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Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026
Il semble bien qu’à mesure que la présidentielle - prévue en janvier 2027 – approche, la compétition politique au Nigéria prend une tournure particulièrement âpre. En attendant, l’heure est à la campagne et donc aux tractations et au remue-ménage. Alors que les principaux candidats commencent à affûter leurs stratégies, la campagne se joue autant sur le terrain national que dans l’espace médiatique et diplomatique international. L’entrée en campagne de l’opposant Atiku Abubakar, désormais candidat de l’African Democratic Congress (ADC), illustre cette internationalisation de la compétition électorale. L’ancien vice-président aurait engagé pour près de 1,5 million d’euros le cabinet américano-nigérian Von Batten-Montague-York afin de travailler son image auprès des responsables politiques américains et de remettre en lumière certains éléments controversés du passé du président Bola Tinubu aux États-Unis, notamment une saisie judiciaire opérée en 1993 sur des comptes lui appartenant. La démarche répond à une stratégie déjà employée par le pouvoir. En janvier, Tinubu avait lui-même recours à un cabinet de lobbying pour défendre sa politique auprès du Congrès américain, alors que Donald Trump mettait notamment en cause son action face aux violences visant, selon ses dires, les chrétiens au Nigeria.
L’affaire a cependant pris une tournure plus sensible lorsque le cabinet mandaté par Atiku a affirmé avoir été approché par un proche du président, qui lui aurait proposé 3 millions de dollars pour mettre un terme à sa campagne de lobbying. Une affirmation qui reste à établir, mais qui donne une autre dimension à l’affrontement entre les deux camps. Dans l’entourage présidentiel, l’initiative d’Atiku est présentée comme une tentative d’obtenir une « validation étrangère », tandis que l’opposition cherche manifestement à exploiter, auprès des décideurs américains, les zones de vulnérabilité du bilan et du passé de Tinubu.
Une campagne sous tension
Sur le terrain, les premiers incidents donnent une autre mesure de la tension électorale. Le 8 septembre, Peter Obi, arrivé troisième lors de la présidentielle de 2023 et désormais candidat de l’opposition, a été empêché de se rendre dans un camp de déplacés à Yelwata, dans l’État de Benue. Des dizaines de jeunes avaient bloqué la route et menacé son convoi, contraignant la police à intervenir pour assurer la sécurité du candidat. Obi souhaitait rencontrer les victimes des violences récurrentes opposant agriculteurs et éleveurs dans cette région, notamment après l’attaque de juin 2025 qui avait fait plus de 200 morts à Yelwata et provoqué le déplacement d’environ 6 500 personnes. Son parti, le Nigeria Democratic Congress (NDC) a dénoncé une « obstruction honteuse » et mis en cause le gouverneur de Benue, Hyacinth Alia, membre de l’APC au pouvoir. Celui-ci a rejeté ces accusations, affirmant que le candidat aurait dû prévenir les autorités de sa venue afin qu’un dispositif de sécurité puisse être organisé. L’affaire n’en révèle pas moins la difficulté qui se profile pour la campagne : dans certaines régions déjà fragilisées par les violences communautaires, les déplacements des candidats ne manqueront pas de se muer en épisodes de confrontation politique. L’opposition a demandé l’ouverture d’une enquête et appelé les missions diplomatiques à prendre note de l’incident.
Cette crispation trouve un écho plus inquiétant encore à Kano, où Ibrahim Khalil Dan Shagamu, influenceur politique suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes, a été retrouvé mort à son domicile. Ancien journaliste et critique régulier des autorités dans des vidéos en langue haoussa, il aurait été victime d’un meurtre particulièrement violent, tandis que deux de ses téléphones auraient disparu. Des menaces de mort auraient également précédé son décès. Le mobile reste cependant inconnu et aucune implication politique n’est établie à ce stade. Amnesty International a demandé une enquête complète. Dans un pays où les campagnes électorales ont régulièrement été accompagnées d’intimidations et de violences, cette affaire vient néanmoins rappeler la vulnérabilité des voix politiques et médiatiques à l’approche du scrutin.
Le front sécuritaire reste ouvert
La fébrilité politique en présence intervient dans un contexte sécuritaire pour le moins délétère, le pays demeurant confronté à une menace jihadiste persistante. Dans l’État de Borno, l’armée a récemment déjoué une embuscade attribuée à des éléments présumés de Boko Haram sur l’axe Buni Gari–Buratai, lors d’une patrouille de l’opération Hadin Kai. Les forces nigérianes ont contraint les assaillants à se retirer avant de découvrir et démanteler plusieurs camps improvisés. Des munitions, des grenades propulsées par roquette et différents moyens de déplacement ont notamment été récupérés. Aucun militaire n’a été blessé, même si plusieurs véhicules ont été endommagés. Un épisode qui rappelle que dans le sillage de la compétition électorale, la question sécuritaire reste une épine dans le pied des autorités nigérianes. Les opérations conduites dans le nord-est témoignent de la persistance des capacités de nuisance des groupes jihadistes et de la nécessité, pour Abuja, de maintenir une pression militaire constante sur leurs réseaux et leurs zones d’implantation.
Et c’est sans doute dans cette perspective que s’inscrit également le renforcement du partenariat militaire avec les États-Unis. L’US Air Force a annoncé le 10 septembre, la livraison de nouveaux équipements à l’Air Force nigériane dans le cadre d’un accord de vente militaire appelé à donner lieu à plusieurs autres livraisons. Selon l’AFRICOM, ces équipements doivent renforcer les capacités opérationnelles nigérianes et soutenir la lutte contre les groupes terroristes actifs dans la région. Washington insiste sur le fait que son soutien intervient à la demande d’Abuja et dans le respect de sa souveraineté. La coopération sécuritaire américano-nigériane apparaît ainsi appelée à se renforcer au moment même où les deux pays sont déjà engagés dans une bataille d’influence autour du récit politique nigérian.
Tout bien considéré, le Nigeria aborde l’année 2027 avec une vie politique qui sera de plus en plus difficile à dissocier des tensions sécuritaires qui traversent le pays. Par ailleurs, la campagne devrait offrir aux fractures en présence, une caisse de résonance supplémentaire. À Abuja comme dans les États, dans les urnes comme dans les médias et jusque dans les rapports avec Washington, la bataille pour le pouvoir se joue désormais sur plusieurs fronts à la fois. Reste à voir si cette pluralité de confrontations peut encore être contenue par le jeu électoral ou si, à mesure que le scrutin approchera, elle finira par en déplacer les limites.
Timbuktu Institute September 2026, Week 2
Since Paul Biya's re-election last year, the Cameroonian opposition has been going through something of a wilderness period. Controlled, and at times even obstructed, it has since been trying, one way or another, to carve out room to maneuver. It is against this backdrop that the Cameroonian political rentrée opened with a somewhat surprising sequence of events.The resignation, on September 8, of opposition figure Maurice Kamto from the presidency of the Cameroon Renaissance Movement (MRC), along with that of his first vice-president Mamadou Mota, comes as the main opposition party prepares its return to the electoral arena, having boycotted the 2020 local elections. In a terse letter, Kamto invoked the “higher interest” of his party, its members and the “People of Change,” without further specifying the reasons for his withdrawal. Mota was more explicit, denouncing “constant harassment by the Cameroonian administration” and explaining that he wanted to step back to avoid giving the authorities a “focal point” that could hamper the MRC's activities. But behind this double resignation lies a complex political equation: preserving the party's electoral chances while easing the administrative and judicial pressure on its leading figures.
The Opposition Jostles for Position
The decision by Maurice Kamto comes after several months of controversy surrounding his return to the leadership of the MRC. Formalized by a convention in December 2025, this reinstatement had been challenged by two appeals filed by former party members. More importantly, on August 19, the Minister of Territorial Administration, Paul Atanga Nji, informed the MRC Secretary-General that he had not deemed it appropriate to “take note” of the convention, raising questions about the recognition of Kamto’s leadership and, by extension, the party’s participation in upcoming elections. Officials from the presidential camp had even publicly presented the departure of the former presidential candidate as a condition for the MRC’s participation in future elections. Under these circumstances, Kamto’s withdrawal may appear to be a tactical choice. The legislative and municipal elections scheduled for early 2027 are indeed a major issue for a party that could become the ruling RDPC’s main opponent, following the announced withdrawal of Issa Tchiroma Bakary. That said, it should be clarified that Kamto and Mota are not leaving the MRC. Pending a new extraordinary convention, convened for October 10 in Yaoundé, Second Vice-President Balbine Tiriane Noah is taking over the party’s leadership. This solution keeps the electoral machinery moving, but it does not resolve the question of leadership. Within the MRC, some portray the departure of the two men as a sacrifice made to safeguard the party’s interests. Others see it as an unprecedented development that could force the opposition to rethink its internal balance. The strategy is therefore clear: remove the two figures at the center of tensions with the administration from the forefront, without abandoning the electoral battle.
The Credibility of the State Under Scrutiny
This political sequence comes as Yaoundé is simultaneously seeking to regain control of its financial situation. Since August, the Ministry of Finance has been conducting an audit of the “floating debt” accumulated between 2020 and 2025 by public administrations, state-owned enterprises, universities and local authorities. The claims concerned range from salary arrears and bonuses owed to civil servants to invoices from suppliers and service providers, as well as academic, social and rental debts. The files must be submitted to the Directorate-General of the Budget by October 31. The exercise echoes a previous audit conducted in 2020 covering the period from 2000 to 2019, which identified a stock of 752.1 billion CFA francs, nearly two-thirds of which have since been cleared. It also revealed, however, the existence of thousands of claims tainted by duplicate entries or falsifications. Furthermore, this new audit aims to establish a more precise picture of the State’s outstanding commitments and strengthen confidence in their management, as Yaoundé negotiates a new program with the IMF.
At the same time, another case—far more troubling—has emerged on this same issue of institutional credibility: the burglary of the Special Criminal Court (TCS) in Yaoundé, which occurred during the night of August 29–30. The burglars reportedly took a computer and a relatively modest sum of money. But the break-in has taken on an entirely different dimension since the chief registrar, Joel Tsik, who had been in office since the TCS was created fourteen years ago and reached retirement age in June, has remained unreachable after citing health problems. He alone reportedly held the key to the safe containing seized items, evidence, valuables, sensitive documents and cash, including money from plea-bargaining proceedings. According to Jeune Afrique, several billion CFA francs could be stored in this safe , including funds linked to proceedings involving former officials convicted of embezzling public funds. At this stage, there is no evidence establishing that such an amount has disappeared. But the inability to verify the contents of the safe already appears to be fueling speculation that the theft may have been far greater than what was observed during the burglary. The court’s leadership eventually referred the matter to the Minister of Justice, Laurent Esso, to report its suspicions. If the allegations were confirmed, the case would carry particularly serious symbolic implications for a court created precisely to combat the embezzlement of public funds.
To some extent, a certain Cameroonian paradox may lie in the following: as the authorities tighten their grip on spaces for dissent, they are also confronted with signs of fragility within the institutions meant to embody their authority. The opposition can be contained, but it does not disappear; administrative mechanisms can be used to regulate the political arena without necessarily dispelling the suspicions now surrounding the functioning of the State. Just months before the 2027 legislative and municipal elections, these pockets of tension are bound to raise questions. For while the regime may still be able to dictate the terms of the game, it will now have to convince people that the rules it sets remain credible enough to be accepted.
Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026
Depuis la réélection de Paul Biya l’an dernier, l’opposition camerounaise connaît une relative traversée du désert. Contrôlée voire parfois empêchée, elle cherche depuis, tant bien que mal, à se ménager des marges de manœuvres. C’est dans ce contexte que la rentrée politique camerounaise s’est ouverte sur une séquence quelque peu surprenante. La démission, le 8 septembre, de l’opposant Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), accompagnée de celle de son premier vice-président Mamadou Mota, intervient alors que le principal parti d’opposition prépare son retour dans le jeu électoral, après avoir boycotté les élections locales de 2020. Dans une lettre laconique, Kamto invoque « l’intérêt supérieur » de son parti, de ses militants et du « Peuple du Changement », sans préciser davantage les raisons de son retrait. Mota s’est montré plus explicite, dénonçant le « harcèlement constant de l’administration camerounaise » et expliquant vouloir se mettre en retrait pour éviter de fournir au pouvoir un « sujet de focalisation » susceptible d’entraver les activités du MRC. Mais à l’ombre de cette double démission se profile une équation politique complexe : préserver les chances électorales du parti tout en desserrant la pression administrative et judiciaire qui s’exerce sur ses principales figures.
L’opposition joue des coudes
La décision de Maurice Kamto intervient après plusieurs mois de contestation autour de son retour à la tête du MRC. Consacrée par une convention en décembre 2025, cette réinstallation avait fait l’objet de deux recours introduits par d’anciens militants du parti. Surtout, le 19 août dernier, le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, avait indiqué au secrétaire général du MRC qu’il n’avait pas jugé opportun de « prendre acte » de cette convention, alimentant les interrogations sur la reconnaissance du leadership de Kamto et par ricochet, sur la participation du parti aux prochaines échéances. Des responsables du camp présidentiel avaient même présenté publiquement le départ de l’ancien candidat à la présidentielle comme une condition à la participation du MRC aux scrutins à venir. Dans ces conditions, le retrait de Kamto peut apparaître comme un choix tactique. Les législatives et municipales prévues début 2027 constituent en effet un enjeu majeur pour une formation qui pourrait devenir le principal adversaire du parti au pouvoir le RDPC, après le retrait annoncé d’Issa Tchiroma Bakary. Cela étant, il convient de préciser que Kamto et Mota ne quittent pas le MRC. En attendant une nouvelle convention extraordinaire, convoquée le 10 octobre à Yaoundé, la deuxième vice-présidente Balbine Tiriane Noah assure la direction du parti. Cette solution permet de maintenir la machine électorale en mouvement, mais elle ne règle pas la question du leadership. Dans les rangs du MRC, certains présentent le départ des deux hommes comme un sacrifice consenti pour sauver les intérêts de la formation. D’autres y voient une séquence inédite qui pourrait contraindre l’opposition à repenser ses équilibres. Le pari est donc clair : retirer du premier plan les deux personnalités autour desquelles se concentrent les tensions avec l’administration, sans renoncer à la bataille électorale.
La crédibilité de l’État à l’épreuve
Cette séquence politique intervient alors que Yaoundé cherche parallèlement à reprendre le contrôle de ses équilibres financiers. Depuis août, le ministère des Finances conduit un audit de la « dette flottante » accumulée entre 2020 et 2025 par les administrations, entreprises publiques, universités et collectivités. Les créances concernées vont des rappels et primes dus aux fonctionnaires aux factures de fournisseurs et prestataires, en passant par des dettes académiques, sociales ou locatives. Les dossiers doivent être transmis à la Direction générale du budget avant le 31 octobre. L’exercice fait écho à un précédent audit réalisé en 2020 sur la période 2000-2019, qui avait établi un stock de 752,1 milliards de francs CFA, dont près des deux tiers ont depuis été apurés. Il avait toutefois également révélé l’existence de milliers de créances entachées de doublons ou de falsifications. Par ailleurs, ce nouvel audit vise aussi à établir avec davantage de précision l’étendue des engagements de l’État et à renforcer la crédibilité de leur gestion, alors que Yaoundé négocie un nouveau programme avec le FMI.
Parallèlement, c’est sur ce même terrain de la crédibilité institutionnelle que vient se greffer une autre affaire, autrement plus troublante du cambriolage du Tribunal criminel spécial (TCS) à Yaoundé, survenue dans la nuit du 29 au 30 août. Les cambrioleurs auraient emporté un ordinateur et une somme d’argent relativement modeste. Mais l’intrusion prend une tout autre dimension depuis que le greffier en chef Joel Tsik, en poste depuis la création du TCS il y a quatorze ans et arrivé à l’âge de la retraite en juin, demeure injoignable après avoir invoqué des problèmes de santé. Lui seul détiendrait la clé du coffre où sont conservés les scellés, les pièces à conviction, des objets de valeur, des documents sensibles et des espèces provenant notamment de procédures de plaider-coupable. Selon Jeune Afrique, plusieurs milliards de francs CFA pourraient se trouver dans ce coffre, issus notamment de procédures impliquant d’anciens responsables condamnés pour détournement de fonds publics. Rien ne permet à ce stade d’établir qu’une telle somme a disparu. Mais l’impossibilité de vérifier le contenu du coffre semble déjà nourrir l’hypothèse d’un vol plus important que celui constaté lors du cambriolage. La hiérarchie du tribunal a finalement saisi le ministre de la Justice, Laurent Esso, afin de lui faire part de ses soupçons. Si les faits étaient confirmés, l’affaire aurait une portée symbolique particulièrement lourde pour une juridiction créée précisément pour lutter contre les détournements de fonds publics.
Dans un certaine mesure, un certain paradoxe camerounais pourrait résider en ceci : à mesure que le pouvoir verrouille les espaces de contestation, il est aussi confronté à des signes de fragilité dans les institutions chargées d’incarner son autorité. L’opposition peut être contenue, mais elle ne disparaît pas ; les mécanismes administratifs peuvent être mobilisés pour encadrer le jeu politique, sans pour autant dissiper les soupçons qui entourent désormais le fonctionnement de l’État. À quelques mois des législatives et municipales de 2027, ces poches de tension ne peuvent qu’être de nature à interpeller. Car si le régime parvient encore à imposer les termes du jeu, il lui faudra désormais convaincre que les règles qu’il fixe restent suffisamment crédibles pour être acceptées.
Timbuktu Institute September 2026, Week 2
In a political landscape still marked by the aftereffects of the transition and then by Idriss Mahamat Déby Itno's consolidation of power at the head of the country, the presidential pardon granted last August to former Prime Minister Succès Masra, after a year in detention,took on the appearance of a gesture of appeasement. Upon his release, Succès Masra had also declared himself “collectively available” to take part in a new political dynamic and renewed his proposal for a unity government based on a “double parity,” between Christians and Muslims as well as between men and women. For now, the authorities have not followed up on this call for openness. The head of state renewed his confidence in Prime Minister Allamaye Halina and his government, while the executive had already ruled out the idea of a national unity government. Above all, a pardon is not the same as an amnesty. Indeed, it does not erase Masra's conviction and could continue to restrict his civic rights as well as his ability to officially resume leadership of the Transformers. Hence the calls from his lawyers and several political figures for an amnesty law. The opposition figure's release thus constitutes a sign of appeasement, though its political significance remains uncertain.
Controlled Openness
But beyond Succès Masra's case, it is the authorities' capacity to durably widen the political space that remains in question. The opposition continues to denounce the restrictions stemming from the ordinances adopted in 2023, which notably complicated the organization of rallies. The Standing Framework for Political Dialogue, set up last February and presented as a forum for consultation between the majority and the opposition, does not appear to have dispelled these reservations either. Succès Masra's party, Les Transformateurs, and several formations from the former GCAP opposition coalition (Group for Consultation of Political Actors) are not part of it; its critics denounce excessive executive “control” over the body. The call made in early September by opposition figure Albert Pahimi Padacké for the revocation of the loss of nationality imposed on activists Makaïla Nguebla and Charfadine Galmaye Saleh could, if favorably received, extend the momentum of appeasement. That said, gestures of openness remain limited for now and are not enough to convince the opposition of a genuine change of course.
This fragility is all the more visible given that several disputes linked to political violence remain unresolved. Two and a half years after the death of the late opposition figure Yaya Dillo, killed on February 28, 2024 during the army's assault on the headquarters of the Socialist Party Without Borders in N'Djamena, his brother Ousmane Dillo continues to demand an independent investigation. In early September, at a press conference held at the French National Assembly, Ousmane Dillo announced that the family hadtaken legal action both domestically and internationally. Through his lawyers, the family notably referred the matter to the Paris public prosecutor's office and brought the case before the relevant United Nations bodies. The deceased's family is therefore now considering referring the case to the International Criminal Court, with lawyer Pierre Masquart arguing that Yaya Dillo's death falls within a pattern of “systematic attacks against the opposition for political reasons.” Any such move would need to occur before the end of July 2027, the deadline by which Chad is reportedly planning to withdraw from the International Criminal Court (ICC). This case thus serves as a reminder that the violence of the transition period continues to weigh on the credibility of the political process launched by N'Djamena.
Consolidating Through the Economy
At the same time, domestically, N'Djamena is seeking to consolidate its economic and industrial capacities, notably through regional partnerships. The mission carried out on September 9 by the director-general of the Senegalese Standardization Association, El Hadji Abdourahmane Ndione, thus opened upa new avenue for cooperation with Chadian authorities around product quality and food security. Received by the Minister of Commerce and Industry, Dr. Guibolo Fanga Mathieu, on the occasion of a seminar devoted to the ISO 22000:2018 standard, the Senegalese official discussed strengthening production standards and developing “Made in Chad.” A closer relationship between the ASN and the Chadian standardization agency is also being considered in order to facilitate the sharing of expertise and improve Chadian products' access to regional and international markets. This initiative is part of the ambitions of the “Chad Connection 2030” plan and reflects a desire to diversify the country's levers of consolidation, beyond the purely security-focused register.
At bottom, the challenge for N'Djamena now seems to lie less in the day-to-day management of tensions than in its capacity to reform the underpinnings of its governance. The consolidation of power cannot durably and solely rest on the balance of political forces or on security and economic levers alone. It will also depend on the State's capacity to build institutions credible enough to absorb dissent and give substance to its promises of transformation.
Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026
Dans un paysage politique encore marqué par les séquelles de la transition puis la consolidation du pouvoir d’Idriss Mahamat Déby Itno à la tête du pays, la grâce présidentielle accordée en août dernier à l’ex-Premier ministre Succès Masra, après une année de détention, revêtit des allures d’un geste d’apaisement. Dès sa libération, Succès Masra s’était par ailleurs déclaré « disponible collectivement » pour participer à une nouvelle dynamique politique et a renouvelé sa proposition d’un gouvernement d’union fondé sur une « double parité », entre chrétiens et musulmans mais aussi entre hommes et femmes. Pour l’instant, le pouvoir n’a pas donné suite à cette demande d’ouverture. Le chef de l’Etat a renouvelé sa confiance au Premier ministre Allamaye Halina et à son gouvernement, tandis que l’exécutif avait déjà écarté l’idée d’un gouvernement d’union nationale. Surtout, la grâce ne vaut pas amnistie. En effet, elle n’efface pas la condamnation de Masra et pourrait continuer à limiter ses droits civiques ainsi que sa capacité à reprendre officiellement la direction des Transformateurs. D’où les appels de ses avocats et de plusieurs responsables politiques à une loi d’amnistie. La libération de l’opposant constitue ainsi un signe d’apaisement, mais dont la portée politique demeure encore incertaine.
Une ouverture contrôlée
Mais au-delà du cas de Succès Masra, c’est la capacité du pouvoir à élargir durablement l’espace politique qui reste en question. L’opposition continue de dénoncer les restrictions issues des ordonnances adoptées en 2023, qui ont notamment compliqué l’organisation des meetings. Le Cadre permanent de dialogue politique, installé en février dernier et présenté comme un espace de concertation entre majorité et opposition, ne semble pas davantage avoir dissipé ces réserves. Le parti de Succès Masra, Les Transformateurs et plusieurs formations issues de l’ancien coalition d’opposition GCAP (Groupe de Concertation des Acteurs Politiques) n’y siègent pas ; ses détracteurs dénonçant une « emprise » excessive de l’exécutif. L’appel lancé début septembre par l’opposant Albert Pahimi Padacké à l’annulation des déchéances de nationalité visant les activistes Makaïla Nguebla et Charfadine Galmaye Saleh pourrait, si elle est reçue favorablement, certes prolonger la dynamique d’apaisement. Cela étant, les gestes d’ouverture restent pour l’heure circonscrits et ne suffisent pas à convaincre l’opposition d’un véritable changement de cap.
Cette fragilité est d’autant plus visible que plusieurs contentieux liés aux violences politiques demeurent ouverts. Deux ans et demi après la mort du feu opposant Yaya Dillo, tué le 28 février 2024 lors de l’assaut de l’armée contre le siège du Parti socialiste sans frontières à N’Djamena, son frère Ousmane Dillo continue de réclamer une enquête indépendante. Début septembre, lors d’une conférence de presse organisée au sein de l’Assemblée nationale française, Ousmane Dillo a fait savoir que la famille avait engagé des démarches judiciaires et internationales. Par le biais de ses conseils, elle a notamment saisi le parquet de Paris et porté l’affaire devant les instances compétentes des Nations unies. La famille du défunt envisage donc désormais une saisine de la Cour pénale internationale, l’avocat Pierre Masquart estimant que la mort de Yaya Dillo s’inscrit dans des « attaques systématiques contre l’opposition pour des motifs politiques ». Cette éventuelle démarche devrait intervenir avant la fin juillet 2027, échéance à laquelle le Tchad aurait prévu de se retirer de la Cour Pénale Internationale (CPI). Dès lors, un tel dossier rappelle ainsi que les violences de la période de transition continuent de peser sur la crédibilité du processus politique engagé par N’Djamena.
Consolider par l’économie
Dans le même temps, au plan interne, N’Djamena cherche à consolider ses capacités économiques et industrielles, notamment à travers des partenariats régionaux. La mission effectuée le 9 septembre par le directeur général de l’Association sénégalaise de normalisation, El Hadji Abdourahmane Ndione, a ainsi ouvert une nouvelle perspective de coopération avec les autorités tchadiennes autour de la qualité des produits et de la sécurité alimentaire. Reçu par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Dr Guibolo Fanga Mathieu, à l’occasion d’un séminaire consacré à la norme ISO 22000:2018, le responsable sénégalais a échangé sur le renforcement des standards de production et le développement du « Made in Tchad ». Un rapprochement entre l’ASN et l’Agence tchadienne de normalisation est également envisagé afin de favoriser le partage d’expertise et d’améliorer l’accès des produits tchadiens aux marchés régionaux et internationaux. Cette démarche s’inscrit dans les ambitions du plan « Tchad Connexion 2030 » et traduit une volonté de diversifier les leviers de consolidation du pays, au-delà du seul registre sécuritaire.
Au fond, l’enjeu pour N’Djamena semble désormais moins résider dans la gestion ponctuelle des tensions que dans sa capacité à faire évoluer les ressorts de sa gouvernance. La consolidation du pouvoir ne pourra durablement et uniquement reposer sur l’équilibre des forces politiques ou sur les seuls leviers sécuritaires et économiques. Elle dépendra aussi de la capacité de l’État à construire des institutions suffisamment crédibles pour absorber les contestations et donner corps aux promesses de transformation.
Timbuktu Institute September 2026
For more than a decade, the Malian conflict has been characterized by a permanent recomposition of alliances, balances of power and modes of confrontation. The alliance concluded between Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) and the Front de libération de l'Azawad (FLA), despite clear ideological divergences, is one of the most recent illustrations of this. In this sense, the coordinated assaults of April 2026 confirmed this evolution of a conflict in which strategic calculations are increasingly taking precedence over traditional divides. That said, this recomposition is no longer playing out solely on the military terrain. It now extends into the information space, where generative artificial intelligence (AI) is, in turn, beginning to change the rules of the game.
Far from being a uniformly adopted technology, generative AI is being mobilized differently depending on each actor's capabilities, resources and objectives. JNIM's use of it remains limited for now, notably through visual materials designed to reinforce already well-established propaganda. The release, in June 2026, of AI-generated posters by its media wing Az-Zallaqa nonetheless points to a development worth monitoring. By considerably reducing production costs and timeframes, AI could enable the group to multiply its content, translate it into local languages and further personalize its recruitment messaging. This shift could thus favor the emergence of a communicational jihadism that is faster, more targeted and better adapted to local realities. On the FLA side and among its support networks, use appears more decentralized. TikTok accounts feature recurring synthetic characters designed to carry narratives favorable to Azawad and hostile to Africa Corps. The appeal of these tools lies as much in their amplification capacity as in the difficulty of establishing their origin. By artificially humanizing a cause and giving the illusion of broad popular support, this content can contribute to the normalization of extremist narratives and create, among vulnerable audiences, forms of proximity conducive to later mobilization.
At the same time, the most sophisticated use appears to be on the side of Russia and its information apparatus. The documented operations surrounding African Initiative and the "AI-Freak" operation show that AI can be integrated into structured disinformation campaigns, combining generated content, fake accounts and optimized distribution. The Malian regime and, more broadly, the members of the Alliance of Sahel States are gradually settling into this ecosystem, using these methods to consolidate their legitimacy and further control the information space. From this point on, the stakes go beyond the mere production of false or misleading content. As AI becomes more accessible, it could also facilitate personalized recruitment, automated translation, anonymization, and even certain targeting and military-support functions. One nuance remains essential, however: the risk lies above all in the growing gap between the sophistication of these tools and the detection and resilience capacities of the population. The more refined the instruments become, the more uncertain the boundary between what is real, fabricated and manipulated becomes, making mastery of the information space a stake of the conflict in its own right.
It would therefore not be far-fetched to suggest that Mali could become a veritable laboratory of AI-assisted information warfare. That said, while the most advanced kinetic uses remain largely prospective for now, the battle of narratives is already underway. In an information space that is increasingly saturated, the ability to distinguish the real from the fabricated is itself becoming a security issue. And for Sahelian states in general, the response can therefore no longer be limited to conventional disinformation-countering mechanisms. It will also need to strengthen digital literacy, detection capacities and prevention strategies in the face of a technology set to durably redraw the contours of the conflicts at hand.
Timbuktu Institute September 2026, Week 2
In Côte d'Ivoire, the news has been dominated by the question of transparency in the electoral process since the dissolution of the CEI (Independent Electoral Commission). To this day, Ivorians remain unaware of the composition of the body that will be responsible for organizing the elections. What will its makeup be? Will it be autonomous? For their part, opposition political parties continue to multiply meetings in order to speak with one voice and push the State to settle the matter. On September 7, the chapter on the CEI's liquidation was opened at ahandover ceremony between the outgoing secretary-general and the liquidator. Many observers fear that this distrust between the different parties could be the source of future disputes.
Reform of the Electoral Roll: A Test of the Electoral Process's Credibility
A purely technical question thus becomes a political one. Indeed, the revision of the electoral roll will have towait for the new body to be set up in charge of the elections. A first meeting was held last June between the government and the various political parties, but since then, things do not appear to have moved forward. A section of the opposition sees this as a way for those in power to exert greater control over the electoral roll in question. This situation could lead to an electoral crisis if no solution is found. The reform would benefit from being more inclusive, so that the upcoming elections are free and transparent — a guarantee of political stability.
The Koné Katinan Affair and the Risk of Judicializing Political Competition
Elsewhere, Ivorian news was also marked by the questioning, last Wednesday, of Justin Koné Katinan, following a complaint filed by the RHDP. Indeed, the former Budget Minister under Gbagbo had denounced illegal gold mining and its consequences for the criminal economy, drug trafficking and corruption, among other things. As a reminder, the PPA-CI's fourth vice-president had claimed that “illegal gold mining is a phenomenon born of the RDR's method of seizing power” (Alassane Ouattara's former party, now part of the RHDP). According to him, the ruling party was itself at the very origin of the situation it claims to be fighting. These serious accusations led to his placement in pretrial detention on Friday, September 11. According to the government spokesperson, it is important to note that the complaint came from the party, not the government. The ruling party has referred to “baseless claims” that portray it as a “hotbed of criminals.” This situation is likely to reignite political tension in Côte d'Ivoire, after several years of strain. Several observers thus fear a degree of judicialization of political competition.
Illegal Gold Mining: Côte d'Ivoire Bets on Intelligence and New Technologies
Meanwhile, the government has set itself a deadline of six months to put an end to this illegal gold-mining phenomenon eating away at the economy. To this end, the authorities are relying on intelligence gathering, increased surveillance, capacity-building for agents, and the enforcement of sanctions, among other measures. The use of drones will be an asset in this effort. According to the prefect of Indénié-Djuablin, Kouadio Kouassi Eugène, “these devices fly over the department at least once a week in order to detect any new site and quickly relay information to the authorities.” This is a phenomenon that deserves to be tackled, given the criminal networks it can generate.
Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026
En Côte d’Ivoire, l’actualité est marquée par la transparence du processus électoral depuis la dissolution de la CEI. Jusqu’à présent, les Ivoiriens ignorent la composition de l’organe chargé d’organiser les élections. Quelle sera sa composition ? Sera-t-elle autonome ? De leur côté, les partis politiques de l’opposition continuent de multiplier les rencontres afin de parler d’une seule voix et de pousser l’État à statuer sur cette question. Le 7 septembre dernier, le chapitre de la liquidation de la CEI a été ouvert lors de la cérémonie de passation de charges entre le secrétaire général sortant et le liquidateur. Beaucoup d'observateurs craignent que cette méfiance entre les différentes parties ne soit à l’origine de contestations futures.
La réforme du fichier électoral, un test pour la crédibilité du processus électoral
Une question purement technique devient alors une question politique. En effet, la révision du fichier électoral devra attendre la mise en place du nouvel organe chargé des élections. Une première réunion a eu lieu en juin dernier entre le gouvernement et les différents partis politiques, mais depuis, les choses ne semblent pas avoir évolué. Une certaine frange de l’opposition y voit une manière pour le pouvoir d’exercer un contrôle accru sur le fichier électoral en question. Cette situation pourrait aboutir à une crise électorale si une solution n’est pas trouvée. La réforme gagnerait à être plus inclusive pour que les prochaines élections soient libres et transparentes, gage d’une stabilité politique.
L’affaire Koné Katinan et le risque de judiciarisation de la compétition politique
Par ailleurs, l’actualité ivoirienne a également été marquée par l’audition, mercredi dernier, de Justin Koné Katinan, suite à la plainte du RHDP. En effet, l’ancien ministre du Budget sous Gbagbo a dénoncé l’orpaillage clandestin et ses conséquences sur l’économie criminelle, le trafic de drogue et la corruption, entre autres. Pour rappel, le quatrième vice-président du PPA-CI avait affirmé que « l’orpaillage illégal est un phénomène né de la méthode de conquête du pouvoir par le RDR (l'ancienne formation d'Alassane Ouattara, aujourd'hui intégrée au RHDP) ». Selon lui, le parti au pouvoir était à l’origine même de cette situation qu’il prétend combattre. Ces accusations gravissimes ont conduit à son placement sous mandat de dépôt le vendredi 11 septembre. Pour le porte-parole du gouvernement, il est important de préciser que la plainte émane du parti et non du gouvernement. Le parti au pouvoir évoque des « affirmations gratuites » qui le représentent comme un « creuset de délinquants ». Cette situation est de nature à raviver la flamme de la tension politique en Côte d’ivoire, après plusieurs années de tensions. Plusieurs observateurs craignent ainsi une certaine judiciarisation de la compétition politique.
Orpaillage illégal : la Côte d’ivoire mise sur le renseignement et les nouvelles technologies
Pendant ce temps, le gouvernement s’est fixé un délai de six mois pour mettre un terme à ce phénomène d’orpaillage clandestin qui gangrène l’économie. Dans cette perspective, les autorités misent sur le renseignement, la surveillance accrue, le renforcement des capacités des agents et l’application des sanctions, entre autres. Pour ce faire, le recours aux drones sera un atout. Selon le préfet de l’Indénié-Djuablin, Kouadio Kouassi Eugène, « ces appareils survolent le département au moins une fois par semaine afin de détecter toute nouvelle installation et de faire remonter rapidement les informations aux autorités ». C’est un phénomène qui mérite d’être combattu au regard des réseaux criminels qu’il peut générer.
Timbuktu Institute September 2026, Week 2
The exercise promised to be difficult, to say the least. Having led the government for three months, Prime Minister Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô's general policy statement — a somewhat technocratic choice following Ousmane Sonko's removal from the post — had been long awaited. And for good reason: in a National Assembly dominated by Pastef, the exercise took on the air of a “face-off” between the executive and the legislature. On September 8, over the course of eight hours, Prime Minister Lô delivered a fairly disciplined and diligent performance, whose measured tone and balancing act deserve recognition. Indeed, the head of government was keen to claim continuity with the “Senegal 2050” framework, whose implementation his predecessor Ousmane Sonko had begun. “I have not come to announce another vision for Senegal,” he assured, while promising “a change of method,” which he linked in particular to his professional background. But behind this stated commitment to continuity, it was the question of the country's economic trajectory that crystallized disagreements.
As Senegal faces intense financial pressure, notably marked by the downgrading of its sovereign rating, the head of government summed up the situation in a few words: “We are a poor country that is currently heavily indebted.” Moreover, the term “restructuring” continues to be subtly avoided — which has not been without its share of comical missteps. Indeed, while Prime Minister Lô stated in his general policy address that the country is “under structural adjustment,” he corrected himself the next day, assuring that “there is no structural adjustment in Senegal.”
Debt Management Put to the Social Test
If, in form, Prime Minister Lô thus delivered a fairly clean performance, in substance, it is fair to say he did not reassure lawmakers much. This is evidenced by the criticism of Pastef MP Guy Marius Sagna, who accused the government of having “given Senegal's voice to the IMF without discussing it with the National Assembly.” APR MP Abdou Mbow struck a similar note, describing the general policy statement as a “shallow summary drafted by a consultancy firm” and, in his words, disconnected from the realities experienced by Senegalese people. As is well known, the management of this debt has now become one of the main sources of friction between the executive and the parliamentary majority.
Following the recently concluded agreement with the IMF, Dakar's objective is to restore macroeconomic stability, improve debt sustainability and create new fiscal space. This appears to be what the government means by the term “reprofiling,” preferred over “restructuring,” which should make it possible to significantly extend maturities and reduce the average cost of debt. The rating agency S&P Global Ratings, however, considers it “extremely likely” that there will be a distressed debt exchange or a default on foreign-currency commercial debt, underscoring just how narrow Dakar's room for maneuver currently is.
Moreover, the government also intends to gradually reduce general energy subsidies and better target support toward vulnerable households, while notably preserving support for domestic butane gas. At the same time, it plans to contain public spending by acting on the wage bill, recruitment and operating expenses. The elimination of nineteen agencies, the merger of seven structures into three entities, and the strategic repositioning of ten others are expected by the end of November. Ahmadou Al Aminou Lô presents this reorganization as a requirement of “economic rationality” and insists it is not dictated by the IMF, but rather consistent with the Senegal 2050 Agenda. In the face of concerns raised by the risk of a new round of social adjustment, he is keen to distance himself from past experiences: “We are not sacrificing the interests of the Senegalese people. There will be no brutal adjustment like in the 1980s.”
These assurances nonetheless run up against an increasingly sensitive social reality. On September 5, the “empty-basket march”, organized in Dakar as part of the “Thirty Days for Fair Prices” mobilization, reflected the exasperation of part of the population in the face of rising prices for food, electricity, fuel and rent. The cost of living could thus become the meeting point between the State's financial constraints and households' everyday concerns, just as the government is preparing to translate its commitments to the IMF into upcoming budget legislation.
Is the Executive Playing Its Cards Right?
The rupture between former Prime Minister Ousmane Sonko and President Diomaye Faye, sealed by the creation of his own party (Kiiraay), looks set to set the tempo of political vicissitudes for years to come. And in this duel, President Diomaye Faye, seeking to build his own political apparatus, may not hold back on the levers at his disposal. It is in this context that the announcement by the Sénégal Solidaire Foundation (led by the head of state's wives) of a 500 million CFA franc donation raised questions about the origin of the funds. While Kiiraay maintains that the money does not come from the State budget, but was raised from “international donors, companies and patrons,” suspicions do not appear to be subsiding. Created by decree in October 2025, the foundation is indeed not registered in the public budget, and the First Lady holds no official status, salary or budget. Beyond the fact that Senegalese First Ladies' foundations have often drawn criticism over the opacity of fund management, this generous donation comes at a particularly inopportune moment, when spending transparency and the cost-of-living issue are more sensitive than usual.
At the same time, the last Council of Ministers meeting on September 10 was marked by a sweeping series of appointments (87 in total) to the heads of general directorates, boards of directors and several public bodies. This wave of changes affects notably SOGEPA, SENELEC, Customs, Dakar Dem Dikk, AGEROUTE, SONAGED, the Autonomous Port of Dakar and ANPEJ, as well as numerous territorial and mining administrations. Several officials were replaced, while some figures made a return to public affairs, including Cheikh Issa Sall, Gallo Ba, Modou Bara Gaye and Babacar Abba Mbaye. The appointment of Ibrahima Barry, a member of the APR's national executive secretariat, as CEO of SICAP SA, also illustrates the presence of figures from the former ruling majority. A sweeping “clean sweep,” to use the popular expression, that some do not hesitate to view as a process of “de-Pastefization” and the consolidation of “Kiiraay.”
It is against this backdrop that files inherited from the previous administration continue to fuel questions about the State's financial and contractual commitments. The Yaakaar-Teranga case offers an illustration of this. During his general policy statement, the Prime Minister referred to a dispute valued at $55 million, citing a letter dated June 1 presented as evidence of the existence of the dispute. The case, which reportedly involves the oil company Kosmos Energy, could carry financial, legal and political dimensions alike, particularly should the arbitration mechanisms provided for in the contractual agreements be triggered. Former Minister of Petroleum and Mines Birame Soulèye Diop has sincegiven his own account, asserting that he holds documents establishing that Senegal's interests are protected and that the amount claimed is owed by Kosmos Energy. Head of State Diomaye Faye has referred the matter to the General State Inspectorate (IGE) to shed light on the case.
In sum, the succession of parliamentary debates, tensions over debt, mobilizations against the high cost of living, and changes at the head of public institutions reveals an underlying equation: the authorities' capacity to turn financial constraint into a new economic trajectory without opening a new social and political front. As such, in the coming months, it cannot be ruled out that the political-institutional architecture's stability, held together somewhat haphazardly until now, will have to weather fresh upheavals.
Timbuktu Institute Semaine 2 - Septembre 2026
L’exercice s’annonçait pour le moins difficile. A la tête du gouvernement depuis trois mois, la déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô - choix quelque peu technocratique après l’éviction d’Ousmane Sonko de ce poste – se faisait attendre. Et pour cause : dans une Assemblée nationale dominée par le Pastef, cet exercice revêtait des airs de « face-à-face » entre l’exécutif et le législatif. Le 8 septembre, durant huit heures d’horloge, le Premier ministre Lô a livré une copie assez disciplinée et appliquée dont il faut reconnaître la mesure et le talent d’équilibriste. En effet, le chef du gouvernement a tenu à revendiquer la continuité de son action avec le référentiel « Sénégal 2050 » dont son prédécesseur Ousmane Sonko avait entamé la mise en œuvre. « Je ne viens pas vous annoncer une autre vision pour le Sénégal » a-t-il assuré, tout en promettant « un changement de méthode », qu’il rattache notamment à son parcours professionnel. Mais derrière cette volonté affichée de continuité, c’est bien la question de la trajectoire économique du pays qui a cristallisé les désaccords.
Alors que le Sénégal fait face à une forte pression financière marquée notamment par l’abaissement de sa note souveraine, le chef du gouvernement a résumé la situation en quelques mots : « Nous sommes un pays pauvre actuellement très endetté. » Par ailleurs, le terme de « restructuration » continue d’être subtilement évité ; ce qui n’est pas sans créer quelques cocasses impairs. En effet, alors que le Premier ministre Lô affirmait dans sa déclaration de politique générale que le pays est « en ajustement structurel », il s’est repris le lendemain assurant qu’ « il n’y a pas d’ajustement structurel au Sénégal ».
La gestion de la dette à l’épreuve du social
Si, sur la forme, le Premier ministre Lô a donc rendu une copie plutôt propre ; sur le fond, il est peu de dire qu’il n’a pas tellement rassuré les députés. En témoigne la critique du député du Pastef Guy Marius Sagna, reprochant au gouvernement d’avoir « donné la voix du Sénégal au FMI sans discuter avec l'Assemblée nationale ». Même son de cloche chez le député de l’APR Abdou Mbow, qualifiant la déclaration de politique générale de « résumé sans profondeur fabriqué par un cabinet » et selon ses dires, déconnecté des réalités vécues par les Sénégalais. On le sait, la gestion de cette dette constitue désormais l’un des principaux foyers de friction entre l’exécutif et la majorité parlementaire.
Après l’accord récemment conclu avec le FMI, l’objectif pour Dakar est de restaurer la stabilité macroéconomique, d’améliorer la soutenabilité de la dette et de dégager de nouvelles marges budgétaires. C’est ce que le gouvernement semble entendre par le terme de « reprofilage » préféré à « restructuration », qui devrait permettre d’allonger significativement les maturités et de réduire le coût moyen de l’endettement. L’agence de notation S&P Global Ratings estime toutefois « extrêmement probable » un échange de dette en difficulté ou un défaut sur la dette commerciale en devises, ce qui souligne l’étroitesse de la marge de manœuvre dont dispose aujourd’hui Dakar.
De plus, le gouvernement entend également réduire progressivement les subventions énergétiques générales et mieux cibler les aides en direction des ménages vulnérables, tout en préservant notamment le soutien au gaz butane à usage domestique. Il prévoit parallèlement de contenir les dépenses publiques en agissant sur la masse salariale, les recrutements et les dépenses de fonctionnement. La suppression de dix-neuf agences, la fusion de sept structures en trois entités et le repositionnement stratégique de dix autres sont annoncés d’ici à la fin novembre. Ahmadou Al Aminou Lô présente cette réorganisation comme une exigence de « rationalité économique » et assure qu’elle ne serait pas dictée par le FMI, mais cohérente avec l’Agenda Sénégal 2050. Face aux inquiétudes suscitées par le risque d’un nouvel ajustement social, il veut d’ailleurs se démarquer des expériences passées : « Nous ne sacrifions pas les intérêts des Sénégalais. Il n’y aura pas d’ajustement sauvage comme dans les années 1980. »
Ces assurances se heurtent toutefois à une réalité sociale de plus en plus sensible. Le 5 septembre, la « marche des paniers vides », organisée à Dakar dans le cadre de la mobilisation « Trente jours pour le juste prix », a traduit l’exaspération d’une partie de la population face à la hausse des prix des denrées alimentaires, de l’électricité, du carburant et des loyers. La question du coût de la vie pourrait ainsi devenir le point de rencontre entre les contraintes financières de l’État et les préoccupations quotidiennes des ménages, au moment même où le gouvernement s’apprête à traduire ses engagements envers le FMI dans les prochains textes budgétaires.
L’exécutif joue-t-il ses cartes ?
La rupture entre l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko et le Président Diomaye Faye, consacrée par la création de son propre parti (Kiiraay), semble parti pour donner le tempo des vicissitudes politiques pour les prochaines années. Et dans ce duel, le Président Diomaye Faye en quête d’édification d’un appareil politique, pourrait ne pas lésiner sur les leviers en sa possession. C’est dans ce contexte que l’annonce par Fondation Sénégal Solidaire (dirigée par les épouses du chef de l’État), d’un don de 500 millions de francs CFA a suscité des interrogations sur l’origine des fonds. Alors que Kiiraay affirme qu’ils ne proviennent pas du budget de l’État, mais qu’ils ont été mobilisés auprès de « bailleurs internationaux, d’entreprises et de mécènes », les suspicions ne semblent pas se tasser. Créée par décret en octobre 2025, la fondation n’est effectivement pas inscrite au budget public et la première dame ne dispose d’aucun statut, salaire ou budget officiel. Seulement, en plus du fait que les fondations des Premières dames sénégalaises aient souvent fait l’objet de critiques en raison de l’opacité sur la gestion des fonds, ce don généreux intervient dans un climat pour le moins inopportun, où la transparence de la dépense et la question du coût de la vie sont plus sensibles que d’ordinaire.
Parallèlement, le dernier conseil des ministres du 10 septembre a été marqué par une vaste série (87 au total) de nominations à la tête de directions générales, de conseils d’administration et de plusieurs structures publiques. Cette vague de changements touche notamment la SOGEPA, la SENELEC, les Douanes, Dakar Dem Dikk, l’AGEROUTE, la SONAGED, le Port autonome de Dakar et l’ANPEJ, mais également de nombreuses administrations territoriales et minières. Plusieurs responsables ont été remplacés tandis que certaines personnalités font leur retour aux affaires, parmi lesquelles Cheikh Issa Sall, Gallo Ba, Modou Bara Gaye et Babacar Abba Mbaye. La nomination d’Ibrahima Barry, membre du SEN de l’APR, à la direction générale de la SICAP SA illustre également la présence de profils issus de l’ancienne majorité. Un grand « coup de balai » pour reprendre un parler populaire, que d’aucuns ne manquent de voir comme un processus de « dépastéfisation » et le renforcement de « Kiiraay ».
C’est dans ce contexte que des dossiers hérités de la précédente administration continuent d’alimenter les interrogations sur les engagements financiers et contractuels de l’État. Le dossier Yaakaar-Teranga en offre une illustration. Lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a évoqué un contentieux évalué à 55 millions de dollars, en faisant référence à une lettre datée du 1er juin présentée comme une pièce attestant de l’existence du différend. L’affaire, qui concernerait la société pétrolière Kosmos Energy, pourrait comporter des dimensions à la fois financières, juridiques et politiques, notamment si les mécanismes d’arbitrage prévus dans les engagements contractuels venaient à être activés. L’ancien ministre du Pétrole et des Mines, Birame Soulèye Diop, a depuis apporté sa version, assurant disposer de documents établissant que les intérêts du Sénégal sont préservés et que la somme réclamée doit être acquittée par Kosmos Energy. Le chef de l’Etat Diomaye Faye a saisi l’Inspection générale d’État (IGE) pour faire la lumière sur l’affaire.
En somme, la succession des débats parlementaires, des tensions sur la dette, des mobilisations contre la vie chère et des changements à la tête des structures publiques révèle une équation de fond : la capacité du pouvoir à transformer la contrainte financière en nouvelle trajectoire économique sans ouvrir un nouveau front social et politique. Ce faisant, dans les prochains mois, il n’est pas exclu que la stabilité de l’architecture politico-institutionnelle, tenue cahin-caha jusque-là, doive faire face à de nouveaux soubresauts.