Timbuktu Institute

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Timbuktu Institute October 2026 - Week 1

At the UN, the Bissau-Guinean transition is promising an “inclusive, free, transparent and credible” vote on 6 December. On the ground, however, political space continues to shrink. Former President Umaro Sissoco Embaló, a declared candidate, has been barred from returning by the Military High Command, which cited security reasons. This decision lends itself to two readings: a genuine rupture between the junta and its former mentor, or a staged move to pave the way for his return. The review of his candidacy, in light of the residency requirement set by the new Constitution, will show which one prevails. 

Promise of “credible” general elections

Before the United Nations General Assembly, the transitional Prime Minister, Ilídio Vieira Té, pledged that the 6 December vote would be held in an “inclusive, free, transparent and credible” manner. This promise, however, contrasts with developments in the domestic political situation. From the ban on political meetings decided in January to the seizure of the PAIGC headquarters at the end of September, the space left to the opposition has steadily shrunk since the start of the transition.

Umaro Sissoco Embaló prevented from returning to Bissau

Overthrown in a military coup on 26 November 2025, former President Umaro Sissoco Embaló announced at the end of September in an interview with Jeune Afrique that he would be a candidate in the 6 December election, under the banner of the Republican Platform. From exile, he said he intended to return to Guinea-Bissau on 4 October. Initially, the transitional government’s spokesman, Fernando Vaz, recalled “the inalienable right of every Bissau-Guinean citizen to return to their country” and deemed his candidacy “admissible in principle”. But three days before the announced date of his return, the Military High Command issued an official statement closing the door to the former president’s return, citing “security conditions” that were not currently met. The statement also reaffirmed that restrictive measures remain in force, including the ban on demonstrations, gatherings and political meetings. Following this decision, Umaro Sissoco Embaló called on his supporters to remain calm, while stating that he remained “determined” to pursue his presidential bid.

Genuine rupture or staged move? Two readings of the same decision

The first reading of this situation is that of a total rupture between the junta and Embaló. The ban on his return would then be part of the gradual lockdown of political space by the transitional authorities, who would be targeting a potential rival. The military officers previously considered close to him would now be seeking to free themselves from his influence. The second reading is that of a staged move intended to preserve, or even restore, the former president’s influence. The measure could then be part of a broader strategy that some describe as a “fake coup”. As early as November 2025, opponents and some observers suspected Embaló of having orchestrated the putsch himself in order to halt an electoral process whose victory the opposition was claiming. These accusations rested in particular on the links between the former president and several figures now at the heart of the transition. The transitional president, General Horta Inta-A Na Man, had been his personal chief of staff and then Army Chief of Staff, while the transitional Prime Minister, Ilídio Vieira Té, had been his Minister of Finance.

The new Constitution, approved by referendum on 30 August and significantly strengthening presidential prerogatives, also lends weight to this second reading. Embaló, who had dissolved the National Assembly several times, had indeed shown himself to be opposed to the principle of separation of powers. For opposition figure Agnelo Regalla, this constitutional change makes it possible to “create favourable ground for Umaro Sissoco Embaló to regain presidential power ”. PAIGC President Domingos Simões Pereira takes the same view, arguing that the manoeuvre aims to “keep trusted elements” in power until the conditions for the former president’s return are met.

One legal factor could, however, call this second reading into question. The new Constitution requires five years of continuous residence in the country in order to run in the presidential election. A former president who has been living abroad for several months could therefore, in principle, fail to meet this requirement. The review of his candidacy will thus be the real test: if it is validated despite this provision, it would support the collusion theory; if it is rejected, it would reinforce the rupture theory.

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1 

À l’ONU, la transition bissau-guinéenne promet un scrutin « inclusif, libre, transparent et crédible » le 6 décembre. Sur place, l’espace politique continue pourtant de se réduire. Candidat déclaré, l’ancien président Umaro Sissoco Embaló s’est vu interdire son retour par le Haut commandement militaire, invoquant des raisons de sécurité. Cette décision se prête à deux lectures : une rupture réelle entre la junte et son ancien mentor, ou une mise en scène au service de son retour. L’examen de sa candidature, au regard de la condition de résidence fixée par la nouvelle Constitution, dira laquelle l’emporte.

Promesse de tenue d'élections générales « crédibles »

Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, s’est engagé à ce que le scrutin du 6 décembre se déroule de manière « inclusive, libre, transparente et crédible ». Cette promesse contraste toutefois avec l’évolution de la situation politique intérieure. De l’interdiction des réunions politiques décidée en janvier, à la saisie du siège du PAIGC fin septembre, l’espace laissé à l’opposition n’a cessé de se réduire depuis le début de la transition.

Umaro Sissoco Embaló empêché de rentrer à Bissau

Renversé le 26 novembre 2025 par un coup d’État militaire, l’ancien président Umaro Sissoco Embaló a annoncé fin septembre dans un entretien accordé à Jeune Afrique qu’il serait candidat à l’élection du 6 décembre, sous la bannière de la Plateforme républicaine. Depuis son exil, il a indiqué vouloir rentrer en Guinée-Bissau le 4 octobre. Dans un premier temps, le porte-parole du gouvernement de transition, Fernando Vaz, a rappelé « le droit inaliénable de tout citoyen bissau-guinéen à rentrer dans son pays » et jugé sa candidature « recevable sur le principe ». Mais trois jours avant la date annoncée de son retour, le Haut commandement militaire a publié un communiqué officiel fermant la porte au retour de l’ancien président, invoquant des « conditions de sécurité » qui ne seraient pour l’heure pas réunies. La déclaration réaffirme également le maintien des mesures restrictives en vigueur, notamment l’interdiction des manifestations, des rassemblements et des réunions à caractère politique. Suite à cette décision, Umaro Sissoco Embaló a appelé ses partisans au calme, tout en affirmant rester « déterminé » à poursuivre sa démarche pour la présidentielle.

Rupture réelle ou mise en scène ? Deux lectures d’une même décision

La première lecture de cette situation est celle d’une rupture totale entre la junte et Embaló. L’interdiction de son retour s’inscrirait alors dans le contexte de verrouillage progressif de l’espace politique par les autorités de transition qui viseraient un rival potentiel. Les militaires qui lui étaient auparavant réputés proches chercheraient désormais à s’affranchir de son influence. La seconde lecture est celle d’une mise en scène destinée à préserver, voire à rétablir, l’influence de l’ancien président. La mesure pourrait alors s’intégrer dans une stratégie plus large, que certains qualifient de « faux coup d’État ». Dès novembre 2025, des opposants et certains observateurs avaient soupçonné Embaló d’avoir lui-même orchestré le putsch afin d’interrompre un processus électoral dont l’opposition revendiquait la victoire. Ces accusations reposaient notamment sur les liens entre l’ancien président et plusieurs figures aujourd’hui au cœur de la transition. Le président de transition, le général Horta Inta-A Na Man, avait ainsi été son chef d’état-major particulier puis chef d’état-major de l’armée de terre, tandis que le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, était son ministre des Finances.

La nouvelle Constitution, approuvée par référendum le 30 août et renforçant sensiblement les prérogatives présidentielles, alimente également cette seconde lecture. Embaló, qui avait dissous à plusieurs reprises l’Assemblée nationale, s’était en effet montré opposé au principe de séparation des pouvoirs. Pour l’opposant Agnelo Regalla, cette modification constitutionnelle permet de « créer un terrain favorable à la reprise du pouvoir présidentiel par Umaro Sissoco Embaló ». Même son de cloche chez le président du PAIGC, Domingos Simões Pereira, pour qui la manœuvre viserait à « maintenir des éléments de confiance » au pouvoir jusqu’à ce que les conditions du retour de l’ancien président soient réunies.

Un élément juridique pourrait toutefois remettre en cause cette seconde lecture. La nouvelle Constitution impose en effet cinq années de résidence continue dans le pays pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. Un ancien président installé à l’étranger depuis plusieurs mois pourrait donc, en principe, ne pas satisfaire cette condition. L’examen de sa candidature constituera dès lors le véritable révélateur : validée malgré cette disposition, elle accréditerait la thèse d’une connivence ; rejetée, elle renforcerait celle de la rupture.

 

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1 

Unanimous tributes to Sidya Touré despite the dissolution of his party, Alpha Condé’s indictment of restrictions on freedoms, NGO warnings about enforced disappearances seventeen years after the 28 September massacre: in Guinea, the question of political and human rights remains unresolved.

Death of Sidya Touré: the Guinean political class pays tribute to an opposition figure

Former Prime Minister (1996-1999) and President of the Union of Republican Forces (UFR), Sidya Touré, died on 25 September in Paris at the age of 81. His death prompted many tributes across the Guinean political class, starting with that of another former Prime Minister, Cellou Dalein Diallo, who hailed a “fellow traveller and comrade in struggle”. Prime Minister Bah Oury visited the family of the deceased to offer his condolences and those of the President of the Republic. He expressed the government’s wish that “the man who wanted to lead Guinea may rest in Guinea”, while stating that he would defer to the family’s decision. This solicitude contrasts with the fate of his political party: the UFR was among the forty parties dissolved last March.

Alpha Condé defends his record and denounces restrictions on political space

In a message posted on Facebook, the former President of the Republic (2010-2021) drew up a positive assessment of his presidency, highlighting in particular economic and financial reforms as well as his achievements in energy, infrastructure, mining, education and health. Alpha Condé also acknowledged that this period had been marked by political tensions and deadly demonstrations. Going on the offensive, the former president then sharply criticised the country’s current political situation. Listing “the restriction of civic space, the banning of demonstrations, the arrests of journalists and opponents, the forced exile of some Guineans, the closure or suspension of media outlets, as well as cases of enforced disappearances outside any legal and regular procedure and the suspicious deaths of many Guineans”, he took up the grievances voiced by human rights organisations. This indictment is nonetheless marked by ambiguity, since his own regime was also subject to similar criticism.

Seventeen years after the 28 September massacre, the human rights situation remains “worrying”, according to NGOs

On the 17th anniversary of the Conakry stadium massacre, the International Federation for Human Rights (FIDH), the Guinean Organisation for the Defence of Human Rights (OGDH) and the Association of Victims, Relatives and Friends of 28 September (AVIPA) denounced the slowness of the compensation mechanism. Of the 334 victims recognised by the first-instance judgment, fewer than 200 had been compensated by last May. The FIDH president also raised the alarm about the current human rights situation in the country, describing enforced disappearances as a “major problem” for Guinea. According to him, “the authorities cannot remain silent in the face of these disappearances”. For Alexis Deswaef, it is indeed “difficult not to make the connection” between these disappearances and the discovery at the end of August of a mass grave in Forécariah, where six bodies were found with their hands tied and their eyes and mouths covered. Received by the Prosecutor General on this matter, the FIDH president regretted that the magistrate had “hidden behind the confidentiality of investigations”, while some twenty African civil society organisations are calling for an “independent, impartial and transparent” investigation.

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1 

Hommages unanimes à Sidya Touré malgré la dissolution de son parti, réquisitoire d’Alpha Condé contre la restriction des libertés, alertes des ONG sur les disparitions forcées dix-sept ans après le massacre du 28 septembre : en Guinée, la question des droits politiques et humains reste entière.

Disparition de Sidya Touré : la classe politique guinéenne salue une figure de l’opposition

L’ancien Premier ministre (1996-1999) et président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, est décédé le 25 septembre à Paris à l’âge de 81 ans. Sa disparition a suscité de nombreux hommages au sein de la classe politique guinéenne, à commencer par celui d’un autre ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, qui a salué un « compagnon de route et de lutte ». Le Premier ministre Bah Oury s’est rendu auprès de la famille du défunt pour présenter ses condoléances ainsi que celles du président de la République. Il a exprimé le vœu du gouvernement que « celui qui a voulu diriger la Guinée puisse reposer en Guinée », précisant toutefois s’en remettre à la décision de la famille. Une sollicitude qui contraste avec le sort réservé à sa formation politique : l’UFR figurait en effet parmi les quarante partis dissous en mars dernier.

Alpha Condé défend son bilan et dénonce des restrictions de l’espace politique

Dans un message publié sur Facebook, l’ancien président de la République (2010-2021) a dressé un bilan positif de sa présidence, mettant notamment en avant les réformes économiques et financières, ainsi que ses réalisations dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, des mines, de l’éducation et de la santé. Alpha Condé a dans le même temps reconnu que cette période avait été marquée par des tensions politiques et des manifestations meurtrières. Plus offensif, l’ancien président a ensuite vivement critiqué la situation politique actuelle du pays. Énumérant « la restriction de l’espace civique, l’interdiction de manifestations, les arrestations de journalistes et d’opposants, l’exil forcé de certains Guinéens, la fermeture ou la suspension de médias, ainsi que des cas de disparitions forcées en dehors de toute procédure légale et régulière et la mort suspecte de nombreux guinéens », il a repris à son compte les griefs formulés par organisations de défense des droits humains. Ce réquisitoire porte cependant le sceau de l’ambiguïté, son propre régime ayant lui aussi été soumis à des critiques comparables.

Dix-sept ans après le massacre du 28 septembre, la situation des droits humains demeure « inquiétante » selon des ONG

À l’occasion du 17ème anniversaire du massacre du stade de Conakry, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA) ont dénoncé les lenteurs du mécanisme d’indemnisation. Ainsi, sur les 334 victimes reconnues par le jugement de première instance, moins de 200 avaient été indemnisées en mai dernier. Le président de la FIDH a par ailleurs alerté sur la situation actuelle des droits humains dans le pays et qualifié les disparitions forcées de « problème majeur » pour la Guinée. Selon lui, « les autorités ne peuvent pas rester silencieuses face à ces disparitions ». Pour Alexis Deswaef, il est en effet « difficile de ne pas faire le lien » entre ces disparitions et la découverte fin août d’une fosse commune à Forécariah, où six corps ont été retrouvés les mains liées, les yeux et la bouche bandés. Reçu à ce sujet par le procureur général, le président de la FIDH a regretté que le magistrat se soit « retranché derrière le secret des enquêtes », alors qu’une vingtaine d’organisations de la société civile africaine réclament une enquête « indépendante, impartiale et transparente ».

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1

Three years after taking office and on the eve of a presidential election, President Bola Tinubu is now focused on showcasing his record as he seeks a new term. On the occasion of the 66th anniversary of Nigeria’s independence, on 1stOctober, the Head of State chose to defend the economic trajectory launched since he came to power in 2023. As his term draws to a close, Tinubu presents the first results as signs of an economy gradually being put back on track: growth above 4% expected in 2026, inflation falling after its peak, rebuilt foreign exchange reserves, a stabilised foreign exchange market and non-oil exports that exceeded 6 billion dollars in 2025. “Our reforms did not create the weaknesses in our economy. They confronted them,” he said. However, this record clearly clashes with the daily reality of the population. The removal of certain subsidies and the adjustments made since 2023 have sharply increased the cost of living, while the benefits of macroeconomic stabilisation are still unevenly felt. Tinubu himself admits it: “We cannot erase in four years what has accumulated over generations. But we can change its trajectory.” For the next phase of his programme, the Head of State therefore says he wants to shift the centre of gravity of his policy towards jobs, industrialisation and lowering the cost of living, with investment in agriculture, irrigation, fertilisers, storage and major transport networks. The aim is now to carry reform from macroeconomic indicators through to the productive base and, ultimately, to household incomes.

The industrialisation gamble

In this outlook, gas holds a special place. Indeed, it plays a particular role in this new phase. Abuja aims to increase its production from 7.5 to 10 billion cubic feet per day by 2030 and plans nearly 30 billion dollars of investment in the sector. But the challenge is not only to produce more. Above all, the government wants to improve the delivery of gas to power plants and industries so as to make it a lever for energy supply and industrialisation. The 671 billion naira mobilised through the Midstream and Downstream Gas Infrastructure Fund are notably intended to finance this intermediate infrastructure, which is still lacking. This choice is revealing of the new stage Tinubu is seeking. After trying to correct the economy’s financial imbalances, the government is now seeking to convert its resources into productive capacity. Yet the resources mobilised by the State must actually reach the sectors for which they are intended, and at this level the question of resource governance arises again with particular acuity. Hence the particular resonance of the report published on 22 September by the Platform to Protect Whistleblowers in Africa and the Anti-Corruption Data Collective. The two organisations say they have identified 284 properties in the United States linked to 61 Nigerian figures who have held political, administrative or security positions, with a combined estimated value of 271 million dollars. More than 80% of these purchases were reportedly made in cash, with funds the report’s authors suspect come from the embezzlement of public resources. While the report obviously cannot, on its own, establish the guilt of the people named, it does at least bring back into focus a contradiction that is hard to ignore. At the very moment the government is asking Nigerians to accept the costs of a profound economic overhaul, part of the country’s resources is still suspected of having been diverted from their public purpose. The authors believe the funds concerned could have helped finance hospitals, schools or rural electrification. The question of growth then joins that of its redistribution and, more fundamentally, of trust in the State’s capacity to turn its resources into public goods.

Security, a permanent ordeal

This trust is all the harder to consolidate as the State still struggles to guarantee the security of many communities. Recent kidnappings show that the problem is not confined to areas traditionally associated with insecurity. On 26 and 27 September, more than 80 people, mainly women and children, were abducted in Niger and Zamfara states by criminal groups known as “bandits”. In some rural communities, the threat has become pervasive enough to disrupt the most ordinary activities. In Maigama Mairake, one resident said that “half the inhabitants” were in the hands of armed groups. According to SBM Intelligence, some 7.78 billion naira were reportedly paid in ransoms between July 2025 and June 2026. The phenomenon takes a different, though similar, form in the South-East, where some twenty young graduates of the National Youth Service Corps were kidnapped on 1 October while travelling to their posting in Imo State. Security forces tracked them to a forest camp, but the presence of improvised explosive devices further complicates their intervention. Such is the persistence of a violence that now reaches into the most ordinary acts of survival: fetching firewood, farming, fishing or collecting scrap metal can expose people to reprisals. In any case, a few months before the January 2027 presidential election, it is a safe bet that the security situation could weigh heavily for Bola Tinubu.

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1

Trois ans après son arrivée au pouvoir et à la veille d’une présidentielle, l’heure est, pour le président Bola Tinubu, à la mise en valeur de son bilan, alors qu’il brigue un nouveau mandat. À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Nigeria, le 1er octobre, le chef de l’Etat a choisi de défendre la trajectoire économique engagée depuis son arrivée au pouvoir en 2023. Tandis que son mandat touche à sa fin, Tinubu présente les premiers résultats comme les signes d’une économie progressivement remise sur ses rails : une croissance supérieure à 4 % attendue en 2026, un recul de l’inflation après son pic, la reconstitution des réserves de change, une stabilisation du marché des changes et des exportations non pétrolières qui ont dépassé 6 milliards de dollars en 2025. « Nos réformes n’ont pas créé les faiblesses de notre économie. Elles s’y sont attaquées », a-t-il affirmé. Seulement, ce bilan affiché se heurte manifestement à la réalité du quotidien des populations. La suppression de certaines subventions et les ajustements opérés depuis 2023 ont profondément renchéri le coût de la vie, alors même que les bénéfices de la stabilisation macroéconomique restent encore inégalement perceptibles. Tinubu en convient lui-même : « Nous ne pouvons pas effacer en quatre ans ce qui s’est accumulé au fil des générations. Mais nous pouvons en changer la trajectoire. » Pour la prochaine phase de son programme, le chef de l’État affirme vouloir donc déplacer le centre de gravité de sa politique vers l’emploi, l’industrialisation et la baisse du coût de la vie, avec des investissements dans l’agriculture, l’irrigation, les engrais, le stockage et les grands réseaux de transport. L’objectif est désormais de faire passer la réforme des indicateurs macroéconomiques au tissu productif et, à terme, aux revenus des ménages.

Le pari de l’industrialisation

Dans cette projection, le gaz occupe une place particulière. En effet, Abuja occupe une place particulière dans cette nouvelle étape. Abuja ambitionne de porter sa production de 7,5 à 10 milliards de pieds cubes par jour d’ici 2030 et prévoit près de 30 milliards de dollars d’investissements dans le secteur. Mais l’enjeu ne consiste pas seulement à produire davantage. Le gouvernement veut surtout améliorer l’acheminement du gaz vers les centrales et les industries afin d’en faire un levier d’approvisionnement énergétique et d’industrialisation. Les 671 milliards de nairas mobilisés à travers le Fonds d’infrastructure gazière Midstream et Downstream doivent notamment financer cette infrastructure intermédiaire qui fait encore défaut. Ce choix est révélateur de la nouvelle étape recherchée par Tinubu. Après avoir tenté de corriger les déséquilibres financiers de l’économie, le gouvernement cherche désormais à convertir ses ressources en capacités productives. Encore faut-il que les moyens mobilisés par l’État atteignent effectivement les secteurs auxquels ils sont destinés ; et à ce niveau c’est la question de la gouvernance des ressources qui se repose avec acuité. Partant, le rapport publié le 22 septembre par la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique et l’Anti-Corruption Data Collective y donne une résonance particulière. Les deux organisations affirment avoir identifié 284 biens immobiliers aux États-Unis liés à 61 personnalités nigérianes ayant exercé des fonctions politiques, administratives ou sécuritaires, pour une valeur cumulée estimée à 271 millions de dollars. Plus de 80 % de ces acquisitions auraient été réalisées en liquide, avec des fonds que les auteurs du rapport soupçonnent d’être issus de détournements de ressources publiques. Si le rapport ne permet évidemment pas, à lui seul, d’établir la culpabilité des personnes citées, il remet tout au moins en lumière une contradiction difficile à éluder. Puisqu’au moment où le gouvernement demande aux Nigérians d’accepter les coûts d’une profonde réorganisation économique, une partie des ressources du pays est encore soupçonnée d’avoir été soustraite à leur destination publique. Les auteurs estiment que les fonds concernés auraient pu contribuer au financement des hôpitaux, des écoles ou de l’électrification rurale. La question de la croissance rejoint alors celle de sa redistribution et, plus fondamentalement, de la confiance dans la capacité de l’État à transformer ses ressources en biens publics.

La sécurité, permanente épreuve

Cette confiance est d’autant plus difficile à consolider que l’État peine encore à garantir la sécurité de nombreuses communautés. Les enlèvements récents montrent que le problème ne se cantonne pas aux zones traditionnellement associées à l’insécurité. Les 26 et 27 septembre, plus de 80 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont été enlevées dans les États de Niger et de Zamfara par des groupes criminels dits « bandits ». Dans certaines communautés rurales, la menace est devenue suffisamment prégnante pour bouleverser les activités les plus ordinaires. À Maigama Mairake, un habitant affirmait ainsi que « la moitié des habitants » était aux mains des groupes armés. Selon SBM Intelligence, près de 7,78 milliards de nairas auraient été versés en rançons entre juillet 2025 et juin 2026. Le phénomène prend une autre forme bien que similaire dans le Sud-Est, où une vingtaine de jeunes diplômés du National Youth Service Corps ont été enlevés le 1er octobre alors qu’ils rejoignaient leur lieu d’affectation dans l’État d’Imo. Les forces de sécurité ont retrouvé leur trace dans un camp forestier, mais la présence d’engins explosifs improvisés complique encore leur intervention. Telle se manifeste la persistance d’une violence qui s’inscrit désormais dans les gestes les plus ordinaires de la survie  à l’instar d’aller chercher du bois, cultiver, pêcher ou récupérer de la ferraille peut exposer les populations à des représailles. En tous les cas, à quelques mois de la présidentielle de janvier 2027, il y aurait fort à parier que la situation sécuritaire puisse peser dans la balance pour Bola Tinubu.

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1

Nearly ten years after the outbreak of the Anglophone crisis, Cameroon is still facing a rift that has brought interrupted schooling, displaced families and territories durably scarred by fear. In the North-West and South-West regions, persistent violence, population displacement and disruption of daily life are a constant reminder that peace remains largely to be built. And Yaoundé is well aware of this. On a visit to the city of Buea, Prime Minister Joseph Dion Ngute again called, on 28 September, for an end to the cycle of violence. But at the same time, the kidnappings, the threats against schools and the “ghost town” operations held on the same day were a reminder, if one were needed, that political dialogue continues to run up against a persistent security reality. “Dialogue must produce results,” the head of government insisted, as if to underline that the challenge remains to change the actual conditions for peace. That said, the choice of Buea is not insignificant. In the South-West, the crisis has deeply disrupted public services, particularly education. Five teachers were kidnapped on 8 September in Wum before being released the next day. On 25 September, the head of a public secondary school had been shot and wounded during an attempted kidnapping in Bamenda. In several localities, separatist groups also continue to impose curfews and threaten parents who send their children to school. The September school term thus offered a new measure of the conflict’s grip on daily life. It was in this context that the “ghost town” day of 1 October confirmed this state of affairs. For the separatists, the anniversary of the 1961 reunification retains strong symbolic value, especially as it coincides with the proclamation of “Ambazonia” in 2017. In Bamenda, Buea and neighbouring localities, the slowdown in activity was accompanied by a large security deployment. Ten years after the start of the crisis, the toll remains heavy: several NGOs report more than 6,000 deaths and hundreds of thousands of displaced people.

Media standoff

This difficulty in restoring lasting order in the Anglophone regions finds another echo in the standoff now pitting the Cameroonian authorities against part of the media landscape. On 29 September, the National Communication Council (CNC) suspended Vision 4 for one month, the channel owned by businessman Jean-Pierre Amougou Belinga, after several months of tension with the regulator. The sanction stemmed from the broadcast, on 2 June, of a particularly critical report targeting a lawyer for the civil party in the Martinez Zogo case. Journalist Martial Owona had already been suspended for three months, while the L’Anecdote group had refused to respond to the CNC’s summonses. Its media director, Philippe Boney, had even declared that he “couldn’t care less about the CNC”. The confrontation then moved to a different arena, with the group challenging the legality of the sanctions in court and questioning the mandate of the Council’s chairman, Joseph Chebongkeng Kalabubsu. The regulator’s response matched this escalation: Vision 4 and Philippe Boney were suspended for one month, Martial Owona’s sanction was extended to six months, and Jean-Claude Fouda Abega, publication director of L’Anecdote, was also suspended. However, the channel was able to keep broadcasting in Cameroon through Vision 4 RCA, its Central African version, which falls outside the CNC’s jurisdiction.

Between levers and dependencies

In parallel, Yaoundé also intends to strengthen its room for manoeuvre on the economic front, notably by focusing on infrastructure capable of supporting regional trade. It was in this context that, on 4 October, President Paul Biya authorised a loan of around 390 million dollars from the International Bank for Reconstruction and Development (IBRD) to modernise the Douala-Bangui corridor. The route is strategic for the Central African Republic, but also for Chad, whose goods travel the more than 800 kilometres between Douala and Garoua-Boulaï. This investment is part of a broader infrastructure modernisation policy, including more than 212 million euros of financing from the Islamic Development Bank for the Douala-Bafoussam road. These projects are meant to strengthen Cameroon’s role as a gateway to the sea for several landlocked Central African countries. However, they add to an already closely watched financial equation, with several experts warning of the risks of accumulating debt.

Strengthening infrastructure also opens up another dimension of Yaoundé’s strategy: its external partnerships. On the diplomatic front, relations with Washington in turn illustrate both the room for manoeuvre and the dependencies Cameroon has to contend with. The appointment on 28 September of Christian Jové Ehrhardt as United States ambassador to Yaoundé has thus brought back into focus an agreement discreetly concluded between the two countries in December 2025. The diplomat had previously played a role in the US policy of deporting migrants to third countries, notably in the discussions that led to Cameroon’s commitment to receive up to 1,000 people deported from the United States. The arrangement, revealed several months later, had sparked controversy. Migrant rights organisations denounce the US policy of deportations to third countries and the risks of persecution or torture to which some migrants could be exposed. Cameroon, for its part, has remained discreet about the terms of the agreement. In this respect, Christian Jové Ehrhardt’s appointment to Yaoundé takes on particular resonance. The man who contributed in Washington to the policy of deporting migrants to third countries is arriving in a country that is itself expected to play a role in that system. Beyond bilateral cooperation, this appointment thus raises the question of Yaoundé’s capacity to negotiate its interests in a relationship where American priorities may also translate into new expectations of it.

 

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1

Près de dix ans après le déclenchement de la crise anglophone, le Cameroun reste confronté à une fracture avec son lot de scolarité interrompue, de familles déplacées et de territoires durablement marqués par la peur. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la persistance des violences, les déplacements de population et les perturbations de la vie quotidienne rappellent constamment que le retour à la paix demeure encore largement à construire. Et cela, Yaoundé en est plus que conscient. En déplacement dans la ville de Buea, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a de nouveau appelé, le 28 septembre, à mettre un terme à l’engrenage des violences. Mais au même moment, les enlèvements, les menaces contre les écoles et les opérations de « ville morte » qui ont lieu le même jour rappellent s’il en était que le dialogue politique continue de se heurter à une réalité sécuritaire persistante. « Le dialogue doit produire des résultats », a insisté le chef du gouvernement, comme pour souligner que l’enjeu demeure de parvenir à modifier concrètement les conditions d’une paix. Cela étant, le choix de Buea n’est pas anodin. Dans le Sud-Ouest, la crise a profondément désorganisé les services publics et notamment l’éducation. Cinq enseignants ont ainsi été enlevés le 8 septembre à Wum avant d’être libérés le lendemain. Le 25 septembre, le proviseur d’un lycée public avait été blessé par balle lors d’une tentative d’enlèvement à Bamenda. Dans plusieurs localités, les groupes séparatistes continuent par ailleurs d’imposer des couvre-feux et de menacer les parents qui envoient leurs enfants à l’école. La rentrée de septembre aura ainsi offert une nouvelle mesure de l’emprise exercée par le conflit sur la vie quotidienne. C’est dans ce contexte que la journée « ville morte » du 1er octobre est venue confirmer cet état de fait. Pour les séparatistes, la date anniversaire de la réunification de 1961 conserve une forte portée symbolique, d’autant qu’elle correspond à la proclamation de l’« Ambazonie » en 2017. À Bamenda, Buea et dans les localités voisines, le ralentissement des activités s’est accompagné d’un important déploiement sécuritaire. Dix ans après le début de la crise, les bilans restent lourds. En effet, plusieurs ONG évoquent plus de 6 000 morts et des centaines de milliers de déplacés.

Bras de fer médiatique

Cette difficulté à rétablir un ordre durable dans les régions anglophones trouve un autre écho dans le bras de fer qui oppose désormais les autorités camerounaises à une partie du paysage médiatique. Le 29 septembre, le Conseil national de la communication (CNC) a suspendu pour un mois Vision 4, la chaîne de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, après plusieurs mois de tensions avec le régulateur. À l’origine de la sanction, la diffusion, le 2 juin, d’un reportage particulièrement critique visant une avocate de la partie civile dans l’affaire Martinez Zogo. Le journaliste Martial Owona avait déjà été suspendu trois mois, tandis que le groupe L’Anecdote avait refusé de répondre aux convocations du CNC. Son directeur des médias, Philippe Boney, avait même affirmé n’avoir « que faire du CNC ». La confrontation a ensuite changé de terrain, le groupe contestant devant la justice la légalité des sanctions et mettant en cause le mandat du président du Conseil, Joseph Chebongkeng Kalabubsu. La réponse du régulateur a été à la mesure de cette escalade : suspension de Vision 4 et de Philippe Boney pendant un mois, tandis que Martial Owona voit sa sanction portée à six mois et que Jean-Claude Fouda Abega, directeur de publication de L’Anecdote, est également suspendu. Toutefois, la chaîne a pu maintenir sa programmation au Cameroun en passant par Vision 4 RCA, sa déclinaison centrafricaine, qui échappe à la compétence du CNC.

Entre leviers et dépendances

En parallèle, Yaoundé entend en outre renforcer ses marges de manœuvre sur le front économique, notamment en misant sur des infrastructures capables de soutenir les échanges régionaux. C’est à ce titre que le 4 octobre, le président Paul Biya a autorisé un prêt d’environ 390 millions de dollars auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), destiné à moderniser le corridor Douala-Bangui. L’axe est stratégique pour la Centrafrique, mais aussi pour le Tchad, dont les marchandises empruntent la liaison entre Douala et Garoua-Boulaï sur plus de 800 kilomètres. Cet investissement s’inscrit dans une politique plus large de modernisation des infrastructures, avec notamment un financement de plus de 212 millions d’euros de la Banque islamique de développement pour l’axe Douala-Bafoussam. Ces chantiers doivent renforcer la vocation du Cameroun comme porte d’accès à la mer pour plusieurs pays enclavés d’Afrique centrale. Ils viennent toutefois alourdir une équation financière déjà surveillée, plusieurs experts mettant en garde contre les risques liés à l’accumulation des emprunts.

Le renforcement des infrastructures ouvre aussi sur une autre dimension de la stratégie de Yaoundé, celle de ses partenariats extérieurs. Sur le terrain diplomatique donc, les relations avec Washington illustrent à leur tour les marges de manœuvre, mais aussi les dépendances, auxquelles le Cameroun doit composer. La nomination, le 28 septembre, de Christian Jové Ehrhardt comme ambassadeur des États-Unis à Yaoundé remet ainsi en lumière un accord conclu discrètement entre les deux pays en décembre 2025. Le diplomate avait auparavant joué un rôle dans la politique américaine d’expulsion de migrants vers des pays tiers, et notamment dans les discussions ayant abouti à l’engagement du Cameroun d’accueillir jusqu’à 1 000 personnes expulsées des États-Unis. L’arrangement, révélé plusieurs mois plus tard, avait suscité la controverse. Les organisations de défense des migrants dénoncent la politique américaine d’expulsions vers des pays tiers et les risques de persécution ou de torture auxquels certains migrants pourraient être exposés. Pour sa part, le Cameroun est resté discret sur les modalités de l’accord. La nomination de Christian Jové Ehrhardt à Yaoundé prend, à cet égard, une résonance particulière. Celui qui a contribué à Washington à la politique d’expulsion de migrants vers des pays tiers arrive dans un pays appelé à jouer lui-même un rôle dans ce dispositif. Au-delà de la coopération bilatérale, cette nomination pose ainsi la question de la capacité de Yaoundé à négocier ses intérêts dans une relation où les priorités américaines peuvent aussi se traduire par de nouvelles attentes à son égard.

Timbuktu Institute October 2026 - Week 1

For several months now, N’Djamena has set a clear course: giving the economy a greater role in its external relations as well as in its domestic agenda. The ambition set out in the national development plan “Chad Connection 2030” is considerable. It aims to attract up to 26 billion euros of investment by 2030 and to diversify an economy still largely dependent on sectors that create few jobs. To achieve this, the government is counting on improving the business climate, modernising infrastructure and better matching available skills with labour market needs. It is also with this in mind that Chad is betting – albeit rather soberly – on its renewed economic partnership with France, after a long cold spell. The Chadian government is highlighting several reforms intended to make business easier: a new Labour Code, tax exemptions, digitalisation of procedures and the creation of a one-stop shop through the National Agency for Investment and Exports (ANIE), among others. For the interim administrator of the Chamber of Commerce and Industry, Abderrahmane Gademi, these measures should support “Chad’s economic development, economic diversification” and the transformation of the industrial base.

However, the drive to bring investors back is running up against an obstacle that goes beyond regulatory measures. Access to electricity remains one of the country’s main handicaps; Chad ranks 49th out of 54 in the Amadeus Institute’s 2024 attractiveness index. Economist Djimadoum Mandekor thus points to “a gap between commitments and (...) practical implementation”. A few projects nevertheless point to the beginnings of a recovery. The French company Qair has notably signed an agreement to build two 30 MW solar power plants on the outskirts of N’Djamena. Medef International also sees opportunities in infrastructure, energy and health, as well as in a possible resumption of security cooperation.

In search of economic relays

Across the African continent, the trend is towards diversifying partners, and N’Djamena is no exception. The new Minister of State for Foreign Affairs, Ahmed Kogri, received on 28 September Morocco’s ambassador to N’Djamena, Abdellatif Erroja. Beyond congratulating the new minister, the two officials discussed deepening a cooperation that already extends to agriculture, energy, transport, logistics and education. Morocco already has a well-structured relationship with Chad. Six agreements were signed in 2020, and those concluded in December 2021 raised to 150 per year the number of Moroccan scholarships awarded to Chadian students. The Casablanca-N’Djamena air link and infrastructure projects complete this cooperation network. On Throne Day, 30 July, the Moroccan ambassador had described the relationship as a model of “South-South partnership”. This diversification of partnerships is all the more significant as N’Djamena is at the same time seeking to reorganise its own economic tools. Chad wants not only to convince foreign partners, but also to create the conditions for their investments to find a more favourable environment. Hence the particular importance given to modernising infrastructure.

Building the conditions for attractiveness

In this drive, Hassan Djamous International Airport is an equally important project. On 30 September, the Chadian authorities began validating its Emergency Plan with ASECNA, bringing together airport services, security forces, emergency services, health facilities and administrative authorities. The aim is to clarify responsibilities and chains of command so as to be able to respond rapidly to an incident. The system accompanies the airport’s modernisation works, launched in January 2025 with 32.5 million euros of funding from the French Development Agency (AFD) and the Chadian State. Renovation and extension of the main runway, upgrading of infrastructure in line with ICAO recommendations, renovation of the terminal and extension of the aircraft parking area should enable the country’s main air gateway to take a new step towards international certification.

However, physical modernisation alone will not be enough. The revision of the National Employment and Vocational Training Policy, launched on 2 October, shows that the government is also seeking to act on the other side of attractiveness, namely the availability of a workforce capable of supporting economic transformation. In a country of around 21.5 million inhabitants where more than half the population is under 20, tens of thousands of young people enter the labour market every year. To this end, the Interministerial Technical Committee set up on this occasion has six months to carry out a diagnosis and propose a new policy built around apprenticeship, matching training with jobs, entrepreneurship, youth and women’s employment, the informal economy, digital technology and artificial intelligence. Minister Abdoulaye Mbodou Mbami sums up the challenge in three words: “rigour”, “inclusion” and “operationality”. In the end, this demand for effectiveness appears to be common to all the projects undertaken by N’Djamena, in pursuit of a clear but delicate triptych: attracting capital while solving the energy question; modernising infrastructure, which requires appropriate procedures and skills; and diversifying partnerships to turn diplomatic agreements into real, effective economic projects.

 

 

 

 

Timbuktu Institute Octobre 2026 - Semaine 1

Depuis maintenant plusieurs mois, N’Djamena affiche un cap clair : donner davantage de place à l’économie dans ses relations extérieures comme dans son agenda intérieur. Ainsi, l’ambition affichée avec le plan national de développement « Tchad Connexion 2030 » est considérable. Il s'agit d'attirer jusqu’à 26 milliards d’euros d’investissements d’ici 2030 et engager une diversification de l’économie encore largement dépendante de secteurs peu créateurs d’emplois. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur l’amélioration du climat des affaires, la modernisation des infrastructures et une meilleure adéquation entre les compétences disponibles et les besoins du marché du travail. Et c’est par ailleurs dans cette perspective que le Tchad mise – quoique plutôt sobrement – sur son partenariat économique renouvelé avec la France, après une longue période de froid. Le gouvernement tchadien met en avant plusieurs réformes destinées à faciliter l’activité des entreprises : nouveau Code du travail, exonérations fiscales, digitalisation des procédures et création d’un guichet unique à travers l’Agence nationale des investissements et des exportations (Anie), etc. Pour l’administrateur provisoire de la Chambre de commerce et d’industrie, Abderrahmane Gademi, de la Chambre de commerce et d’industrie, ces mesures doivent accompagner « le développement économique du Tchad, la diversification économique » et la transformation du tissu industriel.

Toutefois, la volonté de faire revenir les investisseurs se heurte toutefois à un obstacle qui excède les mesures réglementaires. En effet, l’accès à l’électricité demeure l’un des principaux handicaps du pays, classé 49è sur 54 dans l’indice d’attractivité de l’Institut Amadeus pour 2024. L’économiste Djimadoum Mandekor relève ainsi « un décalage entre des engagements et (...) une mise en œuvre pratique ». Quelques projets témoignent néanmoins d’un début de reprise. L’entreprise française Qair a notamment signé un accord pour construire deux centrales solaires de 30 MW chacune aux portes de N’Djamena. Le Medef International identifie également des possibilités dans les infrastructures, l’énergie et la santé, ainsi que dans une éventuelle reprise de la coopération sécuritaire.

A la recherche de relais économiques

Partout sur le continent africain, le temps est à la diversification des partenaires ; et N’Djamena ne fait pas exception. Dès lors, le nouveau ministre d’État chargé des Affaires étrangères, Ahmed Kogri, recevait le 28 septembre l’ambassadeur du Maroc à N’Djamena, Abdellatif Erroja. Au-delà des félicitations adressées au nouveau ministre, les deux responsables ont évoqué l’approfondissement d’une coopération déjà étendue à l’agriculture, l’énergie, les transports, la logistique et l’enseignement. En l’occurrence, le Maroc dispose d’une relation déjà structurée. Six accords avaient été signés en 2020 et les accords conclus en décembre 2021 avaient porté à 150 par an le nombre de bourses marocaines accordées aux étudiants tchadiens. La liaison aérienne Casablanca-N’Djamena et les projets d’infrastructures complètent ce réseau de coopération. Lors de la Fête du Trône, le 30 juillet, l’ambassadeur marocain avait d’ailleurs présenté cette relation comme un modèle de « partenariat sud-sud ». Cette diversification des partenariats prend d’autant plus de relief que N’Djamena cherche parallèlement à réorganiser ses propres outils économiques. Ainsi, le Tchad souhaite non seulement convaincre les partenaires étrangers, mais aussi créer les conditions permettant à leurs investissements de trouver un environnement plus favorable. D’où l’importance particulière accordée à la modernisation des infrastructures.

Bâtir les conditions de l’attractivité

Dans cet élan, l’Aéroport international Hassan-Djamous constitue à cet égard un chantier non moins important. Le 30 septembre, les autorités tchadiennes ont engagé la validation de son Plan d’urgence avec l’ASECNA, en réunissant services aéroportuaires, forces de sécurité, secours, structures sanitaires et autorités administratives. L’objectif étant de clarifier les responsabilités et les chaînes de commandement afin de pouvoir répondre rapidement à un incident. Le dispositif accompagne les travaux de modernisation de l’aéroport, engagés en janvier 2025 avec un financement de 32,5 millions d’euros apporté par l’AFD Agence française de développement (AFD) et l’État tchadien. Rénovation et prolongement de la piste principale, mise aux normes des infrastructures selon les recommandations de l’OACI, rénovation de l’aérogare et extension du parking avion doivent permettre à la principale porte d’entrée aérienne du pays de franchir une nouvelle étape vers sa certification internationale.

Cependant, la modernisation matérielle ne suffira pas à elle seule. La révision de la Politique nationale de l’emploi et de la formation professionnelle, lancée le 2 octobre, montre que le gouvernement cherche également à agir sur l’autre versant de l’attractivité, en l’espèce la disponibilité d’une main-d’œuvre capable d’accompagner la transformation économique. Dans un pays d'environ 21,5 millions d’habitants où plus de la moitié de la population a moins de 20 ans, des dizaines de milliers de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. Pour ce faire, le Comité technique interministériel installé à cette occasion dispose de six mois pour établir un diagnostic et proposer une nouvelle politique articulée autour de l’apprentissage, de l’adéquation formation-emploi, de l’entrepreneuriat, de l’emploi des jeunes et des femmes, de l’économie informelle, du numérique et de l’intelligence artificielle. Le ministre Abdoulaye Mbodou Mbami résume l’enjeu en trois mots : « la rigueur », « l’inclusion » et « l’opérationnalité ». Il apparaît au bout du compte que cette exigence d’effectivité semble être commune à l’ensemble des chantiers engagés par N’Djamena. Ceci pour un triptyque clair mais délicat : attirer les capitaux tout en résolvant la question énergétique, moderniser les infrastructures qui suppose de disposer de procédures et de compétences adaptées ainsi que diversifier les partenariats pour transformer les accords diplomatiques en projets économiques effectifs et véritables.