition figure Candide Azannaï, was arrested and is currently in custody for "inciting rebellion." Without speculating on the details of these legal proceedings, they illustrate, at the very least, the authorities' intransigence in neutralizing the alleged perpetrators or accomplices of the coup, who, in this case, appear to belong to the opposition. In this sense, the seriousness of the various charges underscores the magnitude of the threat perceived by the state and the challenges of stabilizing the political landscape in Benin.
Niamey accuses... again
Following renewed tensions between Niamey and Cotonou, Nigerien Head of State Abdourahamane Tiani spoke out, accusing Benin of harboring French military bases. Following the jihadist attack carried out by Islamic State on the night of Wednesday, January 28 to 29 against Niamey airport (about ten kilometers from the presidential palace), Tiani said: "We remind the sponsors of these mercenaries, notably Emmanuel Macron, Patrice Talon, and Alassane Ouattara. We have listened to them bark long enough. Now it is their turn to listen to us roar." When questioned about these accusations, Benin government spokesp , Wilfried Houngbédji, described them as "unreliable," saying that Cotonou has "no time to waste (...) with people whose sole purpose is to prevent us from moving forward." In an unstable regional context marked by persistent political and security issues, this new episode once again illustrates the depth of the divisions and distances the prospect of a diplomatic thaw between the two neighboring countries. For its part, Cotonou continues to opt for a strategic but firm management of state communication on this subject, aiming to shape national and international perceptions in order to preserve its diplomatic and security interests.
Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026
Nouvel épisode dans la séquence judiciaire de l’après-putsch manqué du 7 décembre dernier. Après la comparution du député d’opposition Soumaïla Boké devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État » et d’« incitation à la rébellion », c’est au tour d’Alassane Tigri, ancien ministre et vice-président du parti d’opposition Les Démocrates (LD). Arrêté à son domicile à Cotonou le 28 janvier dans l’enquête relative au putsch, le frère aîné de Pascal Tigri – présenté par les autorités comme l’un des cerveaux du putsch – a été placé sous mandat de dépôt pour « trahison, intelligence avec une puissance étrangère, complicité de meurtre et attentat contre la sûreté de l’État ».
D’après des informations rapportées par Libre Express, un appel suspect entre Alassane Tigri et son frère cadet Pascal Tigri aurait eu lieu durant la veille de la tentative de coup d’Etat. A la barre, Alassane Tigri aurait assuré que cet appel n’avait rien à voir avec l’évocation d’un hypothétique putsch. Selon lui, son frère se serait plutôt contenté de lui demander où il se trouvait, à savoir Tanguiéta (nord du pays), leur ville d’origine. Pour mémoire, hormis les deux personnalités précitées, deux autres ont été entendues par la justice. Le premier Chabi Yayi, fils de l’ex-président Boni Yayi (président des LD) a été interpellé avant d’être libéré et placé sous contrôle judiciaire. Le second, l’ex-ministre et opposant Candide Azannaï a été interpellé et est actuellement sous écrou pour « incitation à la rébellion ». Sans supputer sur le détail de ces procédures judiciaires, elles illustrent à tout le moins l’intransigeance des autorités sur la neutralisation des présumés auteurs ou complices du putsch, qui en l’occurrence, semblent appartenir à l’opposition. En ce sens, la gravité des différents chefs d’accusations souligne l’ampleur de la menace perçue par l’Etat et les enjeux de stabilisation de l’espace politique béninois.
Niamey accuse…encore
Après le regain des tensions entre Niamey et Cotonou, le chef de l’Etat nigérien Abdourahamane Tiani s’est prononcé en accusant le Bénin d’abriter des bases militaires françaises. Après l’attaque jihadiste perpétrée par l’Etat Islamique dans la nuit du mercredi 28 au 29 janvier contre l’aéroport de Niamey (à une dizaine de kilomètres de la présidence), Tiani a déclaré : « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alassane Ouattara. Nous les avons suffisamment écoutés aboyer. Qu’ils s’apprêtent eux aussi à leur tour à nous écouter rugir ». Interpellé sur ces accusations, le porte-parole du gouvernement béninois Wilfried Houngbédji, les a qualifiées de « peu crédibles », estimant que Cotonou n’a « pas de temps à perdre (...) avec des gens dont la seule vocation est de nous empêcher d'avancer ». Dans un contexte régional instable marqué par des enjeux politico-sécuritaires persistants, ce nouvel épisode illustre à nouveau la profondeur des dissensions et éloigne une perspective prochaine de dégel diplomatique entre les deux pays voisins. De son côté, Cotonou continue d’opter pour une gestion stratégique mais ferme de la communication étatique à ce sujet, visant à encadrer les perceptions nationale et internationale dans le but de préserver ses intérêts diplomatiques et sécuritaires.
Timbuktu Institute – Week 4 - January 2026
Last week's news shows that Lomé seems to be navigating between internal pressures, particularly from the opposition and protesting youth, and regional alliance games. Togo had decided to hand over former Burkinabe leader Damiba to the authorities in his country, a decision justified by the Lomé Court of Appeal and by legal guarantees ruling out the death penalty. This move reflects Togo's desire to assert its judicial cooperation with its neighbors, but also brings it closer to regional security issues. Many analysts point out that Togo is adopting a cautious stance, favoring dialogue and cooperation with pro-EAS Sahel countries, while maintaining useful ties with ECOWAS and its economic partners. This position allows Lomé to retain room for maneuver, but also exposes it to internal and external pressures.
Damiba's extradition: an internal rift and a controversial precedent for asylum rights in Africa
Internally, voices are being raised to denounce the government's attitude of extraditing a political refugee, which would go against Togolese tradition. This protest reveals a tension between the executive's security and diplomatic choices on the one hand, and Togo's historical and symbolic norms regarding the protection of refugees on the other. It highlights the risk of a rift between the state and part of public opinion, while raising questions about respect for legal commitments, humanitarian values, and the country's international image. For Togolese political scientist Madi Djabakaté, "by extraditing Damiba, Togo is undermining the very foundations of the right to asylum in Africa." Damiba's extradition is not just a bilateral decision, but sets a dangerous precedent that could weaken the right to asylum as a protective principle in Africa. It also raises the alarm about the risk of political exploitation of asylum mechanisms, to the detriment of the guarantees offered to political refugees.
Does Damiba's extradition undermine the right to asylum and the country's internal cohesion?
In the same vein, human rights defenders are concerned about the severity with which the Burkinabe judicial system could treat him by sentencing him to death for all the charges against him. This concern highlights the tensions between security imperatives and respect for human rights in the current context in Burkina Faso. The accumulation of serious charges, combined with the tightening of the legal framework, could indeed lead to a maximalist application of justice, which could raise concerns about procedural guarantees, the proportionality of sentences, and judicial independence, despite the assurances offered by Ouagadougou. It should be recalled that last December, Burkina Faso reintroduced the death penalty for certain crimes, including high treason, terrorism, and espionage, into its legal arsenal. Togo is often called upon to act as an intermediary in sensitive cases, and this event could discredit its role as a credible mediator, undermining regional confidence and limiting its ability to facilitate dialogue in crisis situations.
Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026
L’actualité de la semaine dernière montre que Lomé semble naviguer entre les pressions internes, notamment de l'opposition et de la jeunesse contestataire, et les jeux d'alliance régionaux. En effet, le Togo avait décidé de remettre l'ancien dirigeant burkinabè Damiba aux autorités de son pays, une décision justifiée par la Cour d'appel de Lomé et par des garanties juridiques excluant la peine de mort. Cette opération traduit la volonté du Togo d'affirmer sa coopération judiciaire avec ses voisins, mais le rapproche aussi des enjeux sécuritaires régionaux. Beaucoup d'analystes soulignent que le Togo adopte une posture prudente, privilégiant le dialogue et la coopération avec les pays du Sahel pro-AES, tout en maintenant des liens utiles avec la CEDEAO et ses partenaires économiques. Cette position permet à Lomé de conserver un espace de manœuvre, mais l'expose également à des pressions internes et externes.
L’extradition de Damiba, une fracture interne et un précédent controversé pour le droit d’asile en Afrique
Au plan interne, des voix s’élèvent pour dénoncer l’attitude du gouvernement qui consisterait à extrader un réfugié politique, ce qui irait à l'encontre de la tradition togolaise. Cette contestation révèle une tension entre les choix sécuritaires et diplomatiques de l’exécutif, d'une part, et les normes historiques et symboliques du Togo en matière de protection des réfugiés, d'autre part. Elle met en évidence le risque d'une fracture entre l'État et une partie de l'opinion publique, tout en soulevant des interrogations sur le respect des engagements juridiques, des valeurs humanitaires et de l'image internationale du pays. Pour le politologue togolais Madi Djabakaté, « en extradant Damiba, le Togo ébranle les fondements mêmes du droit d’asile en Afrique ». L’extradition de Damiba ne se limite pas à une décision bilatérale, mais établit un précédent dangereux qui pourrait affaiblir le droit d’asile en tant que principe protecteur en Afrique. Elle alerte également sur le risque d'une instrumentalisation politique des mécanismes d'asile, au détriment des garanties offertes aux réfugiés politiques.
L’extradition de Damiba fragilise-t-elle le droit d’asile et la cohésion interne du pays ?
Dans le même ordre d'idées, des défenseurs des droits humains s'inquiètent de la sévérité dont pourrait faire preuve le système judiciaire burkinabè en le condamnant à mort pour l'ensemble des charges retenues contre lui. Cette inquiétude met en lumière les tensions entre impératifs sécuritaires et respect des droits humains dans le contexte actuel du Burkina Faso. L'accumulation de charges graves, combinée au durcissement du cadre juridique, pourrait en effet conduire à une application maximaliste de la justice, ce qui pourrait susciter des préoccupations quant aux garanties procédurales, à la proportionnalité des peines et à l'indépendance judiciaire, malgré les garanties offertes par Ouagadougou. Il convient de rappeler qu'en décembre dernier, le Burkina Faso a réintroduit dans son arsenal juridique la peine de mort pour certains crimes, notamment la haute trahison, le terrorisme et l'espionnage. Le Togo est souvent sollicité comme intermédiaire dans des dossiers sensibles, et cet événement pourrait jeter le discrédit sur son rôle de médiateur crédible, en affaiblissant la confiance régionale et en limitant sa capacité à faciliter le dialogue dans des contextes de crise.