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Le 24 octobre dernier, s’est ouverte l’édition 2023 du Forum de Vienne sur le thème : « Contrer la ségrégation et l’extrémisme en contexte d’intégration » (Countering Segregation and Extremism in the Context of Integration) avec la participation d’officiels et d’experts venus de toute l’Europe. Cette édition a enregistré la participation de diverses personnalités comme Davor Božinović, ministre de l'Intérieur de Croatie, Kaare Dybvad Bek, ministre de l'immigration et de l'intégration du Danemark, Ana Catarina Mendes, ministre des affaires parlementaires du Portugal. En ouvrant les travaux, Mme Susanne Raab, ministre des femmes, de la famille, de l'intégration et des médias d’Autriche est revenue sur la nécessité de synergie entre les différents acteurs. Avec la présence de Bart Somers, vice-ministre-président du gouvernement flamand de Belgique, Sofia Voultepsi, vice-ministre de la migration et de l'asile, de la Grèce et d’Etienne Apaire, Secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation en France, les échanges ont tourné autour des expériences des différents pays en matière de gestion du religieux mais aussi des politiques mises en place dans le cadre de l’intégration des minorités religieuses notamment musulmanes.

Cette édition avait accueilli l’éminent universitaire et expert sénégalais, fondateur de l’Observatoire des Radicalismes et conflits religieux en Afrique et Directeur du Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies, Dr. Bakary Sambe. Il a été invité par le gouvernement autrichien à prendre part à cet évènement annuel sur proposition de Son Excellence Ursula Fahringer, Ambassadrice d’Autriche au Sénégal dans le cadre de la promotion des échanges entre son pays et le Sénégal.

Pour sa chronique hebdomadaire sur Medi1TV consacrée cette semaine à cet évènement, il répond, ici aux questions du journaliste Pape Cheikh Diouf sur les enjeux de sa participation en tant qu’expert africain ainsi que les enseignements de ce Forum de Vienne.

Dr. Bakary Sambe, vous venez de prendre part au Forum de Vienne organisé par la Federal Chancellery du gouvernement autrichien sur le thème « Ségrégation et extrémisme violent dans un contexte d’intégration ». Quel était le sens d’une telle thématique dans le contexte européen actuel ?

La réflexion portait sur les enjeux de la prévention des conflits surtout suite aux récentes émeutes et des attaques terroristes dans de nombreux pays européens où les acteurs principaux étaient plus souvent des mineurs issus de l'immigration et nés en Europe. Il fallait aussi réfléchir sur d’éventuelles stratégies pouvant servir à relever le défi de la gestion de la liberté personnelle de religion et d'expression, des libertés scientifiques et académiques face à l’émergence des idéologies extrémistes. Participation de nombreux ministres de la Croatie, du Danemark, du Portugal. En ouvrant les travaux, Mme Susanne Raab, ministre des femmes, de la famille, de l'intégration et des médias d’Autriche est revenue sur la nécessité de synergie entre les différents acteurs. Il fallait insister et clairement sur le fait que l’islam dans ses enseignements n’est pas la source de la radicalisation et de l’extrémisme mais plutôt « la manipulation des symboles religieux pour des motifs politiques, idéologiques etc ». 

En tant qu’expert africain, fondateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique depuis 2012. Quel pouvait être votre apport à une telle rencontre se déroulant pourtant en Europe surtout pour croiser les analyses avec les experts européens ?

J’ai pu échanger avec de nombreux responsables européens comme Mme Lisa Fellhofer, directrice du Centre autrichien de documentation sur l'islam politique, Kenneth Schmidt-Hansen, directeur du Centre danois de documentation et de lutte contre l'extrémisme, Paul Doran, conseiller du FCDO en matière de lutte contre le terrorisme du Royaume-Uni. Mais, il était important, pour moi, d’attirer l’attention sur certaines formes d'extrémisme à motivation religieuse qui n’ont pas encore fait l'objet de recherches approfondies et dépassionnées pour appuyer la lutte contre les discriminations et le racisme générateurs de frustrations et de radicalisation dans certains pays européens et au-delà. Vous savez, très souvent, en Europe la classe politique traite de cette question sous le prisme migratoire. À travers la question cruciale des migrations et de la transnationalité progressive des acteurs religieux profitant de la mobilité accrue, nous avons pu examiner dans le cadre d’un débat contradictoire les tendances de la radicalisation en Afrique ainsi que la manière dont elle devrait être analysée de manière globale et surtout en prenant en compte les nouveaux enjeux des rapports entre l’Europe et le continent africain.

Dr. Bakary Sambe, ce Forum s'est tenu dans un climat assez délétère en Europe avec l'actualité au Moyen-Orient mais aussi la perception d'un islam qui serait essentiellement radical. Ceci n'avait-il pas trop pesé sur les échanges et quelle a été votre position en tant qu'africain musulman en plus de l'expert international que vous êtes et qui avait été invité par les autorités autrichiennes ?

Le climat était difficile mais il fallait rappeler aux interlocuteurs européens que sur la question du Proche-Orient, l’Afrique pourrait aider à dépassionner la crise actuelle. L’Afrique n’a pas eu les mêmes rapports avec Israël et des pays africains sont très engagés en faveur d’une solution juste et durable comme le Maroc avec l’appel pour une « alliance mondiale » lancée par le Roi Mohammed VI présidant le comité Al-Quds mais aussi le Sénégal à la tête du Comité onusien pour la défense des droits inaliénables du peuples palestinien depuis 1975. Il est temps que l’on donne sa chance au camp du dialogue, étouffé ces dernières décennies par les extrémistes des deux bords. Sur la perception de l’islam en Europe, je le pense profondément et je l’ai dit à Vienne : l’Europe devrait, de plus en plus intégrer l’évolution selon laquelle l’islam fait désormais partie de son paysage et que ces minorités musulmanes des différents pays sont des citoyens européens à part entière. Et je crois qu’il serait plus profitable, pour les pays européens, de considérer ces communautés comme une chance pour le dialogue dans un vieux continent devant assumer davantage son statut historique de creuset de civilisations loin de la vision essentialiste qui ne fera que l’affaire des extrémistes de toutes parts.

Dans son discours, lors de la cérémonie d’ouverture du colloque sur le dialogue interreligieux en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer, le 24 octobre 2023, Mme Yague Samb, directrice Sénégal du Timbuktu Institute a particulièrement insisté sur la nécessité de préserver la cohésion sociale. Le thème de cette édition du Colloque était « Religion et communication ». Ce fut le lieu de rappeler le rôle des médias et d’Internet dans le contexte actuel ainsi que leur enjeu pour la cohésion sociale dans le contexte pré-électoral actuel. Elle a aussi exhorté à un dialogue continu entre les cultures et les civilisations notamment avec l’actualité brûlante en Afrique et dans le reste du monde.

Voici, l’intégralité de son discours :

Je me réjouis, encore une fois, de prendre la parole au nom du Timbuktu Institute, partenaire de la Fondation Konrad Adenauer dans le cadre de ce colloque annuel et sur bien d’autres projets et initiatives principalement dans la recherche-action sur la prévention des conflits, la promotion de la paix et de la cohésion sociale. Ce colloque annuel est donc un des temps forts de de ce partenariat constructif. Nous voudrions, ici, renouveler nos sincères remerciements à la Fondation Konrad Adenauer mais aussi notre engagement à toujours aller de l’avant et ensemble sur les chemins du dialogue, de la paix et du vivre ensemble. Cet engagement est d’autant plus significatif pour nous que notre monde contemporain, notre continent et notre sous-région font face à des défis multidimensionnels d’ordre sécuritaire mais aussi sociopolitique.

La tâche est énorme mais alléchante : à savoir comment construire les bases du vivre ensemble, renforcer la résilience de notre pays, le Sénégal, qui s’achemine vers des échéances importantes et cruciales avec comme défi et non des moindres : préserver le pays de l’instabilité environnante et assurer les conditions d’un progrès social, d’une prospérité partagée dans la paix et la concorde. Le thème de notre colloque de cette année « Religion et communication » arrive à point nommé et garde toute sa pertinence au regard de l’impératif du dialogue et de l’échange dans le respect de la dignité de tous et des principes et valeurs qui consolident notre commun vouloir de vie commune au niveau national, africain mais aussi international. C’est bien, l’éducatrice Françoise Dolto qui nous rappelait que : « tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences ». Ces mots résonnent aujourd’hui comme un rappel voire un rappel à l’ordre dans ces moments critiques que vit notre humanité certes soucieuse « de faire bien » mais qui n’arrive pas encore à « empêcher le triomphe du mal » et les « sanglants non-sens » pour paraphraser Thomas Mann.

Dans ce contexte, plus que jamais, le local et le global sont interconnectés, l’ici est instantanément ailleurs par la magie incontrôlée et non maîtrisée d’une toile d’araignée qui nous rappelle la fragilité de nos rapports humains. Ce paradoxe fait que nous avons l’impression de n’être jamais aussi connectés mais tout autant divisés, opposés par des conflits. Est-ce, donc, le signe d’une incapacité de communiquer alors que les moyens pour le faire n’ont jamais été aussi abondants et abordables ? Un certain Harold Pinter attirait notre attention sur le fait que pour sortir de ce paradoxe nous devons, par la communication, extérioriser notre volonté de rompre avec cet égoïste « mouvement intérieur qui cherche délibérément à esquiver la communication ».

Mais il faut continuer à oser l’optimisme si l’on sait la capacité de nos religions qui vont dialoguer, ici, pendant ces deux jours, à fournir des ressorts et des ressources nous permettant de mieux socialiser, de nous rencontrer dans l’esprit unificateur des messages religieux. En plus de l’optimisme, nous avons l’espoir de pouvoir, à chaque fois, quelles que soient les circonstances et les contingences, compter sur la volonté d’hommes responsables osant se libérer de la lettre pour se rencontrer dans l’esprit ou des « gens de l’isthme » comme disait l’Émir Abdelkader. 

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Timbuktu Institute

Lettre de l’Observatoire - Octobre 2023

Le coup d’Etat du 18 Aout 2020 survenu dans le sillage d’un mouvement populaire conduit par le M5-RFP sous l’autorité morale de l’Imam Mahmoud Dicko contre l’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keita a plongé le Mali dans une première transition militaire. Cette transition a été prolongée par une autre qui n’est pas près de se terminer si l’on s’en tient aux signaux envoyés par les autorités militaires actuelles. Ces autorités issues de cette transition se sont distinguées par une diplomatie offensive envers les organisations sous-régionales, régionales et internationales qui a beaucoup isolé le Mali du reste du monde. La diplomatie du régime du colonel Assimi Goita s’est caractérisée par de nombreuses tensions avec la communauté internationale mais, tout d’abord, avec la CEDEAO sur le calendrier de la transition. Les relations avec l’ancien partenaire français se sont, aussi, tendues au sujet du retrait des forces de l’opération Barkhane. Puis, avec l’Europe et les Etats-Unis, à la suite du partenariat Russo-malien, des rapports difficiles ont été entretenus, allant même jusqu’à l’exigence du retrait de la MINUSMA, une mission qui s’était fixée l’objectif - certes non atteint - de reconstruction et de rétablissement de la paix au Mali.

Cette note d’analyse tente d’étudier différents points dont, principalement, :  (1) la hantise des « menaces extérieures » de la part des autorités militaires en défiance permanente vis-à-vis des cadres régionaux et l’obsession de l’acquisition d’armements, (2) la reprise des hostilités au Nord et son rapport avec la prolongation de fait de la transition de même que les contestations sociopolitiques internes en gestation, (3) la reconquête de Kidal par les FAMAs et leurs alliés dans un contexte de création de l’Alliance des États du Sahel (AES) faisant peser de nombreux risques sur les équilibres régionaux et, enfin, (4) les signaux de résurgence d’un front touarègue au niveau régional à la suite d’une telle Alliance modifiant les rapports entre insurgés et l’État central.

« Sécuriser le Mali » ou « protéger le régime » ? La hantise des menaces « extérieures »

Les tensions diplomatiques avec les organisations régionales/internationales et les nouveaux partenariats avec la Russie, la Turquie et l’Iran viseraient, principalement, deux objectifs. Les autorités de la transition accélèrent l’acquisition d’armes de toutes sortes au profit de l’armée malienne et sortir le Mali de « l’emprise de la CEDEAO et ses partenaires occidentaux ». Certains analystes maliens y voient, aussi, un moyen de « prolonger encore la transition et de se maintenir longtemps au pouvoir » avec un discours aux relents galvaniseurs malgré les difficultés socioéconomiques.

Le soutien apporté aux putschistes du Niger, à travers la récente création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et le report annoncé des élections présidentielles sont interprétés par différents acteurs maliens comme « une intention des autorités actuelles de rester au pouvoir encore plus longtemps » tout en donnant l’image d’un pays engagé sur les causes « panafricanistes » et pouvant servir de modèle régional de « résistance » face à la domination occidentale et l’emprise des cadres régionaux de coopération.

Le non-renouvellement du mandat de la MINUSMA et son retrait des localités sous contrôle des groupes armés, entamé au mois d’août 2023 devient le coup fatal donné à l’accord d’Alger, qui connaissait, déjà, d’énormes difficultés dans sa mise en œuvre depuis 8 ans. Le départ de la MINUSMA, qui était la seule force d’interposition en cas d’affrontements, garante du cessez-le-feu, des arrangements sécuritaires à travers la CTS (Commission Technique de Sécurité) et les EMOV (Equipes Mixtes d’Observation et de Vérification) et le CSA (Comité de Suivi de l’Accord) dont elle gère le secrétariat permanent, concrétise la fin de l’APR (Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali). En plus des désaccords déjà persistants entre le gouvernement et les groupes armés autour de l’armée reconstituée, du statut des présidents des régions, de la nouvelle Constitution, s’ajoute l’absence de compromis sur la rétrocession des bases de la MINUSMA dans les zones encore sous contrôle des groupes armés. Ce qui, selon l’interprétation des Groupes armés, conduit à une remise en cause du cessez-le-feu et à des affrontements très violents depuis le 12 août.

Reprises des hostilités au Nord : Déroulement, interférences et péripéties

L’adoption de la résolution 2690 (2023) par le Conseil de Sécurité consacrant le retrait ordonné de la MINUSMA sur demande du gouvernement malien de la transition survient dans un contexte de blocage total du processus de paix au Mali. Toutefois, le président de la transition, Colonel Assimi GOITA aurait, selon certaines sources, envoyé le chef des services de renseignements à Kidal, le colonel Modibo Koné, pour informer les mouvements signataires de sa volonté de reprendre les emprises de la MINUSMA au profit des FDS.

Des négociations avortées ? Le CSP (Cadre Stratégique Permanent pour la Paix, la Sécurité et le Développement) a pu accepter cette décision sous réserve d’un certain nombre de préalables notamment : la libération de ses combattants détenus par Wagner dans la région de Ménaka, la relance immédiate du processus de paix, le déblocage des indemnités des membres des commissions et l’occupation des emprises par les Bataillons des forces armées reconstituées (BATFAR). Après la libération des prisonniers, le gouvernement, qui se considérait, alors, en position de force, décida de déployer ses hommes pour récupérer les emprises laissées par la MINUSMA, avec les mercenaires de Wagner en première ligne.

Le 03 Aout 2023, le convoi FAMA-Wagner, en route pour la reprise de l’emprise de Ber mène une attaque nocturne sur un poste de sécurité de la base militaire de la CMA à Foyta, située non loin de la frontière mauritanienne. Cette attaque s’est soldée par la destruction du poste, deux morts côté CMA dont un combattant qui serait même décapité à la machette et deux véhicules emportés.

Ainsi, dans son communiqué du 07 août, la CMA accuse la junte militaire malienne et interpelle la médiation algérienne et la communauté internationale sur les risques d’une reprise des hostilités et la compromission à jamais de l’Accord d’Alger. Elle a également déclaré que l’attaque était une « violation délibérée du cessez-le-feu du 23 mai 2014 et des arrangements sécuritaires ».  En réalité, la prise de la ville de Ber, le 13 août dernier, après d’intenses combats de plusieurs jours entre la CMA et les FAMa-Wagner consacre la reprise des hostilités. Le CSP-PSD (Cadre Stratégique Permanent pour la Paix, la Sécurité et le Développement), composé de la CMA et une partie de la Plateforme, informa, alors, l’opinion nationale et internationale qu’il agira désormais « dans le cadre de la légitime défense ».

Depuis le 07 septembre 2023, le Mali fait, ainsi, face à des attaques complexes dont celles de Bourem, Bamba, Léré, Dioura et Taoussa qui ont été revendiqué par le CSP-PSD. Ces attaques étaient caractérisées par des victoires du CSP-PSD contre les forces de défense et de sécurité maliennes, des morts, des blessés et des prisonniers dans les camps des FAMAs ainsi que d’innombrables pertes matérielles (armements et infrastructures militaires).

Ces multiples attaques consacrent, irréversiblement, la rupture du cessez-le feu et remettent en cause l’avenir du processus de paix au Mali et, peut-être, la stabilité dans la sous-région. Cette situation intervient dans une période de turbulences politiques au Sud du Mali avec un vrai front social en gestation face à la décision des autorités de prolonger une fois de plus la transition militaire.

Prolongation de la transition et contestations socio-politiques en gestation

Depuis quelques mois, il y avait une perception partagée selon laquelle les autorités actuelles préparaient les esprits et l’opinion régionale et internationale à une prolongation certaine de la transition. Celle-ci pourrait être vue par les Maliens comme le report de trop. Le 25 septembre, le ministre de l’Administration territoriale annonce un léger report des élections prévues en février 2024. Les raisons évoquées par le gouvernement sont : la prise en compte de nouvelles dispositions constitutionnelles dans la loi électorale, la prise en otage des données numériques des Maliens par la société IDEMIA et la prise en compte par l’AIGE (Autorité Indépendante pour la Gestion des Elections) des résultats de la révision annuelle des listes électorales (1er octobre au 31 Décembre 2023). Cependant, ces raisons avancées par les autorités sont automatiquement rejetées par la classe politique qui sort désormais de sa réserve.

Les langues politiques se délient progressivement. La CMAS (Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko) avait, d’ailleurs, appelé à une grande manifestions le 13 octobre pour exiger une transition civile. Cette manifestation avait été finalement interdite par les autorités suite à l’annonce d’une contre-manifestation du CDM (Collectif pour la Défense des Militaires) pour soutenir la transition militaire. Certains renseignent que pour éviter une confrontation entre la CMAS et le CDM, Chérif Madani Haidara président du HCIM (Haut Conseil Islamique du Mali) aurait rencontré l’IMAM Mahmoud Dicko pour lui demander de dissuader la CMAS de tenir la manifestation du 13 octobre « au nom de l’intérêt général » et que la CMAS aurait répondu favorablement à la demande de son parrain.

De son côté, le parti YELEMA (changement en bambara) met les autorités en garde contre les risques qu’ils font peser sur le pays dans leur « approche solitaire », non consensuelle, non inclusive pour des « objectifs inavoués ». Au sujet du report des élections, les langues se délient, peu à peu, à Bamako. La société IDEMIA quant à elle, assure pour sa part qu'il n'existe "pas de litige en cours" avec les autorités maliennes et qu'il n'y a "plus de cadre contractuel en vigueur" entre le groupe et le ministère malien de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, "en raison du non-paiement des factures".

D’autres voix rejettent les arguments du gouvernement et affirment que ce report des élections n’est qu’une preuve de plus de « l’intention des autorités actuelles de prolonger encore la transition ». En effet, cette annonce du report tombe comme un coup de tonnerre dans les oreilles des hommes politiques, apparemment, réduits au silence depuis l’avènement du coup d’Etat du 18 Aout 2020. Ils estiment déjà que cette transition n’a que trop duré et considèrent pour la plupart inacceptable un énième report qui consacrerait l’installation d’une « dictature militaire ».

D’autres affirment, déjà, que le régime militaire actuel s’inspirerait politiquement du Général Moussa Traoré dont la mémoire a été, récemment, honorée par les autorités de la transition. En effet, le nom de celui qui fut contesté en tant que « dictateur » a été, donné à la 45ème promotion de l’École militaire Interarmes (EMIA) le vendredi, 1er septembre 2023, sur la place d’armes du Centre d’instruction Boubacar Sada Sy de Koulikoro. Ainsi, contrairement à l’attitude de la classe politique de ces derniers mois, les déclarations de rejet du report des élections pleuvent sur la presse et les réseaux sociaux. Plusieurs partis politiques maliens rejettent, désormais publiquement et catégoriquement ce report, dont le RPM, le Sadi, la CODEM, YELEMA etc….

D’ailleurs, bien avant cette déclaration du gouvernement annonçant un autre report des élections, la 2ème phase de la transition fut marquée par des restrictions des libertés individuelles et collectives, le musèlement de la presse, des intimidations des arrestations arbitraires, dont les dernière en date furent celle l’emprisonnement de « Ben le cerveau », membre du CNT et pourtant principal allié activiste de la junte pour faire partir la France et la MINUSMA, et la radiation de 2 magistrats par décret présidentiel. De plus, les dernières attaques perpétrées par le CSP-PSD et le JNIM contre le bateau Tombouctou et les camps de Gao, Bourem, Bamba, Léré, Dioura, Taoussa et l’embargo économique imposé par le JNIM sur la région de Tombouctou et partiellement sur les régions de Gao et Ménaka révoltent une bonne partie de la population contre une gouvernance décriée de la junte militaire et son « incompétence pour garantir la sécurité dans le pays ».

En revanche, les militaires étant conscients des protestations en gestation, passent à la vitesse supérieure pour tenter le coup de la dernière chance en lançant une offensive sur la région de Kidal. En effet, si cette opération réussissait, elle suffirait à la junte pour regagner la confiance de la population du Sud, et mettrait en minorité ceux qui s’opposeraient à la prolongation de la transition déjà annoncée. 

Reconquête de Kidal par les FAMa et leurs alliés : l’opération de tous les risques

Le gouvernement de la transition lance, le 2 octobre 2023 une opération de reprise des emprises de la MINUSMA situées dans la région de Kidal. Elle est menée avec un convoi composé de près de 200 véhicules majoritairement blindés, des avions et des drones armés et de surveillance. Les effectifs sont de plusieurs centaines de militaires maliens et mercenaires Wagner. L’opération s’annonçait difficile et périlleuse en cas d’échec qui serait ravageur pour l’image de la junte.

Les affrontements ont duré 6 jours entre les localités de Tarkint, Tabrichat et Anefis. Des sources locales parlent, déjà, de dégâts humains et matériels assez importants. Chaque partie donne des bilans en sa faveur mais la lenteur de l’avancée des FAMa illustre la capacité de résistance de groupes armés en face. Cette bataille symbolique décisive pour le contrôle de Kidal risque de plonger le Mali dans une guerre insurrectionnelle complexe.

Certains pensent déjà au scenario afghan. Les alliances entre les groupes séparatistes et jihadistes sont déjà plus ou moins perceptibles. De plus, cette guerre pourrait, définitivement, avoir raison de l’accord pour la paix et de la stabilité au Sahel de manière plus générale.

Au terme de plusieurs jours d’intenses combats, les forces armées maliennes ont pu investir la localité d’Anefis encerclée par les forces du CSP-PSD. Du côté de Kidal, le camp des FAMa occupé par le BATFAR de Kidal jusqu’ici épargné, a été investi le 10 octobre par les combattants du CSP-PSD qui auraient désarmé plus d’une centaine des FAMa et les auraient remis à la MINUSMA pour les acheminer à Bamako. Le 13 octobre, 2 avions transportant des mercenaires du groupe Wagner, des FAMa et du matériel seraient atterris à Tessalit en prélude de la rétrocession de cette emprise de la MINUSMA prévue à partir du 15 octobre.

Il est, pour l’heure, difficile de prédire l’issue des combats qui seront probablement très violents dans les jours à venir. Ce qui accélérera le discrédit de la transition si elle perdait face aux groupes armés. Il est certain qu’en cas de succès, les autorités actuelles gagneraient en popularité dans le cas où Kidal serait totalement reconquise.

En effet, avec la prolongation actuelle, l’avenir de la junte militaire malienne est plus que jamais incertain comme le montrent les signaux d’une plus grande contestation au sein de la classe politique et de la société civile sortant, progressivement, de sa timidité. S’il devait y avoir une seule certitude, ce serait la volonté des militaires de conserver le pouvoir en prolongeant la transition pour la énième fois. Cependant, deux événements majeurs pourraient entraver ce projet de prolongation de la transition : l’échec de la reconquête de Kidal ou une protestation plus vive au sud contre le report des élections. Dans les deux cas ou si ces évènements se concrétisaient simultanément ou successivement, le Mali risquerait à nouveau de sombrer dans une plus profonde crise tout en impactant les pays voisins notamment, le Niger et le Burkina déjà engagés à ses côtés dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel.

L’Alliance des États du Sahel (AES) et son incidence sur la stabilité régionale

L’instabilité au Mali se propage dans la région du Sahel tant sur le plan politique que sécuritaire. Tout porte à croire qu’un phénomène de contagion existe entre le Mali, le Burkina et le Niger. De l’expansion des groupes armés terroristes établis au Mali (JNIM, EIS) à la duplication des coups d’états dans ces pays, tous les phénomènes qui surviennent au Mali se répercutent dans ces pays voisins. Le coup d’Etat au Niger, le positionnement des juntes malienne et burkinabé aux côtés du Niger contre la CEDEAO et la création de la nouvelle alliance donnent désormais un nouveau coup d’accélérateur à cette régionalisation du conflit et des menaces sécuritaires.

Une des clauses de la charte de Liptako-Gourma signée par les trois pays (Mali-Niger-Burkina Faso) le 16 septembre et ratifié par le CNT du Mali le 09 octobre a fait couler beaucoup d’encre et interroge sur les menaces qu’un tel cadre fait peser sur les mécanismes sous-régionaux et régionaux de sécurité collective.

Il est sûr que l’annonce de cette Charte, si elle était suivie d’effet, aura d’énormes conséquences parmi lesquelles, l’affaiblissement de la CEDEAO et la disparition tacite en vue du G5 Sahel, qui étaient des acteurs-clés dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et en Afrique de l’Ouest de manière générale. On semble s’acheminer, inéluctablement, vers la fragmentation des efforts régionaux de lutte contre le terrorisme.

Vers la résurgence d’un front touarègue au niveau régional ?

Certains groupes et organisations Touaregs du Mali et du Niger voient déjà dans cette Charte du Liptako-Gourma, une « conspiration » des trois juntes militaires contre la communauté Touarègue de ces pays. Rhissa Boula, ancien ministre de Mohamed Bazoum et fondateur du Conseil de la Résistance pour la République (CRR) a publiquement dénoncé l’AES et apporté son soutien au CSP-PSD.

De même, le collectif des ex-combattants de la rébellion touarègue du Niger, qui, pourtant, avaient, pendant un certain temps, apporté leur soutien aux putschistes nigériens, s’insurgent, à leur tour, contre l’AES et ont organisé une grande manifestation à Agadez pour se démarquer de ce qu’ils qualifient d’ingérence dans les affaires internes d’un pays en ce qui concerne le soutien du Niger au Mali dans sa guerre contre le CSP-PSD auquel ils apportent leur soutien. En plus de la généralisation du conflit au niveau régional, son ethnicisation devient une menace réelle à la stabilité de la région.

PRINCIPALES CONCLUSIONS  

  1. Sur le départ de la MINUSMA et gestion de l’insurrection armée au nord du Mali
  • Le retrait de la MINUSMA a eu un impact significatif sur la situation sécuritaire, marquant la fin de l'APR (Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali) et affaiblissant les mécanismes de maintien de la paix dans les zones sous contrôle des groupes armés.
  • L'absence de la MINUSMA comme force d'interposition a conduit à une recrudescence des hostilités, à des affrontements violents entre les forces gouvernementales et les groupes armés, remettant en question le cessez-le-feu et l’option diplomatique et la négociation comme mode privilégié de résolution du conflit au nord Mali.
  1. Sur le mode de décision des mesures sécuritaires et leur incidence politique
  • Les décisions de la transition militaire, notamment le choix de nouveaux partenaires tels que la Russie, montrent une volonté de s'éloigner de l'influence occidentale, mais cela a également conduit à des tensions avec la CEDEAO et la communauté internationale. Le recours aux mercenaires de Wagner, qui tirent leurs revenus de la guerre, est un facteur influent de la prise de décision de la junte de privilégier l’option armée au détriment de la négociation pour résoudre le conflit au nord du Mali.

  • Alors que l'objectif déclaré de l’offensive militaire est la restauration de la souveraineté nationale et la sécurité, il devient évident que la junte militaire poursuit également des objectifs politiques, notamment la légitimation de la prolongation de la transition et le maintien du contrôle du pouvoir politique.

  • Cette approche, semblable à celle de la junte au Burkina Faso, qui a repoussé indéfiniment les élections présidentielles jusqu’à ce la « sécurité soit rétablie sue l’ensemble du territoire », pose des défis majeurs en termes d'opportunité et d'efficacité.

  • La concentration sur des objectifs politiques au détriment des impératifs de sécurité et de stabilité risque de compromettre la résolution du conflit armé et de créer des tensions supplémentaires.

  • La décision de politiser les mesures sécuritaires souligne une priorité accordée à la consolidation du pouvoir plutôt qu'à la résolution des crises et à la promotion de la stabilité. Cela pourrait entraîner une polarisation accrue au sein de la population malienne et aggraver les divisions politiques, sapant ainsi les fondements d'une transition vers un gouvernement civil.
  1. Sur la signature de la Charte du Lipatako-Gourma et risques de régionalisation d’un front Touareg
  • La Charte du Liptako-Gourma, signée par le Mali, le Niger, et le Burkina Faso, soulève des préoccupations quant à son impact sur les mécanismes régionaux de sécurité, en particulier l'affaiblissement de la CEDEAO et la possible disparition du G5 Sahel.

  • La clause de la Charte liée à la lutte contre les insurrections armées dans les trois pays, avec une dimension touarègue importante, peut entraîner une ethnicisation du conflit, créant des risques de division voire de tensions entre les gouvernements et les minorités touarègues.
  1. Une contre-alliance touarègue au niveau régional ? 
  • Les réactions de certains Touaregs du Mali et du Niger contre l'Alliance des États du Sahel (AES) suggèrent une méfiance envers cette alliance, la considérant comme une menace pour la communauté touarègue.
    • La possibilité d'une nouvelle dynamique de conflit dans la région, impliquant une contre-alliance touarègue au-delà des frontières nationales, pourrait aggraver les tensions ethniques et la stabilité régionale.

 

Timbuktu Institute – Octobre 2023 - Tous droits réservés

 

 

 

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies, in partnership with the Embassy of Japan in Senegal, is organizing a seminar on the issue of community resilience to multi-dimensional risks this Wednesday, October 11 in Dakar, with the participation of African and Japanese researchers and experts. Based on regional situations and expert analyses, the seminar will also provide an opportunity to revisit Japan's experience and cooperation in building community resilience in the Sahel.

Committed at continental level and alongside most African countries since independence, Japan is one of the international players that has been able to forge solid, long-term cooperation with the region's states. Through the Japan International Cooperation Agency (JICA) and other mechanisms, Japan has always been involved in crisis prevention and resolution, as well as humanitarian aid and technical assistance to governments. This commitment to Africa has never wavered, as Prime Minister Fumio Kishida reaffirmed in his opening speech at the 8th Tokyo International Conference on African Development (TICAD8). As part of the strengthening of Japan's contribution, he announced a substantial public and private financial plan for the next three years, as well as an investment in human capital aimed at training over 300,000 professionals. It is in this context that the Japanese contribution should be re-examined in terms of building resilience. Resilience is often defined as an entity's ability to withstand a shock, disaster or the consequences of insecurity, and to bounce back and move towards a more positive process of economic and social development.

Thus, with its historical experience in reconstruction processes, linked to the bombing of Hiroshima and Nagasaki in 1945 or, more recently, following the tsunami and the Fukushima nuclear incident, Japan can be a valuable support and model for Africa in the face of certain tragedies, first and foremost those linked to violent conflicts. Peacebuilding is thus one of the three fundamental components of Japan's cooperation policy with Africa.
 
More specifically, JICA's focus on resilience in terms of human security, combining the strengthening of governmental and community institutions with protection and empowerment processes, offers a real alternative to the all-out security approach. In West Africa, JICA has had a regional office in Dakar since 1980, covering six of the region's countries, where the Timbuktu Institute is involved in peace-building activities and strengthening the resilience of local communities.

Having taken part in numerous initiatives supported by Japan, such as the study tour to Hiroshima on the theme of peace education, since 2016 the Timbuktu Institute has been working throughout the sub-region on issues related to peace and security. As part of its five-year action plan 2020-25, the institute has placed the operationalization of knowledge, consulting and decision support as well as institutional support at the heart of its priorities by setting up a broad network of associate researchers covering more than 20 African countries with a diversification of working languages (international as well as local) to operate across the continent. A special program has been devoted to strategic monitoring, the organization of national and international meetings, and the production of publications and notes on current developments in coastal zones, with the shift in epicenters and the growing terrorist threat.

In addition, the Institute's approach has always been geared towards prevention and strengthening community resilience, based on numerous experiments in partnership with regional organizations such as the G5 Sahel and ECOWAS, as well as civil society organizations. This overlaps with many of the concerns of Japanese cooperation in the context of its support for regional organizations, states and various communities.

In addition to this shared interest in strengthening community resilience, the Timbuktu Institute has extensive experience in both producing empirical data and formalizing operational recommendations for various civil society players, representatives of administrative authorities, and religious and community leaders.

It was thus envisaged to initiate cooperation based on this seminar, which would enable us to deepen our reflection and carry out an in-depth, concerted analysis of the scope of Japanese cooperation actions and initiatives, for a better understanding of shared issues and challenges. This seminar-based cooperation between JICA and Timbuktu should ultimately lead to the development of innovative tools for strengthening community resilience in the face of the multiple threats facing Africa.
 
Timbuktu Institute - Octobre 2023

Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies - en partenariat avec l’Ambassade du Japon au Sénégal, organise un Séminaire sur la problématique de la résilience communautaire face aux risques multi-dimensionnels ce Mercredi 11 octobre à Dakar avec la participation de chercheurs, experts africains et japonais. Tout en partant des situations régionales et des analyses des experts, ce Séminaire sera aussi l’occasion de revisiter l’expérience japonaise et sa coopération dans le cadre du renforcement de la résilience des communautés au Sahel.

En effet, engagé au niveau continental et aux côtés de la plupart des pays africains depuis les indépendances, le Japon fait partie des acteurs internationaux qui ont pu nouer une solide et durable coopération avec les États de la région. Par le biais de l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) et d’autres mécanismes, le Japon s’est toujours mobilisé que ce soit dans le cadre de la prévention comme de la résolution des crises mais aussi  dans l’aide humanitaire et l’assistance technique aux États. Cet engagement aux côtés de l’Afrique ne s’est jamais estompé comme l’a réaffirmé le premier ministre Fumio Kishida lors de son discours d’ouverture de la 8ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD8). Il avait d’ailleurs annoncé, dans le cadre du renforcement de la contribution japonaise, un plan financier conséquent, public et privé, pour les trois prochaines années mais aussi un investissement dans le capital humain visant à former plus de 300 000 professionnels. C’est dans ce cadre qu’il faudrait réinterroger cette contribution japonaise en termes de renforcement de la résilience. La résilience est souvent définie comme la capacité d’une entité à subir un choc, un désastre ou les conséquences de l’insécurité et de s’en relever pour mieux rebondir et évoluer vers un processus plus positif dans le cadre de son développement économique et social.

Ainsi, avec son expérience historique dans des processus de reconstruction, liés au bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945 ou, plus récemment, suite au tsunami et à l’incident nucléaire de Fukushima, le Japon peut être un précieux soutien et un modèle pour l’Afrique face à certaines tragédies, et en premier lieu celles liés aux conflits violents. La consolidation de la paix est ainsi un des trois volets fondamentaux de la politique de coopération du Japon avec l'Afrique. 

Plus précisément, la JICA en privilégiant une approche en termes de résilience liés à la sécurité humaine, associant le renforcement des institutions gouvernementales ou communautaires avec des processus de protection et d’autonomisation, offre une réelle alternative au tout-sécuritaire. Par ailleurs, en Afrique de l’Ouest, la JICA possède son bureau régional à Dakar depuis 1980 qui couvre six pays de la région où le Timbuktu Institute intervient dans le cadre de ses activités notamment en matière de consolidation de la paix et de renforcement de la résilience des communautés locales.

Ayant pris part à de nombreuses initiatives soutenues par le Japon comme le voyage d’étude à Hiroshima sur la thématique de l’éducation à la paix, le Timbuktu Institute travaille depuis 2016 dans toute la sous-région sur des questions liées à la paix et à la sécurité. Dans le cadre de son plan d'action quinquennal 2020-25, l’institut a placé l'opérationnalisation des connaissances, le conseil et l’aide à la décision ainsi que l'appui aux institutions au cœur de ses priorités en mettant en place un large réseau de chercheurs associés couvrant plus de 20 pays africains avec une diversification des langues de travail (internationales comme locales) pour opérer sur tout le continent. Un programme spécial a été consacré à la veille stratégique, à l'organisation de rencontres nationales comme internationales et à la production de publications et de notes sur les évolutions actuelles en zone côtière avec le glissement des épicentres et la progression de la menace terroriste. 

De plus, l’approche de l’Institut a toujours été orientée vers la prévention et le renforcement de la résilience des communautés à partir de nombreuses expériences en partenariat avec les organisations régionales comme le G5 Sahel, la CEDEAO mais aussi les organisations de la société civile. Ce qui recoupe nombre de préoccupations de la coopération japonaise dans le cadre de son appui aux organisations régionales, aux États mais aussi aux diverses communautés.

En plus de cet intérêt partagé pour le renforcement de la résilience communautaire, le Timbuktu Institute possède à la fois une longue expérience dans la production de données empiriques comme dans la formalisation de recommandations opératoires à destination de différents acteurs de la société civile, des représentants des autorités administratives, des leaders religieux et communautaires. 

C’est ainsi qu’il a été envisagé d’initier une coopération à partir de ce séminaire permettant d’approfondir la réflexion et de faire une analyse poussée et concertée de la portée des actions et initiatives de la coopération japonaise pour une meilleure compréhension des enjeux et défis en partage. Cette coopération via ce séminaire entre la JICA et le Timbuktu devrait permettre, à terme, de proposer des outils innovants dans le renforcement de la résilience communautaire face aux multiples menaces auxquelles l’Afrique fait face. 

As soon as French President Emmanuel Macron announced the withdrawal of French forces from Niger, the reaction of a leading international affairs expert was summed up in one sentence: "the great Nation is losing its face and its diplomatic place in the Sahel". Up until now, both the junta and France have tried to put on a brave face in order not to lose face. What was seen as a simple request from a junta that had just taken over the reins of power in Niamey quickly became one of the ingredients of the nationalist, even populist discourse that Sahelian militaries are now famous for, as we saw in Mali and Burkina Faso. One could come to think that France's stubbornness was also due to the fear that the departure of its forces from Niger would be a trigger for other countries in the region. After a two-month tug-of-war, the junta had to wear France down; this battle of unequal symbolic arms could only be won with difficulty by a cornered France, which had the disadvantage of having to deal with urgency and history at the same time. This attitude put it in a bad position when faced with a junta whose populist discourse continues to have an effect on a population and a youth overheated by the impression of having defeated a regime and gradually rid itself of a dominating power.

ECOWAS faced with a diplomatic fait accompli?

But, at the same time, Emmanuel Macron's announcement sounds the death knell for ECOWAS's intervention project, and deals a severe blow to its credibility, notably its capacity to deter military coups, one of its priority objectives. This situation augurs well for the emergence of a “militaro-populist” trend, to the detriment of the democratic ideal in the sub-region. The risk of coups, sometimes theorized as paradoxical moments of "democratic breathing space", is likely to increase.

ECOWAS, the sub-regional organization has thus been presented with a diplomatic fait accompli, with this failure of military strategy stemming, in reality, from four main factors:

 - A certain division within the AU Peace and Security Council.

- The ambiguity of the position of the United States of America and its pragmatism, considered self-serving by some observers, resulting in a lack of firm diplomatic and military support since the beginning of the crisis.

- France's diplomatic isolation within the EU, despite appearances to the contrary, with the lack of diplomatic and financial support for a possible operation, as ECOWAS's main financial partner.

- Strong opposition from public opinion in the Sahel and West Africa, and from civil society, which now sees itself as a legitimate stakeholder in the security debate and even in foreign policy, putting pressure on political leaders who are heavily criticized, particularly by young people.

A geopolitics of youth: indiscriminate "mimicry"?

But the aspect that needs most consideration is the possible effect of indiscriminate mimicry, facilitated by social networks, on the part of a disenchanted youth that is socio-economically vulnerable to radicalism and populism, seasoned with effective Russian "propaganda" to which Westerners respond with policies of influence supported by communication that rivals aggressiveness.But what is denounced as Russian "propaganda" seems to be backed up by a real foothold in real society and among young people, who are sometimes snubbed by chancelleries fascinated by literary elites reminding them of their "universality", by political leaders who are losing ground and by economic operators, subcontractors to their bosses and multinationals. A group of unpopular intermediaries rejected by a youth completely committed to a stodgy pan-Africanism, for want of a real political culture in the image of the founding fathers.

Ingredients for a new historic cycle in the Sahel?

This set of facts now constitutes an explosive recipe against French interests in French-speaking Africa, where Paris was for a long time considered a "champion" by the European Union and the "Western camp", which has recently become much more fractured.A high-ranking diplomat could not have been clearer when he declared, at an important meeting, that "NATO is not a bloc but a simple alliance", which aptly reflects the current state of mind of international partners in the shifting sands of the Sahel, where they are increasingly dispersed, not to say divided or even bogged down.But beyond the publicity surrounding the French withdrawal, and the epidermal reactions of "pan-Africanist pride" and "French disillusionment", it has become clear that the process of fighting for a second decolonization from below seems to be inexorably underway.

Avoiding new disillusionment: the disturbing questioning

The question arises, however, as to whether the military regimes now calling for the departure of foreign forces will be able to do without them for long after the time of expressions of pride and galvanizing speeches. The recent Liptako Gourma Charter, sealing a mutual defense pact "in the event of aggression" between Burkina Faso, Mali and Niger, certainly raises hopes of synergy, but raises questions about its operationality and durability. These questions - admittedly disturbing for some - are all the more legitimate given that if these countries were to find themselves in a security situation that would force them to once again call on military cooperation, now rejected in this context strongly marked by nationalist and pan-Africanist rhetoric, it would be another Sahelian disillusionment that would inevitably be fatal.Such a disillusionment would open up, through a second Islamist breath, a wide boulevard for the actors of political Islam and extremist movements who would come to claim, "legitimately", the status of new forces untouched by any exercise of power after the failure of today's secular and military policies. In any case, the dawn of a new historical cycle seems to be looming in the Sahel, but also for Euro-African and, more particularly, French-Sahelian relations.

 

 Timbuktu Institute - October 2023

Dans le but de participer à la réflexion sur les enjeux de l’apport de la culture dans la consolidation de la paix en Afrique de l’Ouest en général et au Sénégal en particulier, le Timbuktu Institute, en partenariat avec la Collectivité Mandingue de Mbour et la commune de Mbour, organise le samedi 30 septembre à partir de 15h sur l’esplanade la mairie de Mbour, une grande conférence sur le thème : « Contribution de la culture dans la consolidation de la paix et la cohésion sociale : Modèle du Kankourang de Mbour ». Dans une Afrique de l’Ouest de plus en plus sujette à la menace terroriste, les conflits intercommunautaires, ainsi que des germes d’instabilité menaçant les équilibres régionaux et nationaux, cette conférence vise à capitaliser les ressources culturelles endogènes mandingues au service de la consolidation de la paix.

Le choix du rituel du Kankourang trouve sa pertinence en ce qu’il est un creuset d’intégration et de cohésion sociale dans le département de Mbour et qui participe depuis plus d’un siècle à la consolidation du vivre ensemble, en capitalisant sur les bonnes pratiques générées depuis son institution à Mbour. Cette conférence, en définitive, se veut aussi un appel à la société civile et aux universitaires, à se pencher sur la part d’une culture sénégalaise, en l’occurrence celle mandingue, dans la sauvegarde de la paix commune et du vivre-ensemble. En d’autres termes, accorder la « dignité de solutions aux solutions endogènes », comme suggère le Dr Bakary Sambe. Dans ce sillage, cette séance de partages espère tenir lieu de déclic.

La conférence sera ouverte par la directrice nationale Timbuktu Institute Mme Yague SAMB et les échanges seront assurés par le Dr Bakary SAMBE, Directeur régional de Timbuktu Institute, le maire de Mbour, Cheikh Issa SALL, le ministre de la Culture et du patrimoine historique, M. Aliou Sow, le secrétaire général de la Collectivité Mandingue, M. Mamadou Aïdara DIOP, président de la Commission scientifique de la Collectivité Mandingue, M. Sidy MANDIANG, Dr Mandiaye FALL, membre du Comité technique en charge du projet d’écomusée, M. Abdoulaye BALDE, Directeur général d’APIX et M. Babacar Sané BA, Directeur des partenariats sur la promotion des investissements et de la culture au ministère des Affaires Étrangères.

Le Timbuktu Institute, la Collectivité Mandingue de Mbour et la commune de Mbour, seraient honorés de votre présence, et invitent la presse pour la couverture de cet évènement.

Timbuktu Institute – 27/09/2023

Dès l’annonce faite par le Président français, Emmanuel Macron, du retrait des forces françaises du Niger, la réaction d’un grand expert des affaires internationales s’est résumée en une phrase : « la grande Nation perd sa face et sa place diplomatique au Sahel ». Alors que jusqu’ici, qu’il s’agisse de la junte ou de la France, chacun tentait de faire bonne figure pour ne pas perdre la face. Ce qui était considéré une simple demande d’une junte qui venait de prendre les rênes du pouvoir à Niamey était vite devenu un des ingrédients du discours nationaliste voire populiste dont les militaires sahéliens ont, désormais, le secret comme on a pu le constater au Mali et au Burkina Faso.

On pourrait arriver à penser que l’entêtement français s’expliquait aussi par la hantise de voir le départ de ses forces du Niger se transformer en un déclic pour d’autres pays de la région. Après un bras de fer de deux mois, la junte a eu la France à l’usure ; cette bataille à armes symboliques inégales ne pouvait être que difficilement gagnable par une France acculée présentant le désavantage de devoir, à chaque fois, gérer l’urgence et l’histoire en même temps. Cette attitude la mettait en mauvaise posture face à une junte dont le discours populiste continue de faire effet face à une population et une jeunesse surchauffées par l’impression d’avoir défait un régime et de se débarrasser progressivement d'une puissance dominatrice.

La CEDEAO devant le fait accompli diplomatique ?

Mais, en même temps, cette annonce d’Emmanuel Macron sonne le glas du projet d’intervention de la CEDEAO et porte un sévère coup sa crédibilité, notamment sa capacité de dissuasion des coups d’Etat militaires, un de ses objectifs prioritaires.

Cette situation augure de perspectives favorables à l’émergence d’une tendance lourde du militaro-populisme, au grand dam de l’idéal démocratique dans la sous-région. Il faudra craindre une augmentation du risque de coups et contrecoups, parfois théorisés comme de paradoxaux moments de « respiration démocratique ».

 L’Organisation sous-régionale est, ainsi, mise devant le fait accompli diplomatique avec cet échec de la stratégie militaire qui découle, en réalité, de quatre facteurs principaux :

 -       Une certaine division notée au sein du Conseil de paix et Sécurité de l’UA.

 

-       L’ambiguïté de la position des États-Unis d’Amérique et son pragmatisme jugé intéressé, par certains observateurs, se traduisant par une absence de soutien ferme au point de vue diplomatique et militaire depuis le début de la crise

 

-       Un isolement diplomatique de la France au sein de l’UE, malgré les apparences, avec le défaut de soutien diplomatique et financier d’une éventuelle opération, en tant que principal partenaire financier de la CEDEAO.

-       Une forte opposition des opinions publiques sahéliennes et ouest-africaines, des sociétés civiles qui se considèrent désormais comme parties prenantes légitimes du débat sécuritaire et même de la politique étrangère ; mettant la pression sur des dirigeants politiques fortement critiqués notamment par la jeunesse.

Une géopolitique de la jeunesse : « mimétisme » sans discernement ?

Mais l’aspect qui serait le plus à prendre en considération est l’effet éventuel du mimétisme sans discernement, facilité par les réseaux sociaux, de la part d’une jeunesse désenchantée et socio-économiquement vulnérable au radicalisme et au populisme, assaisonné à l’efficace « propagande » russe à laquelle les Occidentaux répondent par des politiques d’influence soutenues par une communication rivalisant d’agressivité.

Mais ce qui est dénoncé comme une « propagande » russe semble adossée à un véritable ancrage dans la société réelle et au sein de la jeunesse parfois snobées par des chancelleries fascinées par les élites littéraires leur rappelant leur "universalité", des dirigeants politiques en perte de vitesse et des opérateurs économiques, sous-traitants de leurs patronats et multinationales. Un ensemble de relais peu populaires rejetés par une jeunesse complètement acquise à un panafricanisme indigent par défaut d’une réelle culture politique à l’image des pères fondateurs.

Des ingrédients d’un nouveau cycle historique au Sahel ?

Cet ensemble de faits constitue, désormais, une recette explosive contre les intérêts français en Afrique francophone où Paris fut, pendant longtemps considéré comme un « champion » par l’Union européenne et le « camp occidental » qui s’est récemment beaucoup fissuré.

Un diplomate de haut rang ne pouvait être plus clair, en déclarant, lors d’une importante réunion que « l’OTAN n’est pas un bloc mais une simple alliance » ; ce qui traduit, pertinemment, l’état d’esprit actuel des partenaires internationaux dans ce sable mouvant sahélien où ils sont de plus en plus dispersés pour ne pas dire divisés voire enlisés.

Mais, au-delà des effets d’annonce sur ce retrait français, des réactions épidermiques de « fierté panafricaniste » comme de « désillusion française », il est devenu clair que le processus de lutte pour la deuxième décolonisation par le bas, semble être inexorablement enclenché.

Éviter une nouvelle désillusion ou le questionnement dérangeant

La question se pose, toutefois, de savoir si les régimes militaires demandant, aujourd’hui, le départ des forces étrangères auront les capacités de se passer d’elles durablement après le temps des expressions de fierté et des discours de galvanisation. La toute récente Charte du Liptako Gourma, scellant, surtout un pacte de défense mutuelle « en cas d’agression » entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger suscite, certes des espoirs de synergie, mais des questionnements sur son opérationnalité et sa durabilité.

Ces questionnements, - il est vrai dérangeants pour certains -, sont d’autant plus légitimes que si ces pays se retrouvaient dans une situation sécuritaire qui les obligerait de faire appel, à nouveau, à la coopération militaire aujourd’hui rejetée dans ce contexte fortement marqué par les discours nationalistes et panafricanistes, ce sera une autre désillusion sahélienne qui sera forcément fatale.

Une telle désillusion ouvrirait, par un second souffle islamiste, un large boulevard pour les acteurs l'islam politique et les mouvements extrémistes qui viendraient réclamer, "légitimement" le statut de nouvelles forces vierges de tout exercice du pouvoir après l’échec des politiques laïcs et des militaires d’aujourd’hui.

En tout état de cause, l’aube d’un nouveau cycle historique semble se profiler au Sahel mais aussi pour les relations euro-africaines et, plus particulièrement, franco-sahéliennes.

 

 Timbuktu Institute – Septembre 2023

LETTRE DE L'OBSERVATOIRE - Septembre 2023

Timbuktu Institute a consacré La Lettre de l’Observatoire du mois de Septembre 2023 à la mort d’Evgueni Progojine, le chef de la société militaire privée Wagner, et, notamment, à ses éventuelles conséquences sur l'évolution du contexte politico-sécuritaire du Mali et au Sahel de manière générale.

 

Télécharger la lettre de l’Observatoire en intégralité

Timbuktu Institute

With this "khaki pact", the three countries (Burkina Faso, Mali, Niger) are almost formalizing their split with ECOWAS, especially with the implications of Article 6 (equivalent to NATO's Art 5), known as "casus foderis" in military alliance law. This principle now provides a legal basis for mutual assistance between allied states in the event of aggression or armed attack, for example if ECOWAS were to consider military intervention.

The Malian Minister of Foreign Affairs recalled this at the 78th Session of the United Nations General Assembly. But, in addition to a real challenge to the regional collective security mechanism, there is a new fact: in the event of a rebellion under the terms of Article 6 of the Charter, theoretically, Niger and Burkina Faso soldiers could now support Malian forces against armed groups in northern Mali already at war with Bamako. Article 6 clearly states: "Any attack on the sovereignty and territorial integrity of one or more contracting parties shall be considered as an aggression against the other parties and shall give rise to a duty of assistance and relief on the part of all parties", whereas ECOWAS has defense pacts signed since the 1970s (non-aggression and mutual assistance in the event of aggression).

Certain provisions of this charter therefore nullify any possibility of non-diplomatic sanctions within the ECOWAS system. The dislocation of ECOWAS may already be underway, as the question now arises of the compatibility between membership of ECOWAS and adherence to a scheme that runs counter to its founding objectives.

A major geopolitical shift for the region

The Charter marks the emergence of a collective defense alliance of three countries that now perceive the ECOWAS collective security mechanism as a strategic threat. As it stands, it represents a clear regression in the security situation of the ECOWAS region, as a homogeneous area of collective security cooperation, where the risks and threats of inter-state conflict had been virtually eliminated.

What's more, should the Charter's provisions become operational, the new situation would make the security environment even more complex, radically calling into question ECOWAS's peace and security architecture, exclusively geared towards creating a sub-regional order of peace, security and economic prosperity, based on democracy, good governance and respect for human rights, as a means of preventing intra-state conflicts, identified as the main threat to sub-regional peace and security, with mixed and reversible success.

Alliance of Sahel States: geostrategic upheavals in sight?

In addition to the negative consequences for a number of regional projects (oil, road and energy pipelines) with a strong economic and integration impact (Nigeria, Niger, Benin, Morocco with substantial Chinese and US funding), the Niger crisis, which has just been made more complex by this Charter, will trigger unprecedented upheavals in the sub-region and beyond.

Among the many other consequences of the Alliance on the sub-regional (ECOWAS) and regional (AU) geopolitical and security context, we can note a break with the sub-regional vision of an integrated and economically prosperous West Africa, in a context of peace and security founded on democracy, good governance and respect for human rights; where the seizure of power by unconstitutional means would be banned, and where disputes between member states would have to be resolved peacefully.

There is no doubt that the announcement of this Charter, if followed by action, will have enormous consequences, including:

The weakening of ECOWAS and the tacit disappearance in sight of the G5, which were key players in the fight against terrorism in the Sahel and West Africa in general.

Fragmentation of regional counter-terrorism efforts: with the Alliance of Sahel States other states may feel excluded or marginalized, thus undermining the cooperation and coordination needed to effectively tackle common security challenges.

A negative impact on the AU's efforts: The AU's role will be weakened, as this new initiative will complicate its attempts to coordinate its security efforts on a continental scale:

A tough test for the African Union (AU)

In any case, the establishment of such an alliance, should it come to fruition, would be a severe test of the cohesion and unity of the AU, which has made the promotion of democracy and good governance a credo of its own. This dissident military alliance will be seen as a clear retreat from these long-held values. Today, more than ever, there are huge risks of division within the AU, with real obstacles to these efforts at continent-wide coordination.

In another respect, this Alliance undermines the legitimacy and credibility of the AU: the AU's mechanisms would be called into question by the emergence of military regimes, which are a challenge to these principles. This could affect the perception of the AU at continental and international level, where it had gained much with the Senegalese Presidency and the acquisition of a seat at the G20.

In the field of regional cooperation and coordination, this Alliance will weaken the role of continental coordination in other areas beyond counter-terrorism, economic, social and other cooperation. Similarly, the fragmentation of regional efforts in the Sahel could hamper these efforts.

Uncertainties about collective defense and the future of democracy

If the Pact were to become a reality, it would inevitably have a negative impact on the AU's role in mediation and conflict resolution. As a result, the enduring presence of military regimes in alliances could make it difficult for the AU to exercise its role as neutral mediator, and make its conflict resolution role in the regions more complex.

But, at the same time, these many uncertainties about the collective defense clause raise real concerns about the implementation of this Alliance. In fact, military regimes may have divergent interests and priorities over time. What's more, since these regimes are transitional, we may well wonder about the attitude of the future democratic governments that are likely to be set up following the current military transitions.

What about regional and international reactions?

Since the announcement of this Alliance, observers have been closely monitoring the reaction of other states, sub-regional organizations and, above all, international partners. After all, every alliance identifies its enemies and potential risks. In the case of the Alliance of Sahel States, the potential enemies are clearly ECOWAS and, indirectly, France. We still don't know what kind of support Russia and China, on the one hand, and the West, on the other, might provide.

Similarly, without being alarmist, this announcement raises many concerns about the risks of an East-West 'proxy' confrontation, which would be disastrous for the fight against terrorism and regional integration, built up step by step since the 1970s.

It now remains to be seen whether these three regimes, which have the world's greatest difficulty in controlling their territories and even ensuring security within their borders, have the operational means to implement the provisions of this Charter. In all objectivity, can the alliance of weaknesses lead to real strength?

Timbuktu Institute - September 2023