Une crise est une occasion de se remettre en cause et de remettre de l’ordre dans les choses.

C’est ce que nous ont appris nos maîtres dans le soufisme en s’appuyant sur la religion, sur leur observation de la dynamique de la vie en société et dans la nature.

Dans la tendance actuelle des choses avec la propagation fulgurante du nouveau corona virus le Covid 19, le Sénégal a eu jusqu’ici une approche positive et efficace. Nous prions pour que cela se poursuive et se consolide surtout avec l’apparition de nouveaux cas qui font de notre pays, au regard des informations que nous détenons, le pays africain au sud du Sahara le plus touché. Cette fois-ci nous ne pouvons pas dire que ça ne nous arrivera pas. Ça nous est bien arrivé et c’est à nous de faire face avec sérénité et responsabilité, sans psychose ni négligence.

Les autorités de l’Etat au plus haut niveau en ont pris la juste mesure. Ils ont adopté les bonnes dispositions et délivré les messages qu’il fallait aux autorités de la société dont les guides religieux, les chefs coutumiers, les leaders d’opinion de tous secteurs, afin que nul n’en ignore. Afin que chacun et chacune, au niveau qui est sien, puisse prendre la pleine mesure de ses responsabilités.

Pour que la chaîne de solidarité soit solide et que les risques soient réduits et maîtrisés, toutes les sphères et en particulier les cercles religieux musulmans et chrétiens sont comptables. Dans ces conditions me reviennent les mots de Serigne Abdoul Aziz Sy al-Amine qui indiquait que « le Sénégal est au-dessus de nous tous. C’est une vérité au relent des préceptes apostoliques. Il s’agit de la Patrie, ici et maintenant, de ses fils et filles, de ses générations jeunes et moins jeunes. C’est de la préservation de la santé publique et de la vie que Dieu a rendue sacrée [an-nafs allatî harrama Allah], qu’il s’agit.

Et c‘est sérieux!

Dans le but de contribuer à contenir les risques de contamination et de propagation, nous devons nous rééduquer dans nos pratiques sociales et dans l’expression de notre religiosité et de notre sociabilité. Il est vrai que c’est Dieu Qui est Le Maître de la vie et de la mort, mais c’est Lui qui a interdit de s’exposer sciemment à la mort. Et comme pour établir le cadre pratique, le Prophète Psl a indiqué la conduite à tenir dans les conditions d’épidémie ou de menace de ce genre.

Nos guides religieux en ont relayé le sens et ont traduit tout cela dans leurs enseignements théoriques et pratiques. Serigne Babacar Sy considère le fait de ne pas user des moyens idoines pour obtenir les résultats désirés, est un manque de respect et de déférence à l’égard de Dieu. Par conséquent, il faut s’engager dans la voie qui mène aux objectifs en sachant que ce ne sont pas les actes qui sont les seuls facteurs déterminants. « Sabablu leen te buleen sukkandi Koo yëngu ya ». Il y a là une forte dose d’équilibre entre la responsabilité humaine et la détermination divine. Ce qui est aussi corroboré par les enseignements de Cheikh al-Khadîm quand il invoquait Dieu à nous préserver des épidémies et à nous doter d’une nourriture saine et d’une eau pure : « wanfil-wabâ wal-balâyâ kullahâ ‘anhâ/ wa Tayyib shurbahâ wa aklahâ ».
Dans ce contexte où, de l’Amérique à l’Europe, de l’Asie à l’Afrique, les États se barricadent, les lieux de rassemblement pour le savoir comme pour l’avoir se cloisonnent, devons-nous attendre qu’il y ait des ravages chez nous pour commencer à nous accuser les uns les autres de négligence, d’insouciance ou de je ne sais quoi encore? Non, à mon humble avis et compte tenu des leçons de l’histoire il nous faut agir en combinant la raison (xel) et l’émotion (xol).
En son temps, conscient de sa responsabilité en qualité d’autorité religieuse et du fait que la parole des experts est l’expression du divin dans ces cas, El H. Malick Sy s’était lui-même rendu au service d’hygiène de « Get Ndar » pour se faire vacciner. Ce geste simple et lourd de signification a pu sauver des milliers de personnes de la peste, avec l’aide de Dieu.

Cette exemplarité est encore sollicitée aujourd’hui car si la vaccination a été la mesure préventive entre autres, de nos jours, avec l’absence de vaccin, seules les bonnes pratiques peuvent sauver. Les experts médicaux les ont déclinées, le Chef de l’Etat les a rappelées dans le dit et le geste. Il reste aux leaders d’opinion d’être les relais et aux acteurs religieux de transmettre le message dans le discours et la pratique comme ils en ont eu l’habitude.

Au demeurant, les autorités religieuses et politiques de l’Arabie Saoudite ont pris ce chemin en adoptant des mesures restrictives par rapport à la Umrah alors qu’il n’y avait encore aucun cas sur leur territoire. Aujourd’hui, en demandant de surseoir à toute transaction relative au hajj de cette année, ils ont fait montre d’un sens aigu de responsabilité devant une si grave menace.
Ces mesures fortes de l’Arabie Saoudite sont à la dimension du défi du Covid 19 sur la vie des fidèles et la stabilité de la société. Car quelle que soit la sacralité d’un rituel sur l’échelle des piliers de l’islam, la survie de l’humain est encore plus sacrée. Cheikh El. H. Omar Fûti le confirme dans Tadhkirat al-Ghâfilîn quand il dit qu’auprès d’Allah, le caractère sacré de la vie du croyant est au-dessus de celui de la Ka’ba: « Fa hurmatul Mu’min a’lâ wa ajall / min hurmatil ka’bati ‘andal-Lâhi Jalla ». S’il en ainsi pour la Ka’ba vers laquelle affluent des millions de croyants répondant à l’appel d’Allah, qu’en serait-il de toute autre activité établie, au nom de la religion, par un serviteur?

Abdoul Azize KEBE
Délégué général au Pèlerinage aux Lieux saints de l’Islam.
 

 

Asfiyahi.Org
Vendredi 13 Mars 2020
According to Yague Samb, in charge of conflict resolution and political dialogue at the Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies, “Privatization to maintain security and order in certain regions of Burkina Faso is risky in terms of inter-community conflicts.” Yague Samb, a specialist of the Sahel region explains 
 
“The recent killings committed in the Djibo region are a sign that the security measures entrusted to self-defense groups can be counterproductive and effect already existing relationships between communities who for a long time have lived together peacefully. As a reminder, this Sunday, 8 March 2020, attacks were perpetrated against the Fulani villages of Dinguila, Barga, and Ramdola in the north of the country by the Koglweoago, according to radio Oméga. However, a press release by the president of Burkina Faso still carefully refers to the attackers as “unidentified armed individuals.” 
 
According to Yague Samb, “Beyond a very symbolic national mourning decreed by the authorities of Burkina Faso, other urgent measures are necessary to ease the inter-community tensions in order to avoid at all costs a scenario similar to that of Central Mali—with massive killings such as in Ogossagou.” 
 
“The terrible events of Yirgu Fulbé should have been a wake-up call and the authorities must review the strategy of entrusting entire sections of security to militias and other vigilante groups despite the security pressure and the outbreak in attacks,” said Yague Samb. 

"By investing in the prevention of violent extremism in the Sahel, the Americans have so far opted for upstream action against terrorism by focusing on community awareness rather than military action," said Dr. Bakary Sambe, director of the Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, based in Dakar and Niamey.


For him, "the choice of Dr. J. Peter Pham, who previously served in the Great Lakes region, illustrates a consideration of the preventive dimension and a strategy based on knowledge of the field, especially since this new Special Envoy will be responsible for coordinating U.S. engagement with international and regional partners, including the G5 Sahel and ECOWAS member states.

With a capacity-building program for Sahelian and West African states entitled Partnership for Peace Projects (P4P), "the United States had already supported the G5 Sahelian states in the development of a regional guide that was used to develop national strategies to prevent violent extremism," Dr. Bakary Sambe said. "Moreover, Niger has launched the development of its national strategy entrusted to the National Center for Strategic and Security Studies since November 2018, within the framework of this project funded by USAID", recalling that the "HACP will be an essential link in the implementation".

On the missions of this senior State Department official, the director of the Timbuktu Institute understands that he will be "heavily invested in addressing the threat of violent extremist organizations and preventing the threat from affecting other regions, as well as supporting the implementation of the Algiers Agreement and regional efforts to stabilize the tri-border region of Mali, Burkina Faso and Niger".

"Having been Vice-President of ASMEA, an Association of American Scholars for the Study of the Middle East and Africa, with which I have been working since 2008 while participating in the IVLP Program of the State Department, Dr. J. Peter Pham is first and foremost an expert recognized for his good knowledge of Sahelian issues, especially in terms of interactions between Africa and the Arab world," recalls Dr. Sambe.

(Niamey et les 2 jours) - A l'issue d'une manifestation qui a mobilisé une foule immense dans les rues de Bamako et au Palais de la Culture Amadou Hampathé Bah, le samedi 29 février, "l'Imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut-Conseil islamique du Mali a voulu prouver qu'il était incontournable dans le jeu politique malien" souligne Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute. Pour ce dernier, "en mobilisant plus que que tout autre homme politique, cette personnalité parfois controversée, qui avait aussi participé au triomphe d'IBK, veut désormais ajouter à sa légitimité religieuse celle politique, à un moment de discrédit du leadership actuel".

"C'est une opération de récupération des frustrations et des contestations avec un nouveau discours, dépouillé de références religieuses afin de s'inscrire dans une forme de normalité politique loin de l'étiquette islamiste qui pourrait lui desservir".

Au moment où le Mali traverse une crise sécuritaire sur fond de contestations politiques, les autorités ont lancé un processus de dialogue « national inclusif » qui n'exclut même pas les deux principaux groupes terroristes dirigés pas Iyad Ag Aly et Amadoun Khouffa. Mais, cet "appel à l'insurrection" donnant un ultimatum au gouvernement est un nouveau jalon posé par Imam Mahmoud Dicko défiant aussi bien les autorités politiques, mais aussi les partenaires internationaux du Mali.

"Les termes utilisés par Dicko parlent d'eux mêmes. Lorsqu'il dit vouloir mettre fin à la "corruption" et à la "soumission", il adresse un message clair au pouvoir de Bamako et à la communauté internationale sur son intention de devenir le maître du jeu politique", analyse Bakary Sambe, qui rappelle que "toutefois, Dicko n'appelle pas à la cessation des attaques mais à une trêve, ce qui lui permet de maintenir la pression sur Bamako et de s'imposer comme le médiateur par excellence".

Selon le directeur de Timbuktu Institute, "ce discours est le prototype même de celui d'un acteur religieux surfant sur l'échec du politique pour s'imposer en porte-voix de populations en quête de repères, face au désaveu et au discrédit du leadership actuel. Mais le fait d'appeler les chefs terroristes à la trêve, notamment Iyad et Khouffa qu'il qualifie de "frère", illustre bien son poids et son influence dans ces milieux."

En termes de positionnement politique, le timing est bien choisi par cet "imam tribun" qui avait fait reculer ATT pour la promulgation du Code de la famille en 2009  et qui, avec le mouvement Sebati 2012, avait largement contribué à l'arrivée au pouvoir d'IBK. "Reste à savoir, quelle sera, d'ici vendredi, la réponse du palais de Koulouba face à cet imam aux grandes capacités de mobilisation, sachant profiter des moments toujours propices à la contestation du pouvoir », conclut Bakary Sambe.

(Niamey et les 2 jours) - Dans un récent entretien avec Niamey et les 2 jours, Timbuktu Institute annonçait la fissure de la Katiba Macina suite à de profondes divergences entre Amadoun Khoufa et ses lieutenants qui lui reprochaient d’avoir « dévié du projet d’instauration de la Dina » de Cheikhou Amadou pour la gestion des conflits fonciers et des bourgoutières notamment.

Pour Bakary Sambe, coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA), qui s’est confié à Niamey et les 2 Jours, « ces heurts qui avaient éclaté vers le 10 janvier ont ravivé la tension au sein de la Katiba et ont délesté Khoufa de nombre de ses soutiens notamment ceux qui avaient facilité son installation dans le Macina »

Les chercheurs de Timbuktu Institute détiennent de sources établies dans le Centre que « l’émergence dans la région de Nampala (centre du Mali) d'un nouveau groupe djihadiste, qui a prêté allégeance à l’État Islamique après avoir revendiqué la double attaque du 30 janvier contre des postes militaires à Sarkala dans le Cercle de Ségou ».

Selon les mêmes sources, « ce nouveau groupe terroriste implanté précisément à Nampala dans le cercle de Ségou se présente comme "les soldats du califat au Mali" (Jund al khilafa fi Mali) et a fait allégeance au successeur d’Abou Bakr al-Baghdadi, l’ex-chef de l’֤État islamique, Abu Ibrahim al-Hashemi al-Qurashi, dont le vrai nom serait Amir Mohammed Abdul Rahman al-Mawli al-Salbi »

Pour Bakary Sambe, qui reste encore prudent sur les orientations de ce nouveau mouvement terroriste, « il serait notamment composé de combattants qui faisaient jusque-là partie de la Katiba Macina d’Amadoun Khouffa, affiliée au groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) »

Selon toujours le directeur de Timbuktu Institute, « d’autres ex-fidèles de Khoufa auraient également quitté récemment cette katiba pour se rapprocher de la mouvance de l’État Islamique au grand Sahara (EIGS) d’Abou Walid Al-Sahraoui. Ils reprochent à Khoufa son inféodation à Iyad Ag Ghaly, la manière dont il répartit les butins de guerre et sa gestion des questions foncières ».

« Ces recompositions qui vont sans doute se poursuivre procèdent d’une stratégie d’adaptation des groupes terroristes qui ont subi cette semaine d’énormes pertes suite à une forte pression de Barkhane et des forces de sécurité de la région qui commencerait à porter ses fruits », conclut Bakary Sambe qui s'est entretenu avec "Niamey et Les 2 jours".

Prenant part aux Bamako Digital Days du 18 au 19 Février 2020 au Centre International des Conférences de Bamako (CICB), le Directeur de Timbuktu Institute a rappelé que le marché du digital était aussi celui des "biens symboliques, culturels, politiques et philosophiques". Pour lui, "l'Afrique doit y positionner son offre en termes d'alternatives et ne pas être en position de consommateur d'idéologies surtout celles-là qui prônent l'extrémisme et la terreur".
Dr. Bakary Sambe a lancé un appel aux bloggeurs et aux nombreux jeunes influenceurs du continent à s'impliquer dans la vulgarisation des messages de paix et le renforcement de la résilience des jeunes face à la radicalisation et l'extrémisme violent. 
Lors de ses échanges avec le jeune inventeur du "Facebook malien" Mamadou Sidibé, concepteur de Lenali, une plateforme offrant un accès dans plusieurs langues locales comme le bambara, le soninké, le songhaï, le mooré et le wolof, mais aussi le français, le directeur de Timbuktu Institute a tenu à magnifier cette "Afrique qui assure et qui rassure".
S'adressant spécifiquement aux bloggers, il leur rappelle leur rôle essentiel dans le progrès de nos sociétés et les avancées démocratiques : "Les bloggers sont la force montante de la démocratie et de la citoyenneté. Partout en Afrique ils ont lancé des alertes, participé à la résurgence et à la vitalité de la société civile, ils ont largement contribué aux changements démocratiques les plus significatifs ces dernières décennies sur le continent. Ces jeunes souvent sans moyens ont mobilisés avec génie les combats des communautés et rendu visibles leurs réussites"
Pour lui, ces jeunes africains "créatifs et ambitieux" détiennent une "arme de construction massive de cohésion sociale et de citoyenneté universelle et il faudra en user à bon escient" : "Je les exhorte à refuser la voie facile des fake news qui propagent la haine, si facile à répandre sur les réseaux sociaux, refuser l’instrumentalisation pour des combats qui ne sont pas les nôtres, je souhaite qu’ils acquièrent l’indépendance financière pour préserver leurs voix uniques… et qu’ils s’engagent pour la Paix partagée"
Cette double "utilité du numérique en termes de conquête des libertés et du progrès social mais aussi de marchés lointains" fait dire à Dr. Bakary Sambe que "les Startuppers sont eux aussi une chance pour l’Afrique. Il faut réfuter les discours qui les infantilisent ou en font un phénomène mineur" Pour le directeur de Timbuktu Institute qui, dans le cadre de son ouverture régionale a noué un partenariat stratégique avec un des leaders de la presse en ligne au Niger et dans le Sahel "Niamey et les 2 jours", "il faut investir dans les écosystèmes d’innovation afin d'inventer nos propres procédés et manière de faire, qui seuls nous permettront de compter sur nous-mêmes, développer notre propre appropriation des technologies et atteindre pas à pas les Objectifs de Développement Durable"