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En un peu plus d’une décennie, le Mali comme le Sahel, est devenu l’un des points les plus chauds des conflits armés en Afrique et fait l’expérience, de façon inédite, du terrorisme, qui gagne du terrain. Les pays du G5 Sahel tentent de répondre à ces menaces en mettant sur pied une force commune pour combattre les groupes djihadistes, qui utilisent notamment le Nord Mali comme base de repli. Alors que cette force est en passe de devenir opérationnelle, des voix s’élèvent contre cette énième réponse sécuritaire et plaident pour une analyse plus profonde des causes des conflits qui ne soit pas uniquement axée sur le tout sécuritaire.

Le Mali, dont une partie importante du territoire échappe au contrôle de l’État, est une zone durement touchée par la crise sécuritaire sahélienne, où les conflits armés à grande échelle sont récurrents et la violence très répandue. Le principal facteur responsable de cette situation préoccupante serait, selon certains observateurs, si on devait le résumer en un seul mot, « l’injustice », rendue permanente ou persistante par son corollaire politique : État en déficit, mal gouvernance, corruption, crises alimentaires successives, frustrations accumulées. « Il y a une grande masse de la population qui est là, dans une situation désastreuse. D’année en année, les choses s’aggravent. Donc, à mesure que l’injustice grandit, il y a des réactions violentes et différentes forces qui essaient de tirer profit de cela », explique Moussa Tchangari, Secrétaire général d’Alternative Espaces Citoyens, à Niamey et membre de la Fondation Frantz Fanon. Les djihadistes profitent de ce « terreau favorable » créé par ces injustices pour islamiser le conflit, utiliser les frustrations pour recruter indéfiniment et attirer l’Occident dans le piège de l’intervention. « Les terroristes sont aussi des gens révoltés, qui pensent avec leurs actions pouvoir apporter un changement qui aille dans le sens de leur propre agenda politique», poursuit le chercheur.

Erreurs et stratégies Cette situation, qui échappe au contrôle de l’État, est gérée par les forces étrangères de la communauté internationale, installées dans le pays, qui doivent aider à trouver une solution. « Dans cette crise, la communauté internationale a au moins 40 ans de retard », lance le Dr Bakary Sambé, enseignant-chercheur, coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique et directeur du think tank Timbuktu. « Dans les années 70, elle n’avait pas les moyens de fournir de l’aide à l’Afrique, frappée par la sécheresse, à cause du choc pétrolier qui touchait l’Europe et les États-Unis. Les pays vendeurs de pétrole ont utilisé la prédication et l’humanitaire pour s’implanter au Sahel. Puis, dans les années 80, la communauté internationale a commis une deuxième erreur, d’appréciation. Elle a imposé aux pays des politiques d’ajustements structurels, qui voulaient dire en quelque sorte : investissez le moins possible dans l’éducation, la santé, etc. et les puissances dites islamistes sont venues carrément occuper le terrain, via des centres culturels, des écoles, des services sociaux de base, pendant que l’État tentait de faire face au défi du déficit d’État. 40 ans après, la communauté internationale élabore des stratégies Sahel pour combattre les terrorismes, alors qu’ils sont là depuis 40 ans. La situation conflictuelle est en partie due à ces deux erreurs », affirme l’enseignant-chercheur.

Armes contre idéologie Toujours est-il que pour faire face à la situation sécuritaire au Mali et dans le Sahel, les pays du G5 (Mauritanie, Tchad, Mali, Niger et Burkina Faso), soutenus par la France, se sont « unis face au terrorisme » et tentent de mettre sur pied une force régionale conjointe, qui comptera 5 000 militaires des cinq pays. Son centre de commandement a été inauguré le samedi 9 septembre, à Sévaré, par le chef de l’État malien, mais son financement, 450 millions d’euros annuels, peine toujours à être bouclé. Le premier bataillon de cette force dite du G5 devrait être opérationnel dès le mois de septembre et les premières opérations militaires transfrontalières menées dès le mois d’octobre. Pour autant, l’efficacité de cette énième force censée combattre le terrorisme au Sahel est loin de convaincre. « La façon dont on pose le problème n’est pas la bonne. On pense qu’on le résoudra avec une force militaire qui aura des moyens. Nos pays font fausse route. Il y a beaucoup de choses à destination de la population qui ne coûtent pas autant d’argent et qu’il faut faire. Il faut commencer par tout ce qui dépend de nous, ce pour quoi on a déjà les moyens, qui ne coûte pas d’argent mais demande de la volonté. Pourquoi ne commence-t-on pas d’abord par ça, au lieu de s’épuiser à obtenir le soutien de la communauté internationale quand on n’a pas celui de son peuple ? Ça montre vraiment le décalage », observe Moussa Tchangari. Pour le Dr Bakary Sambé, il faut privilégier les approches multiples et non seulement se concentrer sur le recours à la force pour résoudre un problème aux racines profondes. « Si la solution militaire était une solution pour combattre le terrorisme, il n’y aurait plus de Talibans en Afghanistan, alors que Trump veut y retourner. Il n’y aurait plus de djihadistes au Nord du Mali. Vous savez, je n’ai jamais vu une idéologie défaite par les kalachnikovs », conclut, sceptique, l’enseignant-chercheur.

source: www.journaldumali.com

Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies en partenariat avec la Fondation Friedrich Naumann, a mené une étude préliminaire sur les femmes et la prévention de l’extrémisme violent dans le cadre d’un projet test de recherche-action confiné à Bamako et environs qu’il vise à élargir dans les autres régions du Mali. L’étude dirigée par Dr. Bakary Sambe fait ressortir les difficultés que vit cette « matrice faible et en lutte ». Elle met en exergue l’extrême vulnérabilité des femmes, leur engagement rarement mis en valeur dans la prévention, mais aussi le besoin de renforcement des capacités de la société civile de même que la situation alarmante des droits des femmes face à des institutions religieuses très influentes malgré la confiance des femmes vis femmes vis-à-vis de l’Etat. Ce dernier est même plébiscité devant les partenaires internationaux sur fond d’inquiétudes quant à la stabilisation du pays et rôle de la MINUSMA. L’enquête a été menée par deux chercheures en janvier dernier par Mmes Yague Hanne et Yousra Hamdaoui sous la direction scientifique du Timbuktu Institute.

Dr. Bakary Sambe, directeur de l’institut et coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, revient, dans cette interview, sur les grandes lignes de cette étude préliminaire et nous en donne un aperçu analytique tout en souhaitant que la Fondation Naumann élargisse cette recherche-action dans les autres régions du Mali.

Votre étude préliminaire s’est limitée à Bamako, où sont localisées le gros des organisations de femmes et femmes leaders. Qu’est ce qui en ressort sur la perception des femmes du radicalisme et de l’extrémisme violent ?

Cette étude a surtout alerté sur la grande vulnérabilité socioéconomique des femmes. C’est une étude de perception qui s’est servie de la méthode CAP (connaissance, attitude et pratiques) pour mieux comprendre comment les acteurs eux-mêmes voient et analysent les phénomènes. Les femmes maliennes ainsi que les organisations féminines interrogées dans le cadre d’un questionnaire et de focus groupes à Bamako et Senou avec une présence importante de réfugiées, estiment que les deux facteurs les plus importantes de l’extrémisme violent restent la pauvreté (47%) et pour 40% ce serait le chômage. Cela prouve encore cette vulnérabilité qui nécessite des solutions urgentes aussi bien de la part de l’Etat que des partenaires internationaux du Mali.

Quel rôle les femmes peuvent-elles jouer contre le phénomène de l’extrémisme violent ?

Vous savez, les femmes ont une prédisposition dans la lutte contre l’extrémisme. Il est vrai qu’on les présente surtout comme les premières victimes de l’extrémisme violent mais on insiste rarement sur leur capacité à faire face à ce phénomène. Il faut rappeler que les femmes et les organisations féminines étaient presque seules à faire face à l’extrémisme religieux lorsqu’il menaçait leurs droits dans les années 1990s. Les hommes et surtout les hommes politiques ont attendu que le radicalisme devienne un enjeu sécuritaire pour le prendre au sérieux. Les femmes interrogées mettent à nu deux « grandes failles» dans les dispositifs nationaux et internationaux de lutte contre l’extrémisme : pour 63% d’entre-elles la société civile n’est pas assez outillée pour jouer pleinement son rôle contre ce phénomène, elles pensent aussi à 52% que les femmes ne sont pas assez impliquée dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent. Pourtant différentes expériences montrent que les femmes sont capables de développer des formes de résilience communautaire méritant d’être prises en compte dans les différentes stratégies. Il suffit que leur rôle soit mieux valorisé notamment en ce qui est de la prévention auprès des plus jeunes.

En quelles institutions les femmes ont-elles confiance pour lutter efficacement contre l’extrémisme violent ?

Malgré des critiques assez sévères contre les institutions politiques, les femmes placent l’Etat en tête des acteurs capables de lutter contre l’extrémisme (28%). Viennent ensuite les Nations Unies (13%), puis la CEDEAO (12,5 %), la MINUSMA (11,5%) ou encore la France (8,5%). Il est intéressant de voir qu’elles dissocient les Nations Unies en général comme système de la MINUSMA en tant que mission de stabilisation dont la présence et l’action divisent les personnes interrogées dans le cadre de l’étude et qu’elles spécifient le rôle de la France avec un taux de confiance de 8.5% bien qu’elle soit est un acteur important de la lutte contre le terrorisme au Mali et au Sahel. 

Dans le projet test, il est aussi question des droits des femmes, un sujet qui divise au Mali.  Qu’en dit l’étude?

La situation des droits des femmes telle qu’analysée par les femmes et les organisations féminines maliennes n’est pas rassurante. Les femmes s’alarment de l’absence de « courage politique » mais aussi une forme d’inertie de la communauté internationale ou en tout cas l’absence de pression sur les autorités politiques. L’étude dénote ce grand paradoxe sur la position des femmes vis-à-vis de l’institution étatique. Cette percée de l’Etat comme acteur le mieux placé pour la lutte contre l’extrémisme dans un contexte où l’on assiste à un recul notoire des droits des femmes est très surprenante d’autant plus que pour beaucoup de femmes leaders, les autorités politiques n’ont jamais su tenir leurs positions face aux pressantes manifestations des associations religieuses contre la promulgation du fameux code de la famille et de la personne. Dans la perception de femmes et des organisations les représentant, la situation semble perdurer aujourd’hui, suite au « soutien décisif des associations islamiques à l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités issues des élections de 2012 ».

Du 4 au 5 octobre 2017, l’OIM a organisé, à Niamey, une conférence nationale ayant pour but de faire le point sur la situation actuelle concernant l’extrémisme violent et la jeunesse au Niger.

 
Cette conférence a permis un partage de connaissances et expériences par les acteurs étatiques et ceux de la société civile, afin d’établir un socle de bonnes pratiques et de leçons apprises en vue de renforcer la capacité du pays à lutter contre l’extrémisme violent.
 
Un rapport sur sur « Violence des Jeunes et enjeux de l’extrémisme violent à Zinder » a été confié au Timbuktu Institute qui a travaillé en collaboration avec l’Université de Zinder.
 
Les résultats de cette étude ont été présentés par Dr. Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute aux autorités nigériennes, et d’autres chefs traditionneles dont les Sultans de l’Aïr et de Damagaram. Suite à cette présentation, des discussions ont été organisées et seront publiées par l’OIM pour renforcer le dialogue existant actuellement sur ce sujet capital.
 
Ces recommandations permettront tout particulièrement d’appuyer le gouvernement du Niger dans sa mise en oeuvre de la feuille de route pour la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent au Sahel, adoptée en mai 2015.

Dans une « perspective comparative », après l’étude de perception, en 2016, sur les jeunes de la banlieue dakaroise, Timbuktu Institute « a voulu étudier le phénomène de la radicalisation et la perception du terrorisme chez les jeunes des régions transfrontalières », déclare le coordonnateur de l’Observatoire des Radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA). Pour Bakary Sambe, « C’est dans ce cadre que la ville de Rosso, située à la frontière sénégalo-mauritanienne, a été choisie avec un intérêt particulier sur les quartiers de Diameguene, Cité Niakh, Mbagame, Médine, Ndiandou, Rosso Peulh, Santhiaba I, Santhiaba II, Santhiaba III et Santhiaba ».

Cette enquête avait été suivie de consultations et focus group avec les jeunes mais aussi des autorités et des acteurs de la société civile. Les consultations ont eu lieu au cours du mois d’avril 2017.

Mais, pour Sambe, « c’est au sujet de la perception du terrorisme que se situent nombre de questionnements ».

Les résultats dénotent « Un déficit criant d’informations et de connaissances par rapport au phénomène est noté auprès des jeunes enquêtés ». Pour les chercheurs de l’Institut, « Cela rappelle une des principales conclusions d’une récente étude dans la région de Diffa au Niger où seuls 1.6% des personnes enquêtées pensent que la menace du terrorisme augmente ; la plupart pense même que la menace du terrorisme démunie ou d’être stable ».

« Si l’on sait que cette zone frontalière située dans le bassin du Lac Tchad est parmi celle où les exactions de Boko Haram sont les plus récurrentes ; analyse Bakary Sambe, on en arrive à la conclusion selon laquelle dans les zones frontalières et loin des centres urbains et des mass media ; il y a, généralement, un écart entre l’existence du terrorisme et les perceptions des menaces du terrorisme ».

Le questionnaire a été testé sur des sénégalais représentant les profil-types des personnes visées par l’étude (des jeunes entre 18 et 35 ans). L’enquête qui paraîtra bientôt a donné l’impression d’avoir abouti à des résultats rassurants surtout au niveau de la résilience des confréries notamment la Tijaniyya et le rejet massif des groupes et courants salafistes par les jeunes interrogés.

Lors du dépouillement des questionnaires, il a été noté que « Ces courants salafistes ainsi rejetés ne recueillent que près de 0.45 % de l’adhésion des jeunes tandis que ces derniers désapprouvent aussi massivement le discours djihadiste ».

Cependant, de nombreuses inquiétudes avaient été soulevées par les populations surtout au sujet du passage parfois « incontrôlé » de ressortissants étrangères de la sous-région comme des pays du Maghreb.

La Harakat Al-Shabab al- Mujâhidîn est fondée en 2004 mais a été beaucoup médiatisée à partir de 2007. C’est une faction armée qui porte plusieurs autres noms tels que : Harakat Shabab al-Sumâlî, Harakat al- Mujâhidîn, Al-Shabab al-Jihâdî etc. Le premier combat des Chebabs somaliens a été d’affaiblir les confréries soufies notamment la Qâdiriyya. C’est une bataille idéologique que ces anciens étudiants en Arabie Saoudite et au Soudan ont menée pendant plus de trente ans en accusant les confréries soufies et leurs Cheikhs de « kufr » (dénégation) et de « Shirk » (associationnisme) en se présentant comme des « missionnaires » devant « purifier » les pratiques de l’islam en Somalie

En effet, c’est dans les années 70 et 80 que beaucoup de jeunes somaliens sont partis étudier en Arabie Saoudite alors que le salafisme wahhabite avait commencé à faire ses effets sur le champ religieux somalien avec un vaste mouvement de « rectification des dogmes » (Tashîh al-‘aqâid) et de lutte contre le soufisme notamment la confrérie Qâdiriyya. Cette confrérie est assez présente en Somalie sous la forme d’une ramification appelée Rabî’iyya fondée par Shaykh Muhammad Rabî’u Dîn.

Dans le cadre d la propagation du salafisme à partir des années 60, l’Arabie Saoudite a beaucoup contribué à la formation de ces jeunes somaliens qui ont fréquenté les universités de Médine, Ummul Qurâ et ont obtenu, en plus des bourses d’études des subventions financières. Ce soutien financier a favorisé la naissance à deux mouvements : Al-Ittihâd al-Islâmî (l’Union islamique) qui s’est beaucoup investie dans la da’wah (prédication) entre 1982 et 1984, dirigée à l’époque par le Cheikh Ali Warsma.

Cette union est née de la fusion entre deux mouvements salafistes que sont la Jamâ’a Islâmiyya et Wahdat al-Shabâb al-Islâmiyya. En plus des anciens étudiants en Arabie Saoudite, d’autres membres proviennent aussi des universités soudanaises et même d’Al-Azhar à l’époque. Il faudra, aussi, prendre compte de la stratégie de ces « missions islamiques » qui visaient aussi à contrecarrer l’évangélisation sous l’influence de l’Ethiopie et d’autres organisations chrétiennes.

C’est sous le règne du roi Fayçal bin Abdul Aziz qu’est arrivée à Mogadiscio en 1964, la première mission « islamique » d’étude sur la « situation des musulmans en Somalie », sous l’égide de Cheikh Mohammed Nasser Al-Amoudi, Secrétaire général adjoint de la Ligue islamique mondiale. Suite à un rapport sur la « situation des musulmans en Somalie », l’idée a été émise d’intensifier le travail de prédication et de purification du dogme islamique qu’on devrait purifier des « innovations » du soufisme.

Ainsi, d’importants fonds vont être alloués par le gouvernement saoudien pour envoyer des prédicateurs et des guides pour l’Afrique, la mise en place d’instituts islamiques en Somalie, en Ouganda, au Kenya ainsi que la construction de mosquées. Puis, en 1966, la Ligue islamique mondiale, en collaboration avec le cheikh Abdulrahman Hussein, les efforts saoudiens dans la prédication, l’enseignement, et la publication de plusieurs milliers de documents, va appuyer la propagation du salafisme appelant à un retour vers l’islam dit de la « première génération de musulmans ».

Le groupe terroriste était connu au début comme l’aile armée de l’Organisation des Tribunaux islamiques. Mais l’alliance avec l’opposition somalienne à la conférence d’Asmara en septembre 2007 est l’une des principales raisons de la dissolution du mouvement somalien de la jeunesse des tribunaux, l’accusant d’alliances avec des laïcs.

Al-Shabab adopte l’orientation salafiste-djihadiste et vise à établir un «Etat islamique». Le mouvement est décrit comme membre à part entière des organisations salafistes mondialistes et jihadistes, avec des hommes armés en Somalie et de divers pays arabes. Le groupe affirme lui-même que ses hommes armés ont mené l’attaque contre le centre commercial Westgate à Nairobi le 21 septembre, qui a tué au moins 68 personnes.

Il faut rappeler qu’Al Shabab a également été responsable du double attentat-suicide à Kampala, en Ouganda, en 2010, qui a tué 76 personnes après la finale de la Coupe du monde comme il a déjà revendiqué des attaques en Ouganda parce que les troupes ougandaises – en plus du Burundi – étaient l’épine dorsale de la force africaine opérant en Somalie avant que le Kenya ne rejoigne la force.

Al-Shabab est, ainsi, devenu un mouvement à dimension continentale et plusieurs analystes s’accordent sur sa capacité de nuisance notamment dans les pays voisins comme le Kenya où ses jeunes militants peuvent se rendre sans encombre profitant de la porosité des frontières. Il a été plusieurs fois signalé que ces jeunes ont pu se rendre à Nairobi pour se faire soigner dans les hôpitaux du pays. Pour dire l’étendue de ses relations et de ses réseaux qui lui facilitent l’appui logistique nécessaire à son déploiement.

Pour toutes ces raisons, ce mouvement constitue une réelle menace non seulement pour l’Afrique d l’Est mais tous les pays du continent si l’on sait aujourd’hui ses accointances avec d’autres groupes (Al Qaida, Boko Haram) dans le cadre d’une coopération logistique facilitant ses incursions et attaques dans tous les pays voisins de la Somalie.

Le plus inquiétant reste la présence et l’activisme de mouvements appartenant à ce courant salafiste wahhabite dans l’ensemble des pays du Sahel (Mali, Niger, Sénégal, Burkina, Mauritanie, Tchad etc), sous plusieurs dénominations mais revendiquant tous le même dogme de la « purification » des pratiques religieuses qui a abouti au takfîr et aux attaques contre toutes les autres catégories qui ne partagent pas leur vision.

Auteur, entre autres, du premier rapport en 2013, intitulé « Grand Angle sur le radicalisme religieux et la menace terroriste au Sénégal » avec l’Institut d’étude de sécurité (ISS), Dr. Bakary Sambe est professeur au Centre d’étude des religions de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Il est aussi le Directeur du Timbuktu Institute-African Center for PeaceStudies de Dakar où il coordonne l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique. Spécialiste des rapports entre politique et religion en Afrique, il travaille aussi sur le militantisme islamique et les réseaux transnationaux auxquels il a consacré plusieurs publications et ouvrages. Il analyse pour notre rédaction la situation qui prévaut au Sénégal depuis l’alerte de l’Ambassade des Etats Unis en appelant à la sérénité et à ne pas céder à la psychose. Tout en revenant sur l’(absence du Sénégal du G5 Sahel, la nécessité d’une coordination dans la gestion de l’information entre le Sénégal et ses partenaires stratégiques, il propose de privilégier une approche inclusive et sereine de la menace, l’anticipation, la prévention et le développement de stratégies à long terme telles que l’éducation et la justice sociale.

 

Une psychose renait depuis la publication d’un communiqué par l’ambassade des États-Unis à Dakar conseillant à ses ressortissants au pays de la Teranga d’éviter de fréquenter les hotels en bordure de mer et les plages. Comment avez-vous acceuilli cette mise en garde américaine  ?

Il faut appeler à la sérénité nécessaire à la gestion de la menace. Je suis presque persuadé que les services de sécurité sénégalais étaient aussi informés que l’Ambassade américaine mais n’avait pas les mêmes responsabilités. L’Ambassade des USA est préoccupée par la protection de ses ressortissants et nos forces de sécurité et de défense étaient devant une double responsabilité de gérer et de juguler la menace mais aussi de prémunir le pays d’une psychose qui pouvait être nuisible à notre économie surtout au tourisme et aux investissements notamment en ces moments de haute saison. Mais, franchement, au regard du niveau de coopération sécuritaire entre nos deux pays, une meilleure coordination dans la communication autour des risques et menaces serait appréciable comme essaient de le faire certains partenaires stratégiques, tels que la France, qui n’ont pas eu la même attitude.

Pensez-vous que la menace terroriste est réelle au Sénégal c’est-à-dire qu’il pourrait avoir une attaque imminente  ?

Cela fait des années, alors contesté par tous ceux qui, aujourd’hui, reprennent nos arguments qu’ils ont tant subjectivement réfutés, que je martèle qu’aucun pays au monde ne peut se prévaloir d’un statut d’exception. Le Sénégal est resté un îlot de stabilité dans un océan d’instabilité ; ce qui en a fait une place attractive pour aussi bien ceux qui cherchent la stabilité que ceux veulent la remettre en cause. Cette spécificité qui fait notre force nous expose en même temps à une certaine vulnérabilité. La prise de la citadelle devient un défi pour ceux qui nous reprochent notre système démocratique, notre cohésion sociale sur fond d’un islam confrérique pacifique dont les symboles ont été attaqués à travers les mausolées de Tombouctou. Les attentats de Ouagadougou en 2016 ont signé la fin des exceptions en Afrique de l’Ouest de la même manière que Grand Bassam a inauguré l’ère de l’absurdité même de la prévision. Malgré la forte résilience et les performances de la communauté du renseignement appuyée par la coopération avec d’autres pays, les signaux d’une exposition aux risques sont là depuis quelques années.

Face à cela, quel devrait, selon vous, etre latitude de nos autorités mais également de nos forces de défenses et de sécurité  ?

Nous sommes à l’ère de la vulnérabilité généralisée qui impose un changement des paradigmes et des mentalités. Aucun pays au monde même parmi les plus puissants, n’a été préparée à la guerre asymétrique sans front délimité, ni ennemi identifié, souvent diffus et parfois déjà à l’intérieur des frontières. C’est dans ce sens qu’il faut savoir que notre pays n’est pas le plus mal loti en termes de dispositifs sécuritaires : des services de renseignement qui peuvent encore profiter du fait que nous ayons encore des communautés – contrairement à d’autres pays développés- , une politique d’anticipation à renforcer avec la création d’instituts de recherche tels que le CHEDS dirigé par le général Paul Ndiaye et l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique depuis 2012, des dispositifs inclusifs comme l’ancienne CLAT et le CICO. La pire attitude serait l’entretien inutile d’une psychose contreproductive pour la sécurité et l’économie : il faut éduquer les populations à plus de coopération avec les services de sécurité et travailler sur les résiliences. Certains pays ont connu une moyenne de 5 à 10 attentats par année tout en restant l’une des premières destinations du monde ou des places financières centrales. La Côte d’Ivoire n’a pas beaucoup souffert des attaques de Grand Bassam sur le plan économique car un important travail avait été fait sur la résilience et l’éducation des populations conformément à la nouvelle réalité selon laquelle il faut malheureusement apprendre à vivre avec la menace tout en prenant les mesures idoines.


N’y a t-il pas une faille sur le plan de la communication ?

A la différence des pays comme le Mali qui a déjà subi des attaques ou le Niger et le Tchad sous forte pression sécuritaire, le Sénégal, comme il y a peu le Burkina, se situe encore dans la typologie de ceux qui peuvent encore adopter une approche prospective et préventive face à la menace. De ce fait, loin d’une volonté de non communication ou de déni comme lors de notre première étude avec l’Institut d’étude de Sécurité (ISS) en 2013, le Sénégal serait dans une logique de consolidation sereine des acquis et d’expérimentation de divers dispositifs. On a vu que les informations révélées après coup ça-et-là sur les différentes menaces précédentes ont eu pour effet immédiat de relativiser l’alerte américaine au point de montrer que ce n’était ni la première ni la plus sérieuse. Mais il faudra, à coup sûr, un vrai travail d’accompagnement et d’encadrement médiatique afin d’éviter la dispersion des efforts et des situationsde panique ingérables au moment où il faut, certes, se concentrer sur les urgences sécuritaires mais aussi, à long terme, travailler davantage sur la prévention par l’éducation et la justice sociale. La coordination des efforts des différents services du Ministère de l’Intérieur comme de la défense serait d’une grande utilité dans ces circonstances où aucune faille ne doit être tolérée.

 le Sénégal est absent du G5 Sahel.  Une telle attitude est-elle  réaliste par rapport à notre engagement au Mali ? Est ce qu’il serait cohérent que nous renforcions notre présence au Mali alors que les dirigeants du G5 nous snobent ?

Le renforcement de l’axe classique de notre doctrine de « diplomatie de bon voisinage » pourrait être utile dans ce contexte particulier tel que semble le comprendre le nouveau ministre des affaires étrangères. Mais, la question du G5 Sahel reste difficile. Lorsqu’on s’adresse aux acteurs pertinents du G5 Sahel, il arrive qu’ils déplorent l’absence du Sénégal au moment où ceux de la partie sénégalaise semblent ne pas saisir les véritables raisons de leur propre absence. Il est sûr qu’au regard des défis sécuritaires régionaux,le politique devra tôt ou tard entériner ce que la géographie et l’histoire ont imposé comme un destin commun de pays ayant la vulnérabilité et la porosité des frontières en partage. La dernière étude du Timbuktu Institute dans la zone frontalière de Rosso, le montre sur plusieurs aspects. L’absence remarquée du Sénégal de la réunion des « pays du champ » et du processus de Nouakchott n’est pas bien comprise de certains de nos voisins. Afin d’éviter le mauvais départ lors de la crise malienne qui du reste a été bien rattrapé, par la suite, avec une présence de plus importante notamment dans le Centre et au moment où on parle d’une force conjointe, une coopération sincère et renforcée entre la Mauritanie et le Sénégal demeure une nécessité stratégique qui impose le sursaut et le dépassement.

Source : Le Témoin du 27/10/2017

Dans le cadre de la préparation du Forum Mondial sur le Contre-terrorisme (Global Counterterrorism Forum), Timbuktu Institute a été invité, par le biais de l’Ambassade des Etats-Unis à Dakar, à prendre part au lancement d’une initiative mondiale sur le phénomène du terrorisme d’origine nationale (homegrown terrorism).

Dr. Bakary Sambe a rappelé durant les débats avec des experts et délégations internationales que « la prévention de l’extrémisme violent en amont par l’éducation et la justice sociale est beaucoup plus judicieux que de se lancer dans des surenchères militaires qui seront contre productives à long terme come l’ont montré les expériences d’Afghanistan, de l’Irak ainsi que le peu de succès des opérations militaires en cours dans le Sahel ».

Il s’est prononcé, dans un entretien accordé à notre rédaction, sur les principaux axes du Forum international de Dakar, sur la paix et la Sécurité qui vient de se tenir à Dakar avec, selon lui, « une certaine orientation vers les solutions sécuritaires ».

Durant cette rencontre annuelle qui en est à sa quatrième édition, certains chefs d’Etats ont insisté sur la riposte militaire dans un contexte où le G5 Sahel tend à opérationnaliser sa force régionale.

« Les questions stratégiques doivent être l’objet de débats contradictoires impliquant les chercheurs au-delà des grands-messes diplomatico-protocolaires qui ne libèrent pas la parole et l’autocritique », soutient le directeur du Timbuktu Institute.

Pour Bakary Sambe, « Le G5 Sahel est d’une importance capitale dans la configuration actuelle mais il faut reconnaître l’appui conséquent des Nations Unies aux initiatives régionales malgré les efforts qui restent à faire. Cependant, rappelle t-il,  voir la lutte contre le terrorisme sous le seul angle de la riposte militaire relève d’une absence de vision à long terme ».

« Si j’étais invité au Forum de Dakar, poursuit Sambe, j’aurais fait entendre cette opinion que partagent nombre d’experts parmi ceux présents à cette rencontre de haut niveau qui se tient ici à Malte. Car, le terrorisme du futur impose un changement de paradigmes et les critiques sur les opérations de maintien de la paix et leur caractère inadapté valent aussi pour les approches sécuritaires et militaires que préconisent certains Etats », insiste-t-il.

D’après l’expert sénégalais des questions d’extrémisme violent et des réseaux transnationaux dans le Sahel qui coordonne l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, «  il est grand temps que, dans le cadre de débats contradictoires ouverts aux chercheurs, ce Forum de Dakar se tourne plus vers la réflexion stratégique et surtout la prospective à un moment important où nous ferons de plus en plus face au phénomène du homegrown terrorism »

La thématique du terrorisme d’origine nationale est au cœur de la rencontre regroupant les plus grands experts internationaux qui se déroule présentement à Malte sur initiative des Etats-Unis et du Maroc.

Actuellement, selon Dr. Bakary Sambe, « il faut que les Etats africains et du Sahel s’associent à la réflexion globale sur le terrorisme d’origine nationale ainsi que les facteurs qui conduisent des individus à prendre part à des attaques terroristes où à les soutenir de l’intérieur des pays concernés ».

Cette nouvelle initiative co-présidée par le Maroc et les Etats-Unis, en coordination avec l’Institut International pour la justice et l’Etat de droit (IIJ) cherche à élaborer de nouvelles bonnes pratiques sur la « gestion du défi que pose le traitement du terrorisme d’origine nationale qui seront présentées au Forum Mondial sur le contre-terrorisme (GCTF) pour adoption en septembre 2018.

La Cérémonie de Clôture du Progamme Educating for Peace conduit par Timbuktu Institute avec le Soutien de l’Ambassade des Etats-Unis à Dakar aura lieu le lundi 4 décembre 2017 à 16H à la Maison de la Presse, (sise Corniche Ouest). Ce programme vient en appui aux efforts du Sénégal pour la cohésion sociale et la culture de la paix.

Conscient du rôle primordial de l’éducation dans la préservation de la paix, l’institut avait lancé ce programme il y a un an qui s’est adressé aux jeunes dans les collèges, les lycées et les universités en offrant des espaces de débats, de réflexion et de conscientisation en faveur du renforcement de la cohésion nationale.

Le Programme s’est déroulé avec une série élargie d’interventions sous forme de débats inclusifs sur la tolérance en donnant la parole aux jeunes (collégiens, lycéens, et étudiants) à travers l’organisation de discussions participatives afin de promouvoir et de renforcer la culture de la paix en s’appuyant sur les acquis considérables du Sénégal en termes de résilience communautaire.

Privilégiant la dimension participative, la cérémonie de clôture sera l’opportunité de présenter le bilan du Programme par les élèves et étudiants qui y ont participé à travers leurs réalisations en termes de messages pour la paix et contre l’extrémisme violent. Dr. Bakary Sambe, le directeur de l’Institut, y présentera une communication sur « Enjeux de la coopération entre le Sénégal et ses partenaires internationaux pour la prévention de l’extrémisme violent : quel rôle pour l’éducation ? ».

Son Excellence, Tulinabo Salama Mushingi, Ambassadeur des Etats-Unis à Dakar y prononcera une allocution en présence des autorités des autorités sénégalaises, des chefs religieux, du monde éducatif et artistique.