Timbuktu Institute

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Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

Togo is going through a period marked by complex trade-offs between security imperatives, diplomatic diversification and growing social expectations. The extension of the state of emergency in the Savanes region reflects the continuing jihadist threat on the northern borders, while Lomé is pursuing a strategy of international cooperation focused on community resilience and diplomatic openness. However, recent data on the population's economic and political perceptions reveal social unrest that could influence the country's internal balance.

Extension of the state of emergency in the Savanes region: an additional 12 months

On 27 February 2026, the Togolese National Assembly adopted the extension of the state of emergency in the Savanes region for a period of twelve months, starting on 13 March 2026. This measure, in force since June 2022, is presented as a necessary condition for economic stability and the protection of regional trade corridors. According to Colonel Hodabalo Awaté, Minister of Territorial Administration, ‘these prerogatives will be exercised in strict compliance with the rule of law.’ The renewal of the state of emergency for the fourth consecutive time raises questions about the normalisation of exceptional measures. While the cross-border terrorist threat is very real, reconciling security imperatives with respect for civil liberties remains a key challenge. The economic argument put forward, namely the protection of transit corridors, indicates that the interests of the port of Lomé are also at stake in this decision.

 

Community resilience: the World Bank evaluates its programmes

On 2 March 2026, a meeting between the Togolese government and the World Bank took place in Lomé to evaluate the first cycle of the Allowance for Prevention and Resilience (PRA-IDA20). Discussions focused on the prevention of violent extremism, the PURS programme and Operation Koundjoaré. This assessment is a pivotal moment in determining the direction of international funding in the Savanes region. The extension of PURS to the entire national territory demonstrates a desire to build on the achievements in conflict zones to strengthen national resilience. This multilateral approach contrasts with the trend toward disengagement observed in neighbouring AES countries.

Rapprochement between Togo and Belarus: a new diplomatic partnership

At the same time, Belarusian Foreign Minister Maxim Ryzhenkov was on a working visit to Lomé, where he was received by President Faure Gnassingbé. The visit resulted in the signing of a reciprocal visa exemption agreement for holders of diplomatic and service passports. The agreement aims to facilitate travel for officials and create an environment conducive to the development of institutional exchanges. This rapprochement with Minsk, a state under Western sanctions since 2020, is part of Togo's diplomatic diversification strategy. Unlike the ESA countries, which openly display their rapprochement with Moscow, Togo has adopted a position of equidistance. However, this partnership with Belarus, a close ally of Russia, could raise questions from Togo's traditional Western partners.

Perceptions of Russia and economic pessimism: the Togolese ‘malaise’

According to Afrobarometer Round 10 (2024-2025), nearly half of Togolese believe that Russia's economic and political influence on their country is positive. At the same time, more than 60% believe that their country is heading in the wrong direction, and three out of four Togolese live in moderate or severe poverty. The three main problems identified are unemployment, infrastructure and health. According to Hervé Akimocho, director of CROP, ‘the majority of Togolese believe that the country is heading in the wrong direction, that the economic situation is bad and that it has deteriorated over the last twelve months’. These data reveal a growing gap between the regime's diplomatic activism and the economic expectations of the population. The favourable perception of Russia, although lower than that of the ESA countries, reflects a fertile ground for narratives that offer an alternative to Western partnerships. Widespread economic pessimism is a medium-term political risk factor for the stability of Faure Gnassingbé's regime.

Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

 

Le Togo traverse une période marquée par des arbitrages complexes entre impératifs sécuritaires, diversification diplomatique et attentes sociales croissantes. La prorogation de l’état d’urgence dans la région des Savanes témoigne de la persistance de la menace djihadiste aux frontières nord, tandis que Lomé mène une stratégie de coopération internationale axée sur la résilience communautaire et l’ouverture diplomatique. Cependant, les données récentes sur les perceptions économiques et politiques de la population révèlent un malaise social susceptible d'influencer les équilibres internes du pays.

Prorogation de l'état d'urgence dans la région des Savanes : 12 mois supplémentaires

Le 27 février 2026, l'Assemblée nationale togolaise a adopté la prorogation de l'état d'urgence sécuritaire dans la région des Savanes pour une durée de douze mois, à compter du 13 mars 2026. Cette mesure, en vigueur depuis juin 2022, est présentée comme une condition nécessaire à la stabilité économique et à la protection des corridors commerciaux régionaux. Selon le colonel Hodabalo Awaté, ministre de l'Administration territoriale, « l'exercice de ces prérogatives se ferait dans le strict respect de l'État de droit ». La reconduction de l'état d'urgence pour la quatrième fois consécutive soulève ainsi des questions quant à la normalisation des mesures d'exception. Si la menace terroriste transfrontalière est bien réelle, la conciliation entre impératifs sécuritaires et respect des libertés civiles reste un enjeu central. L'argument économique avancé, à savoir la protection des corridors de transit, indique que les intérêts du port de Lomé sont également en jeu dans cette décision.

Résilience communautaire : la Banque mondiale évalue ses programmes

Le 2 mars 2026, une rencontre entre le gouvernement togolais et la Banque mondiale a eu lieu à Lomé pour évaluer le premier cycle de l'Allocation pour la prévention et la résilience (PRA-IDA20). Les discussions ont porté sur la prévention de l'extrémisme violent, le programme PURS et l'opération Koundjoaré. Cette évaluation est un moment charnière pour déterminer les orientations du financement international dans la région des Savanes. L'extension du PURS à l'ensemble du territoire national témoigne de la volonté de tirer parti des acquis des zones de conflit pour renforcer la résilience nationale. Cette approche multilatérale contraste avec la dynamique de désengagement observée dans les pays voisins de l'AES.

Rapprochement entre le Togo et la Biélorussie : un nouveau partenariat diplomatique

Au même moment, le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Maxim Ryzhenkov, effectuait une visite de travail à Lomé, où il a été reçu par le Président Faure Gnassingbé. Cette visite a donné lieu à la signature d'un accord d'exemption réciproque de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. L'accord vise à faciliter les déplacements des responsables officiels et à créer un environnement propice au développement des échanges institutionnels. Ce rapprochement avec Minsk, État sous sanctions occidentales depuis 2020, s'inscrit dans la stratégie de diversification diplomatique du Togo. À la différence des pays de l'AES qui affichent ouvertement leur rapprochement avec Moscou, le Togo adopte une position d'équidistance. Toutefois, ce partenariat avec la Biélorussie, alliée étroite de la Russie, pourrait susciter des interrogations de la part des partenaires occidentaux traditionnels du Togo.

Perceptions de la Russie et pessimisme économique : le « malaise » togolais

Selon le Round 10 d'Afrobaromètre (2024-2025), près de la moitié des Togolais estiment que l'influence économique et politique de la Russie sur leur pays est positive. Parallèlement, plus de 60 % estiment que leur pays prend la mauvaise direction et trois Togolais sur quatre vivent dans une pauvreté modérée ou sévère. Les trois principaux problèmes identifiés sont le chômage, les infrastructures et la santé. Pour Hervé Akimocho, directeur de CROP, « la majorité des Togolais estime que le pays va dans la mauvaise direction, que la situation économique est mauvaise et qu'elle s'est détériorée au cours des douze derniers mois ». Ces données révèlent un décalage croissant entre l'activisme diplomatique du régime et les attentes économiques de la population. La perception favorable de la Russie, bien qu'inférieure à celle des pays de l’AES, témoigne d'un terreau propice aux récits alternatifs aux partenariats occidentaux. Le pessimisme économique généralisé constitue un facteur de risque politique à moyen terme pour la stabilité du régime de Faure Gnassingbé.

Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

This week, Ivory Coast finds itself at the centre of multiple strategic issues. While Abidjan is strengthening its security cooperation with the United States ahead of the 2026 World Cup, the country is still experiencing political tensions linked to post-election dynamics. At the same time, the authorities are highlighting the progress made in promoting women's rights, while acknowledging the continuing challenges in effectively implementing reforms. These different developments illustrate the delicate balance between institutional consolidation, political governance and regional diplomatic ambitions.

2026 World Cup: Côte d'Ivoire integrated into security arrangements

This week saw a strengthening of the security partnership between Washington and Abidjan. The United States has included Côte d'Ivoire in the security arrangements for the 2026 World Cup, which it will organise jointly with Canada and Mexico. The Counter-Terrorism Operational Intelligence Centre (CROAT), attached to the Ministry of Defence, will be at the heart of this system, and General Ousmane Yéo will be the FBI's main point of contact. This choice confirms Côte d'Ivoire as a ‘reliable partner with solid security structures and institutional stability that inspires confidence’. This integration into the global security system is a major strategic recognition for Abidjan. It validates Côte d'Ivoire's investments in intelligence and cybersecurity capabilities and strengthens the country's position as a sub-regional hub. On the diplomatic front, it consolidates a privileged security partnership with Washington, in a Sahelian context of partial withdrawal by the United States in favour of competing powers.

PDCI-RDA trial: verdict postponed, political tension remains

Domestically, the post-election period continues to be the subject of much discussion. The verdict in the case involving Yapo Yapo Calice, chief executive secretary of the PDCI-RDA, has been postponed until 27 March 2026. The prosecution has requested a three-year suspended prison sentence and a fine of 500,000 CFA francs for disturbing public order. The defence is arguing for an outright acquittal, describing the charges as political. According to Luc Adjé, the defence lawyer, ‘there was no offence. This is a political charge.’ This trial crystallises the tensions between the PDCI-RDA, the main opposition party, and the ruling party. The postponement of the verdict prolongs the uncertainty that is keeping pressure on the opposition as political deadlines approach. The classification of political activities as ‘disturbance of public order’ illustrates the tensions surrounding civil liberties in Côte d'Ivoire, and this case will be closely monitored by human rights observers.

 

Advancement of women: legal progress and persistent challenges

Meanwhile, Abidjan is taking stock of progress made in women's rights in all areas of social life. At a forum held by the Government Information and Communication Centre (CICG), advisor Namizata Fofana Binaté highlighted several advances made by Côte d'Ivoire: the 2016 Constitution guaranteeing equality, the 2021 law on gender-based violence, and the 2019 law imposing a 30% quota for women in decision-making bodies. According to her, ‘it is together that we can guarantee women's access to justice.’ Côte d'Ivoire has laid solid legislative groundwork for the promotion of women's rights. However, access to justice remains a major obstacle to effective empowerment, even though women represent 48% of the population (RGPH). The gap between the legal framework and its effective application is the main challenge, particularly in rural areas.

Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

La Côte d’Ivoire se retrouve cette semaine au cœur d’enjeux stratégiques multiples. Alors qu'Abidjan renforce sa coopération sécuritaire avec les États-Unis à l'occasion de la Coupe du monde 2026, le pays est toujours traversé par des tensions politiques liées aux dynamiques post-électorales. Parallèlement, les autorités mettent en avant les progrès réalisés en matière de promotion des droits des femmes, tout en reconnaissant les défis persistants pour appliquer effectivement les réformes. Ces différentes séquences illustrent les équilibres délicats entre consolidation institutionnelle, gouvernance politique et ambitions diplomatiques régionales.

Mondial 2026 : la Côte d'Ivoire intégrée au dispositif de sécurité

Cette semaine a été marquée par un renforcement du partenariat sécuritaire entre Washington et Abidjan. En effet, les États-Unis ont associé la Côte d'Ivoire au dispositif de sécurité de la Coupe du monde 2026 qu'ils organiseront avec le Canada et le Mexique. Le Centre de renseignement opérationnel antiterroriste (CROAT), rattaché au ministère de la Défense, sera au cœur de ce dispositif, et le général Ousmane Yéo en sera l'interlocuteur principal du FBI. Ce choix confirme la Côte d'Ivoire comme un « partenaire fiable, doté de structures sécuritaires solides et d'une stabilité institutionnelle qui inspire confiance ». Cette intégration au dispositif de sécurité mondial est une reconnaissance stratégique majeure pour Abidjan. Elle valide les investissements ivoiriens dans les capacités de renseignement et de cybersécurité, et renforce le positionnement de la Côte d'Ivoire en tant que pôle sous-régional. Sur le plan diplomatique, elle consolide un partenariat sécuritaire privilégié avec Washington, dans un contexte sahélien de retrait partiel des États-Unis au profit de puissances concurrentes.

Procès du PDCI-RDA : le verdict est renvoyé, la tension politique demeure

Au plan interne, la période post-électorale continue de faire couler beaucoup d’encre. Le délibéré dans l'affaire impliquant Yapo Yapo Calice, secrétaire exécutif en chef du PDCI-RDA, a été reporté au 27 mars 2026. Le parquet a requis trois ans de prison avec sursis et une amende de 500 000 francs CFA pour troubles à l'ordre public. La défense plaide quant à elle la relaxe pure et simple, qualifiant les accusations de politiques. Selon Luc Adjé, avocat de la défense, « il n'y a pas eu d'infraction. C'est une accusation politique. » Ce procès cristallise les tensions entre le PDCI-RDA, principal parti d'opposition, et le pouvoir en place. Le report du verdict prolonge une incertitude qui maintient une pression sur l'opposition à l'approche d'échéances politiques à venir. La qualification de « troubles à l'ordre public » pour des activités politiques illustre les crispations autour des libertés publiques en Côte d'Ivoire, et cette affaire sera suivie de près par les observateurs des droits de l'homme.

Promotion des femmes : avancées légales et défis persistants

Pendant ce temps, Abidjan dresse le bilan des avancées en matière de droits des femmes dans tous les domaines de la vie sociale. Lors d'une tribune du Centre d'information et de communication gouvernementale (CICG), la conseillère Namizata Fofana Binaté a mis en avant plusieurs avancées de la Côte d'Ivoire : la Constitution de 2016 garantissant l'égalité, la loi de 2021 sur les violences fondées sur le genre et la loi de 2019 imposant un quota de 30 % de femmes dans les instances de décision. Selon elle, « c'est ensemble que nous pouvons garantir l'accès à la justice des femmes ». La Côte d'Ivoire a posé des jalons législatifs solides en faveur de la promotion des droits des femmes. Cependant, l'accès à la justice demeure un obstacle majeur à l'autonomisation effective, alors que les femmes représentent 48 % de la population (RGPH). L'écart entre le cadre légal et son application effective constitue le principal défi, en particulier dans les zones rurales.

Timbuktu Institute Week 1 - March 2026

Explosions heard near the presidential palace in Ouagadougou on the night of 28 February to 1 March 2026 have reignited questions about the internal cohesion of the military regime led by Captain Ibrahim Traoré. Between suspicions of dissent within the army, security communications surrounding anti-terrorist operations, the political reorientation of 8 March and the circulation of false information about the Alliance of Sahel States, these events testify to the many military, political and informational challenges facing the Burkinabe transition.

Night-time incident at the presidential palace: divisions within the junta?

During the night of 28 February to 1 March 2026, explosions were heard near the presidential palace in Ouagadougou. This situation triggered a wave of alerts among supporters of Captain Ibrahim Traoré's military regime. However, the government ruled out the possibility of a coup attempt. According to one source, ‘it all started with a shot fired at a vehicle in which flammable products were stored.’ Other corroborating sources suggest that this reflects internal tensions among the military regarding the management of the security situation, as officers summoned to Ouagadougou did not respond to the call. This defiance of hierarchical authority is a sign of dissent within the army, against a backdrop of growing jihadist pressure. The lack of communication from the presidency is adding to the uncertainty and fuelling speculation.

 

February military report: 100 ‘terrorists’ neutralised

Meanwhile, the country continues to make the fight against terrorism and the reconquest of territory an absolute priority. According to the authorities, significant progress has been made by the military this month. In this context, Colonel Abdoul Aziz Ouédraogo, spokesperson for the Burkinabe Armed Forces, announced the neutralisation of at least 100 combatants during February 2026. The army also claims to have recaptured towns abandoned since 2019, such as Tongomayel, Béléhédé and Pobé-Mengao, located in the north of the country. Troops have been deployed to certain strategic areas in order to better secure the country against the terrorist threat. ‘Newly formed units have been successfully deployed in the field thanks to Burkinabe taxpayers,’ Colonel Ouédraogo said on Burkina Radio and Television (RTB). Similarly, the promotion of new artillery acquisitions and the increase in troop numbers is intended to counteract the persistent feeling of insecurity. The recapture of historically lost localities is politically significant, but its sustainability remains to be seen without collaboration with local populations and administrations.

Reorientation of 8 March: manipulation or real reform?

On another note, the Minister of Family and Solidarity, Pélagie Kaboré, announced that International Women's Day would no longer be marked by festive celebrations. The entire month of March will be devoted to concrete actions in the 17 regions, focusing on the economic empowerment of women. This symbolic reform is in line with the rhetoric of breaking with previous practices, promoted by the Traoré transition. While the goal of economic empowerment is laudable, the political instrumentalisation of 8 March for government communication purposes deserves to be questioned, especially since accompanying measures have not yet been put in place to ensure monitoring and evaluation.

False AES communiqué on the war in Iran

The Burkinabe communication services have denied the authenticity of a communiqué attributed to the Confederation of Sahel States and widely circulated on social media. This document, which bears the AES seal and the supposed signature of Captain Traoré, claims that an attack on an allied state, referring to Iran, would be perceived as a direct attack on the organisation's interests. This fake communiqué capitalises on the sovereignist positions and proven diplomatic and military rapprochement between the AES and Iran. The rapprochement between Ouagadougou and Tehran is indeed proven: as mentioned in the previous issue, the Burkinabe Minister of Defence was received in Tehran to discuss a military partnership. In this context, the fight against disinformation is all the more complex for the regime, as it must navigate between its declared alliances and the control of its international image.

Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

Des détonations entendues près de la présidence de Ouagadougou dans la nuit du 28 février au 1er mars 2026 ont ravivé les interrogations sur la cohésion interne du régime militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Entre soupçons de dissensions au sein de l'armée, communication sécuritaire autour des opérations antiterroristes, réorientation politique du 8 mars et circulation de fausses informations sur l'Alliance des États du Sahel, ces événements témoignent des nombreux défis militaires, politiques et informationnels auxquels la transition burkinabè est confrontée.

Incident nocturne à la présidence : fractures au sein de la junte ?

Dans la nuit du 28 février au 1er mars 2026, des détonations ont été entendues près de la présidence à Ouagadougou. Cette situation a déclenché une vague d'alertes parmi les partisans du régime militaire du capitaine Ibrahim Traoré. Du côté du pouvoir, l'hypothèse d'une tentative de coup d'État a toutefois été écartée. Selon une source, « tout serait parti d'un tir sur un véhicule dans lequel étaient entreposés des produits inflammables ». D'autres sources concordantes suggèrent qu'il s'agirait d'un reflet de tensions internes entre militaires concernant la gestion de la situation sécuritaire, alors que des officiers convoqués à Ouagadougou n'ont pas répondu à l'appel. Cette défiance à l'égard de l'autorité hiérarchique est le signe de dissensions au sein de l'armée, dans un contexte de pression djihadiste croissante. Le manque de communication de la présidence accentue le flou et alimente les spéculations.

Bilan militaire de février : 100 « terroristes » neutralisés

Pendant ce temps, le pays continue de faire de la lutte contre le terrorisme et de la reconquête du territoire une priorité absolue. Selon les autorités, d'importants progrès ont été réalisés par les militaires ce mois-ci. Dans ce contexte, le colonel Abdoul Aziz Ouédraogo, porte-parole des Forces armées burkinabè, a annoncé la neutralisation d'au moins 100 combattants au cours du mois de février 2026. L'armée revendique également la reconquête de localités abandonnées depuis 2019, telles que Tongomayel, Béléhédé et Pobé-Mengao, situées dans le nord du pays. Des déploiements de terrain ont ainsi été effectués dans certaines zones stratégiques afin de mieux sécuriser le pays face à la menace terroriste. « Des unités récemment constituées ont été projetées avec brio sur le terrain grâce aux contribuables burkinabè », a déclaré le colonel Ouédraogo sur les ondes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB). De même, la mise en avant de nouvelles acquisitions d'artillerie et de la montée en puissance des effectifs vise à contrebalancer le sentiment d'insécurité persistant. La reconquête de localités historiquement perdues est politiquement significative, mais sa durabilité reste à démontrer sans une collaboration avec les populations et l’administration au niveau local.

Réorientation du 8 mars : instrumentalisation ou réforme réelle ?

Dans un autre registre, la ministre de la Famille et de la Solidarité, Pélagie Kaboré, a annoncé que la Journée internationale des droits des femmes ne serait plus marquée par des célébrations festives. Tout le mois de mars sera consacré à des actions concrètes dans les 17 régions, axées sur l'autonomisation économique des femmes. Cette réforme symbolique s'inscrit ainsi dans la rhétorique de rupture avec les pratiques antérieures, portée par la transition Traoré. Si l'objectif d'autonomisation économique est louable, l'instrumentalisation politique du 8 mars à des fins de communication gouvernementale mérite d'être interrogée, d'autant que des mesures d'accompagnement n'ont pas encore été mises en place pour assurer le suivi et l'évaluation.

Faux communiqué de l'AES sur la guerre en Iran

Les services de communication burkinabè ont démenti l'authenticité d'un communiqué attribué à la Confédération des États du Sahel et largement diffusé sur les réseaux sociaux. Ce document, qui reproduit le sceau de l'AES et la signature supposée du capitaine Traoré, affirme qu'une attaque contre un État allié, en référence à l'Iran, serait perçue comme une atteinte directe aux intérêts de l'organisation. Ce faux communiqué capitalise sur les positions souverainistes et les rapprochements diplomatiques et militaires avérés entre l'AES et l'Iran. Le rapprochement entre Ouagadougou et Téhéran est effectivement avéré : comme mentionné dans le précédent numéro, le ministre burkinabè de la Défense a été reçu à Téhéran pour discuter d'un partenariat militaire. Dans ce contexte, la lutte contre la désinformation est d'autant plus complexe pour le régime que celui-ci doit naviguer entre ses alliances affichées et la maîtrise de son image internationale.

 

Timbuktu Institute - Week 4 - February 2026

 

Patricia Llombart Cussac's analysis goes beyond diplomatic courtesy; she highlights Senegal's unique position as the ‘last bastion’ of institutional stability in the face of the rise of transitional regimes in the Sahel. For the European Union, maintaining Senegal as a privileged partner is a strategic necessity. This explains the massive support for the new regime's food and energy sovereignty projects, seen as an opportunity to demonstrate that a democratic transition can meet the aspirations of young people without breaking with the constitutional order.

The Dakar-Conakry security pivot: a response to the regional ‘vacuum’

The ratification of the defence agreement with Guinea by Senegalese MPs marks a turning point. With regional organisations such as ECOWAS weakened, Senegal is favouring strong bilateral agreements with its direct neighbours. The challenge is twofold: to prevent instability in the Sahel from ‘spilling over’ to the south and to secure areas where resources are shared. This Dakar-Conakry axis is becoming a new pole of stability, independent of traditional multilateral structures, for managing asymmetric threats along the borders.

Gold mining in Kédougou: the battle for resource sovereignty

The dismantling of illegal sites in Kédougou is not just a simple police operation, it is an act of regaining economic control. Illegal gold mining is often linked to hidden financing networks and causes ecological disasters (mercury pollution). By cracking down on these sites, the Senegalese state is seeking to formalise the mining sector so that it truly benefits the public treasury, while drying up potential sources of financing for armed groups operating in border areas.

Pastef's ‘Ndogou’: the delicate balance between party and state

The revelations about this meeting at the Palace illustrate the challenge of the ‘rupture’ advocated by Bassirou Diomaye Faye. This moment of religious and political communion serves to reassure Pastef leaders who fear a dilution of the party's ideology in the technocratic management of the state. This is where the cohesion of the majority is at stake: how to remain a fighting party while assuming the burdens and compromises of power. These ‘ndogous’ are in fact political seminars of great importance for maintaining discipline within the ranks. 

Interpol offensive: migration from the perspective of organised crime

Senegal's involvement in this Interpol operation marks a paradigm shift. We no longer talk only about ‘migrants’, but about ‘victims of criminal networks’. By targeting the logistical infrastructure of traffickers (financiers, landlords, transporters), the aim is to break the economic model of irregular migration. For Senegal, it is also a way of showing its international partners that it is tackling the migration issue at the top, by attacking the mafia roots of the problem rather than just the individuals at sea.

 

 

 

 

Timbuktu Institute - Semaine 4 - Février 2026 

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L'analyse de Patricia Llombart Cussac ne se limite pas à une courtoisie diplomatique ; elle souligne la position singulière du Sénégal comme "dernier bastion" de stabilité institutionnelle face à la montée des régimes de transition dans le Sahel. Pour l'Union Européenne, maintenir le Sénégal comme partenaire privilégié est une nécessité stratégique. Cela explique l'appui massif aux projets de souveraineté alimentaire et énergétique du nouveau régime, perçu comme une opportunité de démontrer qu'une transition démocratique peut répondre aux aspirations de la jeunesse sans rompre avec l'ordre constitutionnel. 

Le pivot sécuritaire Dakar-Conakry : une réponse au "vide" régional 

La ratification de l'accord de défense avec la Guinée par les députés sénégalais marque un tournant. Alors que les organisations régionales comme la CEDEAO sont fragilisées, le Sénégal privilégie des accords bilatéraux musclés avec ses voisins directs. L'enjeu est double : éviter que l'instabilité du Sahel ne "déborde" par le sud et sécuriser les zones de partage de ressources. Cet axe Dakar-Conakry devient un nouveau pôle de stabilité, indépendant des structures multilatérales traditionnelles, pour gérer les menaces asymétriques le long des frontières. 

Orpaillage à Kédougou : la bataille pour la souveraineté des ressources 

Le démantèlement des sites clandestins à Kédougou n'est pas qu'une simple opération de police, c'est un acte de reprise de contrôle économique. L'orpaillage illégal est souvent lié à des réseaux de financement occultes et cause des désastres écologiques (pollution au mercure). En frappant ces sites, l'État sénégalais cherche à formaliser le secteur minier pour qu'il profite réellement au Trésor public, tout en asséchant les potentielles sources de financement pour les groupes armés qui gravitent autour des zones frontalières. 

Le "Ndogou" du Pastef : l'équilibre délicat entre parti et État 

Les révélations sur cette rencontre au Palais illustrent le défi de la "rupture" prônée par Bassirou Diomaye Faye. Ce moment de communion religieuse et politique sert à rassurer les cadres du Pastef qui craignent une dilution de l'idéologie du parti dans la gestion technocratique de l'État. C'est ici que se joue la cohésion de la majorité : comment rester un parti de combat tout en assumant les lourdeurs et les compromis du pouvoir. Ces "ndogous" sont en réalité des séminaires politiques de haute importance pour maintenir la discipline dans les rangs. 

Offensive d'Interpol : la migration sous l'angle de la criminalité organisée 

 L'implication du Sénégal dans cette opération d'Interpol montre un changement de paradigme. On ne parle plus seulement de "migrants", mais de "victimes de réseaux criminels". En ciblant les infrastructures logistiques des trafiquants (financiers, logeurs, transporteurs), l'objectif est de briser le modèle économique de la migration irrégulière. Pour le Sénégal, c'est aussi une manière de montrer à ses partenaires internationaux qu'il traite la question migratoire par le haut, en s'attaquant aux racines mafieuses du problème plutôt qu'aux seuls individus en mer. 

Timbuktu Institute - Week 4 - February 2026

 

Marwane Ben Yahmed takes a critical look at the actions of the military regimes in Mali, Burkina Faso and Niger. While these regimes have succeeded in establishing themselves through rhetoric about sovereignty and diplomatic breaks with the West, the author questions whether they have delivered on their initial promises, particularly in terms of overall security, economic stability and a return to constitutional order. The analysis highlights the ongoing challenge of transforming popular support linked to nationalist sentiment into tangible results for local populations.

Fight against trafficking: major drug seizure in Zinder

The Defence and Security Forces (FDS) carried out a spectacular operation in Damagaram Takaya, in the Zinder region, intercepting a large quantity of narcotics. This operation is part of a strategy to strengthen territorial surveillance and dismantle cross-border criminal networks that fuel instability in the region. Local authorities have praised the vigilance of the units on the ground in this fight against illicit trafficking.

 

Tradition and Spirituality: prayer for peace in Agadez

Faced with security and social challenges, the Sultan of Aïr mobilised the community of Agadez for a collective prayer dedicated to peace and national cohesion. This event highlights the central role of traditional and religious leaders in social mediation and strengthening unity in Niger. Beyond the spiritual dimension, this appeal aims to ease tensions and foster a climate of solidarity among the different components of Nigerien society.

Timbuktu Institute - Semaine 4 - Février 2026 

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Marwane Ben Yahmed dresse un bilan critique de l'action des régimes militaires au Mali, au Burkina et au Niger. Si ces régimes ont réussi à s'imposer par une rhétorique de souveraineté et de rupture diplomatique avec l'Occident, l'auteur interroge la concrétisation de leurs promesses initiales, notamment sur le plan de la sécurité globale, de la stabilité économique et du retour à l'ordre constitutionnel. L'analyse souligne le défi persistant de transformer le soutien populaire lié au sentiment nationaliste en résultats tangibles pour les populations locales.

 Lutte contre les trafics : saisie majeure de drogue à Zinder

Les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ont réalisé un coup d'éclat à Damagaram Takaya, dans la région de Zinder, en interceptant une importante quantité de produits stupéfiants. Cette opération s'inscrit dans la stratégie de renforcement de la surveillance territoriale et de démantèlement des réseaux de criminalité transfrontalière qui alimentent l'instabilité dans la région. Les autorités locales ont salué la vigilance des unités sur le terrain dans cette lutte contre les trafics illicites. 

Tradition et Spiritualité : prière pour la paix à Agadez 

Face aux défis sécuritaires et sociaux, le Sultan de l’Aïr a mobilisé la communauté d'Agadez pour une prière collective dédiée à la paix et à la cohésion nationale. Cet événement souligne le rôle central des chefferies traditionnelles et religieuses dans la médiation sociale et le renforcement de l'unité au Niger. Au-delà de la dimension spirituelle, cet appel vise à apaiser les tensions et à favoriser un climat de solidarité entre les différentes composantes de la société nigérienne. 

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