Timbuktu Institute

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Météo Sahel

janvier 10, 2022

Météo Sahel est une initiative du Timbuktu Institute qui vise à mettre à la disposition du public une revue de l’actualité au Sahel assortie d’analyses documentées. Le climat politique, social et sécuritaire qui peut paraître identique dans chacun des pays de cette zone, souvent objet d’analyses globalisantes, peut en réalité varier selon les contextes et les réalités locales. Ainsi, Météo Sahel est une revue bimensuelle de l’actualité politique, sociale et sécuritaire dominante dans les pays du G5 Sahel en plus du Sénégal.

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Votre rubrique Météo Sahel Réalisée par Babacar Diop, stagiaire au Timbuktu Institute, Sous la supervision de Yague Samb, Directrice du bureau de Dakar

Dans le cadre de ses missions de contribution à la promotion du dialogue inclusif entre tous les acteurs et de promotion d’approches prenant en compte les réalités et contraintes des pays de la région, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) a organisé à Dakar du 16 au 17 décembre 2021, un Séminaire régional sur la « contribution des légitimités traditionnelles et religieuses à la consolidation de la paix, la prévention de l’extrémisme violent et la résolution des conflits en Afrique de l’Ouest et au Sahel ».

 

Les leaders religieux et traditionnels issus de différents pays de la région ont, pendant deux journées, fourni leur analyse de la situation sociopolitique et sécuritaire et ont réaffirmé leur engagement et leur volonté d’apporter leur soutien à toutes les actions et initiatives entreprises par UNOWAS et apporter leur contribution à la prévention et à la résolution des conflits au Sahel et en Afrique de manière générale.

 

Au regard de leur rôle essentiel dans leurs sociétés respectives qui a été réitéré et mis en exergue par les chercheurs et les experts qui ont pris part à ce Séminaire régional, les leaders religieux mais aussi traditionnels ont fait montre d’un engagement ferme à « accompagner les efforts de la communauté internationale et de UNOWAS, dans la région ».

 

Qu’il s’agisse aussi bien l’Imam Mahmoud Dicko (Mali), les chefs de canton venus de la région du Liptako Gourma, des chefs traditionnels et leaders religieux de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Sénégal, Cameroun, Nigeria, Mauritanie) aux côtés du Haut-représentant du Moro Naba (Burkina Faso) que des femmes et jeunes leaders, les participants ont magnifié cette « initiative pionnière qui ouvre de larges perspectives en matière de valorisation des stratégies endogènes », d’après, le spécialiste des mouvements radicaux, le Pr. Moulaye Hassane du Centre national d’études stratégiques et de Sécurité du Niger.

« La participation massive des femmes dans toutes les sessions dans un dialogue ouvert avec les acteurs religieux et traditionnels a été une des innovations majeures de cette rencontre », s’est félicitée Mme Atikatou Dieng présidente d’Alliance citoyenne (Mauritanie) et membre de la Plateforme des femmes du G5 Sahel qui a lu la Déclaration finale. Pour le jeune leader religieux malien, Imam Hamidou Diallo, le séminaire régional de UNOWAS « a permis un dialogue intergénérationnel sur des question de grand enjeu pour la stabilisation et la consolidation de la paix au Sahel et en Afrique de l’Ouest »

 

Selon Mme Zara Goni venue spécialement de Maiduguri pour témoigner du rôle actif des femmes dans le nord du Nigeria en termes de mobilisation des leaders religieux et de synergie dans l’élaboration de discours alternatifs face aux groupes terroristes, « le mérite revient à UNOWAS et à Son Excellence M. Mahamat Salah Annadif d’avoir rendu possible ce cadre exceptionnel d’échanges dans un contexte où la région vit des crises multidimensionnelles et où il faudra de plus en plus penser à réactiver tous les mécanismes de résolution et de sortie de crise ».

Pour sa part, Dr. Bakary Sambe, directeur régional du Timbuktu Institute qui a été l’expert chargé par UNOWAS de faciliter la rencontre, « le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, a posé un important jalon pour une meilleure prise en compte des légitimités traditionnelles et religieuses qui peuvent peser de tout leur poids dans l’adhésion des populations locales aux solutions et initiatives prônées par les partenaires internationaux ». Une telle démarche « démontrant, à suffisance, la vision inclusive et l’expérience du Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Monsieur Mahamat Salah Annadif, à l’ère de la co-construction et de l’expérimentation des solutions agiles et des sorties de crises qui seront de plus en plus concertées », conclut Dr. Sambe.

Educating for Peace: Changement climatique

Educating for Peace: Entrepreneurs United

Sur la question du terorisme, Dr. Bakary Sambe rappelle dans cette interview qu’ “il est très difficile de vaincre ou de tuer une idéologie avec une kalachnikov” . Il rappelle qu’à la fin de l’opération Serval, il y a un acteur très important qui à l’époque était moins connu, Abul Walîd Al Sahrawi, qui écrit un document qui disait que la France avec Serval pensait que les terroristes étaient vaincus “mais nous ne sommes pas vaincus. On a éliminé certains de nos hommes, mais nous avons maintenant de la chance de prospérer parce que maintenant, on n’a plus besoin de faire de l’idéologie, de la prédication. Nous attendons seulement  qu'il y ait des zones de conflits communautaires qui se déclenchent, et nous on mettra un habillage islamique pour recruter le plus grand nombre de personnes”

Pour le Directeur du Timbuktu institute, “C’est ce qui s’est passé dans le centre du Mali avec des Peulhs et d’autres bergers qui sont dans le pastoralisme (et qui) souffraient de l’insécurité, du vol de bétails”

D’après son analyse , des membres de ces groupes “sont allés apprendre à manier les armes chez les gens d' AQMI et finalement leurs revendications qui étaient sociales, socioéconomiques et politiques autour des pâturages, des bourgoutières, s’étaient transformées en une revendication religieuse». Et voilà qu’une population marginalisée, en l'occurrence, les peulhs et d’autres qui avaient des activités pastorales se sont soulevées”. 

Il pousuit en rappelant qu’on a observé le même phénomène au Burkina Faso avec Mallam Dicko, qui “a réuni auprès de lui des jeunes frustrés en mal de repères, et on a vu aussi au centre du Mali, lorsque l’Etat malien, incapable de lutter contre le terrorisme, a instrumentalisé des milices d’auto-défense pour assurer la sécurité. Et à ces milices-là, Dan Ambassagu avec des éléments dogons entre autres, on leur dit qu’ill faut lutte contre le terrorisme, en stigmatisant des peulhs pris pour être ces terroristes. Selon Bakary Sambe c’est ainsi, entre autres facteurs, qu’on a créé ou attisé des conflits intercommunautaires interminables.”

Toujours, selon le coordonnateur de l’observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique, “On trouve les mêmes types de conflits au Burkina Faso, au Mali et dans la région de Tillabéry au Niger. Ce qui est en jeu, rappelle t-il, ce n’est pas la religion en tant que telle mais, surtout, la manipulation des symboles religieux pour des motifs politiques, identitaires, économiques etc.” Et, poursuit-il, “ cela va dans un large spectre de mouvements qui, aujourd’hui, au nom d’une prétendue religiosité, sont en train de perpétrer des actes ignobles”

Et au directeur régional du Timbuktu d’alerter avant de proposer des pistes de sortie d’une crise qu’il ne faut pas laisser empirer :  “ Aujourd’hui si on ne prend pas en compte l’émergence de cette nouvelle question autour des pasteurs principalement des pongs, on risque d’avoir d’autres problèmes dans le futur.  Je pense qu’on peut accorder les mêmes facilités en termes de dialogue avec les Touaregs et d’autres à cette communauté-là, au lieu de leur opposer toujours, la violence ou la répression”

pour ce qui est des racines d’un tel conflit et de la stigmatisation de cette communauté, Dr. Sambe en rappelle la dimension historico-politique: “ Mais je pense que le mal vient de plus loin. Pendant l’époque coloniale, il y avait un certain ostracisme à l’égard de ces populations et les Etats postcoloniaux ont hérité de ces pratiques dans certains pays. Et une telle situation a créé ce malaise-là de cette population qui n’arrive pas à s’insérer ou se faire accepter dûment dans l’Etat-nation”

Revenant sur la nécessité de changer de paradigme notamment dans les zones frontalières, où il faudra expérimenter dès maintenant d’autres approches basées sur le dialogue civilo-militaire et intercommunautaire, Dr. Bakary Sambe attire l’attention sur ce qu’il appelle un “paradoxe” entre la présence militaire et l’insécurité : “Aujourd’hui, c’est un problème récurrent qu’on trouve dans toutes les zones frontalières où il y a un véritable paradoxe. Les populations transfrontalières vivent sous le coup de mesures sécuritaires draconiennes avec des présences militaires renforcées, mais sont dans un profond sentiment d’insécurité. Et ce paradoxe là, il faut le relever”.

 

Propos recueillis et adaptés à partir d’une interview lors du forum de Dakar, par la chaîne youtube Geopolitix

L'hebdo africain, votre rendez vous hebdomadaire en partenariat avec Timbuktu Institute chaque mercredi.

Zoom sur le forum tenu du 6 au 7 décembre à Dakar au Sénégal ses leçons et ses perspectives avec Bakary Sambe, directeur regional du Timbuktu Institute.

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