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Timbuktu Institute- Avril 2019

Avec les récents évènements au Mali et les risques d’extension du champ des conflits intercommunautaires vers le Burkina Faso et le Niger, notamment, dans la région de Tillabéry, il est urgent que la protection des populations soient renforcée surtout les couches les plus vulnérables y compris les femmes. Elles demeurent un maillon essentiel de l’activité sylvopastorale tout en étant injustement désavantagées dans le cadre de la gestion et de la distribution foncières. Si l’on sait que la plupart de ces conflits découlent, à l’origine, des velléités autour du contrôle des ressources (pâturages, terres agricoles, vol de bétail), il faudra forcément prendre en considération les risques qui pèsent sur les femmes, en même temps, exposées par leur intense activité et fragilisées par les systèmes de répartition notamment foncière.

Mais au-delà de « simples » victimes, les femmes, par leurs différentes formes de mobilisation, pourraient constituer un premier pilier important dans la recherche de solutions endogènes, notamment, en termes de dialogue intercommunautaire, de sensibilisation et de médiation.

Pour ce faire, faudrait-il d’abord que leur rôle soit reconnu et renforcé par les Etas mais aussi tous les autres acteurs intervenant dans la région au-delà des simples effets d’annonce et d’une approche genre parfois superficielle. En d’autres termes, la résolution 1325 et ses dispositions et recommandations essentielles doivent être urgemment suivies d’effet surtout avec la recrudescence des crises intercommunautaires qui commence à déborder du Mali.

Il est vrai qu’avec la complexité progressive de la situation sous régionale, un certain nombre d’initiatives (conférences internationales, tables rondes, opérations militaires, etc.) ont été prises aux plans régional et international. Dans cet ordre d’idées, ONUFEMMES, pleinement inscrite dans la dynamique impulsée par la Résolution 1325, via la déclaration de Bamako, a tenté d’alerter les décideurs et la communauté internationale pour plus d’actions. Mais celles-ci ont été jusqu’ici timides au regard du grand enjeu que représente l’autonomisation des femmes mais surtout leur implication dans les questions de paix et de sécurité. Le G5 Sahel a pu aussi donner plus d’importance à cet aspect avec, notamment, une experte dédiée aux questions de genre au niveau du Secrétariat permanent, à Nouakchott.

Mais, depuis ces dernières décennies, les foyers de tensions se multiplient en Afrique de l’Ouest y compris dans des pays où, jusqu’à une période relativement récente, on était loin d’imaginer qu’ils seraient un jour le théâtre de conflits, aujourd’hui, les plus inquiétants. L’exemple typique est le cas malien, territoire jadis paisible, mais dont le Nord est aujourd’hui pris d’assaut par des groupes armés se réclamant tantôt de la nébuleuse terroriste, tantôt de la mouvance irrédentiste[1]. Le mal septentrional a contaminé le Centre, notamment la région de Mopti où sévissent des tensions interethniques parfois meurtrières. Bien que le Mali en soit l’épicentre, ce type de conflits s’est déjà signalé au Burkina Faso dans le département de Dori (province du Séno, région du Sahel), dans le Soum et sur quelques points déjà chauds de l’Oudalan.

À ces conflits intercommunautaires sur fond de lutte contre le terrorisme, se greffent toujours d’autres velléités telles que celles opposant traditionnellement éleveurs et agriculteurs[2]. Il est à noter que dans ce type de conflit, la gestion du foncier qui lèse souvent les femmes malgré leur dynamisme dans les activités agropastorales, demeure l’épine dorsale d’une problématique complexe et sensible. Cette situation préoccupante a provoqué d’importants déplacements de populations, n’épargnant pas les femmes vers d’autres pays ou près de la capitale notamment à Sénou, a seulement quelques kilomètres du Centre-ville de la capitale, Bamako. Ce conflit malien persistant a fini par déborder sur la quasi-totalité de la bande sahélo-saharienne dans une situation de forte vulnérabilité.

Sortir du paradigme simpliste de la victimisation

On présente les femmes de manière générale, comme de « simples » victimes des conflits notamment communautaires mais aussi dans le cadre de la recrudescence d’actes terroristes. De ce fait, leur implication en tant qu’actrices soit comme parties prenantes ou médiatrices reste négligée et reléguée au second plan dans l’analyse des conflits.

Cette image de « victimes » qui a dominé les perceptions s’est encore plus ravivée en Avril 2014, lorsque 276 lycéennes nigérianes sont enlevées à Chibok par les éléments de Boko Haram déclenchant, ainsi, l’indignation de toute la communauté internationale. Malgré une riposte lancée par le Tchad, le Niger et le Cameroun pour affaiblir les djihadistes nigérians, ces exactions continuent d’alimenter l’actualité régionale.

Cette vague d’enlèvement de filles et de femmes se poursuit, encore aujourd’hui, d’une part pour contraindre certaines à se marier, de plus en plus entraînées à prendre part aux attaques armées. Mais au-delà de cette brutalité qui a pu être médiatisée au regard de l’ampleur et du caractère spectaculaire du phénomène, il y a une réalité encore plus complexe et un processus qu’il serait  intéressant de revisiter.

On oublie souvent que durant les deux décennies écoulées, les femmes ont marqué les différentes étapes de la lutte contre l’extrémisme religieux avent que celui-ci ne devienne un enjeu politico-sécuritaire. Bien avant le Nigéria, sans attirer l’attention de la communauté internationale, le Mali aussi fut le théâtre d’un long débat parfois houleux entre les franges islamistes et les organisations féminines. Cette situation faisait suite au vote massif d’un nouveau code de la famille avec des mesures consolidantes en faveur du droit des femmes en 2009. Dans cette configuration, les femmes sont toujours considérées comme les premières victimes de l’extrémisme religieux. En même temps elles ont été à l’avant-garde des luttes contre ce phénomène de la radicalisation du discours et des attitudes religieux. Les hommes politiques ont imprudemment attendu que l’extrémisme devienne un enjeu sécuritaire pour s’en préoccuper.

Mais l’apparition du phénomène surprenant de femmes kamikazes lors des attentats au Nigeria et dans le bassin du Lac Tchad a remis à l’ordre du jour le rapport entre les femmes et processus de radicalisation violente. Il s’est alors lancé un débat loin d’être tranché et de plus en plus tranché sur l’identité des femmes kamikazes de Boko Haram dont le premier attentat suicide au nom du groupe djihadiste remonte au 8 juin 2014, dans l’Etat de Gombe, au Nigeria. Dans la foulée, il y a eu la multiplication des attaques menées par des kamikazes de sexe féminin depuis le 22 février 2015 : une fillette de 7 ans tue sept personnes en se faisant exploser dans la localité de Potiskum.  Dans les jours qui suivent, une autre kamikaze femme actionna une ceinture explosive à la gare routière de Damaturu au Nigeria avec un bilan aussi lourd. Cette nouvelle donne soulève nombre d’interrogations sans réponses pour l’heure ; le phénomène étant nouveau et intervenu de manière inattendue dans l’espace sahélien. Cela pourrait être dû à une globalisation des modes opératoires des mouvements radicaux qui n’aurait pas épargné le Sahel et renverrait à une standardisation des attaques terroristes au-delà de la diversité des contextes socioculturels.

 

De « victimes » à détentrices de solutions : les initiatives féminines au service d’une approche endogène et inclusive

Etrangement, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et les initiatives de paix on omet souvent de signaler le rôle très important joué par les femmes notamment en termes de résilience communautaire comme lors de l’occupation djihadiste à Tombouctou et à Gao. La marche peu médiatisée des femmes et leur résistance ont, façonné, par la suite la résilience des populations suite à un choc inédit en termes de prise en charge et de réconciliation.

Du côté du Nigeria le rôle de leaders féminins comme une pasteur de Jos, capitale de l’Etat du plateau, qui organise des rencontres inter-religieuses dans un climat de grande méfiance. Elle arrive à fédérer autour de messages de paix et de conciliation malgré les velléités et la persistance d’une croyance en un pays contrasté comme le Nigeria notamment entre certains Etats du Nord et du Sud. Rappelons que dans cet Etat, les heurs inter-communautaires entre agriculteurs et bergers Fulani causent des tueries loin d’être motivées par une quelconque idéologie mais provoquées par des divergences de même nature que dans le Macina, en région du Centre malien.

Une récente étude de l’OIM établit un lien potentiel entre ces faits combinés et une possible influence des groupes extrémistes sur le bassin du Lac Tchad au regard de la proximité géographique, des échanges commerciaux, des liens linguistiques avec le Nigéria. D’ailleurs, une des couches sociales considérées parmi les plus vulnérables, en l’occurrence les femmes, a subi très tôt les exactions des groupes extrémistes parfois violents. Rappelons qu’en 1993, le siège de l’Association des femmes du Niger sise à Zinder a été incendié par des assaillants islamistes sous prétexte de défendre les « valeurs de l’islam » et purifier les « pratiques et mœurs »[3]. Aussi, il a été constaté lors d’une récente étude sur la violence des jeunes dans la ville de Zinder et la menace terroriste, que la quasi-totalité des femmes interrogées au niveau des ménages identifiées refusaient purement et simplement de s’exprimer en l’absence du chef de famille[4]. Ceci pose un vrai problème d’expression des femmes dans l’espace public et donc d’autonomisation en vue d’un meilleur exercice de leurs droits malgré leurs capacités souvent démontrées de trouver des consensus même dans des zones propices à nombres de conflictualités.

Au Tchad, pays développant une certaine résilience malgré la pression sécuritaire, se développe aujourd’hui une rare expérience de résiliences communautaires s’appuyant sur l’apport inestimable des femmes. Très actives dans le cadre de la plateforme interconfessionnelle dans un pays à composition religieuse assez diverse, les femmes prédicatrices (preeching women), aux côtés des autres leaders religieux, arrivent à développer de nombreuses initiatives surtout dans la province du Lac Tchad considéré comme un continuum naturel de la crise sécuritaire qui frappe le Nord du Nigeria.

Dans la même logique, les caravanes de sensibilisation dans la province du Kompienga (Région Est) au Burkina Faso, sont l’œuvre de femmes actives dans la consolidation de la paix et la prévention des conflits, arrivant encore à maintenir un lien social indispensable pour la médiation et la résolution des conflits.

Malgré la crise multidimensionnelle qui perdue dans ce pays, plus d’une trentaine de femmes leaders maliennes se sont auto-organisées en comptant sur leur capacité de plaidoyer autour d’un groupe informel dénommé « femmes et consolidation de la paix ». Elles mènent aujourd’hui une réelle réflexion concertée sur la partition des femmes dans la recherche de solution aux conflits inter-communautaires et la réconciliation nationale à un moment où les hommes politiques sont constamment rattrapés par leurs contradictions et leur difficulté à créer des synergies au-delà des logiques partisanes dans un pays faisant face à une multiplication des foyers de tension.

C’est à ce niveau, d’une implication citoyenne des femmes libérée des pressions et contraintes socioreligieuses, que la Déclaration de Bamako suite à l’importante réunion d’ONUFEMMES dans la capitale malienne mériterait d’être opérationnalisée comme y a appelé Yague Samb[5], en charge de la résolution des conflits à Timbuktu Institute. A cet effet, cet institut qui travaille beaucoup sur la construction des résiliences communautaires par le dialogue inclusif, avait soutenu et apprécié positivement les recommandations de cette déclaration notamment :

–          La mise en place au niveau national et régional des cadres de concertation entre les organisations des femmes et les organisations religieuses

–          L’intégration de modules relatifs à la radicalisation et l’extrémisme violent dans les programmes scolaires et universitaires. 

Dans le cadre de son Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA) et des activités qu’il mène à travers son Programme « Educating for Peace » au sein des établissements scolaires (Mothers for Peace), Timbuktu Institute participe activement à « la sensibilisation, des femmes, des jeunes, des leaders d’opinion (religieux et chefs coutumiers), la communauté et les médias sur les effets et les conséquences de l’extrémisme violent », conformément à la recommandation numéro 5 de la déclaration de Bamako portée par un bel esprit auquel il urge de donner corps.

Un véritable travail de recherche approfondie s’impose pour mieux documenter cette implication non négligeable des femmes dans la prévention et résolution des conflits à un moment où la complexité des crises notamment intercommunautaires exige une approche donnant plus de place aux stratégies endogènes et non forcément militaires ou sécuritaires.

Par Dr. Bakary Sambe

www.timbuktu-institute.org

La dégradation de la situation sécuritaire au Burkina Faso, confronté à une multiplication alarmante des attaques djihadistes sur son sol, menace de s’étendre aux pays côtiers du Golfe de Guinée, jusque-là épargnés, préviennent experts et sources sécuritaires.

Héritant du chaos qui règne depuis 2012 au Mali, où prolifèrent les groupes liés à Al-Qaïda et l’Etat islamique (EI), le nord du Burkina Faso est confronté depuis trois ans à des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières.

L’instabilité s’est rapidement étendue ces derniers mois à d’autres régions dont celle de l’Est, frontalière du Togo et du Bénin.

« Cet acharnement inouï semble indiquer que le Burkina est le dernier verrou que ces groupes veulent casser pour atteindre l’Afrique côtière », affirme à l’AFP Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, basé à Dakar.

Le nord de ces pays, considérés jusque-là comme des îlots de stabilité dans une région mouvementée, pourraient ainsi devenir des « zones de repli » pour les djihadistes retranchés dans des poches forestières et rurales isolées, le long de frontières réputées poreuses.

« Étendre leur champ d’action loin de l’épicentre actuel du djihadisme leur permettrait en outre de gagner un accès à la mer via les ports ouest-africains », et donc de nouveaux circuits d’approvisionnement en armes, estime M. Sambe.

Le 15 février, l’assassinat de quatre douaniers burkinabés et d’un prêtre espagnol qui revenait d’une réunion à Lomé, au Togo, peu après avoir passé la frontière, a renforcé les craintes.

– ‘Menace réelle’ –

Hormis la Côte d’Ivoire, frappée par un attentat ayant fait 19 morts en 2016 à Grand-Bassam, aucune attaque n’a été recensée dans les pays du Golfe de Guinée.

Mais des signes précurseurs y indiquent une activité croissante depuis quelques années. Dans le parc du W, à cheval sur le Bénin, le Niger et le Burkina, « des combattants originaires du Mali auraient mené dès 204-2015 une reconnaissance » jusqu’au Bénin, selon un rapport publié en mars par l’institut de recherche Thomas More.

Mi-décembre, les services de renseignement maliens avaient annoncé l’arrestation de quatre djihadistes burkinabés, malien et ivoirien soupçonnés de préparer des attentats dans ces trois pays pour les fêtes de fin d’année.

Plusieurs sources font également état d' »incursions récentes de micro-groupes » traversant la frontière burkinabé vers des petits villages du Togo et du Bénin, pour leur demander d' »interdire la vente d’alcool » ou « prêcher des messages radicaux » dans les mosquées.

Burkina, Ghana, Bénin et Togo ont mené en mai et novembre 2018 une vaste opération de lutte contre la criminalité transfrontalière, conduisant à l’arrestation de plus de 200 individus – dont plusieurs soupçonnés d’activités djihadistes – dans les quatre pays.

« La menace est réelle. Tout le monde est sur le qui-vive », confirme à l’AFP un haut responsable sécuritaire togolais, précisant que le dispositif militaire a été renforcé dans le nord après l’assassinat du prêtre espagnol.

« Les forces de sécurités togolaises et béninoises travaillent en étroite collaboration avec les Burkinabés », ajoute-t-il. « Ces derniers temps, des patrouilles sont régulièrement organisées dans les villages frontaliers, surtout la nuit ».

Selon l’agence de gestion des secours ghanéenne (Nadmo), près de 300 Burkinabés – dont 176 enfants – ont fui les violences dans leur pays pour se réfugier dans le district de Bawku (nord-est du Ghana) ces dernières semaines.

– Banditisme et trafics –

« Nous surveillons de près la situation avec notre voisin (burkinabé) », déclare à l’AFP le porte-parole de l’armée ghanéenne, le colonel Aggrey Quarshie.

Au Burkina, 90% des attaques ne sont pas revendiquées. Elles ont été pour la plupart attribuées à Ansaroul Islam, au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ou à l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS), mais une dizaine d’autres groupes, « plus petits et sans doute moins structurés » sont également actifs, selon l’International Crisis Group (ICG).

« Il est très difficile de savoir qui fait quoi exactement, dans la mesure où il s’agit d’une nébuleuse de groupes armés dont les relations évoluent au gré des alliances et des fâcheries », rappelle Rinaldo Depagne, directeur pour l’Afrique de l’Ouest à ICG.

« Le Burkina, où l’Etat n’a pas les moyens de faire face, est devenu une sorte de maillon faible à partir duquel ils allument des foyers insurrectionnels », poursuit-il. « La multiplication des fronts leur permet notamment d’échapper à la tenaille des réponses militaires des armées occidentales et de la Force du G5 Sahel, qui les ont obligés à se disperser ».

Au sein de cette nébuleuse, interviennent également des groupes criminels sans idéologie particulière, mais attirés par la propagande des jihadistes et installés dans les zones frontalières, propices aux trafics en tous genres – contrebande d’armes, de drogues, orpaillage clandestin… – souligne M. Depagne, qui parle de « djihadisation du banditisme ».

Il reste toutefois difficile d’évaluer dans quelle mesure les groupes djihadistes parviendront à recruter au sein des populations locales. Mais selon plusieurs experts, le sentiment d’abandon, la pauvreté et le taux d’illettrisme dans ces régions éloignées des pouvoirs politiques et économiques pourraient à terme favoriser la percée des idées radicales.

 

 

 

Dans un communiqué signé par la Coordination des Mouvements et Associations islamiques du Sénégal (CAMIS), les leaders musulmans interpelle l'Organisation de la Coopération islamique (OCI) pour une rencontre d'urgence sur la situation de l'islamophobie dans le monde et en appelle à la communauté internationale pour plus de fermeté contre la promotion des discours et actes de haine anti-musulmans.

Voici le texte intégral du communiqué conjoint:

 

"Au nom d'Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux 

Louange à Allah, c'est de lui que nous cherchons appui.

Que la paix et le salut d'Allah soient sur le Prophète Mouhammad fils d'Abdallah, sur sa famille et sur tous ses Compagnons. 

C'est avec un grand regret et amertume que la Coordination des Mouvements et Associations Islamiques du Sénégal a reçu l'information du carnage qui a eu lieu dans la ville de Christchurch à la Nouvelle Zélande.

En effet, le Vendredi 15 Mars 2019, en début d’après-midi, à l’heure de la grande prière hebdomadaire, un terroriste extrémiste de droite, de nationalité australienne, a perpétré un carnage dans deux mosquées de Christchurch, la deuxième ville de Nouvelle-Zélande faisant un bilan de 49 morts et de plus d'une vingtaine de blessés.  Les images insoutenables, retransmises en direct sur Facebook puis relayées sur les réseaux sociaux, témoignent de l'acharnement du tueur et de son objectif à assassiner un maximum de fidèles musulmans, dans un pays jusqu'à maintenant épargné par de telles pratiques.

Faisant référence à sa foi aux préceptes révélés et aux enseignements de l'islam,  qui considèrent le droit à la vie comme universel, et infligeant des sentences les plus dures à ceux qui portent atteinte à ce droit, la Coordination des Mouvements et Associations Islamiques du Sénégal condamne avec la dernière énergie cet acte ignominieux dont les auteurs sont inspirés  par les propagateurs de la haine et de l'aversion contre l'Islam et les musulmans; et au delà, contre l'humanité, la paix et la stabilité dans le monde.

Nous prions Allah d'accueillir dans Sa miséricorde immense ceux parmi nos frères et sœurs qui ont perdu la vie dans ce carnage, qu'Il les accepte parmi les martyrs, qu'Il inspire à leurs familles et proches la patience et l'endurance, qu'Il accorde un prompt rétablissement aux blessés, et protège les musulmans du monde entier de cette vague de haine qui s'abat sur eux. Nous associons à nos prières, les musulmans en Afrique qui subissent directement les conséquences de l'islamophobie au nom de la lutte contre le terrorisme, les musulmans chinois "ouïghours" détenus dans des camps de concentration, et ceux de la Birmanie qui continuent à subir des atrocités du fait de leur conviction religieuse.

Enfin, nous appelons solennellement l'ensemble des pays musulmans, sous la bannière de l'Organisation de la Coopération Islamique, à convoquer en urgence une rencontre sur la situation de l'islamophobie à travers le monde pour dénoncer vigoureusement et prendre des mesures sur les pays qui en font la promotion, et dont les idéaux influencent des criminels qui n'hésitent pas à passer à l'acte..

Inna Lillahi, wa Inna Ilayhi Raaji'oun

Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons



 

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Dans son ouvrage Al-Islâm fi Sinighâl (L’islam au Sénégal), Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy brossait déjà une critique du monde contemporain qui revenait sur les différentes problématiques telles que la domination et la l’éthique.  Dans sa conception toujours universaliste du rapport entre les cultures et civilisations, il soutient que l’islam a légué son patrimoine scientifique et éthique à toutes les cultures et civilisations pour qu’elles puissent s’interférer, se soutenir et se renouveler sous la supervision de ce message de grande qualité. Pour lui, sous le prisme de l’Unicité de Dieu, l’islam ne voit que l’Unité de l’Humanité. Cette égalité de condition n’est remise en cause que de manière temporaire et alternée par les vicissitudes de l’Histoire qui, à tour de rôle, distribuent puissance et décadence « Wa Tilkal Ayyâmu nudâwiluhâ bayna Nâsi ». Il ne manquera pas, toutefois, de rappeler que malgré l’ingéniosité des concepteurs des systèmes les plus sophistiqués, cette marche du monde n’a jamais pu échapper à la volonté du Sage Savant (Al-‘Alîmul Hakîm).

Dans cette partie de sa démonstration, Serigne Cheikh citera, l’auteur de l’Evolution de l’Islam (C-Levy, 1960), Raymond Charles, commentant l’orientaliste français, Louis Gardet, qui rappelait qu’il devenait urgent que l’Occident revînt aux valeurs spirituelles et religieuses en plus de son rôle scientifique ; ces valeurs sans lesquelles il retombera, sans doute, dans une forme de non-sens et d’absurde malgré ses conquêtes et explorations.

A cette époque précise, Serigne Cheikh exprimait une espérance de voir les Civilisations jouer leur véritable rôle en construisant plus qu’elles ne détruisent et à comprendre le mouvement de libération des pays dominés ainsi que l’affranchissement des « damnés de la terre » comme l’une des plus sages leçons de l’Histoire sur le caractère passager de toutes les dominations. Il espérait, comme il le disait, que ces civilisations accueillissent les donnes de l’Histoire et les grands évènements des temps nouveaux en les admettant de manière positive.

Hélas, d’après Al-Maktoum, cela n’était possible que dans un état d’esprit ou ne dominait pas ce qu’il appelle une certaine « philosophie de la décadence ».

A vrai dire, c’est la manière dont il décrit les effets d’une telle philosophie qui imprime à la pensée de Serigne Cheikh toute sa dimension universelle et avant-gardiste pour son époque.

En réalité, il nous peignait le contexte d’un monde contemporain où, tel qu’il le disait dans les années 60, « les plus riches du globe assaillent les pauvres et thésaurisent leurs avoirs au détriment même de tout esprit de fraternité et de rapprochement, déniant aux dominés l’ambition de l’avoir et de l’accumulation, et par-dessus tout, prétendent que le bonheur et la réussite sont l’apanage des seuls riches des civilisations industrialisées  jusqu’à même se prévaloir d’une prétendue élection les plaçant au-dessus de tous les autres ». Et à Serigne Cheikh de leur rétorquer, en empruntant le style coranique : « Pourquoi donc êtes- vous constamment punis par le biais de la guerre, des dégâts de l’alcoolisme, de la cupidité, des jeux, de l’injustice, de la mesquinerie, de la tendance à l’exploitation ? Vous êtes donc de simples humains ! ».

Soulignant l’inanité et le non–sens d’une civilisation prétentieuse et dénuée d’éthique et de morale qu’il critiquait, Al-Maktoum se résolut à étaler sa vision d’un monde où on pourrait parler de « civilisation » dans son sens noble.

Selon lui, il faut espérer que la Civilisation humaine, dans son essence, « puisse retrouver la toute la splendeur qu’elle mérite et sans laquelle la terre deviendra une « boucherie » où, un jour ou l’autre, ceux à qui l’on a enlevé leur dignité pour en faire « des vaches, des chevaux et des loups », se révolteront contre les patrons et grands industriels, les habitants des capitales et des gratte-ciels pour recouvrer l’honneur de l’Humanité ».

Pour Serigne Cheikh Tidiane Sy si l’humanité en arrive à ce point, alors « plus d’humanité et point de civilisation ! ».

Vision ne pouvait être plus futuriste. Il aura bien fallu attendre la fin du XXème siècle, que le communisme s’effondre, que Jean-Christophe Ruffin parle d’« empire » et de « nouveaux barbares », qu’un certain Huntington théorise le choc des civilisations, que le 11 septembre se produise, qu’Emmanuel Todd prédit la « fin de l’Empire », qu’on envahisse des pays souverains au mépris du droit international, que le capitalisme mondial soit frappé par une crise inouïe, que le terme de régulation réintègre le vocabulaire économique et financier, que la jeunesse du monde arabe se dresse contre l’injustice des potentats, qu’une réelle crise de confiance s’installe entre les gouvernés et les gouvernants pour comprendre enfin le vrai sens et la nécessité de l’éthique dans les rapports politiques et économiques !

Pourtant, dès les années 1960, Serigne Cheikh, ce penseur avant-gardiste, l’avait intégré dans sa conception d’une civilisation universelle durable à laquelle l’islam et les Musulmans devraient contribuer à la mesure de la pertinence du message Mohammedien. Certainement, pour théoriser une telle conception et l’harmoniser avec le message islamique au-delà des particularismes, il fallait compter sur la vision d’un Cheikh Tidiane Sy, ce « philosophe de son temps » (faylasûfu ‘açrihi) –comme le dit SerigneMaodoSy – armé d’un sens élevé de la critique constructive et d’une audace de l’alternative, libératrices des conformismes coutumiers (âda), puisse l’exprimer en toute responsabilité.

Source : Revue Défense, N°196 –Janvier- Février 2019

La multiplication des « stratégies Sahel », l’absence de coordination de l’action internationale dans cette région donnent parfois l’impression d’une compétition perçue comme une « inconscience » face à la montée des périls et aux urgences. Lors des échanges avec des acteurs maliens, on perçoit bien une forme d’incompréhension de l’action de la communauté internationale et de la France en particulier.

Au Mali, il semble se dessiner, depuis plusieurs années, un conflit de perception du conflit entre la classe politique malienne et les dirigeants européens plus focalisés sur la menace terroriste à raison de son caractère transnational que sur la question de la « réconciliation nationale ». En d’autres termes, au sein des sociétés civiles africaines, il y a une forte perception selon laquelle la lutte contre le terrorisme est aussi un levier d’influence et une justification « intéressée » d’une présence militaire occidentale en Afrique.

Dès 2014, dans une étude intitulée Mali-Mètre « Que pensent les Maliens ?» menée par la Fondation Friedrich Ebert, plusieurs sujets ont été abordés dont la présence et le rôle des forces étrangères dans le pays. Les sondés divergent sur la force française Barkhane et son rôle tout en méconnaissant l’action de l’EUTM, la mission de formation de l’Union européenne. Le signal avait été donnée sur la perception de la présence militaire française à travers l’appréciation de Barkhane et de son action dans le pays et 34% des citoyen(ne)s estimaient que les forces armées françaises devraient rester « moins d’un an » au Mali ; ils étaient 22% à penser qu’elles pourraient encore rester entre « un et trois ans ». Pour 6% d’entre eux, Barkhane pourraient faire plus de 15 ans au Mali révélant du coup que la stabilisation du pays et la victoire contre les djihadistes n’était pas pour demain alors que les acteurs locaux étaient plus dans la logique d’une présence salvatrice que celle d’une installation à long terme.

Au Niger voisin, les acteurs de la société civile qui ne partagent pas souvent les orientations des dirigeants politiques, développent un sentiment assez mitigé de la coopération sécuritaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme qui, pour l’heure, semble être la seule approche préconisée par les pouvoirs publics contre le phénomène de l’extrémisme violent. En plus des questionnements que soulève, pour les défenseurs des droits humains, l’arsenal répressif dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les principales inquiétudes portent sur les perceptions d’une coopération internationale souffrant d’une « absence totale de transparence » de la part de l’Etat. En quelque sorte, ces acteurs s’interrogent sur la pertinence même d’une telle coopération souvent vue sous l’angle d’une volonté des pouvoirs publics à satisfaire les désirs des partenaires internationaux aux agendas « flous » aux yeux de la population.

De ce fait, la question des « forces étrangères » commence à être un sujet majeure de préoccupation : « la présence des forces étrangères inquiète nos populations ; cela donne l’idée d’une occupation du Niger sous prétexte de la lutte contre le terrorisme », affirme un responsable d’une ONG locale. Ce regard critique sur coopération sécuritaire semble même recouper la perception assez mitigée, de plus en plus partagée, de la présence militaire dans le pays. Les déclarations sont de plusieurs types mais ont en commun la traduction d’un sentiment d’incompréhension et même d’un relatif rejet d’une coopération pourtant saluée par les Etats comme participant de la sécurisation de ces vastes zones du Sahel. Bien que plus discrète, la présence militaire américaine qui s’est révélée comme une réalité désormais admise depuis l’attaque mortelle d’octobre 2017, n’échappe pas à cette perception négative de la part des populations : « la mission des drones qui survolent le territoire nigérien est incompréhensible. Ces drones ne sont pas là pour nous ! ». Il y a aujourd’hui une forte impression lisible dans des déclarations publiques de la part de représentants de la société civile,  telles que : « La présence militaire des pays occidentaux n’est pas là pour nous sécuriser. Les calculs géostratégiques orientent cette présence militaire ».

Du moment que la coopération sécuritaire est conçue comme relevant d’un engagement des Etats et des partenaires internationaux, on dirait que les sociétés civiles africaines commencent désormais à exiger plus de transparence au même titre que dans les autres volets de la gouvernance comme l’exprime cet acteur important d’une ONG travaillant dans la zone de Gueskérou : « Il y a tout un flou qui entoure cette présence des forces étrangères et la société civile voudrait qu’il y ait plus de transparence sur cette présence militaire qui accentue même le sentiment d’insécurité. La présence militaire étrangère est devenue même un facteur incitatif à l’extrémisme ».

Toutefois, une fine analyse de cette perception pourrait amener à croire à une différence d’appréciation selon qu’il s’agisse de l’approche américaine ou de celle française. Les liens historiques entre la France et les principaux pays du Sahel ainsi qu’une forte impression des acteurs français qui maîtriseraient mieux les « affaires africaines » pourraient induire à des erreurs d’appréciation de la situation. Il est encore courant que certaines autorités militaires françaises considèrent que les Etats-Unis seraient en rade sur les affaires sahéliennes en s’appuyant sur des documents américains de politique africaine dans lesquelles l’Afrique ne semble pas être une priorité. La réalité serait pourtant beaucoup plus complexe.

Une observation approfondie de la stratégie américaine ferait apparaître que les Etats-Unis ont, plutôt, fait l’option de laisser la sécurisation à d’autres pays avec son lot de critiques et de perceptions négatives, tout en profitant de cette sécurité relativement garantie pour accroître leur influence, à l’intérieur de l’espace, et se donner le temps de la prospective. Cette option semble « payer » et marque nettement les perceptions locales : « Il y a une différence entre l’approche américaine et l’approche française ; ils sont moins discrets. Il y a une forte suspicion sur la présence militaire française au Niger », remarque un président d’association de victimes à Diffa. Au moment où, l’option militaire semble être privilégiée par la France supportant ainsi les coûts financiers et militaires et termes d’image, les Etats-Unis se concentrent sur les actions de prévention de l’extrémisme violent avec une approche holistique. De la même manière l’Allemagne d’Angela Merkel qui a, désormais, pris son destin sahélien en main, en dehors des cadres européens ou sous « parapluie française », s’appuie sur l’approche développementaliste ainsi que ses puissantes fondations complétant sa diplomatie d’influence.

Cette incompréhension se creuse en même temps que, dans les cercles des leaders africains et de l’intelligentsia, les esprits se surchauffent déjà à l’idée de voire le Burkina Faso devenir un « nouveau Mali » malgré les assurances de Florence Parly lors de sa dernière visite à Ouagadougou. L’approche militaire, elle, dévoile ses insuffisances quotidiennes alors que les groupes terroristes qu’elle devait faire disparaitre se multiplient. Il y a aujourd’hui une forte impression selon laquelle la France s’interroge en même temps que ses alliés sahéliens doutent et sont fragilisés par les critiques des opinions publiques de plus en plus sceptiques quant à la pertinence de « nouvelles guerres » aux issues incertaines.

Il est sûr qu’un nouveau conflit s’installe : celui entre les approches internationales d’une crise sahélienne qui perdure et ses perceptions locales longtemps négligées. Ce que nous avons appelé le « nouveau dilemme sahélien » semble pour l’heure insoluble pour les Etats africains et de leurs partenaires internationaux  « entre l’impératif de gestion des urgences sécuritaires et la nécessité d’un changement inévitable de paradigme face à l’échec patent du tout-militaire ».

« De Bologne, ville de la Renaissance en Europe, siège de la plus ancienne université du monde occidental depuis sa fondation en 1088, je voudrais lancer un appel. L’Europe ne peut continuer à prétendre promouvoir les droits de l’homme et la liberté tout en cédant à la tentation du populisme et de la xénophobie. Ce faisant, l'Europe se trahit elle-même », a déclaré Dr. Bakary Sambe.

Invité par le Ministère italien des Affaires étrangères et de la coopération internationale par le biais de l’Ambassade d’Italie à Dakar, dans le cadre de la Session 2019 de l’Académie européenne de religion, le chercheur sénégalais est intervenu dans le panel dirigé par Professeur Jocelyne Cesari de Gorgetown University.

Dans cette session, il a été noté qu’au cours des trois dernières décennies, un nombre important de centres de «Religion et vie publique» ont émergé dans les universités européennes. Au-delà d’un objectif commun d’améliorer la compréhension du public de religion, ces centres varient considérablement en termes de mission, portée, programme de recherche, et ils collaborent rarement les uns avec les autres. La session dans laquelle est intervenu le chercheur sénégalais portait sur les modes de communication sur la religion en Europe afin de se pencher sur les espaces publics d’après différentes perspectives nationales et religieuses.

Certes, pour l’enseignant au Centre d’étude des religions (CER) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, « avec la montée du terrorisme, les esprits sont surchauffés, l’émotion est à son comble, mais l’Europe ne doit pas abandonner son combat pour la défense des principes en cédant le pas aux minorités extrémistes. Le choc des extrêmes tant redouté et qui semble se profiler à nos yeux n’apportera rien de positif à l’essentiel du vivre-ensemble»Loin de souscrire au sentiment d’un « choc inéluctable entre Islam et Occident », le Directeur du Timbuktu Institute a surtout invité à se départir des « discours dichotomiques et des conceptions manichéens » à propos des relations interculturelles : « Je n'ai jamais cru à l'opposition systématique entre l'Islam et l'Occident, qui est une construction simpliste. L'islam est devenu une religion européenne depuis longtemps. Les langues européennes sont les langues de l'islam à travers lesquelles des millions de musulmans se parlent et s'expriment. C'est en français que des millions de jeunes acquièrent les connaissances de base de l'islam en Afrique comme en Europe. Si, aujourd'hui, la représentativité à l'organisation de la Conférence islamique devait être déterminée par le nombre de musulmans sur un territoire ou un pays donné, la France mériterait plus de sièges que le Koweït ou encore la Jordanie »Appelant à une approche privilégiant « une étude comparée des religions, toujours prônée par le Professeur Mohamed-Chérif Ferjani dans ses différents travaux qui ont démontré que l’islam n’était pas une exception dans le cadre de l’évolution du discours religieux », Dr. Bakary Sambe a déploré le peu d’intérêt à la démarche islamologique critique, depuis peu supplantée par « une malheureuse mode d’étudier l’islam en tant que simple problème dans les sociétés européennes »

Aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest et, particulièrement, au Sahel, les pays se trouvent dans différentes situations sécuritaires qui relèvent soit de leurs spécificités internes ou de leur position géographique par rapport à l’épicentre de la menace transnationale la plus en vue : le terrorisme. Il serait difficile de les classifier selon un cadre politico-sécuritaire reflétant une réalité fixe et faisant sens. L’évolution de la situation sécuritaire, les aléas et l’imprévisibilité d’un phénomène multiforme et insaisissable ne facilite point une classification objective. Sans s’aventurer dans la fixation d’une grille constante d’analyse de la situation sécuritaire au Sahel, on pourrait, tout de même, concevoir une typologie mouvante allant des Etats qui sont déjà rudement frappés par le terrorisme (Mali, Nigéria) à ceux qui offrent encore la possibilité d’une approche préventive et prospective (Sénégal et pays côtiers). Selon la même typologie d’autres pays comme le Niger et le Tchad pourraient être parmi ceux qui sont sous haute pression sécuritaire. Dans cette configuration où l’impensable se produit tous les jours tellement certains pays se croyaient loin de l’épicentre du djihadisme, la prévision  comme outil de gouvernance sécuritaire est même tombée dans le domaine de l’absurde avec Grand Bassam qui sonna comme un avertissement à l’Afrique côtière.

La coopération militaire a été l’une des premières trouvailles pour repousser l’assaut des djihadistes comme en témoigne l’opération Serval dès le début de la crise malienne. Mais, très vite, au rythme des attaques et de la propagation des zones de conflit, ce qui semblait être une solution temporaire s’inscrivit dans la durée sans qu’une communication adéquate accompagnât les actions et les initiatives. Il s’est alors installé un sentiment d’incompréhension pouvant aller jusqu’au rejet annihilant ainsi les efforts de la communauté internationale tout en posant de sérieux problèmes politiques internes aux les Etats qu’elle était sensée soutenir et renforcer. Ainsi, la lutte contre le terrorisme qui avait créé, pour un temps, une convergence de vues entre Etats sahéliens et partenaires internationaux commence à diviser et faire ressurgir de vieux démons tels que la suspicion d’  « impérialisme » et une vision négative des interventions militaires. Il se pose, aujourd’hui, un véritable débat au sein de la classe politique et de l’intelligentsia africaines qui se nourrit des contradictions et incohérences de tous bords. D’un côté, les puissances occidentales perdurent dans l’option du tout-militaire qui n’arrive pas à bout du terrorisme pendant que, de l’autre, les Etats africains s’interrogent à propos de la primauté instituée du sécuritaire sur le développement qui semble moins mobiliser. On parle de plus en plus d’une inversion de l’agenda africain face à une vision internationale « imposée » et orientée.

Cette contribution voudrait, à partir d’une analyse des perceptions croisées entre acteurs internationaux et locaux, revenir sur cette incompréhension qui rend peu lisible, aux yeux des populations, la coopération sécuritaire pourtant saluée par les pouvoirs publics de part et d’autre de la Méditerranée. De même, elle vise à analyser le « nouveau dilemme » sahélien entre impératifs de sécurité, gestion des urgences et nécessité d’un changement de paradigmes devant le relatif insuccès de l’option du tout-militaire.

Sahel : de la guerre des priorités à la concurrence des agendas

Les effets collatéraux d’une lutte contre le terrorisme qui s’annonce longue et sans issue ont, rudement frappé et affaibli les économies locales tout en affectant les équilibres sociopolitiques dans la région. Ainsi, la question resurgit du destin d’un continent et surtout de sa capacité à assurer sa propre sécurité. Au sein des élites politiques et intellectuelles, le vieux débat sur l’intégration économique et politique se pose au quotidien, à l’Afrique, sous la forme d’un dilemme : subir tel un maillon faible, les aléas et désidérata des échanges mondiaux et de la politique internationale qui la marginalisent et la dominent ou s’imposer en tant qu’ensemble géopolitique sensé et intégré avec son identité propre et ses priorités en bandoulière.

Dans la nouvelle géopolitique imposée par cette situation inattendue qui fait que la priorité du développement est supplantée par les impératifs de sécurité, les pays africains doivent, de plus en plus, faire face à de nouveaux défis tels que les impacts directs de l’extrémisme violent et du terrorisme ainsi que la propagation continue des zones de conflits. Pour comprendre comment la sécurité en tant que domaine prioritaire d’action est souvent vue comme un fardeau ralentissant la marche du continent vers le développement par une meilleure intégration des économies, il faudra prendre en compte les perceptions locales de la crise sahélienne qui, souvent, tranchent d’avec la vision et l’approche internationales.

En fait, au moment où les initiatives d’intégration et de construction de stratégies communautaires étaient en très bonne voie sur le continent, l’insécurité grandissante accentuée par le terrorisme a subitement durci les contrôles dus aux risques transnationaux avec un impact certain sur les échanges économiques et le développement du commerce. Devenues aujourd’hui le symbole de la criminalité et de la transnationalité des menaces, les zones frontalières ont toujours été celles d’une dense activité économique. A titre d’exemple, la menace Boko Haram a transformé le Bassin du Lac Tchad en zone d’instabilité de même qu’elle soulève la question des nécessaires stratégies interrégionales (MNJTF). Par le passé, Diffa, Bosso, Chétimari, Nguigmi, au Niger étaient économiquement liés à Garoua et Maroua au Cameroun ainsi qu’aux îles du Lac Tchad comme Mitérié où le Naira nigérian circulait plus que le franc CFA. Aujourd’hui, l’impératif de sécurité l’emporte largement sur la valorisation de ces zones d’échanges où l’activité économique est freinée par des fermetures de marchés et le bannissement de certaines exportations.

Mais, en réalité, cette question cruciale qui s’impose de plus en plus dans le débat inter-africain sur la crise sahélienne au sein même de l’intellgentsia n’est pas nouvelle. Au lendemain des applaudissements internationaux suite à l’opération Serval, certains comme le sénégalais Boubacar Boris Diop et l’ancienne ministre malienne de la culture parlaient déjà de « gloire des imposteurs » arguant que la lutte contre le terrorisme était devenu le nouvel artifice d’un soft-impérialisme revenu par la fenêtre du sécuritaire.

Au même moment, l’autocritique prend toute sa place dans le débat africain fortement secoué par la notion d’inversion des priorités et l’absence d’un agenda continental. Pour ceux qui continuent de penser que l’Afrique est en train de mener une guerre qui ne serait pas la sienne, en lieu et place des dispositifs régionaux de promotion des échanges, naissent et se multiplient d’autres initiatives à motivation purement sécuritaire reléguant l’économie et le développement au second plan. D’autres, optant pour la formule d’une sécurité africaine par les Africains, déplorent l’absence de cadres de coopération régionale pour harmoniser les politiques sécuritaires qui font parfois défaut malgré les initiatives de l’Union Africaine et les efforts du Conseil de paix et de Sécurité.

Dans les perceptions de cette dernière catégorie, la multiplication d’initiatives sous-régionales parcellaires comme le G5 Sahel auraient pour objectif non avoué d’affaiblir une entité communautaire comme la CEDEAO avec des agendas flous, du moins incompris. D’un autre côté, la redondance des stratégies et autres « plans » des partenaires internationaux sans coordination entre-elles, dispersent les efforts africains et freinent la mise en place de cadres endogènes à vocation continentale pour parachever l’architecture de paix et de sécurité du continent.

(A Suivre)

Durant trois jours, les leaders religieux venus des différentes préfectures de la Guinée ainsi que la zone spéciale de Conakry, ont été outillés sur  » le projet de prévention de la radicalisation de l’extrémisme violent en Guinée « .

Initié par les partenaires UNFPA, OIM et l’Unesco, durant les trois jours de débats, plusieurs sujets ont été abordés dont entre autre  » la consultation nationale sur la réglementation des foyers islamiques » en Guinée.

Préoccupé par la montée de l’extrémisme violent dans le monde et dans la sous-région ouest africaine, le consultant Sénégalais s’est félicité de la politique de prévention instaurée par les autorités guinéennes.

« La méthodologie adoptée au cours de ce séminaire, est une méthodologie participative.
Le Gouvernement guinéen à travers son Secrétariat Général Aux Affaires Religieuses, a bien conscience de la prévention même si la Guinée est restée jusque-là à l’abri de cette menace.

En se rendant compte de la situation sécuritaire dans la sous-région, l’État guinéen a pris le devant, pour être sur le terrain de la prévention. Et cela avec l’appui de ses partenaires internationaux.

Même si le mal n’est pas encore présent avec une grande ampleur chez nous, il ne faut dormir. » À expliqué le Directeur de Timbuktu Institute Dr Bakary Sambe.

Au terme de cet atelier, un document de plaidoyer a été élaboré, qui sera finalement remis au gouvernement à travers le Secrétariat Général Aux Affaires Religieuses.

 

 

Source Le Monde

Au premier jour de campagne de l’élection présidentielle au Sénégal, dimanche 3 février, deux des cinq candidats se sont précipités dans les villes saintes des confréries islamiques, toutes-puissantes de ce pays d’Afrique de l’Ouest où 95 % de la population est musulmane. Les trois autres les rejoindront dans les premières semaines d’une campagne où chacun espère obtenir la bénédiction religieuse qui convertira les fidèles en électeurs. Considéré comme un modèle de démocratie et de laïcité républicaine dans la région, le Sénégal semble immobilisé par cette interdépendance des sphères politiques et religieuses.

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Pour Bakary Sambe, directeur du groupe de réflexion Timbuktu Institute, enseignant-chercheur au centre d’études des religions de l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis et auteur de l’ouvrage Le Sénégal entre diplomatie d’influence et islam politique (éd. Afrikana, octobre 2018), ce risque se conjugue avec une influence grandissante de l’islam politique venu des pays du Golfe.

Dans votre livre, vous dites que les rapports entre chefs religieux et politiques n’ont jamais changé depuis l’arrivée de l’islam confrérique au Sénégal. Ce jeu d’intermanipulation teinté de réalisme politique semble encore bien présent…

Bakary Sambe Ce rapport existe depuis l’époque coloniale. Le général de Gaulle, en 1958, s’appuyait déjà sur les deux plus puissantes confréries soufies de l’époque, les tidjanes et les mourides, afin que le « oui » du référendum pour rester dans la communauté franco-africaine l’emporte. Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal, s’est inscrit dans cette continuité en donnant aux marabouts [chefs religieux] un statut d’intermédiaires entre la société politique et les citoyens. Abdou Diouf, en 1988, fut le premier président à avoir bénéficié d’une consigne de vote religieuse, un « ndigel ». Le khalife général des mourides, la plus haute autorité confrérique, avait dit que quiconque ne voterait pas pour Diouf trahirait l’enseignement de Cheikh Amadou Bamba, le fondateur du mouridisme.

Cette influence s’est-elle perpétuée par la suite ?

Oui, Abdoulaye Wade a été le président [2000-2012] à l’origine d’une « mouridisation » de la société, voire d’une « République couchée »pour certains. Car, au lendemain de son élection, il s’est prosterné devant son marabout. C’était un choc. Macky Sall, le président actuel, ancien maoïste déclarant que les marabouts seraient désormais des citoyens ordinaires, a intégré dans son budget un programme de modernisation des cités religieuses. En décembre 2018, à l’approche des élections, il a inauguré l’autoroute d’Illa Touba, la deuxième du pays, reliant la capitale à la ville sainte mouride et dont de nombreux économistes doutent de la rentabilité. Aujourd’hui, tous les entrepreneurs politiques s’inscrivent dans cette politique-là, pour chercher des voix, gagner en légitimité ou utiliser les confréries comme un levier d’influence sur le plan politique, économique et social.

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Le Sénégal est un Etat laïque dans une société confessionnelle dirigée par quatre confréries soufies. Quelles sont les tensions entre ces deux mondes ?

Le Sénégal est dans une contradiction entre sa sphère religieuse, qui s’impose comme stabilisatrice, et sa sphère politique qui use du religieux à son bénéfice. Un projet de code de la famille est bloqué depuis 1972 à cause de la résistance des marabouts, car il donnerait plus de droits aux femmes mais est perçu comme étant une influence occidentale dans les mœurs et dans la loi. Aucun pouvoir n’a jamais osé y revenir. Ici, le leadership politique est en perpétuelle quête de légitimité et s’adonne à des formes de compromis voire de compromission avec la sphère religieuse qui, à terme, peut remettre en cause, selon de nombreux analystes, nos fondements républicains.

A l’approche des élections, dénote-t-on un recul de l’influence des confréries sur les candidats ou, au contraire, une emprise plus forte ?

La classe politique ne mettra jamais en doute la capacité des chefs religieux à leur apporter des voix supplémentaires. Ousmane Sonko, qui est le seul des cinq candidats à n’appartenir à aucune confrérie, a quand même été l’invité d’honneur d’une conférence à Touba, ville sainte des mourides. Le président Macky Sall, comprenant l’influence de la confrérie, s’était aventuré à réciter des vers de Cheikh Amadou Bamba lors du dernier magal, célébration religieuse la plus importante de la communauté mouride. Idrissa Seck, en 2012, disait même fonder les piliers de son programme sur les enseignements de Bamba et vient de présenter sa nouvelle coalition auprès du khalife général afin de bénéficier de son onction religieuse. Madické Niang est aussi un produit de Touba et Issa Sall une émanation directe d’un mouvement de la confrérie des tidjanes. Au Sénégal, l’imaginaire nationaliste se confond à l’imaginaire religieux.

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Aujourd’hui, quelle est la confrérie la plus influente ?

Selon les derniers recensements, les tidjanes étaient majoritaires, mais il est vrai que la confrérie mouride a pris une ampleur et une influence supplémentaire avec l’arrivée de Wade au pouvoir en 2000. C’était même une sorte de revanche pour cette confrérie d’origine rurale. Elle, qui avait rejeté l’école publique, s’est retrouvée marginalisée dans les sphères dirigeantes après l’indépendance parce que, n’ayant pas produit de cadres, voilà qu’elle devient le cœur du pouvoir avec Wade qui instaure la « mouridisation » des institutions et des personnalités politiques dans la distribution des prébendes et des postes gouvernementaux.

Est-ce que la puissance des confréries empêcherait aujourd’hui les candidats à aborder des thématiques jugées taboues, comme la mendicité des enfants « talibés » ou les droits des femmes ?

Il est clair que la pression religieuse pèse sur la pensée de notre classe politique qui n’aborde pas des questions sociétales. Les questions économiques sont débattues en premier lieu. La question des talibés et de la mendicité infantile est un problème qui traîne depuis l’indépendance. C’est une question sensible dont aucun régime n’a osé s’emparer.

A deux semaines de l’élection, une confrérie a-t-elle déjà donné son « ndigel », sa consigne de vote à ses fidèles ?

Depuis 1988, il n’y a pas eu de « ndigel » central et explicite d’un khalife. Aujourd’hui, il y a une parcellisation des consignes de vote qui ne sont plus un bloc à ramasser par un candidat, mais plusieurs pôles de légitimité secondaires à conquérir dans les confréries. Chaque candidat va essayer de montrer sa proximité. Dimanche 3 février, Macky Sall et Idrissa Seck ont commencé leur campagne électorale par des visites dans les villes saintes des tidjanes et des mourides. Récemment, l’annonce du porte-parole du khalife des tidjanes, « Je ne donne pas de consigne de vote, mais Macky est mon leader », peut être interprétée comme un « ndigel » implicite.

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Dans votre livre, vous dénoncez un autre danger pour le pays, la montée du salafisme…

Le candidat Ousmane Sonko a eu un passé d’engagement dans un mouvement estudiantin proche de milieux salafistes. Il n’est pas le seul. Le président Macky Sall avait obtenu en 2012 le soutien du principal mouvement salafiste du Sénégal. Mais la question fondamentale est celle de l’unification de nos écoles. Le Sénégal est l’un des rares pays au monde à ne pas avoir une totale emprise sur son système éducatif. Les Sénégalais vont soit à l’école française soit à l’école arabe. L’école sénégalaise qui prendrait en compte nos héritages conjugués est encore à inventer. Aucun régime n’a eu le courage de créer cette synthèse, ce qui a permis de laisser notre école ouverte à toutes les influences, notamment saoudiennes, turques et iraniennes.

Dans la ville nouvelle de Diamniadio, vitrine du Plan Sénégal émergent de Macky Sall, il y a un projet d’université salafiste à vocation régionale. A Dakar, on trouve aussi une université chiite. Notre pays arrive à résister à l’islam radical et à la tentation terroriste, à être un îlot de stabilité dans l’océan d’instabilité de l’Afrique de l’Ouest. Mais notre système éducatif est une porte d’entrée aux extrémismes.

Comment ces influences de l’islam politique, notamment wahhabite et salafiste, sont-elles arrivées au Sénégal ?

Depuis les années 1950, avec la naissance du réformisme et son aile salafiste politisée. Cela a été possible à cette époque où les pays occidentaux ne pouvaient pas aider les pays du Sahel car frappés par la crise financière et pétrolière. Ceux qui avaient de l’argent étaient les pays du Golfe. La communauté internationale n’avait pas compris l’enjeu et a imposé à nos pays les politiques d’ajustements structurels à la fin des années 1980-1990, nous disant de moins investir dans l’éducation et la santé au profit de l’économie.

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Ces mouvements salafistes sont venus avec des ONG et une bourgeoisie arabe émergente qui a beaucoup investi dans la construction d’écoles et de centres de santé. Aujourd’hui, ces organisations sont une réalité admise par la population. Il y a une résistance des confréries soufies au salafisme, mais ces mouvements se retrouvent sur des sujets communs comme les dangers de la débauche occidentale. Cette classe moyenne s’est tournée vers la seule offre disponible, un salafisme qui a la capacité d’utiliser la modernité technologique pour mieux combattre la modernité sociale.

Avez-vous des exemples ?

La chaîne Iqraa, qui représente l’influence médiatique saoudienne par excellence, est aujourd’hui distribuée par Canal+. Elle a fait une étude de marché montrant une classe moyenne sensible à ce discours porté par l’islam politique, perçu comme une alternative face à l’hégémonie de l’Occident et la mort des partis de gauche. L’islam est devenu le syndicat des nouveaux damnés de la terre, captant le nationalisme pour mieux créer une jonction avec l’islamisme mondial.

Au Sénégal, les Saoudiens sont arrivés avec leur idéologie, mais surtout avec beaucoup de moyens financiers, collaborant à la construction du nouvel aéroport de Dakar et à la cité administrative de Diamniadio. Est-ce un risque ?

Il faut voir l’influence du Qatar en France. Si les pays plus nantis n’arrivent pas à résister à la force de ce capital, comment pourrait-on espérer que des pays moins nantis y arrivent ? Comment voudrait-on, qu’en vendant des armes à ces pays-là, on puisse demander ensuite aux pays africains de ne pas répondre aux sirènes du wahhabisme et des pétrodollars ? C’est la grande contradiction qui nous concerne tous, de l’Afrique à l’Occident.

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L’Arabie saoudite est un partenaire très important du Sénégal. Notre président a même voulu envoyer nos soldats au Yémen. Je me rappelle alors de la réaction du ministre des affaires étrangères face au tollé, disant qu’il ne faut pas toucher aux quatre fondamentaux de notre diplomatie : l’Arabie saoudite, la France, les Etats-Unis et le Maroc. La diplomatie du chéquier a donc dû fonctionner aussi bien en Occident que sous nos tropiques.

Avec l’influence islamique des pays arabes, on voit que les pays occidentaux essaient aussi de s’adapter à la particularité religieuse du Sénégal. De quelle façon ?

En se convertissant à la diplomatie religieuse. Le cas de la France est assez vieux. Voilà un pays qui a la laïcité en bandoulière, mais organise des séances de rupture du jeûne dans ses ambassades. L’Allemagne organise depuis des années des visites de chefs confrériques au Bundestag. Il y a aussi les Etats-Unis, dont l’ambassadeur au Sénégal s’affiche avec un mouton de l’Aïd pour souhaiter bonne fête aux musulmans. Même Israël qui, dans sa stratégie de dé-islamisation du conflit israélo-palestinien, distribue des moutons aux associations musulmanes. Pareil pour la Turquie, l’Algérie et le Maroc qui financent des mosquées.

Le Sénégal est devenu le point de convergence de plusieurs influences avec des agendas parfois contradictoires. Ce qui m’étonne, ce n’est pas leur afflux mais l’absence d’agenda prospectif du pouvoir sénégalais. Le prochain président élu sera celui qui va exploiter le pétrole et le gaz récemment découverts dans nos eaux. Ce pays va attirer en plus des convoitises de la Russie et de la Chine. Dans ce climat, ce que je reproche à nos gouvernants, c’est leur manque de courage, leur quête éternelle d’une légitimité qu’ils n’ont pas dans le politique et qu’ils cherchent dans le religieux. Sans changement, nous ne pourrons pas répondre aux véritables défis politiques auxquels le pays fait face.

 

Le 1er tour de l’élection présidentielle aura lieu le 24 février prochain. Cinq candidatures ont été validées par le Conseil constitutionnel. Et la campagne électorale débute le dimanche 3 février prochain.

Le 1er tour de l’élection présidentielle aura lieu le 24 février prochain. Cinq candidatures ont été validées par le Conseil constitutionnel. Et la campagne électorale débute le dimanche 3 février prochain.

Le 1er tour de l’élection présidentielle aura lieu le 24 février prochain. Cinq candidatures ont été validées par le Conseil constitutionnel. Outre celle du chef de l'Etat sortant Macky Sall, le Conseil a validé, les candidatures du député Ousmane Sonko, ancien haut fonctionnaire et figure montante de l'opposition, de l'ex-Premier ministre Idrissa Seck, d'un proche de l'ancien président Abdoulaye Wade (2000-2012), Madické Niang, et du candidat du Parti de l'Unité et du Rassemblement (PUR), El Hadji Sall.

Ont été définitivement écartés les deux principaux opposants de Macky Sall, l'ex-maire de Dakar Khalifa Sall et l'ancien ministre  et d’Abdoulaye Wade Karim Wade.

pour écouter : https://www.dw.com/fr/s%C3%A9n%C3%A9gal-les-enjeux-de-l%C3%A9lection-pr%C3%A9sidentielle-du-24-f%C3%A9vrier/av-47317521

Source : www.dw.com