As part of the Timbuktu Institute's weekly column in partnership with Medi1TV, Dr. Bakary Sambe looks back at the stakes involved in what he calls the "great return of ECOWAS" to the international diplomatic stage, and analyzes the risks and implications of a possible military intervention in a Sahelian context undermined by the harsh war of influence and the unprecedented interplay of alliances.

Dr. Sambe, you spoke of a "great return of ECOWAS to the diplomatic stage" after the communiqué issued at the Abuja Extraordinary Summit on Niger, which included heavy sanctions against the military who overthrew President Bazoum. Do you really think that this time, the sub-regional organization will have the means to back up its positions?

The ECOWAS approach, which combines tough diplomatic sanctions with military threats designed to give operational credibility to last year's move to set up a standby force to combat jihadism and coups d'état, represents a huge departure. For ECOWAS to threaten the implementation of coercive measures if its ultimatum is not respected, means that the measure is actually being considered. And this assumes that prior consultations have taken place with members of the Security Council (notably France and the USA). Especially since the communiqué mentions the possible participation of non-ECOWAS states and Western powers (presumably the USA and France). This might raise the question of a Russian veto. But it seems to me that Putin, who so badly needs the diplomatic support of the African bloc in his Ukrainian adventure, will not easily be able to oppose the interests of the African Union and ECOWAS.

In view of the situation and the short deadline of one week for the ultimatum, isn't ECOWAS's credibility at stake here?

If the scenario of an ECOWAS-AU-Western powers intervention, under a Security Council mandate, were to come to fruition, it would represent a paradigm shift in the approach to collective security in West Africa. This would undoubtedly be an indicator of the seriousness of Niger's swing towards Khaki rule (with the military, and possibly into the Russo-Wagnerian fold). This is a turning point/by-product in the fight against terrorism in the Sahel. Given the severity of the diplomatic sanctions imposed by ECOWAS and UEMOA (total embargo and freezing of Niger's financial assets), this poor, landlocked country in the central Sahel will not be able to hold out for long. The recipe for sanctions worked in Mali in 2012, following Captain Sanogo's coup d'état against Amadou Toumani Touré. But this time, it looks like we're heading for a khaki putschist alliance against ECOWAS, a tipping point in the organization's history. It's make or break! Tinubu's Nigeria won't want Wagner and putschist regimes in its backyard. If the Nigerian junta's experiment prospers, all the regimes in the sub-region will be on borrowed time.

Given the way the crisis in Niger is shaping up, and the acceleration in all directions that is being confirmed, could it be said that the stakes in this crisis have already gone beyond Niger, and even the Sahel, with a certain geostrategic dimension?

If sanctions and/or a coercive approach are effective, this could help restore ECOWAS's reputation for promoting governance and preventing coups d'état. A new scourge that is spreading in a worrying and contagious way in French-speaking West Africa. This intervention undoubtedly reflects the desire of NATO (France/USA) to thwart the Russo-Wagnerian advance in a country/partner/key to their global anti-terrorist strategy, in the Sahel. We are witnessing a new and unprecedented form of conflict: an interstate war between a tripartite coalition of rebel member states and the sub-regional organization seeking to restore its image. This crisis, which has only just begun, marks the eventful return to the scene of ECOWAS, which in recent years has been relegated to the background by international partners in favor of the moribund G5 Sahel. The sub-regional organization had even been relatively dispossessed of the security issue, to the point of weakening it without international partners being able to provide all the necessary assistance to the G5 Sahel. ECOWAS's comeback comes at a crucial time for the organization, but also for peace and security in the region.

Dans le cadre de la chronique hebdomadaire du Timbuktu Institute en partenariat avec Medi1TV, Dr. Bakary Sambe revient sur les enjeux de ce qu’il appelle le « grand retour mouvementé de le CEDEAO » sur la scène diplomatique internationale et analyse les risques les contours d’une éventuelle intervention militaire dans un contexte sahélien délétère miné par la rude guerre d’influence et le jeu inédit des alliances.

Dr. Sambe, vous parliez d’un « grand retour de la CEDEAO sur la scène diplomatique » après le communiqué issu du Sommet extraordinaire d’Abuja sur le Niger avec de lourdes sanctions contre les militaires qui ont renversé le président Bazoum, pensez-vous réellement que cette fois, l’organisation sous-régional aura les moyens de ses positions ? »


On note une énorme rupture dans l’approche de la CEDEAO qui combine des sévères sanctions diplomatiques couplées à des menaces militaires destinées à donner une crédibilité opérationnelle à la mesure prise l’année dernière de mettre en place une force en attente chargée de la lutte contre le djihadisme et les coups d'État. Pour que la CEDEAO menace de la mise en œuvre de mesures coercitives si son ultimatum n’est pas respecté, c’est que la mesure est réellement envisagée. Et cela suppose que des consultations préalables ont eu lieu avec des membres du Conseil de Sécurité (notamment France et USA). Surtout que le communiqué mentionne l’éventuelle participation d’État hors CEDEAO et des puissances occidentales (vraisemblablement USA et France). Il se poserait, peut-être, la question d’un éventuel veto russe. Mais il me semble que Poutine, qui a tant besoin du soutien diplomatique du bloc africain dans son aventure ukrainienne, ne pourra pas aisément s’opposer aux intérêts de l’Union Africaine et de la CEDEAO.

 

Au regard de la situation et le délai assez court d’une semaine d'ultimatum, la CEDEAO ne joue-t- elle pas sa crédibilité dans ce dossier ?

Si le scénario de l’intervention CEDEAO-UA-puissances occidentales, sous mandat du Conseil de Sécurité, se réalisait, ce serait une rupture paradigmatique dans l’approche de la sécurité collective en Afrique de l’Ouest. Ceci serait sans doute l’indicateur de la gravité du basculement du Niger dans le pouvoir kaki (avec des militaires et éventuellement dans le giron Russo-wagnérien). C’est un tournant/un sous-produit dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Vu la sévérité des sanctions diplomatiques, prises par la CEDEAO et l’UEMOA (embargo total et gel d' avoirs financiers du Niger), ce pays pauvre et enclavé du Sahel central, ne pourra pas tenir longtemps. La recette des sanctions avait fonctionné en 2012 au Mali, suite au coup d’État du capitaine Sanogo contre Amadou Toumani Touré. Mais cette fois-ci, on dirait qu’on va vers une alliance putschiste kaki contre la CEDEAO, un point de bascule dans l’histoire de l’Organisation. Cela va passer ou casser ! Le Nigeria de Tinubu ne voudra pas de Wagner et de régimes putschistes dans son arrière-cour. Si l’expérience de la junte nigérienne prospère, tous les régimes de la sous-région seront en sursis.

 

Avec la tournure que prend la situation dans cette crise au Niger et l’accélération tout azimute qui se confirme, pourrait-on dire que les enjeux de cette crise ont déjà dépassé le cadre du Niger et même du Sahel pourrait-on entrevoir une certaine dimension géostratégique ?

 

Si les sanctions et/ou l’approche coercitive font de l’effet, ceci permettrait de redorer le blason de la CEDEAO dans la promotion de la gouvernance et de la prévention des coups d'État. Un nouveau fléau qui se propage de manière inquiétante et contagieuse en Afrique de l’Ouest francophone. En pointillé de cette intervention se dessine sans doute la volonté de l’OTAN (France/USA) de contrecarrer l’avancée Russo-wagnérienne dans un pays/partenaire/clé dans leur stratégie globale anti-terroriste, dans le Sahel. Nous sommes sur le cas de figure d’une nouvelle et inédite forme de conflictualité : une guerre interétatique entre une coalition tripartite d’Etats-membres rebelles contre l’organisation sous-régionale qui cherche à redorer son blason. Cette crise qui ne fait que commencer signe le retour sur scène mouvementé de la CEDEAO qui a été, ces dernières années, reléguée au second plan par les partenaires internationaux au profit d’un G5 Sahel aujourd’hui moribond. L’organisation sous-régionale avait même été relativement dépossédée de la question sécuritaire au point de l’affaiblir sans que les partenaires internationaux aient pu apporter toute l’aide nécessaire au G5 Sahel. Ce grand retour de la CEDEAO s’effectue dans un moment décisif pour l’organisation mais aussi pour la paix et la sécurité dans la région.

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Source : La croix

Bakary Sambe is a teacher-researcher at Gaston Berger University in Saint-Louis (Senegal) and regional director Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, (1). He returns to the role of France and the situation in Niger after the July 26 military coup which saw President Mohamed Bazoum overthrown by a military junta.

The Africa Cross: Like Mali and Burkina Faso now ruled by military juntas, Niger is affected by a coup. Should we make a link between jihadism and the installation of military regimes in these Sahelian countries? 

Bakary Sambe: The case of Niger is specific because there was a lot of hope for the stabilization of the country. Niger has, in fact, experienced an experience of democratic political alternation with the end of the mandate of Mahamadou Issoufou and the beginning of that of Mohamed Bazoum in 2022. This election of Bazoum had been considered as a non-negligible advance at the democratic level.

Observers are surprised that the ruling junta cites the security issue as the cause of the coup because Niger had managed to stabilize the situation even slightly. The success of Niger’s strategy was notably due to the mixed approach: military, community with a dialogue within the communities where the jihadists were recruited.

We are in a global regional situation where instability is growing more and more. It is particularly aggravated by the seizure of power by the military after decades when people began to believe that the era of coups was over. In addition, the coup affects a country that was considered the last bastion of international cooperation in the fight against terrorism, but also a pivotal country at the heart of geopolitical realities.

Can the establishment of these military regimes be a bulwark against terrorism or, on the contrary, does it facilitate its installation?

Bakary Sambe: The only real winners from the situation of chaos and instability are the terrorist groups who will be able to continue to carry out their activities in areas such as that of the three borders (Niger, Burkina Faso, Mali) of Liptako Gourma. But also in the face of military regimes which, despite populist discourse on victories against terrorist groups, are struggling to stabilize the situation. I take the example of Mali where the security situation is not stabilized in the north. Worse, central Mali continues to be an epicenter of jihadism.

Despite the triumphalist discourse of Assimi Goïta’s regime, the Katiba Macina, a jihadist group, managed to strike the Kati military camp, which is the strategic heart of the current regime. It is hardly better in Burkina Faso where the experts are unanimous. The coup d’etat was perpetrated in the name of the fight against insecurity, but the current power cannot even control 40% of the territory with the explosion of terrorist attacks which are now almost daily.

One constant after these coups is that anti-French sentiment is very noticeable. How do you analyze this?

Bakary Sambe: The great difficulty for France in the Sahel is that it is forced to manage the emergency and history at the same time. The security emergency is military cooperation which has not worked, with its shortcomings and which has not succeeded in defeating terrorist groups. Operation Serval was relatively successful, but Barkhane was criticized for its repeated failures. In addition, France has a rather delicate position in this region of the Sahel where it has a colonial past. At the same time, we are witnessing the rise of a new generation which rejects, precisely, any form of domination.

But you have to see the situation in a more global way: there is an awareness of a moment when Africa is becoming a nerve center that can change the nature of the balance of power at the international level. We are in a world where the alignments are both multiple and diffuse, a world where the distribution of power is fragmented with the effect of classic powers like France which declines and emerging powers like China, Turkey, Russia who seek to impose themselves.

We are also in a region where, under the effect of a more uninhibited elite and a more demanding population, States are seeking a new type of more egalitarian international relations. Added to this is the fact that security issues are no longer the prerogative of States, rising civil societies with young people and social networks have appropriated them to make them a public debate. We are finally in a context of Russian-Ukrainian conflict where Russia is trying to increase its influence in Africa.

How can instability not contaminate all West African countries?

Bakary Sambe: We should already review the world of security cooperation which, so far, has not yielded the expected results. Today, if these military regimes are allowed to prosper in the sub-region, contagion is inevitable. We also need to reflect on the inconsistencies of governance in our countries. There is all the same a paradox to note that the African youth who fought for democracy in the years 1990-2000, applaud the coups d’etat now. We must rethink democracy in the way it is exercised in our countries. Especially since competing models today oppose democracy and development by promoting more autocratic regimes but which are making economic progress. It will also be necessary to deal with a visible contradiction with a youth which represents 75% of the population but which remains excluded from the field of political decisions.

Interview by Lucie Sarr

(1) Research-action center favoring transdisciplinary approaches on issues related to peace and regional security.

 

Source : La Croix

Bakary Sambe est enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) et directeur régional Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, (1). Il revient sur le rôle de la France et la situation au Niger après le coup d’État militaire du 26 juillet qui a vu le président Mohamed Bazoum renversé par une junte militaire.

La Croix Africa : Tout comme le Mali et le Burkina Faso maintenant dirigés par des juntes militaires, le Niger est touché par un coup d’Etat. Faut-il faire un lien entre le djihadisme et l’installation de régimes militaires dans ces pays Sahéliens ?

Bakary Sambe : Le cas du Niger est spécifique car il y avait beaucoup d’espoir sur la stabilisation du pays. Le Niger a, en effet connu une expérience d’alternance politique démocratique avec la fin du mandat de Mahamadou Issoufou et le début celui de Mohamed Bazoum en 2022. Cette élection de Bazoum avait été considérée comme une avancée non-négligeable au niveau démocratique.

Les observateurs sont surpris que la junte au pouvoir évoque la question sécuritaire comme cause du coup d’État parce que le Niger avait réussi tant soit peu à stabiliser la situation. Le succès de la stratégie nigérienne était notamment dû à l’approche mixte : militaire, communautaire avec un dialogue au sein des communautés où se recrutaient les djihadistes.

Nous sommes dans une situation régionale globale où l’instabilité prend de plus en plus de l’ampleur. Elle est notamment aggravée par la prise du pouvoir par les militaires après des décennies où l’on commençait à croire que l’ère des coups d’État était révolue. En plus, le coup d’État touche un pays qui était considéré comme le dernier bastion de la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme mais également un pays pivot au cœur des réalités géopolitiques.

L’instauration de ces régimes militaires peut-elle être un rempart contre le terrorisme ou au contraire, facilite-t-elle son installation ?

Bakary Sambe : Les seuls vrais gagnants de la situation de chaos et d’instabilité, ce sont les groupes terroristes qui pourront continuer à mener leurs activités dans des zones comme celle des trois frontières (Niger, Burkina Faso, Mali) du Liptako Gourma. Mais aussi en face de régimes militaires qui, malgré les discours populistes sur des victoires contre des groupes terroristes peinent à stabiliser la situation. Je prends l’exemple du Mali où la situation sécuritaire n’est pas stabilisée dans le nord. Pire, le centre du Mali continue d’être un épicentre du djihadisme.

Malgré le discours triomphaliste du régime d’Assimi Goïta, la Katiba Macina, un groupe djihadiste, a réussi à frapper le camp militaire de Kati, qui est le cœur stratégique du régime actuel. Ce n’est guère mieux au Burkina Faso où les experts sont unanimes. Le coup d’État a été perpétré au nom de la lutte contre l’insécurité mais le pouvoir actuel n’arrive même pas à contrôler 40 % du territoire avec l’explosion des attaques terroristes qui sont désormais quasi quotidiennes.

Une constante après ces coups d’État est que le sentiment antifrançais est très perceptible. Comment analysez-vous cela ?

Bakary Sambe : La grande difficulté pour la France au Sahel, c’est qu’elle est contrainte de gérer l’urgence et l’histoire en même temps. L’urgence sécuritaire, c’est la coopération militaire qui n’a pas fonctionné, avec ses insuffisances et qui n’a pas réussi à vaincre les groupes terroristes. L’opération Serval a eu un relatif succès, mais Barkhane a été critiquée à cause de ses échecs répétitifs. En outre, la France a une position assez délicate dans cette région du Sahel où elle, un passé colonial. En même temps, l’on assiste à la montée d’une nouvelle génération qui rejette, justement, toute forme de domination.

Mais il faut voir la situation de manière plus globale : il y a une prise de conscience d’un moment où l’Afrique devient un centre névralgique qui peut faire basculer la nature des rapports de force au plan international. Nous sommes dans un monde où les alignements sont à la fois multiples et diffus, un monde où la distribution de la puissance est fragmentée avec, l’effet de puissances classiques comme la France qui décline et des puissances émergentes comme la Chine, la Turquie, la Russie qui cherchent à s’imposer.

Nous sommes également dans une région où, sous l’effet d’une élite plus décomplexée et d’une population plus exigeante, des États cherchent un nouveau type de relations internationales plus égalitaires. S’y ajoute le fait que les questions sécuritaires ne sont plus l’apanage des États, les sociétés civiles montantes avec les jeunes et les réseaux sociaux s’en sont approprié pour en faire un débat public. Nous sommes enfin dans un contexte de conflit russo-ukrainien où la Russie essaie d’accroître son influence en Afrique.

Comment faire pour que l’instabilité ne contamine pas tous le pays ouest-africains ?

Bakary Sambe : Il faudrait déjà revoir le monde de coopération sécuritaire qui, jusqu’ici, n’a pas donné les résultats escomptés. Aujourd’hui, si on laisse prospérer ces régimes militaires dans la sous-région, la contagion est inéluctable. Il faut aussi une réflexion sur les incohérences de la gouvernance dans nos pays. Il y a tout de même un paradoxe à constater que la jeunesse africaine qui luttait pour démocratie dans les années 1990-2000, applaudit les coups d’État maintenant. Il faut repenser la démocratie dans la manière dont elle s’exerce dans nos pays. D’autant plus que des modèles concurrents, aujourd’hui opposent démocratie et développement en promouvant des régimes plus autocratiques mais qui font des progrès économiques. Il faudra aussi traiter une contradiction visible avec une jeunesse qui représente 75 % de la population mais qui reste exclue du champ des décisions politiques.

Propos recueillis par Lucie Sarr

(1) Centre de recherche-action privilégiant des approches transdisciplinaires sur des questions liées à la paix et à la sécurité régionale.

La Coalition parlementaire de l'Alliance inclusive - Terra RANKA a signé en fin d'après-midi du jeudi 26 juillet 2023, un accord parlementaire et de gouvernance avec le Parti de la Rénovation Sociale (PRS). 

L'accord parlementaire signé entre le PAI - TERRA RANKA, qui a recueilli 54 sièges au parlement,  et les rénovateurs, qui disposent de 12 sièges, vise, entre autres, à unir leurs forces pour réaliser des réformes structurelles " incontournables ", afin de sortir " définitivement " le pays de la situation de sous-développement chronique dans laquelle il se trouve.  

Les réformes visées par l'accord comprennent la révision constitutionnelle, la restructuration et la réforme au sein du secteur judiciaire, la modernisation de l'administration publique, la lutte contre la corruption, la tenue d'élections municipales, la promotion des autorités locales, la promotion de politiques publiques visant la croissance économique et la réduction de la pauvreté, la valorisation des ressources humaines en mettant l'accent sur une éducation et une santé de qualité, la protection civile et sociale et la préservation de l'environnement. 

L'accord aura une durée de 4 ans, s'il n'est pas dénoncé par les parties. Le document souligne le mécanisme de suivi qui sera assuré, par le biais du mécanisme de dialogue permanent entre les directions politiques des deux partis, ainsi que la mise en place du comité de consultation qui devrait se réunir trois fois par an. 

Les nouveaux députés élus le 4 juin ont prêté serment ce jeudi 27 juillet. La coalition PAI - Terra RANKA dispose de 54 sièges, le MADEM  a recueilli 29 sièges, le PRS  12 sièges, le PTG  6 sièges et l'APU-PDGB un seul siège. 

Après la signature de l'accord, le leader du PAIGC et de la Coalition PAI - Terra RANKA, Domingos Simões Pereira, a appelé les acteurs politiques à se concentrer sur l'essentiel pour ne pas s’attarder sur les querelles politiques ".  

Il a rappelé à cet égard que les querelles politiques sont admissibles pendant les campagnes électorales et qu'une fois que le peuple bissau-guinéen s'est prononcé souverainement, il est temps de construire le pays, de faire les réformes nécessaires, de mettre de côté les ambitions personnelles et privées et de donner la priorité à ce qui unit tout un peuple.  

Pour le leader de la coalition PAI Terra Ranka, la signature de l'accord n'est pas un synonyme de célébration de victoires, mais plutôt un engagement pour l'avenir, pour penser au peuple et améliorer jour après jour ses conditions de vie. 

"A l'annonce des résultats, la coalition PAI a mis en place un comité de dialogue et ce comité a envoyé une lettre à tous les partis qui siègeront dans le prochain parlement. Des contacts ont eu lieu avec tous les partis. Certains de ces contacts aboutissent à des accords concrets et spécifiques, d'autres non. 

Pour sa part, le président du Parti de la rénovation sociale (PRS), Fernando Dias, a justifié la signature de l'accord par la nécessité d'assurer la stabilité politique du pays et de créer les conditions pour lutter contre la faim qui frappe la population guinéenne, ainsi que par le respect du vote des Guinéens en faveur de la coalition PAI Terra Ranka.  

Dans ce sens, Dias a exprimé la détermination du PRS à pouvoir contribuer au bien-être de la population, en espérant que l'accord paraphé aujourd'hui entre les parties sera respecté. 

Par ailleurs, dans l'accord signé, en ce qui concerne la sphère parlementaire, les partis se sont engagés à s'aligner et à se mettre d'accord sur des positions et, dans la mesure du possible, à aligner les votes au Parlement sur des questions clés, à voter en faveur du programme du gouvernement et du budget général de l'État, ainsi qu'à voter en faveur de la motion de confiance en faveur du  gouvernement. 

Dans le document lu par le vice-président du PAIGC, Kalifa Seidy, les partis ont décidé de former un gouvernement inclusif dirigé par la Plate-forme de l'Alliance inclusive, en fixant le nombre de membres du gouvernement pour chaque parti en fonction de la proportion des mandats au Parlement. 

"Équilibrer la répartition des portefeuilles dans l'administration publique, en respectant les critères de compétence et de parité hommes-femmes. Adopter le programme électoral du PAI comme base du programme de gouvernance et nommer les gouverneurs et les administrateurs en fonction du poids électoral relatif de chaque parti dans les domaines respectifs", peut-on lire dans le document. 

En ce qui concerne l'éthique politique, les partis s'engagent à éviter les attaques réciproques tout au long de la législature, en s'engageant à dialoguer et à recourir à la médiation pour résoudre les différends qui pourraient surgir. 

La coalition PAI TERRA RANKA et le PRS estiment que la fragmentation de l'espace politique national se poursuit, avec des risques sérieux pour la stabilité du gouvernement. Il est donc nécessaire de fournir des garanties pour une solution de gouvernance à long terme qui préserve la paix sociale et la stabilité politique, et ce pour le développement du pays. 

A la veille du deuxième Sommet Russie-Afrique qui a enregistré la présence massive de dirigeants africains et des acteurs de la société civile se réclamant du panafricanisme, Dr. Bakary Sambe, directeur régional du Timbuktu Institute, a donné cette interview à la chaîne Medi1TV. Il y revient sur ce qu’il appelle le « paradoxe de la russophilie montante » et explique comment dans le fait de brandir les drapeaux russes, il faut lire plus une colère qu’une réjouissance. Il décrypte de manière documentée la manière dont cet engouement vers Moscou cache un réel fossé entre les perceptions et la réalité notamment économique malgré l’influence grandissante de la Russie dans la région

En intégralité les réponses aux questions de Sana Yassari :

La deuxième édition du Sommet Afrique-Russie s’ouvre ce 27 juillet à Saint-Pétersbourg et est principalement dédiée au renforcement des partenariats avec le continent. Vous évoquez, je vous cite, « un grand-messe d’affichage symbolique » aussi bien pour Moscou que pour ses partenaires africains. Cette remarque de votre part est-elle, alors, liée au contexte géopolitique actuel ?

Il est clair que ce sommet sera pour Moscou une belle opportunité de s’afficher en tant que puissance fréquentable après  l’invasion de l'Ukraine, le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Poutine et la rébellion inachevée de Wagner. En fait, ce sommet réinscrit la Russie dans une sorte de normalité au plan international. N’oublions pas aussi que Moscou pourrait en profiter sur un plan communicationnel pour faire le lien même factice entre sanctions international et limitation de l'exportation de céréales et d'engrais russes voire ukrainiens vers l'Afrique, pour mieux culpabiliser ses adversaires de l’OTAN qui, eux, mettent le curseur sur le bombardement par la Russie du port ukrainien d'Odessa qui aura des conséquences incalculables sur l’exportation des céréales notamment vers l’Afrique. Mais ce sommet est aussi celui où la Russie va chercher à démontrer la centralité de l'Afrique dans sa politique étrangère. Les Africains voient en la Russie une alternative à la relation de domination avec l’Occident et il est vrai que l’opinion publique africaine apparaît aujourd’hui comme très favorable à l'engagement russe et peu critique vis-à-vis de Moscou dans le conflit avec l’Ukraine et l’OTAN. Rappelons que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a effectué pas moins de huit visites en Afrique depuis l’invasion de l’Ukraine en mars 2022.

Dr. Bakary Sambe, vous releviez récemment ce que vous appeliez le paradoxe de la russophilie montante, rappelant que malgré la diminution de ses liens économiques avec le continent, l'influence de la Russie en Afrique s'est accrue ces dernières années surtout depuis le premier sommet de Sotchi. Qu’est-ce qui expliquerait alors selon vous un tel engouement ?

Malgré la sur-communication, les relations économiques russo-africaines sont très modestes. Mais on dirait que le continent, sur un plan diplomatique, offre à la Russie une scène mondiale à partir de laquelle Moscou peut se targuer d’une certaine importance géostratégique. Mais il est une réalité que l'Afrique compte plus pour la Russie que la Russie pour l'Afrique. Il ne faut pas oublier que déjà en 2019 à Sotchi les dirigeants africains espéraient que la Russie devînt une nouvelle niche d'investissement et d’échanges commerciaux. Vladimir Poutine avait même promis de doubler le volume du commerce avec l'Afrique en 5 ans pour le ramener à 40 milliards de dollars. Pourtant, aujourd’hui, on est tout au moins à 14 milliards de dollars avec un certain déséquilibre, la Russie exportant sept fois plus qu'elle n'importe d'Afrique. Certaines sources avancent aussi que 70% de ce commerce est concentré dans quatre pays seulement : l'Égypte, l'Algérie, le Maroc et l'Afrique du Sud alors que les investissements russes représenteraient 1% des investissements directs étrangers (IDE) vers le continent. Et je crois qu’il va être difficile d’envisager une embellie dans le contexte économique actuel de la Russie qui voit son PIB diminuer en valeur, de 2 300 milliards de dollars en 2013 à 1 800 milliards de dollars en 2021 presque comparable à celui du Mexique.

On sait que les problèmes sécuritaires demeurent sur le continent et notamment au Sahel où s’exerce cette influence russe surtout auprès d’une certaine élite montante en quête d’alternatives. Alors, au-delà des perceptions et selon votre appréciation,  la présence russe a-t-elle pu avoir un certain impact dans l’évolution de la situation notamment en termes de stabilité dans la région ?

Les adversaires de la Russie considèrent que son action en Afrique est souvent  déstabilisante pour certains pays. 6 des douze pays où intervient la Russie sont effectivement en conflit alors que par son véto la Russie arrive à influer sur les opérations de l’ONU alors que l'instabilité y gagne du terrain. D’un autre côté, les défenseurs des droits humains notent une recrudescence des atrocités commises par les supplétifs russes et un affaiblissement des systèmes démocratiques sur le continent d’après des publications du Freedom House. Il est vrai aussi que partout où intervient Wagner la sécurité s’est largement détériorée et les armées nationales se gênent mois à commettre des atrocités contre les communautés locales. Tout ceci nous ramène au constat général selon lequel qu’il s’agisse du recours à la coopération sécuritaire avec les pays occidentaux ou la privatisation de la sécurité avec les supplétifs comme ceux de Wagner, l’Afrique ne pourra jamais mieux compter que sur elle-même avec une mutualisation des capacités africaines comme premier grand pas vers l’africanisation des solutions. Ce n’est jamais en remplaçant une domination par une autre que l’on arrivera à s’affranchir des dépendances tant dénoncées par la société civile et les nouvelles générations.