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« Le JNIM ne cherche pas à marcher immédiatement sur Bamako, il resserre l’étau autour du régime et cherche, plutôt, à fragiliser l’économie en accentuant les pénuries dans l’espoir de dé-crédibiliser les autorités en place », analyse Dr. Bakary Sambe dans cette Interview. En ciblant méthodiquement les mines d’or et de lithium, en multipliant les enlèvements d’ingénieurs étrangers, en incendiant les convois sur le corridor Bamako-Dakar et en imposant un blocus carburant depuis le Sénégal et la Mauritanie, le groupe affilié à Al-Qaïda a changé de paradigme : c’est un « jihad économique » d’une ampleur inédite qui vise à faire imploser le Mali de l’intérieur plutôt que de le conquérir militairement. Dr Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute et spécialiste des dynamiques jihadistes ouest-africaines, démontre cette stratégie d’asphyxie et alerte. Entre sabotage logistique, rançons colossales et ancrage communautaire, le risque n’est plus une hypothétique invasion mais une contagion transfrontalière rapide qui pourrait transformer la Sénégambie et la Mauritanie en maillons faibles d’une déstabilisation régionale. Cette interview accordé au Sud Quotiden, par Dr. Bakary Sambe, l’un des plus grands spécialistes des réseaux transnationaux au Sahel et en Afrique de l’Ouest, revient sur la situation sécuritaire régionale dans le contexte de l’offensive du JNIM au Mali et de la recrudescence attaques dans l’Ouest de ce pays. Dr. Bakary Sambe s’est consacré ces dernières années à l’expérimentation d’approches agiles dans les zones de conflits et les stratégies de valorisation des ressources endogènes pour le renforcement de la résilience des communautés, mais aussi dans la diplomatie préventive, conseillant des États et des organisations régionales et internationales. Également, enseignant-chercheur au centre d’étude des religions à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal).
La situation au Mali semble atteindre un point critique avec l’avancée du JNIM. Selon vous, quels sont les risques réels d’un basculement du pouvoir à Bamako entre les mains des groupes jihadistes, et quels signes concrets indiquent que cette perspective se rapproche ?
Le risque d’un basculement direct et frontal du pouvoir à Bamako aux mains du JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimîn, également désigné GSIM chez certaines analyses) demeure structurellement limité à court et moyen terme, non pas en raison d’une supériorité écrasante des forces étatiques maliennes, mais parce qu’une telle entreprise contredirait fondamentalement la doctrine opérationnelle et stratégique du groupe, telle que nous l’avons décryptée dans nos récents rapports au Timbuktu Institute, ainsi que dans la Lettre de l’Observatoire de septembre 2025 consacrée à « Le JNIM à Kayes : Fragilisation économique et menace transfrontalière ». Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a appris des échecs historiques de ses prédécesseurs – comme la prise éphémère de Gao et Tombouctou en 2012 par les groupes touaregs et jihadistes conjoncturellement alliés, suivie d’une expulsion rapide par l’opération Serval –, à éviter les confrontations conventionnelles où il serait inévitablement défait par une armée régulière, même affaiblie et si besoin dans le cadre d’alliances qui risqueraient de lui être fatales. Au lieu de cela, le groupe opte pour une guerre d’usure hybride, combinant asphyxie économique, dé-légitimation politique et ancrage communautaire, visant non pas la conquête territoriale immédiate de la capitale, mais son effondrement de l’intérieur sous le poids d’éventuelles d’émeutes populaires, de pénuries généralisées et d’une perte totale de légitimité du régime militaire en place. Cette stratégie d’étouffement progressif est explicitement articulée par le JNIM lui-même dans ses communications propagandistes, où les investisseurs étrangers sont qualifiés de « colonisateurs économiques » exploitant les ressources sans bénéfice local, une rhétorique qui amplifie les griefs communautaires et renforce l’ancrage local du groupe. Les signes concrets d’un rapprochement de cette perspective d’effondrement interne sont multiples et interconnectés.
Comment se matérialise, concrètement cette stratégie du JNIM que vous qualifiez de « Jihâd économique » sur terrain aujourd’hui, au Mali ?
D’abord, il y a l’escalade des opérations contre les poumons économiques du Mali en 2025 : le 1er juillet, enlèvement de trois ingénieurs indiens à la cimenterie Diamond Cement Factory dans la région aurifère de Kayes, provoquant une réaction diplomatique immédiate de New Delhi ; entre fin juillet et août, six attaques coordonnées sur des sites miniers chinois, entraînant le kidnapping d’une dizaine de ressortissants chinois et forçant Pékin à exiger un renforcement sécuritaire des autorités maliennes ; le 22 août, raid sur la mine de lithium de Bougouni exploitée par la britannique Kodal Minerals, causant la mort d’un agent de sécurité et une suspension temporaire des opérations, avec un durcissement coûteux des escortes privées. Je continue de soutenir que ces actions ne sont pas isolées. D’après mon expérience sur l’évolution des groupes djihadistes ces dernières décennies, ces attaques s’inscrivent dans une logique de perturbation systématique des chaînes logistiques, avec des blocus récurrents et des embuscades sur les convois, détruisant camions-citernes et matériel lourd sur les axes Bamako-Kayes et Bamako-Sikasso. À cela s’ajoutent les injections massives de liquidités dans les communautés ciblées pour le recrutement via des rançons colossales – entre 50 et 70 millions de dollars pour la libération de deux Émiratis et un Iranien, sans compter du matériel militaire (véhicules tout-terrain, carburant, armes légères) – qui transforment le JNIM d’une guérilla opportuniste en une force hybride capable d’opérations multi-fronts. Ces fonds risquent, à mon avis, de financer l’achat d’armes lourdes, d’explosifs artisanaux de nouvelle génération, de drones de reconnaissance et de systèmes de communication cryptés, permettant des raids simultanés, un recrutement accéléré dans des camps mobiles, et une amplification propagandiste présentant chaque paiement comme une « taxe sur les croisés économiques ». Le débat au sein du leadership de la Katiba Macina sur l’activation stratégique, dans la région de Kayes, d’Abu Leith Al-Lîbî, le spécialiste des prises d’otage ne semble pas anodin. Le blocus annoncé le 3 septembre par Abou Houzeifa Al-Bambari – interdisant l’importation de carburant depuis le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire et la Guinée, et suspendant les activités de Diarra Transport – se matérialise par des incendies de bus et de camions-citernes (trois sur Bamako-Kayes dans la nuit du 5 au 6 septembre), provoquant hausses de prix, insécurité alimentaire (1,52 million de personnes affectées à Ménaka et ailleurs) et l’érosion des recettes étatiques, la région de Kayes représentant 80 % de la production d’or nationale. Ces dynamiques, tout en cherchant à dé-légitimer le régime qui promettait la sécurité avec des partenariats non occidentaux (Russie, Turquie dans une moindre mesure), augmenterait le risque d’un soulèvement populaire excédé, rendant la perspective d’un basculement indirect – par implosion plutôt que par invasion – de plus en plus tangible, sans que le JNIM n’ait à s’exposer à un assaut conventionnel ou à une bataille urbaine incertaine.
Certains estiment que si le Mali « s’effondre », cela entraînera une déstabilisation profonde de l’ensemble de la Sénégambie et de l’Afrique de l’Ouest. Comment analyseriez-vous la dimension transfrontalière du risque, et quels pays sont les plus exposés à court terme ?
La dimension transfrontalière du risque malien n’est pas une conséquence collatérale, mais reste un levier stratégique délibéré du JNIM, qui exploiterait, selon les circonstances, la continuité socioculturelle, la porosité des frontières et les interdépendances économiques pour transformer une crise nationale en contagion régionale. Kayes, carrefour migratoire et économique bordé par le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée, n’est pas choisie au hasard : elle assure via la Route Nationale 1 (RN1) environ 30 % des importations terrestres maliennes (2,7 millions de tonnes annuelles de marchandises, incluant carburant et céréales), et plus de 70 % des importations transitent par les ports régionaux, notamment Dakar. En sabotant cette artère – attaques simultanées sur cinq positions militaires ou stratégiques à Kayes et Diboli le 1er juillet (à 1,3 km de la frontière sénégalaise), incendie d’engins de chantier sur la RN1 le 31 août par l’entreprise chinoise COVEC, instauration d’un couvre-feu jusqu’au 30 septembre – le JNIM ne paralyse pas seulement Bamako, mais perturbe les flux commerciaux ouest-africains de manière générale, forçant une dépendance sur des routes secondaires sous contrôle insurgé et favorisant les trafics illicites (or, bétail, bois). À court terme, le Sénégal et la Mauritanie sont les plus exposés, avec des risques multidimensionnels. Le Mali c’est quand même 55 % des exportations totales du Sénégal vers l’Afrique et environ 21 % des exportations totales de notre pays. Le Mali reste le plus gros marché pour le ciment sénégalais, par exemple, recevant près de 80 % des exportations de ciment du Sénégal vers la région sans parler des hydrocarbures. Le Mali a, malgré la crise sécuritaire, conservé son rôle de principal importateur de carburant et de denrées alimentaires en provenance du Sénégal, y compris les fournitures pour les navires et les avions. Pour le Sénégal, la perturbation du corridor Bamako-Dakar par les djihadistes menace les exportations maliennes transitant par son port, en faisant grimper les coûts de transport et les prix des biens essentiels ; la suspension des trajets annoncée par l’Union des transporteurs routiers du Sénégal (UTRS) le 2 juillet illustre bien cette vulnérabilité immédiate. Sur le plan sécuritaire, les incidents à Diboli et avant cela Melgué signalent un risque d’infiltration dans l’Est sénégalais, exacerbé par une propagation des courants extrémistes et la faiblesse de l’intelligence sociale dans les approches préventives. Le déploiement du Groupement d’action rapide de surveillance et d’intervention (Garsi) vers Goudiri, soutenu par l’Union Européenne, est certes une réponse, mais une probable escalade détournerait certaines ressources des priorités internes socio-économiques. En Mauritanie, la pression sur Nioro-du-Sahel – rompant avec son statut d’inviolabilité via l’influent Chérif Bouyé Haïdara – et l’afflux de réfugiés dans les Hodhs et l’Assaba agitent l’espace public, avec des appels en ligne à une intervention militaire pour protéger le guide religieux, respecté jusqu’aux plus hautes sphères de Nouakchott, craignant le spectre de l’enlèvement du Cheikh Thierno Hady Tall de la Tijâniyya omarienne, fin décembre 2024. Cela pourrait enflammer des tensions communautaires transfrontalières, le JNIM ciblant potentiellement cette influence pour recruter ou déstabiliser. À plus long terme, une contagion toucherait la Guinée comme la Côte d’Ivoire qui a déjà connu des attaques dans la zone de Kafolo via des réseaux de contrebande renforcés, compliquant la lutte antiterroriste régionale. Sans coopération renforcée avec un partage sincère de renseignement, la sécurisation conjointe des corridors, un effondrement malien transformerait la Sénégambie en maillon faible, avec des répercussions sur la stabilité ouest-africaine entière. Le Sénégal doit se doter d’une stratégie renforcée de prévention, politiquement assumée, ne serait-ce qu’au regard de ces signaux.
Par Thierno Souleymane Ndiaye
Le Caire est en effervescence alors qu’il célèbre l'une de ses soirées les plus marquantes : la remise du prestigieux prix d’engagement humanitaire, une distinction qui salue le travail exceptionnel de personnalités ayant contribué à l’avancement des droits de l'homme et à la promotion de la paix et de la justice en Afrique et au-delà. Cette année, le Sénégal est particulièrement à l’honneur grâce à Adama Dieng, un homme dont la carrière exemplaire illustre la capacité du Sénégal à réaliser des avancées significatives en matière de multilatéralisme.
Les témoignages des personnalités prenant part à cet évènement ont salué l’action d’Adama Dieng, ancien conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies, qui « a consacré sa vie à la lutte pour les droits humains et à la justice internationale. Sa carrière s'est ouverte dans les années 90, alors qu'il était déjà engagé dans des instances internationales, contribuant à façonner des politiques en faveur de la paix durable et de la justice ».
Son parcours exceptionnel de ce Sénégalais lui a valu, d’après un diplomate onusien une « reconnaissance internationale, faisant de lui l'un des champions des droits de l'homme sur le continent africain ». Dieng s'est distingué par sa capacité à « faire bouger les lignes » dans le domaine du multilatéralisme, rappelle-t-il. « Berçant ses idéaux dans les effluves du panafricanisme, Adama a non seulement saisi l'importance de cette idéologie, mais a également compris ses subtilités pour contribuer à son inscription dans l’agenda prioritaire de la gouvernance globale », rappelle-t-il. Reconnu comme l’un des Africains les plus influents dans le développement progressif du droit à l’intégration africaine, il est un acteur clé dans les domaines de la gouvernance, de la lutte contre la corruption, des droits de l’homme, de la paix et de la sécurité. Ses positions stratégiques font de lui non seulement l’un des héritiers et perpétuateurs de l’œuvre de Keba Mbaye, mais aussi un interlocuteur discret des chefs d’États et des décideurs du globe.
En ces moments troubles de l’évolution du Sénégal, Adama nous rappelle le drapeau qui nous unit et le rang de notre pays dans le concert des Nations et la gouvernance mondiale. Son discours et son engagement résonnent avec une force particulière, invitant chacun à méditer et à célébrer notre nation afin de dépasser la polarisation clivante qui mine notre société. Cette réflexion est d'une importance primordiale, surtout face aux menaces extrêmes qui guettent notre pays, compte tenu des défis socio-économiques en cours. La contribution d’Adama Dieng à la cause de l’humanité s’inscrit dans la lignée des personnalités qui ont précédemment reçu cette distinction au Caire. Parmi eux, des figures telles que le Professeur Fouad Abdel-Moneim Riad, ancien juge au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, et Lakhdar Brahimi, ancien ministre des Affaires étrangères d'Algérie, illustrent également cet engagement sans faille au service de la justice.
Infatigable, Adama Dieng assume en ce moment les fonctions d'Envoyé spécial de l'Union Africaine pour la prévention du génocide, un rôle qu’il exerce avec succès. À l'ONU, en tant que Sous-secrétaire général, il a laissé, parmi de nombreux héritages, le premier cadre référentiel d'analyse et de prévention des crimes atroces, un outil essentiel pour combattre l'impunité.
Le parcours d’Adama Dieng à la Commission internationale des juristes, puis comme greffier du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), fait de lui l'un des experts les plus éminents en justice transitionnelle sur le continent. Ses conseils peuvent encore aider le Sénégal à explorer un processus spécifique qui lie la quête de justice à la réconciliation nationale. Diplomate discret, Adama n’a jamais raté l'occasion de servir les intérêts de son pays, y compris dans les efforts pour trouver une solution politique aux troubles récents qui ont mené à la troisième alternance démocratique.
Sa détermination et son engagement pour promouvoir le dialogue inter religieux illustrent sa capacité à rassembler les leaders religieux autour de la paix et de la sécurité. La célébration d’Adama Dieng à la cérémonie du Caire est un moment mémorable pour le Sénégal et pour l’Afrique. C’est un témoignage puissant de l'importance de l'engagement et de la détermination. Son travail acharné continue d'inspirer des milliers de personnes à œuvrer pour un monde plus juste, et la reconnaissance qu’il reçoit aujourd'hui en est la preuve indiscutable. Dans des temps où les défis humanitaires persistent, des leaders comme Adama Dieng nous rappellent que l’espoir et le changement sont possibles grâce à des actions collectives et à un engagement inébranlable pour la justice. En honorant des personnalités comme lui, nous célébrons non seulement leur parcours, mais aussi les valeurs qui nous unissent et que nous devons continuer à défendre pour un Sénégal uni et prospère.
Par Thierno Souleymane Ndiaye
Le Caire est en effervescence alors qu’il célèbre l'une de ses soirées les plus marquantes : la remise du prestigieux prix d’engagement humanitaire, une distinction qui salue le travail exceptionnel de personnalités ayant contribué à l’avancement des droits de l'homme et à la promotion de la paix et de la justice en Afrique et au-delà. Cette année, le Sénégal est particulièrement à l’honneur grâce à Adama Dieng, un homme dont la carrière exemplaire illustre la capacité du Sénégal à réaliser des avancées significatives en matière de multilatéralisme.
Les témoignages des personnalités prenant part à cet évènement ont salué l’action d’Adama Dieng, ancien conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies, qui « a consacré sa vie à la lutte pour les droits humains et à la justice internationale. Sa carrière s'est ouverte dans les années 90, alors qu'il était déjà engagé dans des instances internationales, contribuant à façonner des politiques en faveur de la paix durable et de la justice ».
Son parcours exceptionnel de ce Sénégalais lui a valu, d’après un diplomate onusien une « reconnaissance internationale, faisant de lui l'un des champions des droits de l'homme sur le continent africain ». Dieng s'est distingué par sa capacité à « faire bouger les lignes » dans le domaine du multilatéralisme, rappelle-t-il. « Berçant ses idéaux dans les effluves du panafricanisme, Adama a non seulement saisi l'importance de cette idéologie, mais a également compris ses subtilités pour contribuer à son inscription dans l’agenda prioritaire de la gouvernance globale », rappelle-t-il. Reconnu comme l’un des Africains les plus influents dans le développement progressif du droit à l’intégration africaine, il est un acteur clé dans les domaines de la gouvernance, de la lutte contre la corruption, des droits de l’homme, de la paix et de la sécurité. Ses positions stratégiques font de lui non seulement l’un des héritiers et perpétuateurs de l’œuvre de Keba Mbaye, mais aussi un interlocuteur discret des chefs d’États et des décideurs du globe.
En ces moments troubles de l’évolution du Sénégal, Adama nous rappelle le drapeau qui nous unit et le rang de notre pays dans le concert des Nations et la gouvernance mondiale. Son discours et son engagement résonnent avec une force particulière, invitant chacun à méditer et à célébrer notre nation afin de dépasser la polarisation clivante qui mine notre société. Cette réflexion est d'une importance primordiale, surtout face aux menaces extrêmes qui guettent notre pays, compte tenu des défis socio-économiques en cours. La contribution d’Adama Dieng à la cause de l’humanité s’inscrit dans la lignée des personnalités qui ont précédemment reçu cette distinction au Caire. Parmi eux, des figures telles que le Professeur Fouad Abdel-Moneim Riad, ancien juge au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, et Lakhdar Brahimi, ancien ministre des Affaires étrangères d'Algérie, illustrent également cet engagement sans faille au service de la justice.
Infatigable, Adama Dieng assume en ce moment les fonctions d'Envoyé spécial de l'Union Africaine pour la prévention du génocide, un rôle qu’il exerce avec succès. À l'ONU, en tant que Sous-secrétaire général, il a laissé, parmi de nombreux héritages, le premier cadre référentiel d'analyse et de prévention des crimes atroces, un outil essentiel pour combattre l'impunité.
Le parcours d’Adama Dieng à la Commission internationale des juristes, puis comme greffier du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), fait de lui l'un des experts les plus éminents en justice transitionnelle sur le continent. Ses conseils peuvent encore aider le Sénégal à explorer un processus spécifique qui lie la quête de justice à la réconciliation nationale. Diplomate discret, Adama n’a jamais raté l'occasion de servir les intérêts de son pays, y compris dans les efforts pour trouver une solution politique aux troubles récents qui ont mené à la troisième alternance démocratique.
Sa détermination et son engagement pour promouvoir le dialogue inter religieux illustrent sa capacité à rassembler les leaders religieux autour de la paix et de la sécurité. La célébration d’Adama Dieng à la cérémonie du Caire est un moment mémorable pour le Sénégal et pour l’Afrique. C’est un témoignage puissant de l'importance de l'engagement et de la détermination. Son travail acharné continue d'inspirer des milliers de personnes à œuvrer pour un monde plus juste, et la reconnaissance qu’il reçoit aujourd'hui en est la preuve indiscutable. Dans des temps où les défis humanitaires persistent, des leaders comme Adama Dieng nous rappellent que l’espoir et le changement sont possibles grâce à des actions collectives et à un engagement inébranlable pour la justice. En honorant des personnalités comme lui, nous célébrons non seulement leur parcours, mais aussi les valeurs qui nous unissent et que nous devons continuer à défendre pour un Sénégal uni et prospère.
Cette rencontre participative, du 11 novembre 2025, organisée, en ligne, par le Timbuktu Institute, vise à anticiper les risques de contagion régionale et à co-construire des réponses coordonnées, seules à même de préserver la paix et la stabilité au Sahel et en Afrique de l’Ouest. L’enjeu n’est plus seulement malien : il est sous-régional, et il est temps d’anticiper et d’envisager des solutions face une menace d’une telle ampleur sur la paix, la sécurité et la stabilité des pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
Les récentes offensives menées par le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islâm wal Muslimîn) dans le centre, le nord et l’Ouest du Mali ont révélé une capacité accrue du groupe à conquérir et à contrôler des territoires de plus en plus vastes. Ces avancées militaires ne se limitent pas à des gains tactiques : elles s’inscrivent dans une stratégie globale où le « jihad économique » joue un rôle central. En imposant des taxes illicites sur les commerçants, en détournant les ressources minières et agricoles, et en sabotant les infrastructures vitales, le JNIM asphyxie l’économie malienne et risque de créer un effet domino qui menacerait la stabilité des pays voisins.
Face à cette double menace sécuritaire et économique, le Timbuktu Institute, think tank africain spécialisé dans les questions de paix et de sécurité au Sahel, appelle à une mobilisation urgente des expertises régionales. Il organise un débat interactif qui permettra un échange direct avec des experts issus de la région. Ces analystes, dotés de diverses perspectives analytiques forgées par plus de vingt ans d’expérience de terrain, ont suivi sur le long terme l’évolution de la situation sociopolitique et sécuritaire au Sahel. Leurs témoignages et analyses, ancrés dans une profonde connaissance des dynamiques locales, ethnoculturelles, économiques et jihadistes, enrichiront la compréhension du « projet » stratégique du JNIM : ses objectifs à long terme, ses modes de financement, ses alliances transfrontalières et ses impacts à moyen et long termes sur l’évolution sociétés sahéliennes au-delà de l’actualité brûlante et des menaces immédiates.
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Les récents enlèvements d’étrangers et l’importante rançon de 50 à 70 millions de dollars qui aurait été payée au JNIM pour libérer deux émiratis et un iranien ont ravivé les interrogations sur la sécurisation des investissements et même la viabilité des sites économiques dans l’espace sahélien. Ce phénomène accentue, certes, les effets de la stratégie d’asphyxie économique mais internationalise l’écho d’un « jihâd » économique qui semble, aussi, s’inscrire dans une démarche de fragilisation des régimes militaires en place. L'offensive de la Jamâ’at Nasrat al-Islâm wal Muslimîn (JNIM) inflige des dommages économiques croissants aux intérêts étrangers, transformant les investisseurs et les compagnies étrangers en cibles stratégiques d'une menace hybride et endémique. Les attaques visent, désormais, directement les infrastructures économiques, les sites miniers et les convois logistiques, avec pour objectif stratégique d'asphyxier les économies locales et de délégitimer les régimes en place. En 2025, le JNIM a intensifié ses opérations contre des cibles étrangères, démontrant, en même temps, une capacité croissante à frapper simultanément plusieurs fronts.
Dans la région aurifère de Kayes, plusieurs raids ont été menés. Le 1er juillet, trois ressortissants indiens ont été enlevés à la cimenterie Diamond Cement Factory, provoquant une réaction immédiate du ministère indien des Affaires étrangères. Entre fin juillet et août, six sites industriels chinois, principalement des mines d’or, ont été attaqués, entraînant le kidnapping de ressortissants chinois. Pékin aurait, d’ailleurs, exigé des autorités maliennes une meilleure sécurisation des projets dans cette zone. Le 22 août, la mine de lithium de Bougouni au Mali, exploitée par la société britannique Kodal Minerals, a été prise pour cible, causant la mort d’un agent de sécurité et obligeant un durcissement des mesures de protection. Cette escalade traduit une stratégie sophistiquée : au-delà des attaques directes sur les sites industriels, le JNIM perturbe les chaînes logistiques par des blocus et des embuscades sur les convois, compromettant l’exploitation de ressources stratégiques comme l’or, l’uranium et le lithium. De telles actions touchent divers investisseurs étrangers – chinois, occidentaux, indiens, russes – indépendamment de leur origine, malgré le shift diplomatique vers des partenaires non occidentaux (Chine, Russie, Turquie).
Ce repositionnement n’a pas permis de sécuriser les sites économiques où s’activent les nouveaux partenaires, exacerbant la vulnérabilité persistante des projets extractifs et infrastructurels. Les impacts économiques sont multiples et interconnectés. À court terme, les perturbations opérationnelles entraînent des arrêts de production, des surcoûts sécuritaires et des pertes directes en ressources. À plus long terme, l’insécurité risque de créer un effet dissuasif majeur : les entreprises étrangères hésitent à maintenir ou à accroître leurs investissements dans des zones à haut risque, avec le risque d’une chute drastique des flux d’investissement direct étranger. En même temps, le JNIM exploite habilement les griefs locaux en qualifiant les investisseurs étrangers de « colonisateurs économiques », accusant leurs projets d’exploiter les ressources sans bénéfice pour les populations. Cette rhétorique, amplifiée par la propagande du groupe terroriste, renforce son ancrage communautaire, tout en délégitimant les régimes et leurs nouveaux partenaires. Au-delà des pertes humaines et matérielles, les conséquences stratégiques sont lourdes : risque accru d’expansion de l’insécurité vers les pays côtiers, menace sur les corridors commerciaux régionaux, et l’érosion du soft power des investisseurs étrangers. Face à cette menace hybride, les entreprises et les investisseurs étrangers doivent, nécessairement, adapter leurs stratégies. En définitive, l’offensive du JNIM ne vise pas uniquement les intérêts étrangers en tant que tels, mais les utilise comme levier pour étrangler les économies, affaiblir les régimes en place et consolider son emprise territoriale. Sans réponse coordonnée et durable, cette dynamique risque de provoquer un désinvestissement massif, une contraction économique régionale et une instabilité accrue, avec des répercussions durables sur la stabilité du Sahel et au-delà.
Le Campus de l’UM6P à Laâyoune accueilli aujourd’hui le Symposium du 60ᵉ anniversaire de la Convention d’Établissement Maroc–Sénégal. Organisé par L’UM6P et le Timbuktu Institute, cet événement a réuni plus de 200 participants des deux pays, entre chercheurs, décideurs publics et représentants institutionnels, s’inscrivant ainsi dans une double commémoration : celle d’un accord fondateur ratifié en 1965 entre le Maroc et le Sénégal, et celle du cinquantenaire de la Marche Verte, deux jalons qui rappellent la cohérence d’un destin partagé entre vision et solidarité panafricaine.
Les travaux, articulés autour de trois panels thématiques, ont permis d’examiner successivement les trajectoires historiques de la coopération maroco-sénégalaise, les nouveaux enjeux de la recherche stratégique et de la mobilité universitaire, ainsi que les perspectives offertes par l’entrepreneuriat et la souveraineté alimentaire. Ces discussions ont mis en lumière la maturité d’un partenariat qui, au-delà des affinités politiques, s’affirme aujourd’hui comme un espace de production de connaissance et d’innovation à vocation continentale.
Les échanges ont abouti à l’adoption de la Déclaration de Laâyoune, un texte d’orientation qui propose de faire de la relation maroco-sénégalaise un laboratoire de la coopération panafricaine fondée sur le savoir, l’innovation et la responsabilité partagée. La Déclaration appelle à renforcer les programmes conjoints de recherche, à structurer les échanges universitaires et à créer des espaces de travail commun sur la sécurité alimentaire et le développement durable.
Au-delà de son contenu programmatique, la Déclaration de Laâyoune réaffirme le rôle des provinces du Sud du Maroc comme espace de convergence entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, où s’invente une nouvelle grammaire du développement africain fondée sur la connaissance, la durabilité et la souveraineté technologique. En choisissant Laâyoune pour ancrer cette vision, les deux partenaires affirment la place croissante de cette région dans les dynamiques de coopération Sud–Sud et dans la reconfiguration des relations intellectuelles africaines.
« Le Maroc et le Sénégal partagent une histoire diplomatique, mais surtout une ambition continentale qui est celle de redonner sens au développement endogène, à l’économie du savoir et à la dignité productive des sociétés africaines. L’esprit de cette journée est précisément celui-là : renouer avec l’héritage des pionniers pour en dégager une énergie nouvelle pour bâtir l’avenir », souligne Khalid Baddou, Directeur des Affaires Institutionnelles de l’UM6P.
« Cette célébration n’est pas seulement un hommage au passé. Elle consacre une vision d’avenir, celle d’une Afrique qui pense, agit et produit à partir de ses propres savoirs et de ses propres modèles, » affirme Bakary Sambe, Président du Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies.
En clôturant les travaux, les participants ont souligné que l’avenir du partenariat maroco- sénégalais réside dans sa capacité à produire du sens autant que du savoir : un modèle de coopération enraciné dans l’histoire, mais résolument tourné vers la construction d’une Afrique capable de penser son propre développement.
Source : Chantier du Maroc
Timbuktu Institute – Octobre 2025
L’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, se déroule dans un climat politique chargé d’incertitudes. Plus de deux décennies après la crise politico-militaire de 2002 et une autre marquée par une certaine stabilité relative sous la présidence d’Alassane Ouattara, le pays s’interroge : quelle trajectoire pour sa démocratie à l’issue de ce scrutin ? Quelle éventuelle alternance réelle au sommet du pouvoir ? Et comment réconcilier une nation encore fracturée par les blessures du passé ?
Depuis la mort de Félix Houphouët‐Boigny en 1993, la scène politique ivoirienne est largement dominée par trois figures de premier plan : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Ces trois hommes, anciens acteurs de longue date, ont tour à tour incarné la gouvernance, l’opposition ou le pouvoir ; mais surtout ils ont verrouillé, chacun à sa manière, l’espace politique national.
Le fait est que ces acteurs restent omniprésents, que ce soit directement (candidatures, influence) ou indirectement (réseaux, héritage politique) dans le paysage politique ivoirien.
Malgré une population jeune avec 75,6 % des ivoiriens âgés de moins de 35 ans4, la relève institutionnelle reste faible. Plusieurs constats :
Le paysage politique est « saturé » par les structures anciennes.
Ce verrouillage des partis signifie que, même lorsque de nouveaux visages apparaissent, ils se heurtent à un environnement politique déjà structuré autour de réseaux anciens, de clientèles établies, et de leaderships patrimoniaux.
La présidentielle de novembre 2010 en Côte d'Ivoire, à l’issue de laquelle Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur par la Commission Électorale Indépendante (CEI), tandis que le Conseil constitutionnel avait invalidé certains résultats et proclamé Laurent Gbagbo président, a débouché sur un conflit violent, prolongé d’environ cinq mois.
Le bilan humain reste encore lourd : selon les Nations unies, jusqu’à 3 000 personnes ont péri pendant cette période de violence.10
Cette crise avait marqué un point d’ancrage majeur : elle a gravé dans la mémoire collective l’idée que l’élection présidentielle peut toujours basculer en crise ouverte, et que le bon fonctionnement des institutions électorales reste une condition essentielle de la paix.
Le rôle central des institutions électorales : CEI et Conseil constitutionnel
Leur complémentarité est théorique : la CEI organise, instruit, compile les résultats ; le Conseil constitutionnel tranche les contentieux et garantit la légalité. En pratique cependant, depuis la crise 2010-2011 la répartition de responsabilités suscite débat.
Les défis qui freinent la confiance dans le processus
La crédibilité d’un scrutin repose notamment sur la fiabilité du fichier électoral : qui est inscrit, comment, avec quelles garanties contre les fraudes ou les exclusions injustifiées. Des critiques portent sur l’absence de mise à jour systématique ou régulière des listes électorales.13
Même si les institutions sont formellement indépendantes, leur impartialité est mise en doute. Les partis d’opposition accusent la CEI ou le Conseil constitutionnel de décisions biaisées.14 De plus qu’il y a un précédent avec la crise post-électorale de 2010-2011.
La confiance dans les institutions électorales a trois effets majeurs :
En somme, la question de la transparence et de la crédibilité électorale va bien au-delà de la simple organisation logistique d’un scrutin. Il s’agit d’un contrat de confiance entre les citoyens, leurs institutions et les acteurs politiques. Sans ce socle, l’élection ne sera pas seulement une compétition politique, mais un risque pour la paix civile. Pour que l’élection soit une marche vers la consolidation démocratique, et non un retour vers la crise, la crédibilité des institutions électorales doit être une priorité réelle et reconnue par tous.
Le poids des enjeux socio-économiques
Au-delà des luttes entre partis et des enjeux institutionnels, de plus en plus d’ivoiriens attendent des réponses tangibles à leurs préoccupations quotidiennes : emploi, coût de la vie, accès à la santé, éducation, logement…
Une croissance forte mais inégalement répartie
La Côte d’Ivoire se distingue depuis plusieurs années par un taux de croissance économique élevé (~6 % ou plus annuellement) : par exemple une croissance estimée à 6,5 % en 2023.17
Pourtant, cette croissance ne s’est pas traduite par une amélioration homogène du bien-être pour l’ensemble de la population :
Le terrain socio-économique constitue aujourd’hui un champ majeur de compétition et de légitimité politique en Côte d’Ivoire. Si les élections peuvent encore se jouer sur la mémoire, les alliances ou les symboles, c’est de plus en plus sur la base des résultats concrets pour la population qu’elles seront jugées. La question n’est plus seulement « qui va diriger ? »mais « avec quel plan et pour quel impact ? ».
La question de la cohésion sociale en Côte d’Ivoire reste profondément marquée par l’histoire :
Le gouvernement et plusieurs partenaires ont adopté des politiques explicites pour renforcer l’unité nationale :
Dans un scrutin présidentiel, l’unité nationale joue directement sur la légitimité du vainqueur : un président perçucomme représentatif de l’ensemble des Ivoiriens aura plus de chance de rassembler après l’élection. Si des groupes se sentent exclus ou lésés, cela augmente le risque de tensions post-électorales, voire de violence.
L’élection peut être un moment de “test” : si elle se déroule dans un climat de respect mutuel, avec des discours apaisés et inclusifs, elle peut devenir une étape vers une nation plus unie. Si elle relance les divisions, elle risque d’affaiblir la cohésion.
La cohésion sociale et l’unité nationale sont loin d’être des débats secondaires, ils constituent l’un des piliers de la stabilité démocratique en Côte d’Ivoire. Pour que le pays ne soit pas simplement “réconcilié” par la force, mais uni dans le quotidien.
Le rôle de la Côte d’Ivoire ne se limite pas à ses frontières : en tant que puissance économique et diplomatique de l’Afrique de l’Ouest, elle évolue dans un environnement marqué par des dynamiques régionales et internationales qui façonnent ses choix politiques et stratégiques.
La Côte d’Ivoire partage ses frontières avec des pays qui connaissent des situations de forte instabilité : notamment le Mali et le Burkina Faso au nord. L’instabilité politique, les coups d’État ou la menace djihadiste y sont des réalités marquantes. Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire apparaît comme un point d’ancrage de stabilité dans la région.
Sur le plan sécuritaire, la propagation vers la zone côtière d’activités djihadistes initialement confinées au Sahel inquiète.25
La Côte d’Ivoire joue un rôle de hub : ses ports, sa position stratégique, ses infrastructures la lient étroitement à la sous-région avec les exportations/importations avec les voisins, les transits, etc.26
À l’international, le pays doit naviguer entre plusieurs alliances et influences : il conserve des liens historiques (ex. avec la France) tout en étant confronté à l’émergence de nouveaux partenaires (par exemple l’influence grandissante de la Russie en Afrique de l’Ouest) qui modifient les rapports de force.
L’influence régionale et internationale est loin d’être un second plan pour la Côte d’Ivoire : elle façonne fortement les choix politiques, le contexte électoral et les enjeux à venir. Pour les acteurs de l’élection présidentielle, reconnaître que le pays ne vote pas en vase clos est essentiel.
De l’issue de cette élection et surtout de l’acceptabilité des résultats quel que soit le vainqueur dépendra, en partie, l’avenir proche d’une Côte d’Ivoire, pays-moteur économique et diplomatique de la sous- région ouest africaine en pleine turbulence.
1 https://www.jeuneafrique.com/128203/archives-thematique/la-mort-d-houphou-t-boigny-
2 https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/758
3 https://www.france24.com/fr/20110521-une-vingtaine-chefs-etat-a-investiture-alassane-ouatt ara-cote-ivoire-president-ceremonie-yamoussoukro-reconciliation
4 https://www.ins.ci/RGPH2021/RESULTATS%20DEFINITIFSRP21.pdf
5 https://www.jeuneafrique.com/613434/politique/cote-divoire-henri-konan-bedie-rompt-avec-la-coalition-presidentielle/
6 https://www.bbc.com/afrique/articles/cx2y4d9nj37o
7 https://www.jeuneafrique.com/1478988/politique/en-cote-divoire-le-rhdp-dalassane-ouattara- asseoit-sa-domination/
8 https://www.koaci.com/index.php/article/2025/05/18/cote-divoire/politique/cote-divoire-crise-au-somme t-du-pdci-rda-la-coordination-des-cadres-sonne-lalarme_186946.html
9 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/10/18/en-cote-d-ivoire-laurent-gbagbo-lance-officiellement -son-nouveau-mouvement_6098840_3212.html
10 https://www.fidh.org/IMG/pdf/cne_resume_rapport_d_enquete.pdf
11 https://cei.ci/les-missions/
12 https://www.conseil-constitutionnel.fr/nouveaux-cahiers-du-conseil-constitutionnel/le-conseil-constituti onnel-de-cote-d-ivoire
13 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/10/19/en-cote-d-ivoire-la-liste-electorale-au-c-ur-des-reque tes-de-l-opposition_6355669_3212.html
14 https://www.afripresse.com/2025/10/07/presidentielle-en-cote-divoire-le-role-central-de-la-cei-et-du-co nseil-constitutionnel
15 https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=SL.UEM.1524.ZS& codePays=CIV&codeTheme=8
16 https://www.rfi.fr/fr/afrique/20251022-pr%C3%A9sidentielle-en-c%C3%B4te-d-ivoire-la-vie-ch%C3%A 8re-l-emploi-et-la-s%C3%A9curit%C3%A9-au-c%C5%93ur-du-scrutin
17 https://www.afdb.org/en/countries/west-africa/cote-d%E2%80%99ivoire/cote-divoire-economic-outlook
18 https://futures.issafrica.org/geographic/countries/cote-divoire/#01-intro
19 Idem
20 https://shs.cairn.info/revue-etudes-2001-3-page-292?lang=fr
21 https://www.france24.com/fr/afrique/20251020-cote-d-ivoire-la-reconciliation-nationale-un-chantier-ina cheve-pour-victimes-presidentielle
22 https://solidarite.gouv.ci/actualite/actudetail/lancement-du-plan-de-cohsion-nationale-2024-2025-l
23 https://www.plan.gouv.ci/assets/fichier/SYNTHESE-ENP-CI-2040-Version-Finale-22-14032017-1-1-2-. pdf
24 https://cotedivoire.un.org/fr/238735-une-caravane-de-la-paix-pour-stimuler-la-solidarit%C3%A9-et-la-c oh%C3%A9sion-sociale-dans-le-nord-de
25 https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-grand-invit%C3%A9-afrique/20250523-jihadisme-en-afrique-de-l-ouest-il-existe-un-risque-d-effondrement-des-%C3%A9tats-sah%C3%A9liens
26 https://www.gcpnd.gouv.ci/uploads/doc/RISQUE_FACT.pdf
د. بكاري سامب ، رئيس ومؤسس معهد تمبكتو - المركز الأفريقي لدراسات السلام
Du 9 au 2025, les événements se dérouleront comme prévu. مناقشات لوقف إطلاق النار. أسفرت الغارة عن مقتل خمسة من أعضاء الحركة، بمن فيهم ابن مفاوض بارز، وضابط أمن قطري، إلى جانب إصابات مدنية. هذا الفعل، الذي يمس سيادة دولة عربية وإسلامية، يثير قلقاً عميقاً بشأن احترام القانون الدولي ويهدد الاستقرار الإقليمي.
إن دولة قطر , كرمز للسلام والحور، أثبتت نفسها كوسيط دولي موثوق. فقد نجحت في التوسط لإبرام اتفاقيات وقف إطلاق النار في غزة مرتين، الأولى عام 2023 والثانية في 2025, بالتعاون مع مصر والولايات المتحدة، مما خفف معاناة الفلسطينيين وساهم في إنقاذ آلاف الأرواح. كما قادت قطر وساطات ناجحة خارج المنطقة، مثل التوسط بين الولايات المتحدة وطالبان في أفغانستان، مما أدى إلى توقيع اتفاق الدوحة عام 2020, الذي مهد لانسحاب القوات الأمريكية. وفي السودان، دعمت قطر مفاوضات السلام بين الحكومة والجماعات المسلحة، مقدمة مساعدات إنسانية كبيرة للمتضررين من النزاعات في اليمن وسوريا. على الصعيد العالمي، استضافت قطر مؤتمرات للحوار بين الأديان، مثل منتدى الدوحة للحوار بين الأديان، الذي يجمع قادة دينيين من مختلف أنحاء العالم لتعزيز التفاهم المتبادل. إضافة إلى ذلك، قامت قطر ريادي في دعم مبادرات التعليم العالمي من خلال مؤسسة قطر، التي تدعم مشاريع تعليمية في مناطق النزاع، ومبادرة "التعليم فوق الجميع" التي تسعى لتوفير التعليم للأطفال في المناطق المنكوبة.
هذه الأمثلة تؤكد التزام قطر بتعزيز السلام، مما يجعل الهجوم الإسرائيلي على أراضيها تهديداً مباشراً لجهود الوساطة الدولية. استهداف حي سكني في عاصمة دولة ذات سيادة يعيق مساعي الحوار ويزيد من تعقيد الوضع الإقليمي. نعرب عن استنكارنا لهذا الهجوم، الذي وصفته قطر بالإرهاب الرسمي، ونراه تحدياً لمبادئ السلام والتعاون الدولي.
Il s'est déroulé le 15 janvier 2025 le 15 janvier 2025. تميم بن حمد آل ثاني، عكست تضامناً قوياً مع قطر. شارك قادة من جامعة الدول العربية ومنظمة التعاون الإسلامي، وأصدرت القمة بياناً ختامياً استنكر الهجوم ودعا إلى وقف فوري لإطلاق النار Il s'agit d'une histoire de 1967 dans la ville. كما أكد الأمين العام لمنظمة التعاون الإسلامي، حسين براهم طاه، على أهمية وحدة المواقف العربية والإسلامية، وحث المجتمع الدولي على تعزيز السلام ومحاسبة المسؤولين عن التصعيد.
التضامن الإسلامي والدولي مع قطر واجب أخلاقي. دول مثل باكستان وألمانيا أعربت عن قلقها إزاء الهجوم، مما يبرز الحاجة إلى موقف دولي موحد لدعم الاستقرار. قطر، بتاريخها الحافل في بناء الجسور بين الأطراف المتصارعة، ستبقى رمزاً للسلام. يتعين علينا دعمها لتعزيز الحوار والعدالة، لبناء مستقبل يسوده التعاون والاستقرار، بعيداً عن التصعيد والعنف.
Against a backdrop of growing insecurity in the Sahel and Africa, the Timbuktu Institute has published two recent reports analysing the dynamics of conflict and its cross-border repercussions. Following the first, entitled ‘The JNIM threat in the border areas of Mali, Mauritania and Senegal’ (April 2025), the Institute has published ‘JNIM in Kayes: Economic Fragmentation and Cross-Border Threat’ (September 2025), which highlights the strategic offensive of Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) in the Kayes region, a key economic and migration hub in Mali. This latest report deciphers how JNIM exploits social divisions and targets vital infrastructure to stifle the Malian economy and explores the strategies of armed groups across the Sahel to destabilise states through attempts at economic blockades and the exploitation of community tensions. This interview with Dr. Bakary Sambe, President of the Timbuktu Institute, conducted by Senego, examines the implications of this offensive. How do the economic and security disruptions in Kayes threaten Senegal and Mauritania? What risks of regional contagion emerge from porous borders and cross-border community tensions? What strategies should be adopted to counter this growing threat?
Dr Sambe, thank you for granting us this first interview. The Timbuktu Institute recently published a note on the JNIM offensive in the Kayes region. Can you explain why this region has become a strategic target for this terrorist group ?
Dr Bakary Sambe : Thank you for the opportunity to discuss this. As detailed in our September 2025 report, Kayes is an economic and strategic hub for Mali, contributing significantly to the national GDP, particularly through its gold production, which accounts for around 80% of Mali's gold. Its geographical position in the far west, bordered by Senegal, Mauritania and Guinea, makes it a key commercial and migratory crossroads. For example, National Route 1 (RN1), connecting Bamako to Dakar via Kayes and Diboli, facilitates 30% of Mali's land imports, or 2.7 million tonnes of goods per year, including fuel and cereals. JNIM targets Kayes to disrupt these vital flows, as evidenced by the coordinated attacks on 1 July 2025 against five military positions in Kayes and Diboli, aimed at economically suffocating Bamako. Our second report on this area, which we monitor continuously, highlights that this strategy is part of a broader strategy of regional destabilisation, exploiting social tensions and attacking vital infrastructure as well as foreign interests and investments in order to extend its influence.
The JNIM appears to be waging an ‘economic jihad’ by targeting logistics routes such as the RN1. What are the concrete consequences of this strategy for Mali ?
Dr. Bakary Sambe : Our reports highlight a deliberate strategy by the JNIM to paralyse the Malian economy by targeting vital logistics routes, as I have explained. For example, the sabotage of the RN1 on 31 August 2025, where construction equipment belonging to the Chinese company COVEC was set on fire, disrupted the rehabilitation of this essential road, limiting cross-border trade. Similarly, the attacks on 1 July 2025 in Diboli, 1.3 km from the Senegalese border, targeted security infrastructure, temporarily paralysing traffic. These actions have led to increased food insecurity, affecting 1.52 million people in Ménaka and elsewhere, and a rise in the prices of essential goods. The blockade – real or imagined – announced on 3 September 2025, prohibiting the transport of fuel from Senegal, Mauritania, Côte d'Ivoire and Guinea, is exacerbating this crisis. As our second report indicates, by forcing dependence on secondary roads often under insurgent control, JNIM is strengthening its financial grip through taxes on informal networks, further weakening the Malian state by seeking above all to delegitimise the authorities with the persistence of insecurity.
You mention in your note attacks against foreign economic interests, particularly Chinese ones. What is the JNIM's objective behind these actions ?
Dr. Bakary Sambe : The first report highlights that the JNIM targets foreign economic interests to undermine the Malian state's finances and discourage investment. In July-August 2025, the group attacked seven foreign industrial sites in Kayes, including the Diamond Cement Factory, where three Indians were kidnapped. These raids target key sectors such as the gold mines in Bafoulabé, along the RN22, a vital logistics corridor. By disrupting these activities, JNIM aims to deprive Bamako of essential revenue, as Kayes accounts for 80% of Mali's gold production. These attacks also target partners such as China, which invested £2.5 billion in Mali between 2000 and 2020, according to the American Enterprise Institute. Our second report notes that this strategy aims to undermine the legitimacy of the Malian government, accused of failing to secure its partners, isolating Bamako on the international stage while financing JNIM operations through extortion and control of illicit markets, such as gold and livestock. Despite debates within Katiba Macina, the growing interest of terrorist leader Abu Leith Al-Lîby, known to be one of the leading experts in hostage-taking, is worrying the state and economic actors investing in the area.
JNIM is imposing blockades, such as in Kayes and Nioro-du-Sahel. How could this affect cross-border trade with Senegal ?
Dr Bakary Sambe : Our analyses show that the blockade announced on 3 September 2025 by Abu Houzeifa Al-Bambari, targeting Kayes and Nioro-du-Sahel, is severely disrupting the Bamako-Dakar corridor, which facilitates 70% of Malian imports via the port of Dakar. The ban on fuel transport and the suspension of Diarra Transport's activities, for example, illustrated by the burning of a bus near Karangana on 5 September and three tanker trucks on the Bamako-Kayes road on 5-6 September, have reduced cross-border trade. The Union of Road Transporters of Senegal (UTRS) has reportedly announced the possible suspension of its routes as of 2 July 2025 in response to these threats, increasing the cost of transport and essential goods in Senegal. As already indicated in our first report last April, these disruptions threaten Malian exports, such as gold, livestock and timber, transiting through Dakar, and strengthen the informal networks controlled by JNIM, affecting the Senegalese economy.
The report also mentions the risks of regional contagion, particularly for Senegal and Mauritania. What are the main short-term dangers ?
Dr. Bakary Sambe : Both of our reports highlight porous borders as a major risk factor. In Senegal, incidents near Diboli and Melgué, such as the attacks on 1 July 2025, show a risk of JNIM infiltration into the east of the country. The pressure on Nioro-du-Sahel, where the influential Mauritanian figure Chérif Bouyé Haïdara resides, could exacerbate community tensions, particularly in the Hodhs and Assaba regions. For example, sensing this pressure, Mauritanian internet users have even gone so far as to call for military intervention to protect the Sharif, illustrating the cross-border sensitivity of the issue. The second report warns against trade disruption, such as the blockade of Kayes, which encourages illicit trafficking and smuggling, strengthening criminal networks. Without regional cooperation, these dynamics risk spreading insecurity, putting pressure on Senegal's security capabilities, already mobilised by the deployment of the Garsi in Goudiri.
You refer to this frequently in the report. How does JNIM exploit social tensions in Kayes, such as conflicts related to descent-based slavery, to establish its influence ?
Dr. Bakary Sambe : Our first report detailed how JNIM exploits social divisions in Kayes, particularly conflicts related to descent-based slavery in municipalities such as Oussoubidiagna, where tensions between the ‘lambé’ (considered noble) and the Collectif des Sans-Papiers (Collective of Undocumented Migrants) have created grievances that have been exploited elsewhere. These conflicts, sometimes marked by clashes and land expropriations, are amplified by the circulation of weapons and modern influences via social media and certain diasporas, revolted by still conservative positions. The JNIM would use these divisions to perhaps facilitate local recruitment in the future, although this is limited by the economic resilience guaranteed by migration-related income. However, our second report notes that this strategy is part of a regional logic of exploiting tensions, as in Farabougou, where, after its capture in August 2025, JNIM imposed zakat and strict rules, positioning itself as an alternative authority to gradually weaken community cohesion.
What solutions do you propose to counter this JNIM offensive and limit its regional repercussions ?
Dr. Bakary Sambe : Our reports emphasise the need for enhanced regional cooperation between Mali, Senegal and Mauritania, going beyond a strictly security-based approach and focusing also on intelligence sharing and securing corridors such as the RN1. For example, the deployment of Garsi in the Goudiri area and its surroundings must be accompanied by better social intelligence to integrate local socio-cultural dynamics. In Kayes, endogenous mediation mechanisms, such as those led by village chiefs, neutral families and young community volunteers, need to be strengthened. Despite their effectiveness, these mechanisms are compromised by a certain degree of polarisation, as noted in our first report. Our various studies recommend proactive preventive strategies that address socio-religious and economic grievances in order to counter the JNIM's exploitation of social divisions. Without these measures and cross-border cooperation, growing insecurity, illustrated by the announced takeover of Farabougou or the blockade of Kayes challenged by the authorities, risks isolating Bamako and destabilising the West African sub-region, particularly neighbouring countries. Senegal and its partners should also consider how to further strengthen resilience beyond strictly security-related measures, as we are not dealing with a conventional war but with the complexity of an asymmetric threat.
Dans un contexte d’insécurité croissante au Sahel et en Afrique, le Timbuktu Institute a publié deux rapports récents analysant les dynamiques conflictuelles et leurs répercussions transfrontalières. Après le premier, intitulé : « La menace du JNIM dans les zones frontalières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal », (Avril 2025), l’Institut publie « Le JNIM à Kayes : Fragilisation économique et menace transfrontalière » (septembre 2025), met en lumière l’offensive stratégique du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) dans la région de Kayes, un hub économique et migratoire clé au Mali. Ce dernier rapport décrypte comment le JNIM exploite les fractures sociales et cible les infrastructures vitales pour asphyxier l’économie malienne et explore les stratégies des groupes armés à l’échelle sahélienne pour déstabiliser les États via des tentatives de blocus économiques et l’exploitation des tensions communautaires. Cette interview avec Dr. Bakary Sambe, Président du Timbuktu Institute interrogé par Senego, interroge les implications de cette offensive. Comment les perturbations économiques et sécuritaires à Kayes menacent-elles le Sénégal et la Mauritanie ? Quels risques de contagion régionale émergent de la porosité des frontières et des tensions communautaires transfrontalières ? Quelles stratégies adopter pour contrer cette menace grandissante ?
Dr. Sambe, merci de nous réserver ce premier entretien. Le Timbuktu Institute a récemment publié une note sur l’offensive du JNIM dans la région de Kayes. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi cette région est devenue une cible stratégique pour ce groupe terroriste ?
Dr. Bakary Sambe : Merci pour l’opportunité d’échanges. Comme détaillé dans notre rapport de septembre 2025, Kayes est un hub économique et stratégique pour le Mali, contribuant de manière significative au PIB national, notamment grâce à sa production aurifère, qui représente environ 80 % de l’or malien. Sa position géographique à l’extrême ouest, bordée par le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée, en fait un carrefour commercial et migratoire clé. Par exemple, la Route Nationale 1 (RN1), reliant Bamako à Dakar via Kayes et Diboli, facilite 30 % des importations terrestres du Mali, soit 2,7 millions de tonnes de marchandises par an, incluant carburant et céréales. Le JNIM cible Kayes pour perturber ces flux vitaux, comme en témoignent les attaques coordonnées du 1er juillet 2025 contre cinq positions militaires à Kayes et Diboli, visant à asphyxier économiquement Bamako. Notre second rapport consacrée à cette zone où nous menons une veille continue, souligne que cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de déstabilisation régionale, exploitant les tensions sociales et s’attaquant aux infrastructures vitales en même temps que les intérêts et investissements étrangers, pour étendre son influence.
Le JNIM semble mener un « jihad économique » en ciblant les axes logistiques comme la RN1. Quelles sont les conséquences concrètes de cette stratégie pour le Mali ?
Dr. Bakary Sambe : Nos rapports mettent en évidence une stratégie délibérée du JNIM pour paralyser l’économie malienne en ciblant des axes logistiques vitaux comme j’ai eu à l’expliquer. Par exemple, le sabotage de la RN1 le 31 août 2025, où des engins de chantier de l’entreprise chinoise COVEC ont été incendiés, a perturbé la réhabilitation de cette route essentielle, limitant les échanges commerciaux transfrontaliers. De même, les attaques du 1er juillet 2025 à Diboli, à 1,3 km de la frontière sénégalaise, ont visé des infrastructures sécuritaires, paralysant temporairement le trafic. Ces actions ont provoqué une insécurité alimentaire accrue, touchant 1,52 million de personnes à Ménaka et ailleurs, et une hausse des prix des biens essentiels. Le blocus – réel ou supposé - annoncé le 3 septembre 2025, interdisant l’acheminement de carburant depuis le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire et la Guinée, accentue cette crise. Comme notre second rapport l’indique, en forçant une dépendance sur des routes secondaires souvent sous contrôle insurgé, le JNIM renforce son emprise financière via des taxes sur les réseaux informels, affaiblissant davantage l’État malien en cherchant surtout à en délégitimer les autorités avec la persistance de l’insécurité.
Vous mentionnez dans votre note des attaques contre des intérêts économiques étrangers, notamment chinois. Quel est l’objectif du JNIM derrière ces actions ?
Dr. Bakary Sambe : Le premier rapport souligne que le JNIM cible les intérêts économiques étrangers pour saper les finances de l’État malien et décourager les investissements. En juillet-août 2025, le groupe a attaqué sept sites industriels étrangers à Kayes, dont la Diamond Cement Factory, où trois Indiens ont été kidnappés. Ces raids visent des secteurs clés comme les mines d’or à Bafoulabé, le long de la RN22, un corridor logistique vital. En perturbant ces activités, le JNIM vise à priver Bamako de revenus essentiels, car Kayes représente 80 % de la production aurifère malienne. Ces attaques ciblent aussi des partenaires comme la Chine, qui a investi 2,5 milliards USD au Mali entre 2000 et 2020, selon l’American Enterprise Institute. Notre second rapport note que cette stratégie vise à miner la légitimité du gouvernement malien, accusé de ne pas sécuriser ses partenaires, isolant Bamako sur la scène internationale tout en finançant les opérations du JNIM via l’extorsion et le contrôle des marchés illicites, comme l’or et le bétail. Malgré les débats au sein de la Katiba Macina, l’intérêt croissant du chef terroriste, Abou Leith Al-Lîby pour la région connu pour être un des plus grands experts en matière de prise d’otages, inquiète l’État et les acteurs économiques investissant dans la zone.
Le JNIM impose des blocus, comme à Kayes et Nioro-du-Sahel. Comment cela pourrait-il affecter le commerce transfrontalier avec le Sénégal ?
Dr. Bakary Sambe : Nos analyses montrent que le blocus annoncé le 3 septembre 2025 par Abou Houzeifa Al-Bambari, ciblant Kayes et Nioro-du-Sahel, perturbe gravement le corridor Bamako-Dakar, qui facilite 70 % des importations maliennes via le port de Dakar. L’interdiction d’acheminement de carburant et la suspension des activités de Diarra Transport, par exemple, illustrée par l’incendie d’un bus près de Karangana le 5 septembre et de trois camions-citernes sur la route Bamako-Kayes les 5-6 septembre, ont réduit les échanges transfrontaliers. L’Union des transporteurs routiers du Sénégal (UTRS) aurait d’ailleurs annoncé la possible suspension de ses trajets dès le 2 juillet 2025 en réponse à ces menaces, augmentant les coûts de transport et des biens essentiels au Sénégal. Comme, déjà, indiqué dans notre premier rapport en avril dernier, ces perturbations menacent les exportations maliennes, comme l’or, le bétail et le bois, transitant par Dakar, et renforcent les réseaux informels contrôlés par le JNIM, affectant l’économie sénégalaise.
Le rapport évoque, aussi, des risques de contagion régionale, notamment pour le Sénégal et la Mauritanie. Quels sont les principaux dangers à court terme ?
Dr. Bakary Sambe : Nos deux rapports soulignent la porosité des frontières comme un facteur de risque majeur. Au Sénégal, les incidents près de Diboli et Melgué, comme les attaques du 1er juillet 2025, montrent un risque d’infiltration du JNIM vers l’Est du pays. La pression sur Nioro-du-Sahel, où réside le Chérif Bouyé Haïdara, influent en Mauritanie, pourrait envenimer les tensions communautaires, notamment dans les régions des Hodhs et de l’Assaba. Par exemple, sentant cette pression, des internautes mauritaniens sont même allés jusqu’à appeler à une intervention militaire pour protéger le Chérif, illustrant la sensibilité transfrontalière. Le second rapport met en garde contre la perturbation du commerce, comme le blocus de Kayes, qui favorise les trafics illicites et la contrebande, renforçant les réseaux criminels. Sans coopération régionale, ces dynamiques risquent une contagion de l’insécurité, mettant sous pression les capacités sécuritaires du Sénégal, déjà mobilisées par le déploiement du Garsi à Goudiri.
Vous y faites souvent allusions dans le rapport. Comment le JNIM exploite-t-il, alors, les tensions sociales à Kayes, comme les conflits liés à l’esclavage par ascendance, pour asseoir son influence ?
Dr. Bakary Sambe : Notre premier rapport avait pu détailler comment le JNIM exploite les fractures sociales à Kayes, notamment les conflits liés à l’esclavage par ascendance dans des communes comme Oussoubidiagna, où les tensions entre les « lambé » (considérés comme nobles) et le Collectif des Sans-Papiers ont pu créer des griefs qui ont été exploitables ailleurs. Ces conflits, parfois marqués par des affrontements et des expropriations de terres, sont amplifiés par la circulation d’armes et les influences modernes via les réseaux sociaux et certaines diasporas, révoltées par des positions encore conservatrices. Le JNIM utiliserait ces divisions pour pouvoir, peut-être, dans le futur, faciliter le recrutement local, bien que celui-ci soit limité par la résilience économique garantie par les revenus liés à la migration. Mais, notre second rapport note que cette stratégie s’inscrit dans une logique régionale d’exploitation des tensions, comme à Farabougou, où, après sa prise en août 2025, le JNIM a imposé la zakat et des règles strictes, se positionnant comme une autorité alternative pour affaiblir, progressivement, la cohésion communautaire.
Quelles solutions proposez-vous pour contrer cette offensive du JNIM et limiter ses répercussions régionales ?
Dr. Bakary Sambe : Nos rapports insistent sur la nécessité d’une coopération régionale renforcée, allant au-delà de la seule approche strictement sécuritaire, entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie, mais axée aussi sur le partage de renseignement et la sécurisation des corridors comme la RN1. Par exemple, le déploiement du Garsi dans la zone de Goudiri et environs doit s’accompagner d’une meilleure intelligence sociale pour intégrer les dynamiques socioculturelles locales. À Kayes, il faut renforcer les mécanismes endogènes de médiation, comme ceux portés par les chefs de village, les familles neutres et les jeunes volontaires communautaires, qui, malgré leur efficacité, sont compromis par une certaine polarisation, comme noté dans notre premier rapport. Nos différentes études recommandent des stratégies préventives assumées intégrant les griefs socioreligieux et économiques pour contrer l’exploitation des fractures sociales par le JNIM. Sans ces mesures et une coopération transfrontalière, l’insécurité croissante, illustrée par la prise annoncée de Farabougou ou le blocus de Kayes remis en question par les autorités, risque d’isoler Bamako et de déstabiliser la sous-région ouest-africaine, plus particulièrement les pays voisins. Le Sénégal et ses partenaires devraient d’ailleurs voir dans quelle mesure travailler davantage sur le renforcement de la résilience au-delà des mesures strictement sécuritaires car nous ne sommes pas dans le schéma d’une guerre classique mais, mais qu’on fait face à la complexité d’une menace asymétrique.