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Timbuktu Institute – Août 2026
Longtemps considéré comme un espace d'influence privilégié des puissances occidentales, le Sahel traverse aujourd'hui une profonde recomposition géopolitique. L’émergence et la consolidation de l'Alliance des États du Sahel (AES) redessinent les dynamiques régionales. Les transitions politiques intervenues dans ces pays aidant, elles ont accéléré la diversification des partenariats internationaux. Celle-ci a ouvert la voie à une présence accrue de la Russie, de la Chine, de la Turquie ainsi que des États du Golfe. Dans ce contexte de mutations, où le déclin relatif des acteurs traditionnels coïncide avec l'affirmation de nouvelles puissances et de nombreux États aspirant au statut de middle powers , une interrogation demeure centrale : Le Sahel demeure-t-il un espace stratégique en raison de sa capacité à attirer et à structurer les rivalités entre puissances, ou assiste-t-on, en revanche, à une fragmentation de l'espace sahélien qui en redéfinit profondément la portée géopolitique ? C'est autour de cette problématique que s'est articulé le webinaire « Reconfigurations géopolitiques et partenariats : Le Sahel est-il encore un espace géopolitique ? », organisé le 9 juillet par les centres de recherche-action Timbuktu Institute et Cauris Institut.
Depuis quelques années, les oscillations géopolitiques à l’œuvre au Sahel ne cessent de faire émerger des interrogations sur l’avenir des partenaires traditionnels, ces derniers ayant manifestement du plomb dans l’aile. Retrait ou réajustement stratégique ? Les postures géopolitiques des Etats-Unis, de la France ou de l'Union Européenne se laissent de moins en moins lire, même si ces acteurs ne manquent pas de redéployer leurs ambitions sous des formes moins ostensibles à l’instar de la diplomatie économique, des partenariats sécuritaires ciblés ou encore des alliances régionales de substitution. Selon Andrew Lebovich, chercheur associé à l'Institut Clingendael, les évolutions actuelles ne sauraient ne sauraient pour autant signifier un simple et pur retrait des puissances occidentales. « La France a longtemps exercé un leadership militaire structurant auquel les partenaires européens se sont largement adossés, limitant ainsi l'émergence d'une véritable stratégie autonome de l'Union européenne. Quant aux États-Unis, leur engagement, bien que conséquent, n'a jamais constitué une priorité stratégique majeure tant elle se pensait en contrepoids à la France. Les repositionnements en cours traduisent donc plus une redéfinition des modalités d'engagement qu'un désengagement complet », explique-t-il.
Cela étant, les partenaires traditionnels européens semblent pris dans une forme de dilemme structurel. D’un côté, maintenir des partenariats conditionnés à des exigences de gouvernance, au risque de perdre du terrain face des acteurs qui n'imposent pas ce type de conditionnalité. De l’autre, renoncer à ces principes pour préserver leur influence, au prix d'une incohérence avec leurs propres fondements normatifs. En ce sens, cette tension éclaire dès lors la question de savoir si elle pourrait s’avérer l’une des explications de la perte de vitesse de l’Europe en termes de bataille narrative et d'influence au Sahel. Directrice Afrique de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Caroline Roussy remet en question le soubassement même du discours usuel sur le renouvellement des partenariats entre l'Europe et l'Afrique. D’après l’historienne, les appels à la refondation ou au renouvellement du partenariat euro-africain semblent davantage relever de la rhétorique que d'une transformation effective des relations. « L’action de l'Union européenne demeure peu lisible aux yeux de nombreux partenaires africains, les relations étant avant tout perçues à travers les politiques nationales des États membres. Il n’existe pas de stratégie européenne cohérente, les pays poursuivant des agendas souvent divergents », souligne-t-elle. S’agissant de la France, la chercheuse estime que depuis notamment le départ des bases militaires, « son positionnement souffre d'un manque de lisibilité stratégique, dans la mesure où les nouvelles notions de partenariat gagnant-gagnant ou de co-construction restent insuffisamment traduites dans les faits ». À l’en croire, la crédibilité d'un véritable renouveau des relations euro-africaines devra, avant tout, passer par une redéfinition des priorités, une plus grande cohérence de l'action politique et une refonte des pratiques diplomatiques.
Changement de partenaires…et de dépendances ?
Il est notoire que le boulevard ouvert par ce repli des partenaires traditionnels aura favorisé l’implantation sinon le renforcement de coopérations alternatives à l’instar de la Russie, la Chine et la Turquie. Toutefois, considérant que la poussée souverainiste des pays sahéliens fut et reste un des carburants de ces recompositions régionales, il est légitime de se demander si ces nouvelles coopérations sont réellement porteuses d’une autonomie stratégique, longtemps réclamée par ces Etats. D’après Ladji Ouattara, politologue et directeur de Cauris Institut; une nuance s’impose au sujet de l'idée d'une percée récente de la Russie, de la Chine et de la Turquie : « Ces trois acteurs entretiennent des relations anciennes avec la région notamment le Mali de Modibo Keïta avec l’URSS dès 1961, même si les transitions politiques intervenues depuis 2020 ont considérablement accéléré leur montée en puissance ». Ce faisant, souligne-t-il, pendant que la Russie s'est imposée comme un partenaire sécuritaire majeur ,surtout à travers le déploiement successif du groupe Wagner puis d'Africa Corps, la Chine s’est employé à consolider son statut de principal partenaire économique et la Turquie quant à elle, renforce son influence en particulier dans le domaine de la défense. Mais selon L. Ouattara, « ces nouvelles dynamiques géopolitiques traduisent moins une véritable autonomie stratégique des États sahéliens qu’une logique de diversification des partenariats qui s'apparente davantage à une recomposition des dépendances ; les nouvelles coopérations continuant de créer de fortes relations d'assistance ».
Dès lors, vu que la multiplication des partenaires sécuritaires ne semble pas inhiber la persistance voire l’extension de l'insurrection djihadiste, le bilan de ces nouvelles coopérations reste à être établi. D’après le chercheur Andrew Lebovich, la multiplication des engagements extérieurs ne pourra, à elle seule, produire des effets durables sans une évolution des choix politiques des États de la région. « La priorité accordée aux réponses sécuritaires au détriment des solutions politiques a contribué à renforcer les fragilités existantes et à aggraver certaines dynamiques de déstabilisation. Que ce soit la Russie comme la Turquie, le fait est que leurs influences renforcent une approche sécuritariste des crises », pointe-t-il. Toutefois, cette responsabilité ne saurait être uniquement attribuée aux nouveaux acteurs dans la mesure où il se pose aussi le problème des « limites de l’action de la communauté internationale, notamment face au rôle économique des Émirats dans certains circuits liés à l’or issu de l’exploitation illégale », ajoute-t-il.
Dans la même veine, le chercheur Ladji Ouattara estime que le bilan des nouveaux partenariats sécuritaires noués par les pays de l’ AES apparaît mitigé, le vide laissé par les partenaires traditionnels peinant à être comblé. « On constate la persistance des vulnérabilités sécuritaires malgré le renforcement de cette coopération comme le montrent notamment les attaques répétées contre des sites stratégiques au Niger et la patente dégradation de la situation militaire au Mali », souligne-t-il. De plus, selon lui, il convient de relever que ces difficultés vont de pair avec un rétrécissement de l’espace des libertés civique, politique et médiatique. Ainsi, le politologue tend à relativiser les bénéfices du partenariat russe par exemple, estimant qu’ « à l’image d’autres acteurs extérieurs, Moscou s’inscrit davantage dans une logique d’exploitation des ressources que dans une véritable transformation structurelle des économies sahéliennes ».
Au sud du Sahel central, les pays du golfe de Guinée – en particulier le Bénin et le Togo - sont à l’heure actuelle les plus touchés par le débordement de l’épicentre sahélien, occupent une position singulière face à cette recomposition régionale. Alors que Lomé, en tendant les bras à l’AES, se rêve en hub stratégique, le récent marathon diplomatique régional du président béninois Romuald Wadagni qui espère servir de pont entre l’AES et la CEDEAO, témoigne d’une conscience collective des enjeux communs en présence. Une perspective soulignée par Seidik Abba, spécialiste du Sahel qui insiste sur l'étroite communauté de destin qui unit les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée. « Par exemple , il y a entre 5 et 6 millions de Burkinabés en Côte d'Ivoire, 3 et 4 millions de Maliens en Côte d'Ivoire et entre 2 millions et 3 millions de Nigériens en Côte d'Ivoire. L’importance des diasporas sahéliennes dans les États côtiers, l'intensité des échanges commerciaux ainsi que la forte interdépendance économique rendent illusoire toute idée selon laquelle les pays du Golfe de Guinée ne puissent pas être durablement impactés par l'instabilité sahélienne », affirme-t-il. Selon lui, la crise sécuritaire est désormais plus que jamais transfrontalière, comme l'illustrent les foyers d'insécurité qui s'étendent des zones frontalières du parc W jusqu'aux espaces situés entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. C’est la raison pour laquelle, plaide-t-il, « aucune stratégie ne pourra produire des résultats durables sans une coopération solide et une réponse régionale entre l’AES et les pays côtiers ».
De même, le chercheur estime que les divergences politiques entre les États sahéliens et ceux du Golfe de Guinée ont jusqu'à présent entravé une coopération pourtant indispensable face à une menace devenue transnationale. À ses yeux, « les tensions diplomatiques ont empêché la focalisation sur les intérêts communs, même elles n’ont toutefois pas empêché l'émergence de coopérations informelles au niveau local. Aujourd’hui, c’est le pragmatisme qui doit primer pour favoriser la mise en place d'une réponse régionale coordonnée, à l'image de la Force multinationale mixte du bassin du lac Tchad ».
Maghreb et Golfe, des influences périphériques ?
Un peu plus au nord de la ceinture saharo-sahélienne, la rivalité d'influence entre l'Algérie et le Maroc autour du dossier sahélien pose en outre une autre question non moins importante ; celle de savoir si cette compétition contribue à la fragilisation de la région dans le cours d’un prolongement de tensions maghrébines par acteurs sahéliens interposés, ou au contraire d’une logique de stabilisation régionale. Selon Salim Chena, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde, si le Maroc et l'Algérie se livrent bien à une compétition d'influence dans la région, celle-ci demeure secondaire au regard des facteurs essentiellement internes qui alimentent les crises sahéliennes, notamment la fragilité des États, les déficits de gouvernance, les conflits entre centres et périphéries et les difficultés de cohésion nationale. « Aucun acteur maghrébin n'a, jusqu'à présent, joué un rôle décisif dans la stabilisation durable de la région, malgré des initiatives de coopération, des actions de médiation ou des projets d'intégration économique », tempère-t-il. D’après le politologue, en dépit d’une présence à travers des coopérations sectorielles, des aides ponctuelles et plusieurs projets régionaux, « il demeure que le Maroc et l’Algérie cherchent surtout à renforcer leur influence dans un contexte de recomposition, sans pour autant constituer des acteurs décisifs des dynamiques sahéliennes ».
Parallèlement, quid de l'influence de l'Arabie saoudite, du Qatar et des autres pays du Golfe dans l'espace sahélien ? Pour sa part, Abdel Nasser Elyessa , chercheur associé à l’ Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), considère que la fixation sur le rôle des pays du Golfe dans les processus de radicalisation au Sahel relève désormais d'une lecture dépassée. « Les États du Golfe, en particulier les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont réorienté leurs politiques religieuses et sont aujourd'hui davantage engagés dans la lutte contre l'extrémisme. Le djihadisme sahélien est dorénavant un phénomène largement endogène, reposant sur ses propres réseaux, ressources et dynamiques locales », affirme le chercheur. Selon lui, « il est d’ailleurs peu probable que les pays du Golfe aient une implication déterminante dans la résolution de la crise car en l’occurrence la solution politique fondée sur le dialogue apparaît inévitable ».
À la recherche d’un nouvel équilibre sécuritaire
Face à cette reconfiguration entre anciens et nouveaux partenaires, il semble bien que l'avenir de la coopération sécuritaire régionale demeure suspendu à la capacité des acteurs concernés à en redéfinir les fondements et à inventer de nouveaux cadres de collaboration. Selon le politologue Salim Chena, les recompositions géopolitiques actuelles s'expliquent aussi par l'absence d'une véritable autonomie stratégique régionale. D’après lui, « ni les organisations régionales ni les puissances africaines ne disposent d'une capacité suffisante pour structurer un ordre sécuritaire autonome, ce qui laisse ainsi le champ ouvert à l'intervention d'acteurs extérieurs. » Cependant, il ne faudrait non plus ajoute-t-il, succomber à la lecture selon laquelle les États sahéliens seraient de « simples victimes de ces interventions car ils conservent des marges de manœuvre et participent eux-mêmes au choix de leurs partenaires, dans la logique des gatekeeper state. »
De son côté, Beatriz Mesa politologue à l’Université internationale de Rabat, relativise la faisabilité immédiate d'une réponse transnationale à la crise sahélienne, tant que celle-ci ne se sera pas d’abord sous-tendue par une compréhension nationale des dynamiques locales de violence et une définition claire des priorités sécuritaires propres à chaque État. « On le sait, aucune solution exclusivement militaire n'est envisageable. Maintenant le fait est que l’option des négociations avec les groupes armés ne pourra intervenir que dans un rapport de force plus favorable aux États sahéliens », estime-t-elle.
Dans une perspective complémentaire, Caroline Roussy plaide pour autant pour une « une articulation entre réponses nationales et approches transfrontalières dans la mesure où la crise se concentre particulièrement dans les espaces frontaliers, longtemps négligés par les politiques publiques ». En ce sens, la chercheuse rappelle que « les groupes armés n’éclipsent pas les frontières mais les instrumentalisent pendant que la menace se déploie selon une logique d’arborescence, s'enracinant dans des réalités locales plutôt que par une simple expansion territoriale ». Cela étant, l’avenir de la coopération occidentale au Sahel ne saurait manquer de mettre en lumière la frontière entre inflexion stratégique authentique et habillage rhétorique d'un recul assumé. La question centrale reste celle de la capacité réelle des puissances occidentales à peser encore sur l'agenda régional, dans un contexte où leur ancienne position d'influence structurante apparaît durablement entamée. Pour la chercheuse Beatriz Mesa, le basculement du Mali et d’une partie du Sahel vers de nouveaux partenaires doit se lire moins comme une simple rivalité entre grandes puissances que comme le résultat d’un affaiblissement progressif de l’architecture sécuritaire occidentale. Selon la chercheure, « l’échec occidental repose notamment sur une divergence de perception de la menace entre les acteurs internationaux et les États sahéliens, avec comme dans le cas malien, des opérations internationales ayant contribué à fragiliser la capacité de l’État malien à définir lui-même ses priorités sécuritaires, là où certains groupes armés ont progressivement acquis une légitimité politique à travers les processus de gouvernance et de négociation ». Dès lors, conclut-elle, l’essor de partenaires comme la Russie n’apparaît pas seulement comme un basculement soudain mais comme la conséquence d’un vide stratégique créé par les limites inhérentes au modèle d’intervention occidental.
Timbuktu Institute
According to the Fragility Alert issued by the Fragility Observatory of West & Central Africa for Resilience & Democracy, established by the Timbuktu Institute, West and Central Africa experienced a dual trend in July on the political and security fronts. On the one hand, there was a growing assertion of political and diplomatic sovereignty. On the other, there was an accumulation of institutional and security vulnerabilities. In Senegal, the reshaping of the political landscape has accelerated with Bassirou Diomaye Faye’s formalization of the presidential party Kiiraay—a symbol of a strategy to broaden his base beyond the historic circle of Pastef, as exemplified in particular by his ongoing rapprochement with former President Macky Sall. This dynamic is taking place within a regional context marked by a proliferation of institutional transformations—from Dakar to N’Djamena, including the Economic Community of West African States (ECOWAS)—where executive branches are seeking to consolidate new political balances. At the same time, several states are demonstrating a greater willingness to exert influence in continental affairs, as evidenced by the Cotonou Declaration on maritime security, the N’Djamena Declaration on water security, and the proposed Nigeria-Morocco gas pipeline.
However, this strategic assertiveness coexists with persistent vulnerabilities, particularly in the security sphere. Mali experienced one of the deadliest attacks against its armed forces since 2012 with the Anéfis-Gao ambush, revealing the limitations of the strategy to retake territory and raising initial questions about the strength of the military partnership with Russia. The cancellation of the delivery of Mi-35M helicopters to the AES countries and the coordination difficulties reported on the ground are signs of fragility in an alliance that had previously been presented as an alternative pillar to Western partnerships. At the same time, the jihadist threat remains active in Niger, Burkina Faso, and Nigeria, while humanitarian and climate crises—particularly in the Lake Chad basin—continue to fuel structural vulnerabilities.
On the diplomatic front, a major shift is also evident with Chad’s decision to withdraw from the Rome Statute of the International Criminal Court, thus joining Mali, Burkina Faso, and Niger in a growing challenge to the international judicial frameworks inherited from the post-Cold War era. This movement now extends beyond the Sahel Economic Community (AES) alone and reflects a broader challenge to certain multilateral frameworks, even as the African Union simultaneously attempts to maintain channels of dialogue with Sahelian regimes. In this context, several subtle signs call for particular vigilance. Specifically, these include the persistent institutional uncertainty in Cameroon surrounding Paul Biya’s prolonged absence, political tensions in Burkina Faso, the fragmentation of the Ivorian opposition, and the difficulties in transforming continental ambitions into concrete operational capabilities. Consequently, West and Central Africa appear to be increasingly assertive on the international stage, while at the same time continuing to face internal vulnerabilities whose evolution will be a determining factor in the coming months.
Timbuktu Institute
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Selon le Fragility Alert du Fragility Observatory of West & Central Africa for Resilience & Democracy mis en place par le Timbuktu Institute, l’Afrique de l’Ouest et Centrale a été, au cours du mois du juillet, traversée par un double mouvement sur les plans politique et sécuritaire. D’un côté, une affirmation croissante des souverainetés politiques et diplomatiques. De l’autre, une accumulation de fragilités institutionnelles et sécuritaires. Au Sénégal, la recomposition du paysage politique s’est accélérée avec l’officialisation du parti présidentiel Kiiraay par Bassirou Diomaye Faye, symbole d’une stratégie d’élargissement de sa base au-delà du cercle historique du Pastef, dont le rapprochement engagé avec l’ancien président Macky Sall constitue l'une des principales illustrations. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional marqué par une multiplication des transformations institutionnelles, de Dakar à N’Djamena en passant par l’AES, où les pouvoirs exécutifs cherchent à consolider de nouveaux équilibres politiques. Parallèlement, plusieurs États affichent une volonté accrue de peser dans les affaires continentales, comme en témoignent la Déclaration de Cotonou sur la sécurité maritime, celle de N’Djamena sur la sécurité hydrique ainsi que le projet de gazoduc Nigeria-Maroc.
Cependant, cette affirmation stratégique cohabite avec des vulnérabilités persistantes, notamment sur le plan sécuritaire. Le Mali a connu l’une des attaques les plus meurtrières contre ses forces armées depuis 2012 avec l’embuscade d’Anéfis-Gao, révélant les limites de la stratégie de reconquête territoriale et faisant émerger les premières interrogations sur la solidité du partenariat militaire avec la Russie. L’annulation de la livraison d’hélicoptères Mi-35M aux pays de l’AES et les difficultés de coordination évoquées sur le terrain constituent des signaux de fragilité dans une alliance jusque-là présentée comme un pilier alternatif aux partenariats occidentaux. Dans le même temps, la menace jihadiste demeure active au Niger, au Burkina Faso et au Nigeria, tandis que les crises humanitaires et climatiques, notamment dans le bassin du lac Tchad, continuent d’alimenter des vulnérabilités structurelles.
Sur le plan diplomatique, l’on remarque également une inflexion majeure avec la décision du Tchad de se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, rejoignant ainsi le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans une contestation croissante des cadres judiciaires internationaux hérités de l’après-guerre froide. Ce mouvement dépasse désormais le seul espace de l’AES et traduit une remise en cause plus large de certaines architectures multilatérales, même si l’Union africaine tente parallèlement de maintenir des espaces de dialogue avec les régimes sahéliens. Dans ce contexte, plusieurs signaux faibles appellent une vigilance particulière. En l’occurrence, l’incertitude institutionnelle persistante au Cameroun autour de l’absence prolongée de Paul Biya, les tensions politiques au Burkina Faso, la fragmentation de l’opposition ivoirienne ou encore les difficultés à transformer les ambitions continentales en capacités opérationnelles concrètes. Dès lors, l’Afrique de l’Ouest et du Centre apparaissent ainsi comme de plus en plus affirmées sur la scène internationale, tout en restant dans le même temps, confrontée à des fragilités internes dont l’évolution constitue un facteur déterminant dans les prochains mois.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
Like other AES countries, Niger is increasingly the target of terrorist attacks. In an operation conducted in the Tillabéry region, Nigerien soldiers reportedly neutralised 19 terrorists, arrested 32 suspected accomplices, and seized or destroyed significant equipment, including weapons, ammunition, motorbikes, solar panels and around fifteen improvised explosive devices. Nigerien defence and security forces also dismantled a major supply network. The tri-border area between Niger, Burkina Faso and Mali was also hit by a complex attack on the Bankilaré-Téra axis. On the Nigerien side, 16 soldiers were killed and 23 wounded, 9 of them seriously. On the attackers' side, 15 were neutralised and a significant amount of logistical equipment was seized. In this area, a major hotbed of activity for terrorist groups such as JNIM, the military intervention forced the assailants to retreat.
Moscow-AES tensions: cancellation of Mi-35M helicopter deliveries weakens the military partnership
Furthermore, the combat helicopters promised by Russia will ultimately not be delivered to the three AES countries, even though they had been counting on them in particular to strengthen their aerial capabilities and better combat terrorism. These are Mil Mi-35M Hind-F helicopters, which the Confederation's member states intend to deploy in the counterterrorism fight that affects them so directly. The AES Unified Force had made the request earlier in 2026. A Russian response that could call their relationship into question. On the bilateral front, Niger and Benin appear to be moving towards reopening their shared border following the installation of Benin's new president, Romuald Wadagni. An announcement that could benefit both countries, particularly Niger, both in terms of port access and trade with its Beninese neighbour.
Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
Tout comme les autres pays de l’AES, le Niger est de plus de plus victime d’attaques terroristes. Dans une opération menée dans la région de Tillabéry, les militaires nigériens auraient neutralisé 19 terroristes. 32 présumés complices, un important matériel tel que des armes, des munitions, des motos, des panneaux solaires, ainsi qu’une quinzaine d’engins explosifs improvisés détruits. Il a également été démantelé un important réseau de ravitaillement par les FDS nigériennes. La zone des trois frontières entre Niger-Burkina-Mali a également été touchée par une attaque complexe sur l’axe Bankilaré-Téra. Du côté de l’armée malienne, 16 militaires ont été tués et 23 blessés dont 9 graves. Du côté des terroristes, 15 parmi eux ont été neutralisés et un important matériel logistique a été confisqué. Dans cette zone qui représente un foyer majeur dans les activités des terroristes comme le JNIM, l’intervention des militaires ont permis le repli des assaillants.
Tensions Moscou-AES : L’annulation des livraisons d’hélicoptères Mi-35M fragilise le partenariat militaire
Par ailleurs, les hélicoptères de combat promis par la Russie ne seront finalement pas reçu par les trois pays de l’AES alors que ces derniers y comptaient particulièrement pour renforcer leur capacités aérienne et mieux lutter contre le terrorisme. Il s’agit de Mil Mi-35M Hind-F, des hélicoptères que les pays de la Confédération entendent engager dans la lutte antiterroriste qui les touche particulièrement. La Force Unifiée de l’AES en avait fait la demande plus tôt en 2026. Une réaction russe qui pourrait remettre en cause leurs relations. Sur le plan bilatéral, le Niger et le Bénin seraient dans une dynamique de réouverture des frontières depuis l’installation du nouveau président du Bénin Romuald Wadagni. Une annonce qui pourra faire du bien aux deux pays surtout le Niger tant au niveau de l’accès portuaire que sur les échanges avec son voisin béninois.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
Chad, a country sometimes reduced in image as much as in geography despite its regional importance, appears determined to change the picture. And to do so with dynamism. Over the space of two days, on the occasion of the African Water Forum held in N'Djamena on 15 and 16 July 2026, the country chose to display its most continental ambitions. The forum concluded with the adoption of the N'Djamena Declaration, a roadmap aimed at strengthening water security in Africa. African leaders reaffirmed their determination to accelerate investment, reforms and cooperation to guarantee universal access to drinking water and sanitation. The discussions also highlighted the scale of the continent's water-related challenges. More than 400 million Africans still lack access to drinking water, while climate change threatens available resources. The situation of Lake Chad, whose surface area has shrunk dramatically over recent decades, was presented as a symbol of the environmental vulnerabilities facing Africa. As a reminder, this forum also serves as a preparatory step towards the UN Water Conference scheduled for December 2026 in Abu Dhabi. The chair of the African Ministers' Council on Water (AMCOW), Cheikh Tidiane Dièye, called on African countries to defend a common position at that international gathering, by showcasing their solutions and structuring projects. Through the N'Djamena Declaration, African leaders now aim to move from commitments to concrete action, notably through the development of water infrastructure, improved water governance and stronger regional cooperation. With the National Water Pact signed on 16 July, Déby Itno clearly intends to make water a lever for economic growth and social resilience; the pact confirms Chad's ambition to position itself, on the regional stage, as a country capable of attracting massive external financing to address its structural challenges.
Furthermore, during the Forum, the Chadian president announced the lifting of entry visa requirements for all African nationals starting 1 January 2027, presenting the measure as a “gesture of openness to all of Africa”. An announcement that came as a surprise even within government ranks, at a time when the Ministry of Foreign Affairs had only recently been working on rolling out a generalised e-visa system. According to the authorities, the decision reflects a determination to strengthen African integration and the free movement of people and goods, but also responds to more concrete economic objectives, set out in the national “Chad Connection 2030” plan, which aims to improve the country's appeal to investors and overcome the structural handicap of its landlocked position. By thus joining the continental movement already under way in Benin, Rwanda, Ghana, Togo and Congo, N'Djamena is sending a strong political signal in favour of pan-Africanism, whose effective implementation will nonetheless represent a considerable institutional and security challenge for authorities still in the process of administrative adaptation.
Domestic stability still needs to be consolidated
This diplomatic and economic sequence, driven by a resolutely outward-facing agenda, nonetheless contrasts with a more worrying domestic security reality. According to the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), Chad recorded, in the first half of 2026, a 40% rise in inter- and intra-community conflicts compared with the same period in 2025, with 35 incidents recorded against 25 a year earlier. While the human toll paradoxically fell (81 dead and 167 wounded, against 136 dead and 166 wounded in 2025), the proliferation of flashpoints remains a cause for concern nonetheless. The Lake and southern provinces each account for 37% of incidents, ahead of the east (23%) and the centre (3%), with intercommunal conflicts linked to access to natural resources (notably in agro-pastoral and land-tenure areas) accounting for 23 of the 35 incidents recorded alone. This violence has caused population displacement, destruction of property and, in some eastern areas such as Kobé and Dar-Tama, restrictions on humanitarian access linked to local tensions. In response, the authorities have stepped up their presence through the deployment of defence forces and the involvement of administrative and customary authorities, without this dispelling OCHA's concerns about the risk of a worsening of the violence.
From these various dynamics, it emerges, at the very least, that Chad finds itself somewhat at the crossroads of two major issues. On one hand, a diplomatic and economic agenda resolutely open to the continent. On the other, a domestic reality in which managing communal tensions remains a precondition for any lasting stability, without which the ambitions on display in N'Djamena risk remaining, to a large extent, an exercise in international communication.
Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
Le Tchad, pays parfois réduit dans son image comme dans sa géographie malgré son importance régionale, semble vouloir changer de focale. Et ce, avec dynamisme. En l'espace de deux jours, à la faveur du Forum africain de l'eau tenu à N'Djamena les 15 et 16 juillet 2026, le pays a choisi d'afficher ses ambitions les plus continentales. Le forum s’est conclu par l’adoption de la Déclaration de N’Djamena, une feuille de route destinée à renforcer la sécurité hydrique en Afrique. Les dirigeants africains y ont réaffirmé leur volonté d’accélérer les investissements, les réformes et la coopération pour garantir un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement. Les discussions ont également mis en lumière l’ampleur des défis hydriques du continent. Plus de 400 millions d’Africains restent privés d’accès à l’eau potable, tandis que le changement climatique menace les ressources disponibles. La situation du lac Tchad, dont la superficie s’est fortement réduite au cours des dernières décennies, a été présentée comme un symbole des vulnérabilités environnementales auxquelles l’Afrique est confrontée. Pour rappel, ce forum constitue par ailleurs une étape préparatoire à la Conférence des Nations unies sur l’eau prévue en décembre 2026 à Abu Dhabi. Le président du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), Cheikh Tidiane Dièye, a appelé les pays africains à défendre une position commune lors de cette rencontre internationale, en mettant en avant leurs solutions et leurs projets structurants. À travers la Déclaration de N’Djamena, les dirigeants africains ambitionnent désormais de passer des engagements aux actions concrètes, notamment par le développement des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de la gouvernance de l’eau et le renforcement de la coopération régionale. Avec le Pacte national de l'eau signé le 16 juillet, Déby Itno entend visiblement faire de l'eau un levier de croissance économique et de résilience sociale, le pacte confirme la volonté tchadienne de se poser, sur la scène régionale, en pays capable d'attirer des financements extérieurs massifs pour répondre à ses défis structurels.
Par ailleurs, au cours du Forum, le président tchadien a annoncé la suppression des visas d'entrée pour l'ensemble des ressortissants africains à compter du 1er janvier 2027, présentant cette mesure comme une « note d'ouverture à toute l'Afrique ». Une annonce qui a surpris jusque dans les rangs du gouvernement, alors même que le ministère des Affaires étrangères travaillait encore récemment à la généralisation du système de e-visa. Selon les autorités, cette décision s'inscrit dans une volonté de renforcer l'intégration africaine et la libre circulation des personnes et des biens, mais répond également à des objectifs économiques plus concrets, inscrits dans le plan national « Tchad Connexion 2030 », qui vise à améliorer l'attractivité du pays auprès des investisseurs et à dépasser le handicap structurel de son enclavement. En rejoignant ainsi le mouvement continental déjà engagé par le Bénin, le Rwanda, le Ghana, le Togo ou le Congo, N'Djamena envoie un signal politique fort en faveur du panafricanisme, dont la mise en œuvre effective représentera toutefois un défi institutionnel et sécuritaire de taille pour des autorités encore en phase d'adaptation administrative.
Une stabilité intérieure reste à consolider
Cette séquence diplomatique et économique, portée par un agenda résolument tourné vers l'extérieur, contraste cependant avec une réalité sécuritaire intérieure plus préoccupante. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le Tchad a enregistré, au premier semestre 2026, une hausse de 40 % des conflits inter et intracommunautaires par rapport à la même période de 2025, avec 35 incidents recensés contre 25 un an plus tôt. Si le bilan humain a paradoxalement diminué (81 morts et 167 blessés, contre 136 décès et 166 blessés en 2025), la multiplication des foyers de tension n'en demeure pas moins préoccupante. Les provinces du Lac et du sud du pays concentrent chacune 37 % des incidents, devant l'est (23 %) et le centre (3 %), les conflits intercommunautaires liés à l'accès aux ressources naturelles (dans les zones agro-pastorales et foncières notamment) représentant à eux seuls 23 des 35 incidents recensés. Ces violences ont entraîné déplacements de populations, destructions de biens et, dans certaines zones de l'est comme Kobé et Dar-Tama, des restrictions d'accès humanitaire liées aux tensions locales. Face à cette situation, les autorités ont renforcé leur présence par le déploiement des forces de défense et l'implication des autorités administratives et coutumières, sans que cela dissipe les inquiétudes d'OCHA quant au risque d'une aggravation des violences.
De ces différentes dynamiques, il en ressort pour le moins que le Tchad se retrouve quelque peu à la croisée de deux enjeux de grande importance. D’une part, un agenda diplomatique et économique résolument ouvert sur le continent. De l’autre, une réalité intérieure où la gestion des tensions communautaires reste un préalable à toute stabilité durable sans laquelle l'ambition affichée à N'Djamena risquerait de demeurer, pour une large part, un exercice de communication internationale.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
Nearly eight months after a presidential election that durably reshuffled Ivorian politics, the opposition continues to search for ways to reorganise itself, caught between initiatives designed to offset its lack of institutional representation and internal rifts exposing contested strategic choices. The African Peoples' Party-Côte d'Ivoire (PPA-CI) of Laurent Gbagbo offers a direct illustration of this. Denied representation in the National Assembly after boycotting the December 2025 legislative elections, the party announced the creation of a Parliamentary Decisions Observatory, a nine-member body presenting itself as a body for “monitoring and counter-proposal” with regard to parliament, tasked with following the work of MPs, analysing bills under discussion and, where necessary, formulating amendments or counter-proposals. While the PPA-CI sees this as a way to maintain its influence over the national debate through citizen oversight of parliamentary action, some observers believe the initiative's reach could remain limited, given the lack of elected officials able to exert direct influence in the chamber. A finding that, implicitly, lends weight to criticism of the strategic choice to boycott.
This difficulty in translating grassroots influence into institutional weight has also fuelled internal rifts within the political opposition, of which Ahoua Don Mello is the clearest illustration. Expelled from the PPA-CI in May 2026, along with several other cadres, for having taken part in the 2025 presidential election despite Laurent Gbagbo's boycott instruction, the party's former vice-president in charge of strategic projects is now preparing to launch his own party, “A Sovereign Côte d'Ivoire” (CIS), whose founding congress (the “pioneers' congress”) is expected in October 2026. A strategy meeting held on 11 July in Abidjan set out its broad orientations, down to its official colours, red and blue, while several foreign delegations, notably Russian ones, are expected to attend the launch. Positioned on a sovereigntist and pan-Africanist line, the new party aims to bring together political cadres, elected officials and investors from varied backgrounds, with further rallyings, still confidential, expected to be announced soon. A sign that, beyond the personal break with Gbagbo, a new sovereigntist pole is emerging and seeking to establish itself on the Ivorian political scene.
That same day, 11 July, in Abidjan, another opposition party, Pro-Côte d'Ivoire, held its congress to unveil a programme built around entrepreneurship and job creation. Led by its president Kévin Fiéni, who advocates transforming the country into a federal republic, this programme aims to reduce the economic constraints weighing on private initiatives, namely by limiting deposits and rent advances, lowering rents, abolishing “key money” payments, and easing taxes on traders and entrepreneurs, in line with a philosophy summed up by Fiéni's formula: “through work alone, one gets what one wants”. The party also announced the upcoming publication of concrete results on employability and called for a “tamper-proof” electoral system, a condition it says is essential for a structural reform guaranteeing the transparency of future elections.
A gradually easing political climate
That said, this partisan effervescence, reflecting an opposition in the throes of realignment, coincides with a gesture that some might read as a signal of appeasement from the authorities. In this vein, six local officials of the Democratic Party of Côte d'Ivoire (PDCI), arrested between late September and early October 2025 in the midst of the presidential campaign, were released on 20 July 2026 after nine months in detention, following a hearing before the anti-terrorism chamber whose grounds have not been disclosed. Their lawyer, Maître Ange Rodrigue Dadjé, confirmed their return home, as part of a series of gradual releases affecting several PDCI activists as well as figures close to Laurent Gbagbo's camp, including former minister Moïse Lida Kouassi and cyber-activist Ibrahim Zigui. Ivorian authorities, who had always insisted these arrests were judicial rather than political in nature, are thus allowing a calmer climate to emerge — without this erasing the memory of an electoral context that saw the opposition, in its various forms, seeking ways to reinvent itself in the face of an authority in a position of strength. It remains to be seen whether this judicial lull reflects a lasting shift in the authorities' stance towards their opponents, or whether it is merely a pause in a political cycle bound to tighten again as the next elections approach.
Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
Près de huit mois après une présidentielle qui a durablement rebattu les cartes du paysage politique ivoirien, l'opposition continue de chercher les voies de sa recomposition, entre initiatives destinées à pallier son absence institutionnelle et fractures internes révélatrices de choix stratégiques contestés. Le Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo en offre, pour le coup, une illustration directe. Privé de représentation à l'Assemblée nationale après avoir boycotté les législatives de décembre 2025, le parti a annoncé la création d'un Observatoire des décisions parlementaires, structure de neuf membres se présentant comme un organe de « veille et de contre-proposition parlementaire », chargé de suivre les travaux des députés, d'analyser les textes en discussion et de formuler, si nécessaire, des amendements ou contre-propositions. Si le PPA-CI y voit un moyen de maintenir son influence sur le débat national par un contrôle citoyen de l'action parlementaire, des observateurs jugent que la portée de l'initiative pourrait rester limitée, faute d'élus capables de peser directement dans l'hémicycle. Un constat qui, en creux, valide les critiques adressées au choix stratégique du boycott.
Cette difficulté à transformer l'influence militante en poids institutionnel a d'ailleurs nourri des fractures internes dans l’opposition politique dont Ahoua Don Mello constitue la démonstration la plus nette. Radié du PPA-CI en mai 2026, avec plusieurs autres cadres, pour avoir participé à la présidentielle de 2025 malgré la consigne de boycott de Laurent Gbagbo, l'ancien vice-président chargé des projets stratégiques du parti prépare désormais le lancement de sa propre formation, « La Côte d'Ivoire souveraine » (CIS), dont le congrès fondateur (le « congrès des pionniers ») est attendu en octobre 2026. Une réunion stratégique tenue le 11 juillet à Abidjan en a fixé les grandes orientations, jusqu'aux couleurs officielles, rouge et bleu, tandis que plusieurs délégations étrangères, notamment russes, sont annoncées pour le lancement. Positionné sur une ligne souverainiste et panafricaniste, le nouveau parti ambitionne de rassembler cadres politiques, élus et investisseurs issus d'horizons variés, des ralliements encore confidentiels devant être annoncés prochainement. Signe qu'au-delà de la rupture personnelle avec Gbagbo, l’on voit poindre un nouveau pôle souverainiste qui cherche à s'installer dans le paysage ivoirien.
Ce même 11 juillet, à Abidjan, un autre parti d'opposition, Pro-Côte d'Ivoire, tenait son congrès pour dévoiler un programme construit autour de l'entrepreneuriat et de la création d'emplois. Porté par son président Kévin Fiéni, qui défend un projet de transformation du pays en République fédérale, ce programme entend réduire les contraintes économiques pesant sur les initiatives privées à savoir la limitation de la caution et des avances locatives, baisse des loyers, suppression des « pas de porte », allègement des taxes sur les commerçants et entrepreneurs au nom d'une philosophie résumée par la formule de Fiéni : « rien que par le travail, on obtient ce qu'on veut ». Le parti a également annoncé la publication prochaine de résultats concrets en matière d'employabilité et plaidé pour un système électoral « infalsifiable », condition, selon lui, d'une réforme structurelle garantissant la transparence des scrutins à venir.
Détente du progressive climat politique
Cela étant, cette effervescence partisane, qui traduit une opposition en pleine recomposition, s'accompagne d'un geste que d'aucuns pourraient lire comme un signal d'apaisement de la part du pouvoir. En ce sens, six responsables locaux du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), arrêtés entre fin septembre et début octobre 2025 en pleine campagne présidentielle, ont été libérés le 20 juillet 2026 après neuf mois de détention, à l'issue d'une audience de la chambre antiterroriste dont les motifs n'ont pas été précisés. Leur avocat, Me Ange Rodrigue Dadjé, a confirmé leur retour à domicile, dans le prolongement d'une série de remises en liberté progressives touchant plusieurs militants du PDCI ainsi que des proches du camp de Laurent Gbagbo, dont l'ancien ministre Moïse Lida Kouassi et le cybermilitant Ibrahim Zigui. Les autorités ivoiriennes, qui avaient toujours défendu le caractère judiciaire et non politique de ces arrestations, laissent ainsi se dessiner un climat plus apaisé ; sans que cela efface la mémoire d'un contexte électoral qui aura vu l'opposition, sous ses différentes formes, chercher les moyens de se réinventer face à un pouvoir en position de force. Reste à savoir si cette accalmie judiciaire traduit une inflexion durable du pouvoir à l'égard de ses opposants, ou si elle n'est que la parenthèse d'un cycle politique appelé, à l'approche des prochaines échéances, à se retendre.
Timbuktu Institute, Week 3, July 2026
In the midst of a diplomatic pullback from Europe, Ouagadougou appears unwilling to back down or soften its approach. A new step was taken in its confrontation with the European Union: the declaration persona non grata, on 14 July, of two officials from the European delegation in Ouagadougou (the deputy head of delegation and a programme officer), who were ordered to leave Burkinabè territory within 72 hours, without the authorities officially specifying the reasons. This decision follows on from a resolution adopted in June by the European Parliament denouncing the “repression of civic space and fundamental freedoms” and calling for independent investigations into possible human rights violations. That text had subsequently been labelled “neo-colonial” by Ouagadougou, which viewed it as a breach of the principle of non-interference. For its part, Brussels stated that it saw “no basis” for this expulsion and that it was assessing its response, in a context where the crisis compounds the already consummated break with France and the broader deterioration of relations with Western partners.
It was against this rather tense backdrop that the chairperson of the African Union Commission, Mahamoud Ali Youssouf, paid a working visit to Ouagadougou on 16 July, following a stop in Bamako, to reaffirm the continental organisation's “re-engagement” with the countries of the Alliance of Sahel States (AES). Suspended from the AU's political bodies since the January 2022 coup, Burkina Faso was urged to maintain dialogue rather than sink further into rupture. Indeed, the head of pan-African diplomacy called for a transition exit involving the reopening of political space, the resumption of party activities and the holding of elections, while also advocating for closer ties between the AES and ECOWAS, which Ouagadougou, Bamako and Niamey withdrew from in January 2024. On the security front, he proposed revitalising the Nouakchott Process, launched in 2013, in response to a blunt appeal from Burkinabè Prime Minister Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, who denounced the “silence and inadequacy” of African solidarity in the face of Sahelian crises.
However, Ouagadougou's recent hardening towards Europe has not translated into total, uniform diplomatic isolation. On 13 July, Burkinabè Foreign Minister Karamoko Jean Marie Traoré received British ambassador Angus McKee to affirm a shared determination to strengthen strategic cooperation on security and development, including the establishment of a dedicated framework for counterterrorism consultation. The British diplomat proposed creating a regional forum for Sahelian countries, while the Burkinabè side called for cooperation geared more towards structuring projects than humanitarian aid. A sign that Ouagadougou, while breaking with some Western partners, is seeking to diversify others, provided they are willing to value its security efforts rather than scrutinise them.
Religious realignment and tightening of power
This variable-geometry diplomacy also has a domestic echo, namely in the way Captain Ibrahim Traoré is seeking to reaffirm his authority over both religious and political matters. On 16 July, before community leaders in the Yaadga region, he called for a “moderate” Islam, denounced a “minority of extremists” and defended the law governing religious practices, weeks after the controversial arrest of imam Ishaq Kindo. Arguing that “imperialism” was seeking to instrumentalise Islam to destabilise the country, he announced financial support for imams deemed to be spreading a “positive message”, the possibility of suspending dissenting preachers, as well as tighter oversight of religious training abroad, with the announced repatriation of young Burkinabè studying sharia outside the country. These measures, added to restrictions on prayers in public spaces, have been perceived by some Muslim leaders (who were nonetheless among Captain Traoré's earliest supporters in 2022) as calling into question their place in society, even though the authorities deny this, invoking the fight against the religious instrumentalisation of terrorism.
Yet this drive to tighten control extends beyond the religious sphere alone. Faced with persistent rumours of internal rivalries, Ibrahim Traoré responded with unmistakable firmness. The speculation in question concerns in particular the prolonged absence of several figures within the regime, such as Commander Oumarou Yabré, the intelligence chief who has been off the public radar since late May, Captain Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, a former junta spokesman, and the affair of imam Kindo. While visiting the Yaadga region, the President of Faso, Captain Ibrahim Traoré, met on 16 July with community leaders from the region. During his address, Ibrahim Traoré repeatedly set the record straight, declaring in Ouahigouya that “there aren't two captains on a boat” and vowing to punish any “anti-revolutionary” behaviour. Bluntly, he stated: “If someone screws up, I'll bring them to heel without hesitation.” A terse formula which, in seeking to quash the speculation, perhaps reveals less the solidity of a unified chain of command than the regime's need to publicly reaffirm it.