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Source : Météo Sahel et Afrique de l'Ouest by Timbuktu Institute

Les derniers développements sociopolitiques au Tchad mettent en exergue des défis liés à l’instabilité. En témoigne, à la date du 24 mai, un massacre qui a eu lieu dans un site aurifère à Kouri Bougoudi entre deux communautés tchadiennes. D’après le mouvement rebelle, le Front pour l’alternance et de la concorde du Tchad, le bilan serait de 200 morts et 500 blessés. Ainsi, le gouvernement de transition a envoyé une délégation sur place, afin de mettre en place des moyens de renforcer la sécurité dans cette zone. Ces violences interviennent alors que les acteurs majeurs du pays sont à Doha dans le cadre d’un pré dialogue pour mettre fin au gouvernement de transition et parvenir à la stabilisation du pays. 

L’instabilité dont souffre le Tchad n’est pas un phénomène isolé par rapport à la situation générale au Sahel. La léthargie du G5 Sahel est en partie une conséquence des crises que traversent les pays qui le composent, en plus des défis structurels inhérents à l’organisation. Trois de ces cinq pays sont en transition et les problèmes de politique intérieure semblent prendre le dessus sur la coopération sous régionale. Ainsi, depuis environ un an, à la suite du décès du Président Idriss Déby, son fils, Mahamat Idriss Déby, est au pouvoir au Tchad. Le président de la transition avait alors promis d’établir un dialogue entre la junte, les groupes armées et l’opposition afin d’organiser des élections démocratiques dans un délai de 18 mois. Cependant, cette discussion tarde à se matérialiser. Un tel retard serait la conséquence des prolongations du pré-dialogue organisé à Doha. Le Qatar étant médiateur dans ces négociations, 200 délégués, dont 25 représentants du pouvoir tchadien, et les représentants d’une cinquantaine de groupes politico-militaires, s’y sont rassemblés, depuis désormais deux mois, pour poser les termes d’un dialogue démocratique.

Les différents groupes concernés par les négociations se rejetant réciproquement la responsabilité du retard dans les négociations, les pourparlers semblent être au point mort et la situation de crise s’intensifie en s'inscrivant dans la durée.

En effet, le 14 mai, une manifestation a été organisée à N’Djamena pour exprimer le mécontentement de la population suite au retard pris dans les négociations, accusant la junte de vouloir se maintenir au pouvoir, qui plus est, avec le soutien de la France. D’où la manifestation dénonçant l’influence occidentale et particulièrement la présence de l’armée française dans le cadre de l’opération Barkhane.

Les violences dans les manifestations se multiplient et concernent désormais tous les partis et protagonistes. En effet, pour le Mouvement Patriotique du Salut, elles sont le résultat du mécontentement d’une minorité de la population se sentant exclue des négociations, pendant que d’autres estiment qu’il s’agit uniquement d’un élément révélateur du désarroi de la population face à la politique de la junte qui serait sous forte influence française. 

In fine, une telle situation instable dans le pays constitue un obstacle majeur au déroulement harmonieux des négociations à Doha dont les résultats semblent déjà décevoir.

 

Le Professeur Mohamed-Chérif Ferjani alertait, déjà en novembre 2021, comme pour anticiper sur la situation politique actuelle, quand il soutenait que : « la vision de Kais Saïed de la démocratie représentative et son hostilité par rapport aux partis politiques nous rappellent beaucoup celles de Carl Schmitt ». Les derniers développements sur la scène politique tunisienne semblent, aujourd’hui, lui donner raison.

En effet, depuis que le Président Kaïs Saied a dévoilé le projet de nouvelle Constitution en Tunisie, les voix sont nombreuses, au sein de la société civile comme de la classe politique, à s’élever pour dénoncer ce que l’auteur de « Néolibéralisme et révolution conservatrice » (Edition Nirvana, 2021) appelle ici « une dérive autoritaire ».

 

Ses alertes furent nombreuses ces dernières années pour maintenir intactes la vigilance et la mobilisation des « forces sociales ». Mais, dans cette tribune largement relayée au sein de la société civile tunisienne et des médias, le chercheur et intellectuel tunisien connu pour son engagement pour les droits humains et la démocratie depuis l’indépendance, Professeur Mohamed-Chérif FERJANI, par ailleurs Président du Haut Conseil du Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies, alerte sur ce qu’il qualifie de « situation burlesque » qui « donne un nouveau tournant à la tragi-comédie que vit la Tunisie depuis la fin du règne de la dictature mafieuse de Ben Ali »

 

Timbuktu Institute publie, ci-dessous, in extenso cette tribune qui semble rappeler que les acquis démocratiques ne sont jamais définitifs sans ce à quoi appelle aujourd’hui, le Professeur Ferjani à savoir « une  mobilisation la plus large des forces sociales et politiques attachées à la démocratie et aux objectifs de la révolution »

 

 

« Le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution s’est terminé par deux coups de théâtre, moins de quatre semaines avant le référendum prévu pour son rejet ou son adoption :

 

-        le camouflet que Kaïs Saied a infligé aux commissions mises en place par lui-même pour lui proposer un projet dans ce sens, en jetant à la poubelle le fruit de leur travail pour publier son propre projet de constitution,

-         puis le désaveu opposé par Sadok Belaïd et Amine Mahfoudh, les principaux rédacteurs du projet refusé par Kaïs Saied, en publiant leur projet et en dénonçant l’attitude du président à leur égard et à l’égard de leur commission.

Cette situation burlesque donne un nouveau tournant à la tragi-comédie que vit la Tunisie depuis la fin du règne de la dictature mafieuse de Ben Ali. Après une décennie marquée par l’amateurisme, l’incompétence, la corruption, le terrorisme et la volonté des islamistes d’imposer leur projet, transformant le pays et les deniers de l’Etat en butin spolié par leur confrérie et ses alliés, Kaïs Saied a profité du rejet des islamistes pour poursuivre le démantèlement de l’Etat et de ses acquis afin d’instaurer une nouvelle dictature mariant populisme et nationalisme conservateur instrumentalisant à sa façon la religion.

 

Les deux coups de théâtre de ce début du mois de juillet 2022, moins d’un an après le coup de force de Kaïs Saied conduisant par la suite à la suspension de la constitution de 2014 et à la dissolution du parlement et de toutes les institutions pouvant limiter son projet de réunir entre ses mains tous les pouvoirs, montrent, à ceux qui en doutent encore, que le Chef de l’Etat est déterminé à aller jusqu’au bout, et par tous les moyens, pour réaliser ce qu’il avait annoncé depuis son « entrée par effraction » en politique, selon l’expression de Hamadi Rédissi.

 

J’ai attiré à plusieurs reprises l’attention sur le danger de son projet et sur les similitudes qu’il présente avec les conceptions du juriste conservateur Carl Schmitt qui avait défendu le fascisme et servi le nazisme, avant de devenir une référence pour les populismes rejetant l’Etat de droit et la démocratie représentative. Son projet de constitution, et sa volonté de ne tenir aucun compte de tout avis qui n’est pas totalement conforme à ce qu’il veut, même quand il vient de ses plus proches collaborateurs et de ceux qui l’ont servi à l’instar de Sadok Belaïd et Amine Mahfoudh, montrent qu’il est déterminé à imposer son projet quel que soit le résultat du référendum : Ce n’est ni une erreur ni un hasard si son décret prévoit l’entrée en vigueur de sa constitution dès la proclamation des résultats du référendum par l’ISIE qui est à sa solde. Même si le NON l’emporte, il n’en tiendra pas compte.

 

Il me semble que cette mascarade n’a que trop duré et qu’il faudra y mettre fin avant le 25 juillet 2022. Pour cela, tout doit être fait pour obliger Kaïs Saied à faire marche arrière avant le référendum. Ce qui a été fait en 2013, - à moitié, et ce fut une erreur –, pour mettre fin au règne de la Troïka et de l’aventure de la constituante, doit servir d’exemple et de leçon à ce qui doit être fait aujourd’hui, en urgence.

 

La mobilisation la plus large des forces sociales et politiques attachées à la démocratie et aux objectifs de la révolution – société civile, organisations nationales (dont surtout l’UGTT et l’UTICA), partis politiques s’opposant au projet de Kaïs Saied tout en refusant le retour à l’avant 25 juillet 2021 et à l’avant 2011 -, doit déboucher rapidement sur la multiplications des actions et des pressions pour arrêter à temps une mascarade qui a déjà coûté trop cher au pays ».

Source : Météo Sahel et Afrique de l'Ouest

By timbuktu Institute

 

En trois ans, la Côte d’Ivoire a perdu trois fortes personnalités au cœur de l’appareil d’État et qui étaient même pressenties pour jouer un rôle politique plus important. Ces circonstances ont créé, en apparence, une sorte de « cohésion » au sein de l’élite au pouvoir pour rendre hommage aux défunts même si le deuil n’a pas pu apaiser le climat politique tendu présageant d’un choc inévitable des ambitions. En effet, la sphère politique ivoirienne reste très divisée depuis la crise post-électorale de 2010. 

 

A cette situation, s'ajoutent la troisième candidature à l'époque très décriée de l’actuel Président à la dernière élection autant contestée par l’opposition ainsi que les procédures judiciaires visant un certain nombre d’opposants et leurs proches. A côté des défis politiques à relever pour une cohésion nationale, la dégradation de la situation sécuritaire dans au Sahel vient hanter le sommeil des populations et de l’État. 

 

Le déplacement du curseur djihadiste vers les pays du Golfe de Guinée constitue un enjeu sécuritaire de taille pour le Bénin, le Ghana, le Togo mais aussi pour la Côte d’Ivoire. Déjà touchée par la furie terroriste en 2016 avec l’attaque de Grand- Bassam, le pays semble prendre la pleine mesure de la menace même si quelques attaques sporadiques sont notées dans le Nord, frontalier du Burkina Faso, pays pont entre le Sahel et les pays côtiers où la situation sécuritaire s’est fortement dégradée en plus d’une crise politique. Cette pression de la menace des groupes armées en Côte d’Ivoire commence à attiser des tensions communautaires dans un pays où les questions identitaires sont extrêmement sensibles.

 

La récente étude du Timbuktu Institute dans la région du Bounkani révélait déjà les vulnérabilités des populations frontalières et la porosité des frontières à laquelle s'ajoutent les plaies encore béantes du conflit politique qui risque de s'aggraver davantage à l'approche de 2025. Pendant ce temps, les préoccupations sécuritaires semblent supplanter l'impératif de réconciliation nationale et de renforcement d'une cohésion sociale mise à rude épreuve par les querelles politiques et les velléités constamment instrumentalisées.

 

Pour se préparer à la riposte contre la menace terroriste de plus en plus en plus pressante, le pays s’est doté d’une “académie internationale de lutte contre le terrorisme” en plus des militaires déployés dans le nord et participe à des opérations transfrontalières de sécurisation accompagnées par des initiatives préventives. Il est vrai qu'un plan de résilience est aujourd’hui en oeuvre dans le Nord pour réduire la vulnérabilité des jeunes susceptibles de sombrer dans l'extrémisme violent. Mais l'on semble dans cette stratégie négliger la dimension préventive en mettant en avant l'approche sécuritaire qui n'a pas donné de résultats à la mesure des investissements dans le cas du sahel.

 

A l’instar d’autres pays côtiers, la Côte d’Ivoire serait en train de reproduire les erreurs du Sahel par cette focalisation sur la dimension militaire d’une crise multidimensionnelle alors qu’ils avaient le temps de la prévention par une approche holistique s’attaquent aux causes structurelles du terrorisme au-delà des « symptômes » d’un mal beaucoup plus profond. Pour Dr. Dr. Bakary Sambe, « les germes de futurs conflits intercommunautaires dont les effets seront de loin plus désastreux que la menace terroriste elle-même sont déjà visibles dans ces pays du littoral ouest-africain par le jeu des stigmatisations productrices de frustrations ; une aubaine pour les groupes extrémistes violents »

 

Cependant, le risque pour la côte d’Ivoire n’est pas que terroriste dans la partie septentrionale mais celui du réveil des vieux démons sociopolitiques dans un contexte d’usure entamée du régime actuel qui n’a pas pu réaliser la promesse de l’inclusion socioéconomique et surtout de la cohésion et de la réconciliation nationales.

Le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, de manière générale, sont marqués ces dernières semaines, par une actualité assez mouvementée. Alors que la persistante menace terroriste semble glisser du Sahel pour toucher les pays côtiers, la question électorale fait régulièrement regretter des scènes de violence qui remettent à l’ordre du jour les problèmes structurels d’instabilité qui minent le continent. Ce, d’autant plus qu’elle agite des pays comme le Sénégal que l’on croyait sortir du lot et constituer une vitrine démocratique sur le continent. Ce deuxième numéro de Météo Sahel, auquel il est désormais ajouté les pays côtiers et de l’Afrique de l’Ouest, revient sur les temps forts de l’actualité sociopolitique et sécuritaire dans cette partie du continent.

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Source : Météo Sahel et Afrique de l'Ouest 

Timbuktu Institute, Juillet 2022

Les récents développements au plan politique qui ont conduit à mettre à la tête du parti au pouvoir, Ould Eyih quelques heures après la démission de l’ancien président Sidi Mohamed O. Taleb Amar, sont l'expression de besoins de changements dans le système politique mauritanien. En atteste aussi le changement de nom du parti à la tête du pays, l'Union Pour la République (UPR) devenu, depuis ce 3 juillet 2022, Insaf qui signifie "Équité" en arabe. 

 

Confrontée, ces derniers temps, à la conjoncture économique internationale et à la grogne des populations face à la flambée des prix, la Mauritanie s’est dotée d’un nouveau gouvernement en avril. 

 

Mais ce remaniement ministériel a du mal à convaincre, d’autant plus que les postes clés sont restés entre les mains des hommes forts du même régime. Cependant, deux départs importants sont à souligner: d’une part, celui du Ministre des Affaires Étrangères -ce qui laisse présager que le Président Mohamed Ould Ghazouani n’était pas satisfait du chef de sa diplomatie à la suite de plusieurs assassinats de mauritaniens au Mali voisin-. 

D’autre part, le Ministère des Finances est désormais confié à l’ex-directeur des impôts. Cette stratégie vise à renflouer les caisses de l’État -ce qui devient une impérieuse nécessité- mais aussi d’amoindrir les coûts des denrées alimentaires qui éloignerait le spectre d’ “émeutes de la faim” au moment où le monde est confronté à une crise qui concerne deux pays principaux exportateurs de céréales. 

 

La République Islamique de Mauritanie semble toujours hantée par de vieux démons. Après les évènements de 1989 exaspérés par des disparités communautaires, ce système continue de faire l’objet de dénonciation par la communauté noire mauritanienne qui se dit victime d’un “racisme d’État” caractérisé par des recrutements “mono-ethniques” dans les écoles d’excellence du pays ; ce qui rend les équilibres sociaux encore très fragiles. Le climat social reste délétère en Mauritanie pendant que la situation économique post-covid et les conséquences que la crise Russo-Ukrainienne continuent d’impacter ce pays à l’instar des autres Etats sahéliens. 

La détention de l’ancien Président cristallise encore les débats pendant que le pays tend vers une Concertation Nationale Inclusive (CNI) qui vise à traiter de “tous les maux que traverse la Mauritanie”.

 

Toutefois, sur le front de la lutte contre le terrorisme, la Mauritanie a adopté des stratégies qui, jusque-là, ont produit des résultats probants sur le terrain, malgré l’insécurité ambiante au Sahel et les attaques terroristes dans la région. Le dernier incident sécuritaire attribué à un groupe terroriste dans ce pays remonte à 2011. La question que se posent de nombreux experts est d’ailleurs de savoir si la stratégie mauritanienne de lutte contre le djihadisme pourrait faire des émules dans d’autres pays du Sahel malgré les lourdes pesanteurs sur le vivre-ensemble dans un Etat dont la gouvernance semble encore loin d’être inclusive. 

Entre pressions du « dedans » et contraintes du « dehors », l’actualité béninoise oscille entre la décision de retrait de ses forces militaires de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et la préparation des joutes électorales pour les législatives. 

Tout d’abord, dans une note adressée au secrétariat des Nations Unies, le Bénin annonce sa décision de retirer progressivement ses forces  (environ 390 hommes) de la MINUSMA au plus tard en novembre 2023, au regard de l’impérieuse nécessité de renforcer sa sécurité intérieure. Certains observateurs analysent cette décision comme une prise de conscience accentuée du risque terroriste à la frontière du Burkina FasoPendant ce temps, certains interprètent cette décision comme un moyen d’être paré contre d’éventuelles représailles de la part des groupes armés en provenance du Mali. 

In fine, dans les deux hypothèses, il s’agit de se préserver davantage de la menace terroriste qui s'accroît de plus en plus au Bénin. Le pays a connu depuis quelques mois de nombreuses attaques terroristes, la dernière étant celle de la nuit du 26 au 26 juin contre le commissariat de Dassari (commune de de Matéri) dans l’Atacora faisant quatre morts dont deux policiers. On se rappelle aussi de l’attaque d’avril 2022 dans le parc Pendjari, où cinq soldats béninois ont perdu la vie. Un hommage leur a été dédié le mercredi 25 mai et fortement relayé par les médias et la classe politique. 

Pendant ce temps, le pays est en pleine préparation des élections législatives qui auront lieu dans quelques mois. Ces joutes électorales sont, à la fois, un moment d’exercice démocratique important, mais aussi, d’incertitude qui mettront en lumière certains conflits latents depuis les dernières joutes controversées. En ce sens, le secrétaire général de la Cour constitutionnelle béninoise, Gilles Badet, pose d’ores et déjà le débat sur l’éligibilité même des potentiels élus en rappelant les conditions dans lesquelles une élection est contestable : « les conditions d’éligibilité peuvent être contestées à tout moment” avant d’insister sur le fait que ce dialogue juridique autour des élections, est un élément de paix, tout en invitant à prendre connaissance des règles électorales.  

Mais la question se pose de savoir s’il faut séparer le domaine politique du levier traditionnel de médiation. D’où le débat sur le rôle des rois béninois dans ce tournant démocratique. En effet, par une déclaration en date du 6 mai, le secrétaire général du Haut conseil des rois du Bénin, Gangoro Suambou, invite « les rois et chefs traditionnels à ne plus prendre part aux réunions politiques ». Cette réunion a été l’occasion de féliciter le gouvernement pour les mesures prises « en faveur du développement du pays » et pour la reconnaissance constitutionnelle des rois et chefs traditionnels.

La situation sociopolitique au Bénin est l’expression d’une tendance générale dans laquelle les Etats de la région sont à la fois bousculés par des agendas politiques internes au même moment où ils doivent faire face à la pression sécuritaire régionale. Le Bénin est en train de devenir l’un des pays côtiers les plus exposés aux attaques terroristes au point où il deviendrait légitime de se poser la question de savoir si, au rythme actuel, il ne serait pas en train de devenir un nouvel épicentre, du moins un point d’attention préoccupant au niveau ouest-africain.

Le Niger cherche à consolider ses efforts et mieux « armer » ses forces de défense et de sécurité face à la menace terroriste, notamment dans la zone des trois frontières, entre Burkina Faso, Mali, et le Niger, où les groupes armés, les affrontements communautaires et les violences récurrentes se multiplient. Pour faire face à ces menaces, des opérations militaires sont menées dans la zone frontalière avec le, notamment à l’ouest du pays, proche de la frontière avec le Burkina Faso, où les populations ont dû quitter leurs localités en raison de la menace djihadiste. Dans ce sillage, l'armée a annoncé avoir neutralisé 65 terroristes ainsi que leurs équipements et matériels, et ce dans une perspective de permettre aux nigériens déplacés de pouvoir retrouver leur logement en sécurité. C'est un pays sous pression et sur au moins trois front contre la menace terroriste qui tente, aujourd'hui, sur le plan diplomatique d'occuper la place que lui confère la géographie, l'activité diplomatique d'un président qui veut s'imposer sur l'échiquier régional mais surtout un contexte géopolitique qui l'expose et l'interpelle à la fois.

Dans ce contexte, pour endiguer la menace terroriste, le Niger souhaite mettre en œuvre une coopération internationale, et que les occidentaux cherchent à redéployer.
Le président nigérien, Mohamed Bazoum, semble opter pour une redéfinition plus concertée de la coopération sécuritaire. En effet, le mercredi 18 mai, le Président demande, en plus d’un déploiement de forces européennes plus conséquent, des règles d’engagement différentes et davantage d’équipements militaires. Plus précisément, il affirme ensuite affirmé que les dirigeants européens et français doivent être prêts à prendre plus de risques lors des actions militaires et ne doivent pas être « hantés par les pertes », arguant la nécessité de faire des sacrifices. Cependant, l’opposition nigérienne affirme des positions réfractaires par rapport à cette décision de redéploiement des forces françaises et européennes qui, selon nombre de ses ténors, exposerait davantage le Niger. D’un côté, certains leaders d’opinion y voient un risque d’exacerbation du sentiment anti-français, qui, in fine, aggraverait l’instabilité du pays, à l’instar du Mali. D’autant plus que cette stabilité a pu être remise en question, au vu de la tentative de coup d’Etat au Palais présidentiel, dont trois soldats soupçonnés d’en être à l’origine ont été radiés au mois de mai pour faute grave dans le service et contre la discipline militaire. D’un autre côté, l’opposition pointe du doigt une « inefficacité » et un « opportunisme des forces françaises » au Mali et au Sahel de manière générale.

Dans la même logique d’intensifier la coopération internationale, lors de sa dernière tournée régionale, le nouveau Chancelier Allemand, Olaf Scholz, a rendu visite aux soldats allemands de l’opération Gazelle, mission chargée de former et entraîner les soldats nigériens. Le Niger semble intensifier ses relations avec les pays membres de l’Union européenne et entrer dans les faveurs de la communauté internationale au moment où le chancelier allemand affirme que « la situation ne s’améliorera pas avec la présence de mercenaires russes ». Il confirme ainsi la concurrence diplomatique de plus en plus nette entre la Russie et l’Union européenne sur le sol africain, notamment dans les pays du Sahel. 

Ainsi, la question sécuritaire semble inscrite au cœur de l’action du président nigérien qui, dans cette perspective, a reçu le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, lors d’une visite en date du 2 mai. A l’issue de cette rencontre, ce dernier déclare : « la paix, la stabilité et la prospérité du Niger et de l'ensemble du Sahel représentent une priorité absolue pour les Nations Unies » et que l’Organisation des Nations Unis doit aider les populations nigériennes.

A la croisée des chemins et sous les projecteurs internationaux, le Niger s’impose dans le débat régional avec un président dont le style « affirmé » divise au sein même de son pays. Bouclant une année au pouvoir au palais de Niamey, Mohamed Bazoum ne cherche plus ses marques, il semble vouloir les imposer dans le contexte d’un débat tendu sur la sécurité et surtout les rapports avec la France. Un partenaire stratégique historique aujourd'hui bien préoccupé par l'équation d'un difficile redéploiement au Sahel... après Barkhane.

 

Source : Meteo Sahel -Afrique de l'Ouest 

Timbuktu Institute, Juillet 2022

La grande salle de conférence de l’hôtel Niji de Tambacounda a accueilli la session inaugurale des « Conversations citoyennes : "Jeunes et médias, entre engagement et responsabilité citoyenne » le 30 mai 2022. Une initiative de Timbuktu Institute en partenariat avec l'Institut Français. Étaient aussi en face des jeunes lors de ces échanges, un enseignant, Pr Mohamed Baguidy, une Jeune leader, Mlle Ramatoulaye Mimi Diédhiou et un Journaliste, M. Maké Dangnokho. A l’issue de cette expérience la chaîne marocaine panafricaine Medi1TV, a accueilli lors de la chronique hebdomadaire « Hebdo Africain », Mlle Ramatoulaye Dièye, présidente de la commission féminine du Conseil de la jeunesse, pour revenir sur cette expérience et sa portée dans le contexte actuel marqué par l’emprise des fake news et de la désinformation sur les réseaux sociaux. Pour Ramatoulaye Diedhiou. Revenant sur la capacité des jeunes de faire « l’effort de discernement », la jeune leader politique soutient que « malgré l’idée dominante d’un mauvais usage des réseaux sociaux, les jeunes sont vraiment capables de faire preuve de responsabilité citoyenne si on leur fait confiance et les accompagne sur ce terrain ». Ci-dessous, l’entretien complet

 

 

Bonjour Ramatoulaye Diedhiou, vous êtes la présidente de la section féminine du Conseil régional de la Jeunesse, vous venez de prendre part à la session inaugurale des « Conversations citoyennes », une initiative du Timbuktu Institute en partenariat avec l’Institut français du Sénégal. Vous dites vous féliciter que la région de Tambacounda accueille la première édition. Mais quel est le sens d’une telle initiative dans le contexte actuel ?

 

En lançant ces Conversations citoyennes, Timbuktu Institute et l’Institut français du Sénégal viennent répondre à une forte demande de citoyenneté numérique. A l’heure de la désinformation et des fake news qui ont embrasé certains pays et continuent d’impacter négativement le vivre ensemble de même que nos relations avec d’autres pays tels qu’on le voit dans la sous-région, ces sessions interactives qui redonnent la parole à la jeunesse sont vraiment à saluer. Le choix de Tambacounda a été unanimement salué par les jeunes de cette région que l’on dit souvent périphérique, aux frontières du Mali. Pour moi, les Conversations citoyennes viennent lutter contre le phénomène d’auto-isolement qui enferme les jeunes loin de l’expression publique des idées et des opinions. Et puis, il persiste malheureusement, un grand fossé entre ce public jeune, hyper-connecté et friand d’informations et le discours institutionnel ou politique qui ne prend pas toujours en compte nos spécificités et nos aspirations.

 

Alors, Mlle Diedhiou, après cette session inaugurale, quelle a été la principale leçon à tirer sachant que le thème portait sur la problématique des jeunes et des médias, entre engagement et responsabilité citoyenne ?

 

Contrairement à une certaine idée répandue, les jeunes ne subissent pas seulement l’actualité. Lors de cette session, ils se sont révélés être de véritables acteurs du débat citoyen sur des sujets variés, très préoccupés par l’actualité politique et l’engagement citoyen. Il était impressionnant de voir comment les jeunes de cette région frontalière de Tambacounda se sont complètement approprié les questions socioéconomiques, politiques et géopolitiques.  Les jeunes ont réinterrogé la notion de liberté de la presse face aux enjeux de la désinformation. Même le débat sur la thématique du religieux et des rapports Sud-Nord ont été largement traités sans oublier les échanges internationaux, surtout les nouveaux rapports avec l’Europe et le reste du monde. En fait, les jeunes posent, aujourd’hui, de vraies questions qu’il faudrait désormais inscrire sur l’agenda du politique. Donc, à mon sens, malgré l’idée dominante d’un mauvais usage des réseaux sociaux, les jeunes sont vraiment capables de faire preuve de responsabilité citoyenne si on leur fait confiance et les accompagne sur ce terrain.

 

Alors, après ce succès de la Session inaugurale des Conversations citoyennes, unanimement salué sur les réseaux sociaux, dans la presse locale et même par les acteurs politiques dans leur diversité, quelle suite faudrait-il donner, selon vous, à cette belle initiative qui intéresse déjà d’autres pays de la région ?

 

Les conversations citoyennes vont se poursuivre dans d’autres régions sur la même lancée du plaidoyer fait par Dr. Bakary Sambe à l’issue de la session inaugurale invitant les jeunes à une contribution positive à la consolidation des acquis démocratiques et la cohésion sociale. Et je suis d’avis qu’il urge, aujourd’hui, de mieux écouter et d’entendre tous les jeunes de notre pays dans leur diversité au-delà des appartenances politiques. Il faut leur donner la parole afin que les autorités, la société civile, la famille éducative et les décideurs puissent les prendre en compte dans l’élaboration des politiques publiques. Il est clair que si on ne prend pas conscience de cette nécessité de les écouter dans le cadre du débat public, ils envahiront les réseaux sociaux où ils seront exposés aux effets insidieux de la désinformation et des fake news qui détruisent le vivre ensemble. Comme nous l’avons dit à nos partenaires du Timbuktu Institute et de l’Institut français, les « Conversations citoyennes » devront être davantage élargies pour un usage positif des réseaux sociaux. Mais la manière dont les jeunes de notre région se sont déjà emparé du digital avec toute cette créativité montre qu’ils sont pleins de talents et d’innovation. Ils ont seulement besoin d’être accompagnés pour les faire éclore au service de leur pays.

 

Source : Medi1TV

Bien que classé en tant que pays relativement stable dans un environnement régional mouvementé, le Sénégal connaît tout de même des tensions régulières à l’approche d’échéances électorales. Les élections législatives de fin juillet 2022 ne font pas exception à la règle. Aujourd’hui, la question du rejet de certaines listes depuis l’accomplissement des formalités de dépôt au mois de mai, fait sensation aussi bien au sein de l’intelligentsia sénégalaise que des profanes du domaine politique. Malgré les recours en justice, le Conseil constitutionnel a publié deux décisions relatives à la validité des listes déposées. Plus précisément, la liste de la coalition d’opposition de Yewwi Askan Wi avait été invalidée par la Direction Générale des Élections pour violation de la règle paritaire; mais le Conseil autorise à ladite coalition de modifier sa liste. Concernant la seconde décision, elle concerne le recours intenté par les partis d’opposition contre la liste de Benno Bokk Yakaar (coalition au pouvoir), dont le nombre de parrainages déposés excédait le nombre requis par la loi. Ce dernier recours est jugé irrecevable.

Néanmoins, ces décisions de justice ne signent pas, pour autant, la fin des tensions. L’opposition se radicalise et se mobilise pour des manifestations en se basant sur les dispositions de la Constitution sénégalaise au moment où l’administration territoriale, elle, interdit les rassemblements sur la voie publique s’appuyant sur un article du code électoral. 

Il s’installe un flou au point où le code électoral semble de plus en plus confus pour la population, mais aussi pour les partis politiques. Ainsi, en vue des élections présidentielles de 2024, nombre d'experts appellent à clarifier certaines dispositions-clés de ce code afin de réduire le risque de violences politiques que peut entraîner le contentieux électoral. 

A côté de ce contexte pré-électoral tendu, les conséquences de la guerre en Europe affectent le continent africain et les autorités sénégalaises ne cachent plus que le pays est rudement touché. En effet, selon l’association Actionaid, la hausse des prix sur le continent relative à la guerre Russo-Ukrainienne sera plus importante que la moyenne mondiale. C’est ainsi que, lorsque que le Secrétaire général des Nations Unies s’est rendu au Sénégal, début mai, il affirme : « quand on évoque la situation socio-économique, il est impossible de ne pas aborder la guerre en Ukraine et son impact sur l'Afrique » et se dit préoccupé par la situation, sachant que ces crises économiques peuvent engendrer une instabilité accrue dans des pays déjà en crise, comme c’est le cas de nombre de pays du Sahel. 

En plus de cette situation économique tendue, le pays encourt de réels risques de troubles sociaux et politiques. L’impasse actuelle de l’invalidation de la liste des titulaires de la coalition Yewwi Askan Wi pour défaut de parité de même que la validation jugée injuste de celle de la coalition au pouvoir risquent de mener le pays vers un bras de fer dont l’issue est incertaine. Le pays tant de fois cité comme un modèle démocratique dans la région est aujourd’hui à la croisée des chemins avec des risques réels de troubles voire d’instabilité politique.

Pour Dr. Bakary Sambe : "Un dialogue multi-acteurs s'impose si l'on ne veut pas aller vers une situation inextricable. Il faudra d'abord une entente au sein de l'opposition pour concilier les positions des "validés" et des "invalidés" et ensuite entre cette opposition pour l'heure divisée et la coalition au pouvoir qui doit aussi faire des efforts en termes de décrispation comme l'opposition qui doit entendre les nombreuses voix pour une désescalade préalable au dialogue"

Source : Météo Sahel et Afrique de l'Ouest - Timbuktu Institute - Juillet 2022

Au Mali, depuis la prise du pouvoir par les militaires et les brouilles qui se sont succédées et aggravées avec la communauté internationale, la transition semble être sur une ligne dure. Cette ligne dure est caractérisée par la prise de décisions unilatérales dont la dernière en date remonte à  mai 2022, lorsque la  junte au pouvoir annonce son retrait du G5 Sahel. Ce qui entraîne par ricochet son retrait de toutes les instances du G5, la force militaire anti-djihadistes y compris. Pour justifier sa décision, le Mali affirme que le G5 n’a pas réussi sa mission de lutte contre le terrorisme. Or, certains observateurs font remarquer que la grogne du gouvernement malien de transition provient de l’opposition d’un certain nombre de pays, notamment un “État extra régional”,  à voir le Mali assurer la présidence tournante. Convient-il de reconnaître qu’avant ce retrait, le G5 Sahel n’était pas dans une position avantageuse. En effet, d’un point de vue opérationnel, trois membres sur cinq, que sont le Burkina Faso, le Mali et le Tchad sont dans une situation de transition politique; ce qui pose le problème de la légitimité même des autorités actuelles dans ces pays en même temps qu’il soulève des questionnements sur la stabilité régionale. A cela, s’ajoute le fait que, depuis sa création, le G5 Sahel aux objectifs ambitieux n’a pas pu résoudre l’équation sécuritaire que pose la persistance du risque terroriste. Ensuite, d’un point de vue même de la durabilité de l’Organisation, le G5 fait régulièrement face à des problèmes de financements dépendant principalement d’une générosité internationale qui, finalement, ne s’est pas manifestée comme attendue. Il convient alors de se demander si le G5 Sahel peut subsister et accomplir sa mission sans le Mali, épicentre même de la menace terroriste? . D’où la floraison de réactions pleines  d'inquiétudes malgré l’optimisme du ministre tchadien de la communication Abderaman Koulamallah qui  “espère, pouvoir convaincre le Mali de revenir sur sa décision”, au moment où, le Président du Niger Mohamed Bazoum, lui, assimile ce retrait du Mali  à « la mort » du G5 Sahel. 

Si l'opinion publique malienne a été jusque-là unanimement favorable à la junte au pouvoir, quelques voix discordantes contre le régime ont néanmoins été relevées ces derniers temps. C’est le cas l’Imam Mahmoud Dicko qui, lors du dernier Forum de Bamako sur la Paix, s’est encore illustré en critiquant ouvertement les autorités de la transition d’avoir “pris en otage” le peuple malien sans ménager la  entre une communauté internationale qu’il qualifie  d’« orgueilleuse ».  et des dirigeants « arrogants » selon l’imam Mahmoud Dicko. La suite des propos de l’Imam est révélatrice des risques qu’encourent les tenants d’un discours qui s’opposerait à celui de la junte et à ses orientations plutôt isolationnistes. Car, lui-même affirme en tenant ces propos, l’imam précise qu’il a « conscience des risques qu’il prend”, d’autant plus que de tels propos critiques à l’encontre de la junte deviennent de plus en plus rares.

Ainsi, le Mali s’isole, d’une part du Sahel, mais aussi davantage de l’Union européenne, pour se rapprocher de la Russie devenu son partenaire international surtout dans le domaine sécuritaire. En effet, les Etats membres de l’Union européenne ont retiré une partie des effectifs déployés dans le pays en raison de la cessation de la formation des unités des forces armées et de la garde nationale malienne. De plus, début mai, le Mali a dénoncé les accords de défense passés avec la France depuis 2013, en réponse aux violations de l’espace aérien malien et de la souveraineté étatique par l’Etat français dont le Mali serait victime. Pendant ce temps, la junte militaire se rapproche alors de la Russie et du groupe militaire privé Wagner. Ainsi, le ministre des affaires étrangères  malien, Abdoulaye Diop, et le chef de la diplomatie Russe ont, tous les deux,  dénoncé des agissements “coloniaux” français au cours d’une rencontre à Moscou. En dépit de ce rapprochement, il faut reconnaître que le Mali connaît des difficultés d’ordre financier en raison des sanctions économiques que la CEDEAO a prononcées contre lui et peinerait à obtenir les fonds nécessaires pour financer le groupe Wagner. A ce sujet, en avril, la banque mondiale énonçait le risque de récession dans lequel pourrait plonger le pays à la suite de ces sanctions.

Le dernier Sommet de la CEDEAO qui semble donner une chance supplémentaire au régime de Bamako de sortir de son isolement de même que les efforts promis sur l’agenda de la transition avec la nouvelle Constitution et la loi électorale semble augurer d’un dégel dépendant  encore de nombreux paramètres. Même encore timide, la levée de bouclier d’une partie de la classe politique malienne avec la possible candidature du Colonel Goïta présage d’un contexte politique malien mouvementé alors que le pays se préoccupe plus qu’auparavant d’un retour progressif dans les instances régionales malgré les nombreux obstacles.

 

Source : Météo Sahel et Afrique de l'Ouest - Timbuktu Institute - Juillet 2022