Timbuktu Institute

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Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

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L'émergence de l'Alliance des États du Sahel (AES) marque un tournant historique qui dépasse la simple coopération militaire pour s'ériger en un véritable projet de société. Cette transition vise à substituer aux modèles de gouvernance hérités de l'ère coloniale une structure de souveraineté partagée, capable de répondre de manière endogène aux crises multidimensionnelles. L'objectif est de transformer le Sahel en un pôle de décision autonome, fondé sur une intégration politique et économique qui place la dignité des populations au cœur de l'action publique. Cette volonté de rupture s'affirme comme une réponse directe aux limites des organisations régionales classiques, perçues comme trop dépendantes des agendas extérieurs.

La sécurité nationale par le prisme de l'économie

La doctrine de défense au Mali et au Burkina Faso connaît une évolution majeure : la lutte contre la fraude financière et la corruption est désormais élevée au rang d'impératif de sécurité nationale. Il existe une conviction croissante que la stabilité territoriale est indissociable de la transparence budgétaire. En traitant l'évasion fiscale et les flux financiers illicites comme des menaces directes à la sûreté de l'État, les autorités cherchent non seulement à assainir l'administration, mais surtout à garantir que les ressources nationales soient intégralement mobilisées pour le financement de la souveraineté et la protection des populations.

Diplomatie de rupture et références historiques

La politique étrangère actuelle s'inscrit dans une quête de restauration de la dignité nationale, puisant ses racines dans l'héritage panafricaniste et les principes de non-alignement de la Première République malienne. Ce repositionnement stratégique, qui privilégie la souveraineté absolue et le respect mutuel, contraint les puissances mondiales à revoir leurs modes d'interaction avec le Sahel. On assiste à une redéfinition des rapports de force où le Mali exige une égalité stricte dans ses partenariats, rappelant les orientations historiques de l'ère Modibo Keïta tout en les adaptant aux défis géopolitiques contemporains.

Le Pragmatisme des partenariats internationaux

Face à l'affirmation de ce bloc souverainiste, les acteurs internationaux comme les États-Unis adoptent une posture de pragmatisme prudent. Plutôt que de risquer une rupture totale, Washington semble privilégier une stratégie de maintien des intérêts stratégiques et économiques. Cette approche nuancée témoigne de la reconnaissance du nouveau poids géopolitique de l'AES. Elle illustre une transition où les puissances étrangères doivent désormais naviguer avec précaution pour préserver leurs canaux de coopération sans heurter la volonté d'indépendance affichée par les autorités de transition.

 

La Doctrine Armée-Nation et la résilience sociale

La survie de l'État face aux menaces asymétriques repose désormais sur le concept de fusion entre les forces de défense et la population civile. Cette synergie, pilier de la doctrine "Armée-Nation", vise à renforcer la cohésion interne et à rendre le territoire imperméable aux tentatives de déstabilisation extérieure. En plaçant chaque citoyen comme un acteur de la défense nationale, l'AES cherche à construire une résilience durable qui ne dépend plus exclusivement de la puissance de feu, mais de la solidité du contrat social et de la solidarité entre les civils et les militaires.

Vers une autonomie de la médiation et de la paix

Le bilan critique des médiations étrangères passées, notamment celles ayant duré plusieurs décennies, a conduit à une remise en question profonde des processus de paix traditionnels. Le constat d'une efficacité limitée des interventions tierces pousse aujourd'hui le Mali à privilégier des solutions endogènes et directes. Cette volonté de se réapproprier les mécanismes de résolution de conflits marque la fin d'une ère de tutelle diplomatique, affirmant que la stabilité véritable ne peut être obtenue que par un dialogue national souverain, affranchi des agendas de médiation extérieurs.

Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

 

The Anglophone crisis in Cameroon, which has claimed thousands of lives since 2017, has taken a new legal turn. On 1 March, the Belgian courts arrested four people suspected of financing and directing the Ambazonia Defence Forces (ADF), the separatist group active in the English-speaking regions of Cameroon, from Europe. As part of this case for ‘crimes against humanity’ and ‘war crimes’, three of them have been remanded in custody by the investigating judge. Investigators are also examining the possibility that instructions for targeted attacks against Cameroonian civilians and military personnel were given from Belgium. The investigation, which was opened in June 2025 following a referral from the Norwegian authorities, is being conducted in cooperation with Norway and the United States, where similar proceedings are underway. It follows several complaints filed by the Swiss-based NGO Action 237, whose legal proceedings date back to 2020. Pending the outcome of these proceedings, the latter serves as a reminder that local armed conflicts can quickly take on a transnational dimension. In this sense, it illustrates the complexity of the financing and organisation of separatist groups, as well as the need for structured international judicial cooperation to ensure that those involved are held accountable.

Towards a constitutional revision?

According to corroborating sources within the Cameroonian state apparatus, Jeune Afrique reveals that a revision of the 1996 Constitution, which began over a year ago, is now almost complete. While there is talk of restructuring the institutional framework in terms of a potential increase in the number of representatives in local and national institutions and the creation of new municipalities and territorial units, the major change could lie in the reconfiguration of the executive branch. Indeed, the possibility of creating a nominative and non-elective position of vice-president is reportedly on the table for discussion. Furthermore, the government seems willing to make a concession on the controversial Electoral Code, as part of defining the conditions for the return of opposition leader Issa Tchiroma Bakary in a process of political dialogue. Could this revision be the result of a reshaping of the mechanisms of succession and representation by a state that does not wish to break with its presidentialist logic? The coming weeks may provide some answers to this question. In any case, if such predictions come to fruition, they could reignite the debate on managing institutional tensions through co-optation rather than through systemic reform of the electoral rules.

Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

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La crise anglophone camerounaise, qui a fait des milliers de morts depuis 2017, connaît un nouveau développement judiciaire. Le 1er mars, la justice belge a arrêté quatre personnes soupçonnées d'avoir financé et dirigé depuis l'Europe les Ambazonia Defence Forces (ADF), le groupe séparatiste actif des régions anglophones du Cameroun. Dans le cadre de cette affaire pour « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », trois d'entre elles ont été placées en détention par le juge d'instruction. Les enquêteurs examinent également la possibilité que des instructions pour des attaques ciblées contre des civils et des militaires camerounais aient été données depuis la Belgique. L'enquête, ouverte en juin 2025 à la suite d'une transmission des autorités norvégiennes, est menée en coopération avec la Norvège et les États-Unis, où des procédures similaires sont en cours. Elle fait suite à plusieurs plaintes déposées par l'ONG Action 237, basée en Suisse, dont les démarches judiciaires remontent à 2020. En attendant la fin de cette procédure, cette dernière rappelle que les conflits armés locaux peuvent rapidement avoir une dimension transnationale. En ce sens, elle apparaît comme une illustration de la complexité du financement et de l’organisation des groupes séparatistes ainsi que la nécessité d’une coopération judiciaire internationale structurée pour garantir la responsabilité des acteurs impliqués.

Vers une révision constitutionnelle ?

D’après des sources concordantes au sein de l'appareil d'État camerounais, révèle Jeune Afrique, une révision de la Constitution de 1996, entamée depuis plus d’un an, serait désormais quasiment prête. Si l’on évoque une recomposition de l’ossature institutionnelle dans le sens d’une potentielle augmentation du nombre de représentants dans les institutions locales et nationales et de la création de nouvelles communes et unités territoriales, le changement majeur pourrait se trouver du côté de la reconfiguration de l’exécutif. En effet, la possibilité de création d’un poste nominatif et non électif de vice-président serait sur la table de discussions. Par ailleurs, le gouvernement semble disposé à opérer une concession au sujet du polémique Code électoral, dans le cadre de définir les hypothèses d’un rappel de l’opposant  Issa Tchiroma Bakary dans un processus de dialogue politique. Cette révision serait-elle la traduction d’un remodelage des mécanismes de succession et de représentation opérée par un État qui ne désire pas rompre avec sa logique présidentialiste ? Les prochaines semaines pourraient fournir un début de réponse à cette interrogation. Quoi qu'il en soit, si de telles prévisions sont concrétisées, elles pourraient raviver les débats sur la gestion des tensions institutionnelles par cooptation plutôt que par réforme systémique des règles du jeu électoral.

Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

In a statement released on 5 March, the Chadian Prime Minister announced the resignation of the Minister of Higher Education, Scientific Research and Vocational Training, Tom Erdimi. Although no official reasons were given, this resignation is probably linked to the recent abandonment of a higher education reform project. Since taking office, Minister Tom Erdimi had clearly demonstrated his desire to reform the sector. It was in this context that, in July 2025, the Chadian government signed a decree establishing the decentralisation of the National Centre for University Works (CNOU), which is managed from N'Djamena. With this reform of the body responsible for managing and supporting student life, particularly in terms of housing, food, health and social activities, the former minister wanted to transfer part of this management to the regions and local economic actors. A former rebel leader and co-founder of the Union of Resistance Forces, Erdimi joined Mahamat Idriss Déby's transitional government in October 2022 following the Doha peace process. In this case, his resignation raises questions about internal tensions within the executive branch. Furthermore, it is legitimate to ask to what extent the decentralisation of university resources can succeed in Chad in an institutional context where arbitration decisions appear to lack transparency.

Security and diplomatic fronts

On the night of 2 March 2026, a Chadian army unit deployed in the Lake region repelled an attack by Boko Haram, neutralising eight members of the group and recovering a large arsenal. One Chadian soldier was killed and two others wounded in the clash. The information was confirmed directly by President Mahamat Idriss Déby via his social media accounts, who paid tribute to the soldier who fell in battle and reaffirmed Chad's determination to continue the fight against the jihadist group Boko Haram.

At the same time, as relations between Chad and Libya have continued to warm in recent months, a new step has been taken. On 5 March, Libyan Prime Minister Abdulhamid Dbeibah received the new Chadian ambassador, Taher Issu Youssouf, marking the resumption of diplomatic representation between the two countries after a hiatus of nearly 14 years without an ambassador in post. During the meeting, both sides expressed their desire to strengthen bilateral cooperation, given the importance of stability in the Sahel-Libyan corridor for both countries.

This is part of the intense diplomatic activity deployed by N'Djamena since the beginning of the year, fully aware of its strategic position in the region, in a context marked by the reshaping of security alliances and the continuing evolution of the jihadist threat.

 Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

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Dans un communiqué rendu public le 5 mars, le Premier ministre tchadien a annoncé la démission du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, Tom Erdimi. Si des raisons officielles n’ont pas été avancées, cette démission est probablement liée au récent abandon d’un projet de réforme de l’enseignement supérieur. Depuis son entrée en fonction, le ministre Tom Erdimi avait clairement affiché sa volonté de réformer le secteur. C’est dans ce cadre qu’en juillet 2025, le gouvernement tchadien avait signé un décret instaurant la mise en place de la décentralisation du Centre national des œuvres universitaires (CNOU) géré depuis N’Djamena. Avec cette réforme de l’organisme chargé de la gestion et du soutien à la vie estudiantine, notamment en matière de logement, alimentation, santé et activités sociales, l’ex-ministre souhaitait transférer une partie de cette gestion aux régions et aux acteurs économiques locaux. Ancien chef rebelle et cofondateur de l'Union des forces de la résistance, Erdimi avait rejoint le gouvernement de transition de Mahamat Idriss Déby en octobre 2022 à l'issue du processus de paix de Doha. En l’espèce, cette démission relance les questionnements sur les tensions internes au sein de l’appareil exécutif. Par ailleurs, il est légitime de se demander dans quelles mesures de décentralisation des ressources universitaires peuvent-elles aboutir au Tchad dans un contexte institutionnel où les décisions d'arbitrage semblent manquer de transparence ?

Fronts sécuritaire et diplomatique

Dans la nuit du 2 mars 2026, une unité de l'armée tchadienne déployée dans la région du Lac a repoussé une attaque de Boko Haram, neutralisant huit membres du groupe et récupérant un important arsenal. Un soldat tchadien a été tué et deux autres blessés lors de  l'affrontement. L'information a été confirmée directement par le président Mahamat Idriss Déby via ses réseaux sociaux, qui a rendu hommage au militaire tombé au combat et réaffirmé la détermination du Tchad à poursuivre la lutte contre le groupe djihadiste Boko Haram.

Parallèlement, alors que les relations entre le Tchad et la Libye se sont continuellement réchauffées au cours des ces derniers mois, un nouveau pas a été franchi. Le 5 mars, le Premier ministre libyen Abdulhamid Dbeibah a reçu le nouvel ambassadeur tchadien Taher Issu Youssouf, marquant la reprise de la représentation diplomatique entre les deux pays après une interruption de près de 14 ans sans ambassadeur en poste. Au cours de cette rencontre, les deux parties ont exprimé leur volonté de renforcer leur coopération bilatérale, eu égard à l’importance que revêt la stabilité du couloir sahélo-libyen pour les deux pays. Cela s’inscrit dans l’intense activité diplomatique déployée par N’Djamena depuis le début de l’année, pleinement conscient de sa position stratégique dans la région, dans un contexte marqué par la recomposition des alliances sécuritaires et l’évolution continue de la menace djihadiste.

 

Timbuktu Institute - Mars 2026 

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Aujourd’hui, afin de saisir pleinement les évolutions des opinions publiques et des représentations de la scène internationale et de ses dynamiques, il est nécessaire de rompre d’avec ou, du moins compléter, les approches classiques, par une réelle démarche de netnographie[1] analytique pour diverses raisons. Il y a, d’abord, une forte démocratisation de l’accès à l’information structurante et formatrice des opinions africaines à toutes les échelles hors des murs de la censure et des mass media, mais aussi malheureusement du contrôle éthique et de la répartie. Ensuite, bien que les opinions exprimées à travers les réseaux sociaux et qui déterminent désormais le rapport à l’Occident – réel, imaginé ou fantasmé - et à ses actions au plan international ne soient pas des indices infaillibles, elles donnent des tendances qui appellent à une profonde conscience des mutations des rapports politiques et internationaux à l’ère de l’activisme et de l’engagement numériques.

La récente escalade militaire entre Israël, les États-Unis et l'Iran a suscité une vague de réactions à l'échelle mondiale, mobilisant aussi bien les chancelleries que les opinions publiques dans des contextes géopolitiques variés, bien que d’une manière moins affirmée et plus attentiste, l'Afrique de l'Ouest et le Sahel n'ont pas fait exception. Au-delà des déclarations de soutien ou de condamnations selon les pays, les opinions publiques ouest-africaines n’ont pas manqué de s’emparer du conflit en l'inscrivant dans leurs propres grilles de lecture géopolitiques avec leurs propres narratifs. A ce propos, la configuration géopolitique particulière dans laquelle se meuvent nombre de pays de la région fournit une clé de lecture pour comprendre ces réactions.

Dans un contexte de reconfiguration des alliances, ces opinions publiques ont activement reconstruit un récit de « souveraineté » nationale articulé autour de la « résistance » à ce qu'ils désignent comme l’ « impérialisme occidental ». C’est dans cette logique que les conflits opposant « l’Occident » (États-Unis, Israël, France, etc.) à un pays du « Sud global » sont relus via le prisme de leurs propres trajectoires de rupture. Ainsi, avec ce conflit, l’Iran occupe, symboliquement, une place de choix dans la formulation de cet imaginaire. En ce sens, dans cette représentation, le conflit américano-israélo-iranien constitue non pas tant un conflit lointain du Golfe Persique qu’une extension d’un ordre géopolitique mondial déjà sujet à critiques au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

La présente analyse basée sur les différents représentations et imaginaires, à travers une veille informationnelle continue, permet de mettre en exergue trois narratifs en l’occurrence les narratifs : 1) d’une démystification de la puissance occidentale centrée sur la mise en défaut des capacités militaires américaines et israéliennes face à l'Iran ; 2) de l’Iran présenté comme modèle de résistance face à l'hégémonie occidentale ; 3) du narratif du double standard et l'hypocrisie de la communauté internationale. Mis bout à bout, ces narratifs éclairent la manière dont une bonne partie des opinions publiques ouest-africaines projettent leurs propres aspirations souverainistes sur la scène géopolitique mondiale. 

Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

This is undoubtedly a major turning point in Beninese political life. Former President Thomas Boni Yayi has announced his resignation from the opposition party Les Démocrates (LD), of which he was previously president. In a statement released on 3 March, he referred to a decision taken after ‘long reflection over the past few months’. He specified that it was ‘for health reasons, and in order to be able to devote this new stage of my life fully to rest’. Shortly afterwards, his son Yayi Chabi, the party's secretary for external relations, also announced his resignation. In response to this situation, a delegation from the party was sent to meet with Boni Yayi ‘in order to discuss the matter with him in more detail,’ said Guy Mitokpè, national secretary for communication for the LD party. After a crisis meeting on 6 March, the party's National Coordination announced that it was rejecting Boni Yayi's resignation. These announcements come at a time when the opposition party – excluded from the upcoming presidential election and prevented from participating in the last legislative elections – is going through a very difficult period. So, is the LD party at a crossroads? Now without any MPs or mayors and therefore unable to sponsor a candidate, the party finds itself effectively excluded from the 2033 presidential election. In other words, the future of the LD looks bleak.

Resumption of jihadist offensive in the north

After a few months of relative calm, it now appears that the resurgence of the jihadist threat in the north of the country is evident. Following the attack on 24 February against the police station in Kouandé in the department of Atacora, Benin has just suffered what appears to be its most serious security setback in a year. On 4 March, the Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM) claimed responsibility for an attack on a position in the village of Kofounou in Karimama, in the Alibori department. According to the spokesperson for the Beninese Armed Forces (FAB), the provisional toll on the army side is 15 soldiers dead and five wounded, none of whom are in critical condition. According to the same report, Benin's response, in the form of an air strike, neutralised four terrorists and destroyed several motorcycles.

This is not the first time that the commune of Karimama has been hit by a terrorist attack. These attacks come after the government announced in early March that it was moving forward with its anti-terrorist operation ‘Mirador’. In any case, this situation, which resembles a resumption of the jihadist offensive, remains worrying, especially since the JNIM reaffirmed its intention to establish itself there with the appointment of an emir in the north of the country last February.

Furthermore, in the eastern part of northern Benin, which shares a border with north-western Nigeria, jihadist pressure is intensifying. It is undoubtedly against this backdrop that on 27 February, military officials in charge of counter-terrorism operations in Nigeria and Benin met in Cotonou to define the outlines of a cross-border strategy. The coordination of border patrols, intelligence sharing, joint operations and increased surveillance of cross-border flows are the key points of this future security cooperation agreement, which is expected to be signed shortly. This demonstrates that the Beninese state is aware that greater regional coordination is essential in the face of the growing complexity of the security threat.

Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

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C’est à n’en point douter un tournant majeur dans la vie politique béninoise. L’ancien Président de la République, Thomas Boni Yayi, a annoncé sa démission du parti d’opposition Les Démocrates (LD), dont il était jusque-là président. Dans une déclaration rendue publique le 3 mars, il évoque une décision prise suite à une « longue réflexion menée au cours de ces derniers mois ». Il Précise qu’elle intervient « pour des raisons de santé, et afin de pouvoir pleinement consacrer cette nouvelle étape de ma vie au repos ». Dans la foulée, son fils Yayi Chabi, secrétaire aux relations extérieures du parti, a aussi annoncé sa démission. Face à cette situation, une délégation du parti a été dépêchée auprès de Boni Yayi « afin de mieux discuter avec lui », a notifié Guy Mitokpè, Secrétaire national à la communication du parti LD. Après une réunion de crise qui a eu lieu le 6 mars, la Coordination Nationale du parti a annoncé rejeter la démission de Boni Yayi. Ces annonces interviennent alors que le parti d’opposition – exclu de la prochaine présidentielle et empêché de participer aux dernières législatives – traverse une période plus que délicate. Ainsi, le parti LD est-il à la croisée des chemins ? Désormais sans député au Parlement, ni maire et par conséquent inapte à parrainer un candidat, le parti se retrouve en principe écarté de la présidentielle de 2033. Autant dire que l’avenir des LD est fait d’un horizon obscur.

Reprise de l’offensive djihadiste au nord

Après quelques mois de relative accalmie, il apparaît désormais que la résurgence de la menace djihadiste au nord du pays est manifeste. Après l’attaque du 24 février dernier contre le commissariat de Kouandé dans le département de l’Atacora, le Bénin vient d’essuyer ce qui apparaît comme sa plus sévère déconvenue sécuritaire depuis un an. En effet, le 4 mars, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a revendiqué une attaque contre une position du village de Kofounou à Karimama, dans le département de l’Alibori. Selon le porte-parole des Forces armées Béninois (FAB), le bilan provisoire côté armée est de 15 militaires morts et cinq blessés dont le pronostic vital n'est pas engagé. La riposte béninoise par intervention aérienne a d’après ce même bilan, neutralisé quatre terroristes et détruit plusieurs motos.

Ce n’est pas la première fois que la commune de Karimama est confrontée à une attaque terroriste. Ces attaques surviennent alors que le gouvernement avait communiqué début mars sur l’avancement du déploiement de son opération anti-terrorriste « Mirador ». Quoiqu’il en soit, cette situation qui s’apparente à une reprise de l’offensive djihadiste demeure inquiétante, surtout que le JNIM a réaffirmé son intention de s’y ancrer avec la nomination en février dernier d’un Emir dans le nord du pays. Par ailleurs, dans la partie Est du nord béninois qui partage une frontière avec le nord-ouest le Nigeria, la pression djihadiste s’intensifie. C’est sans doute fort de ce contexte que le 27 février dernier, des responsables militaires chargés des opérations antiterroristes du Nigeria et du Bénin se sont réunis à Cotonou dans le but de définir les contours d’une stratégie transfrontalière. La coordination des patrouilles frontalières, le partage de renseignements, la conduite d’opérations conjointes et une surveillance accrue des flux transfrontaliers sont les points saillants de ce futur protocole d’accord de coopération sécuritaire dont la signature devrait intervenir prochainement. Preuve que l’Etat béninois est conscient qu’une coordination régionale renforcée est indispensable face à la complexité croissante de la menace sécuritaire.

Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

Togo is going through a period marked by complex trade-offs between security imperatives, diplomatic diversification and growing social expectations. The extension of the state of emergency in the Savanes region reflects the continuing jihadist threat on the northern borders, while Lomé is pursuing a strategy of international cooperation focused on community resilience and diplomatic openness. However, recent data on the population's economic and political perceptions reveal social unrest that could influence the country's internal balance.

Extension of the state of emergency in the Savanes region: an additional 12 months

On 27 February 2026, the Togolese National Assembly adopted the extension of the state of emergency in the Savanes region for a period of twelve months, starting on 13 March 2026. This measure, in force since June 2022, is presented as a necessary condition for economic stability and the protection of regional trade corridors. According to Colonel Hodabalo Awaté, Minister of Territorial Administration, ‘these prerogatives will be exercised in strict compliance with the rule of law.’ The renewal of the state of emergency for the fourth consecutive time raises questions about the normalisation of exceptional measures. While the cross-border terrorist threat is very real, reconciling security imperatives with respect for civil liberties remains a key challenge. The economic argument put forward, namely the protection of transit corridors, indicates that the interests of the port of Lomé are also at stake in this decision.

 

Community resilience: the World Bank evaluates its programmes

On 2 March 2026, a meeting between the Togolese government and the World Bank took place in Lomé to evaluate the first cycle of the Allowance for Prevention and Resilience (PRA-IDA20). Discussions focused on the prevention of violent extremism, the PURS programme and Operation Koundjoaré. This assessment is a pivotal moment in determining the direction of international funding in the Savanes region. The extension of PURS to the entire national territory demonstrates a desire to build on the achievements in conflict zones to strengthen national resilience. This multilateral approach contrasts with the trend toward disengagement observed in neighbouring AES countries.

Rapprochement between Togo and Belarus: a new diplomatic partnership

At the same time, Belarusian Foreign Minister Maxim Ryzhenkov was on a working visit to Lomé, where he was received by President Faure Gnassingbé. The visit resulted in the signing of a reciprocal visa exemption agreement for holders of diplomatic and service passports. The agreement aims to facilitate travel for officials and create an environment conducive to the development of institutional exchanges. This rapprochement with Minsk, a state under Western sanctions since 2020, is part of Togo's diplomatic diversification strategy. Unlike the ESA countries, which openly display their rapprochement with Moscow, Togo has adopted a position of equidistance. However, this partnership with Belarus, a close ally of Russia, could raise questions from Togo's traditional Western partners.

Perceptions of Russia and economic pessimism: the Togolese ‘malaise’

According to Afrobarometer Round 10 (2024-2025), nearly half of Togolese believe that Russia's economic and political influence on their country is positive. At the same time, more than 60% believe that their country is heading in the wrong direction, and three out of four Togolese live in moderate or severe poverty. The three main problems identified are unemployment, infrastructure and health. According to Hervé Akimocho, director of CROP, ‘the majority of Togolese believe that the country is heading in the wrong direction, that the economic situation is bad and that it has deteriorated over the last twelve months’. These data reveal a growing gap between the regime's diplomatic activism and the economic expectations of the population. The favourable perception of Russia, although lower than that of the ESA countries, reflects a fertile ground for narratives that offer an alternative to Western partnerships. Widespread economic pessimism is a medium-term political risk factor for the stability of Faure Gnassingbé's regime.

Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

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Le Togo traverse une période marquée par des arbitrages complexes entre impératifs sécuritaires, diversification diplomatique et attentes sociales croissantes. La prorogation de l’état d’urgence dans la région des Savanes témoigne de la persistance de la menace djihadiste aux frontières nord, tandis que Lomé mène une stratégie de coopération internationale axée sur la résilience communautaire et l’ouverture diplomatique. Cependant, les données récentes sur les perceptions économiques et politiques de la population révèlent un malaise social susceptible d'influencer les équilibres internes du pays.

Prorogation de l'état d'urgence dans la région des Savanes : 12 mois supplémentaires

Le 27 février 2026, l'Assemblée nationale togolaise a adopté la prorogation de l'état d'urgence sécuritaire dans la région des Savanes pour une durée de douze mois, à compter du 13 mars 2026. Cette mesure, en vigueur depuis juin 2022, est présentée comme une condition nécessaire à la stabilité économique et à la protection des corridors commerciaux régionaux. Selon le colonel Hodabalo Awaté, ministre de l'Administration territoriale, « l'exercice de ces prérogatives se ferait dans le strict respect de l'État de droit ». La reconduction de l'état d'urgence pour la quatrième fois consécutive soulève ainsi des questions quant à la normalisation des mesures d'exception. Si la menace terroriste transfrontalière est bien réelle, la conciliation entre impératifs sécuritaires et respect des libertés civiles reste un enjeu central. L'argument économique avancé, à savoir la protection des corridors de transit, indique que les intérêts du port de Lomé sont également en jeu dans cette décision.

Résilience communautaire : la Banque mondiale évalue ses programmes

Le 2 mars 2026, une rencontre entre le gouvernement togolais et la Banque mondiale a eu lieu à Lomé pour évaluer le premier cycle de l'Allocation pour la prévention et la résilience (PRA-IDA20). Les discussions ont porté sur la prévention de l'extrémisme violent, le programme PURS et l'opération Koundjoaré. Cette évaluation est un moment charnière pour déterminer les orientations du financement international dans la région des Savanes. L'extension du PURS à l'ensemble du territoire national témoigne de la volonté de tirer parti des acquis des zones de conflit pour renforcer la résilience nationale. Cette approche multilatérale contraste avec la dynamique de désengagement observée dans les pays voisins de l'AES.

Rapprochement entre le Togo et la Biélorussie : un nouveau partenariat diplomatique

Au même moment, le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Maxim Ryzhenkov, effectuait une visite de travail à Lomé, où il a été reçu par le Président Faure Gnassingbé. Cette visite a donné lieu à la signature d'un accord d'exemption réciproque de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. L'accord vise à faciliter les déplacements des responsables officiels et à créer un environnement propice au développement des échanges institutionnels. Ce rapprochement avec Minsk, État sous sanctions occidentales depuis 2020, s'inscrit dans la stratégie de diversification diplomatique du Togo. À la différence des pays de l'AES qui affichent ouvertement leur rapprochement avec Moscou, le Togo adopte une position d'équidistance. Toutefois, ce partenariat avec la Biélorussie, alliée étroite de la Russie, pourrait susciter des interrogations de la part des partenaires occidentaux traditionnels du Togo.

Perceptions de la Russie et pessimisme économique : le « malaise » togolais

Selon le Round 10 d'Afrobaromètre (2024-2025), près de la moitié des Togolais estiment que l'influence économique et politique de la Russie sur leur pays est positive. Parallèlement, plus de 60 % estiment que leur pays prend la mauvaise direction et trois Togolais sur quatre vivent dans une pauvreté modérée ou sévère. Les trois principaux problèmes identifiés sont le chômage, les infrastructures et la santé. Pour Hervé Akimocho, directeur de CROP, « la majorité des Togolais estime que le pays va dans la mauvaise direction, que la situation économique est mauvaise et qu'elle s'est détériorée au cours des douze derniers mois ». Ces données révèlent un décalage croissant entre l'activisme diplomatique du régime et les attentes économiques de la population. La perception favorable de la Russie, bien qu'inférieure à celle des pays de l’AES, témoigne d'un terreau propice aux récits alternatifs aux partenariats occidentaux. Le pessimisme économique généralisé constitue un facteur de risque politique à moyen terme pour la stabilité du régime de Faure Gnassingbé.